Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

jeudi, août 08, 2013

ANNONCE




Prochains concerts de LÁ Y KÁ :

Mercredi 21 Août : LÁ Y KÁ DUO au Latté (au Panier), à Marseille
Jeudi 22 Août : LÁ Y KÁ QUATUOR au Festival La Croisée des Mondes, à Gargas (84)
Samedi 24 Août : LÁ Y KÁ QUATUOR au Festival d’Été de Gargilesse (36)
Dimanche 8 Septembre : LÁ Y KÁ DUO au Festival Les Muses en Troc, Le Landreau (44)


INFORMATIONS/ RÉSERVATIONS : 06 75 39 22 03

À l'occasion du Festival "La Croisée des Mondes" dans le Lubéron, Katell Boisneau encadrera un atelier de harpe du 19 au 20 Août à Rustrel. Elle partagerai avec les stagiaires son approche de la harpe et vous invite à inventer des morceaux à jouer en duo et à plusieurs.


Plus de détails sur le blog de LÁ Y KÁ : http://laykamusic.tumblr.com/dates

LÁ Y KÁ
http://laykamusic.tumblr.com
laykamusic@gmail.com


mercredi, août 07, 2013

Un Ballo in maschera


UN BALLO IN MASCHERA
Livret d’Antonio Somma, musique de Giuseppe Verdi
d’après le livret d'Eugène Scribe
pour l’opéra d’Auber, Gustave III ou Le Bal masqué.
Chorégies d’Orange
3 août 2013 
L’œuvre
Le masque sied à l’amour et à la mort. Du moins au théâtre et à l’opéra mais, quand l’Histoire s’en mêle et s’emmêle comme lors du bal masqué de l’Opéra de Stockholm où Gustave III de Suède fut assassiné en 1792, cela fait la plus belle des histoires pour la scène romanesque et romantique du XIX e siècle théâtral et lyrique. La pièce historique de Scribe avait déjà séduit Auber qui en fit un opéra fameux en 1833, suivi par deux autres compositeurs italiens qui transposèrent le sujet en des époques différentes pour déjouer la censure : on peut assassiner, décapiter à la hache ou à la guillotine des rois, l’Histoire le prouve, mais on ne peut le monter ni montrer à la scène, les censeurs désapprouvent. Verdi, en 1857, l’apprendra à ses dépens avec les avanies et avatars de son livret, refusé à Naples et Rome par la censure, trafiqué et défiguré. Scribe agrémentait le complot politique d’une histoire d’amour adultère entre le roi et la femme de son meilleur ami et ministre, fidèle jusque-là, qui deviendra le régicide : amitié et amour trahis, ressort fatal des drames.

L’opéra, c’est du théâtre, du roman : c’est la vie. Mais la vie, est souvent plus romanesque et théâtrale que l’opéra, quant à la censure, sa bêtise imaginative pour préserver pouvoir et moralité défie toutes les lois morales par romanesque échevelé, audacieux. « Ci veut le Roi, ci veut le loi » : le roi de Naples ne voulant pas, sur la scène de son San Carlo, qui avait commandé l’œuvre à Verdi, d’un régicide et d’un adultère (qui n’existe pas dans l’opéra), les exécuteurs de ses basses censures proposent de faire de la femme de l’assassin qui se croit cocu, sa sœur. L’histoire se répète et bégaye : dans l’Espagne franquiste aussi, pour rendre digestible à ses hypocrites mœurs moralisantes l’adultère d’un film, les censeurs firent des deux amants un frère et une sœur : un bel inceste moral qui fit mourir de rire le public. 
Finalement, l’opéra de Verdi fut accepté en 1859 à Rome par une transposition de l’action un siècle plus tôt dans la puritaine Nouvelle-Angleterre (guère adepte des légèretés des bals masqués galants), faisant du roi un comte courant plus politiquement tuable qu’un roi.

Un roi révolutionnaire
On ne saura malheureusement rien des raisons du complot de la noblesse contre ce monarque franc-maçon nourri en France des idées philosophiques des Lumières, qui, anticipant la Révolution française, avait depuis longtemps aboli la torture, réduit considérablement les droits de la noblesse, redistribué la terre et, en 1789, comme en France avec la Nuit du 4 août, accordé à tous les Suédois l'égalité des droits et l'accès aux fonctions publiques, préparant la modernité progressiste suédoise. Un vrai roi révolutionnaire dont on comprend alors, à la lumière de la vérité historique ici occultée, l’exécution programmée par la noblesse. Artiste aussi, il avait imposé en Suède le style gustavien, d’une sévérité de lignes néo-classique, toute luthérienne, caractérisée par une couleur grise typique qui a gardé son nom.


Réalisation
Jean-Claude Auvray avait déjà somptueusement monté cette œuvre à Marseille en 2008, resituant l’action en Suède et au XVIIIe siècle, pour rendre justice au projet premier de Verdi et de son librettiste. À Orange, ce n’est qu’à la faveur du bal masqué du dernier acte, par la mascarade des costumes, que l’action semble revenir à l’époque historique prévue. Pour le reste, elle est enchâssée dans un monde moderne austère, très anglo-saxon puritain, cohortes d’officiers et d’hommes d’affaires ou courtisans en complets vestons stricts, gris ou sombres, dossier en main, et escortes de femmes plus tard en robes obscures. Le page et confident Oscar, tel l’envers ou le revers du sombre et mélancolique roi, sa légèreté aérienne intime ou ancienne extériorisée, vêtu à la mode persistante des laquais XVIII e siècle, fait seul la jonction entre les deux époques et, dans une certaine mesure, les perruques grises démesurées de la sorcière et de ses acolytes, leurs robes à paniers, à basques, stylisés, qui se jouent du temps et de l’espace.

Mise en abyme, le plateau (scénographie de Rudy Sabounghi) figure en gigantesque le rideau de théâtre bleu de la maquette de l’Opéra que fit bâtir le monarque et où il fut tué : le roi mécène et enfantin en rêve à même le sol, avec sa poupée Amelia pour quelque rite d’amour ou d’envoûtement. On retrouve ce même fauteuil de Marseille, Louis XIV bleu roi, bras et piètements dorés, trône et lieu du pouvoir même de la sorcière, et du mari qui semblera y confiner sa femme suspecte d’adultère, ainsi que les huit banquettes de style Louis XVI, pieds dorés droits et velours bleu, qui seront déplacées selon l’action, devenant même, lors de la sorte de sérénade ou barcarolle du roi déguisé en marin dans l’antre de la sorcière, agencées en triangle, étrave de navire, se prêtant à un spectaculaire mouvement de foule, de houle, de rameurs courtisans et conspirateurs.
Quelque signes subtils, dans le désert décoratif, prennent une forte présence : le chapeau et le domino du roi, qui permettent à Renato de le sauver avant de devenir cape et masque du régicide, le cheval à bascule renversé de l’enfant, absent mais présent par la supplique lyrique de sa mère condamnée à mort qui désire le voir une dernière fois, le père qui caresse et redresse le jouet, geste silencieux criant sa détresse de condamner sa femme qu’il aime, ses lunettes qu’il enlève comme essuyant des larmes ou pour ne plus voir le drame dans lequel il a sombré, la tentation du suicide avec l’arme du meurtre futur : attitudes simples mais éloquentes, sans doute mieux perçues lors de la retransmission télévisée prévue pour la seconde que par une grande partie des spectateurs dans l’immense espace du théâtre antique d’Orange où cette sobriété d’épure, pur minimalisme, se dilue quelque peu. Ce hautain refus du remplissage visuel paraît frustrer, par ce vide inhabituel, une partie du public avide de spectaculaire : quelques injustes huées.

Il est vrai que les lumières (Laurent Castaingt) sont longtemps un peu neutres, latérales, mettant en valeur les colonnes, le mur, mais guère dramatiques sauf, bleutées, dans leur mise en relief des amas goyesques de visages et de masques de mort arrachés à l’ombre ; mais il faudra attendre la scène finale où, soudain, auréolant les coiffures blanches et les dominos dorés ou noirs (somptueux costumes de Katia Duflot), dans une projection qui restaure soudain le théâtre antique ruiné, pour qu’elles donnent une profondeur de clair-obscur de peinture flamande à la masse onirique, menaçante et dansante des courtisans comploteurs, moutonnement de coiffures nébuleuses sur les ailes des capes, masques inquiétants de la mort déguisée sur le blanc gribouillis et grouillement des figures : troupeau courtisan de moutons masqués de loups ou loups de cour déguisés du mouton de la perruque, les cannes surmontées de l’effigie du roi brandies par les danseurs prenant alors une allure de potentielle tête décapitée au bout d’une pique révolutionnaire. Le menuet d’un petit orchestre sur scène (Ensemble instrumental des Chorégies), rappelant la scène des masques de Don Giovanni, prend alors un sens à la fois ironique et sinistre au crime qui plane, mélange virtuose de légèreté et de drame en parfaite adéquation verdienne.

La scène de sorcellerie, à part quelques éclairs en musique, traitée de façon naturelle sinon naturaliste, ne répond pas au surnaturel de l’action, même si elle est perçue peut-être par le regard sceptique et ironique du roi éclairé du XVIIIe siècle, sinon du puritain des proches sorcières de Salem du XVIIe et, si le zodiaque projeté sur le mur est d’un bel effet, le globe céleste l’est beaucoup moins malgré la beauté des bras de femmes sur cette promesse luciférienne plus proche du ballon de foot que de la pomme géante des péchés capitaux et capiteux. De même, celle d’Amelia cherchant à minuit la fameuse herbe pour le philtre de désamour n’impressionne guère et le surgissement du roi aimé, du mari puis des conspirateurs ne détourne pas la scène du vaudeville qui s’insinue dans le drame, tous les personnages se retrouvant, comme par hasard, dans le même lieu en même temps au moment où surtout il ne fallait pas. Certes, Verdi s’intéresse plus à la vérité des sentiments qu’à la vraisemblance des situations mais, sans couvert scénique, la trame conventioànnelle est trop visible.

Interprétation
On ne reviendra pas sur l’exceptionnelle qualité vocale des interprètes dont les Chorégies se sont fait une spécialité, l’espace, le grand air, le vent parfois ne permettant pas la médiocrité, la simple moyenne. Mais, cette fois-ci, de plus, on est frappé par la cohérence en volume et couleur des trois principaux interprètes, voix chaudes, boisées, aigus aisés et médium et graves assurés, pleines, charnelles, solides mais souples : verdiennes, en somme, Verdi ayant créé, à partir des données vocales des chanteurs de son temps, une vocalité personnelle. En Amelia, soprano nouvelle venue aux Chorégies, Kristin Lewis y semble d’emblée chez elle, se jouant de l’immense espace sans rien grossir dans le son, filant délicatement les nuances : fine, jolie, expressive, sa voix ronde se plie à toutes les couleurs de son texte musical et dramatique, fait passer le froid et l’effroi dont elle est saisie et bouleverse dans sa prière à son époux. Le ténor Ramón Vargas, que l’on découvre aussi à Orange, a également une voix colorée, large, virile, épaisse dans sa texture et ambrée dans ses aigus pleins et faciles : s’il n’a physiquement pas un port d’aristocrate, toute la noblesse et la tristesse du roi sont dans sa musicalité expressive et l’émotion qu’il communique. Autre nouveau ici et dans le rôle, le baryton Lucio Gallo en Renato, ami et époux qui se croit trahi, est une autre révélation : timbre chaud, tessiture égale en volume et couleur, voix large comme ailée dans sa vibration, il campe un secrétaire élégant, digne dans l’attitude et la situation.

Mais Verdi affectionne aussi les voix graves de femmes atypiques, marginales : ici, il est royalement servi par Sylvie Brunet, sorcière, sibylle, prophétesse, voix de tombe ou d’outre-tombe qui en appelle autant à l’enfer souterrain qu’au ciel par la longueur de sa tessiture. Dans la noirceur vocale, les deux chefs de la conjuration, Nicolas Courjal, regard de ciel mais ténébreux à souhait faisant résonner d’inquiétante façon les abysses de sa voix et Jean Teitgen, autre basse, le fiel froid et large, sont deux figures du destin qui hantent l’œuvre de bout en bout, l’ombre de la mort qui plane sur un roi triste et tenté par le jeu, le déguisement, la fête, l’amour. Même soin dans le choix des comparses, Paul Kong (Silvano, un marin), Xavier Seince (un juge), personnages qui introduisent la comédie dans le drame Bo Sung Kim (un valet). Mais, arrachant le page travesti à la simple convention décorative, pratiquement omniprésent comme une autre figure du destin heureux qui aurait pu être, avec pratiquement un air à chaque acte comme les héros, Oscar trouve en Anne-Catherine Gillet presque son idéal : Chérubin affolé, feu follet futile, futé et affûté, babillard, égrillard, esprit de l’air, d’azur joyeux, claire alouette et non nocturne et mélancolique rossignol, elle se joue des acrobaties de sa partition, pimpantes et piquantes notes piquées, sauts, pyrotechnie de vocalises qui sont une sorte de frise légère et lumineuse, guirlande fleuries à la sombre couronne mortuaire du drame senti dès le début.

. À la tête de l’orchestre de Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, Alain Altinoglu exalte en gros plans les couleurs du drame, nappe d’ombres la trame, fait gronder sourdement les basses menaçantes, tonner la menace et, en fin instrumentiste, gémir les  deux violoncelles solos, comme une âme en peine, la flûte, le hautbois tendre pour Amelia avec une délicatesse dont rien ne se perd dans cette chaude nuit propice à la finesse des sons. Il mène, sous la légèreté du menuet réglé par Béatrice Massin, l’implacable rythmique du bal funèbre final et, dans cet opéra largement choral, il dote les chœurs des Opéras de Région honorent d’une présence obsédante et inquiétante, du murmure grondant, de l’ironie à l’effroi.
Magnifique célébration du bicentenaire de la naissance de Verdi.

Un ballo in maschera de Verdi
Chorégies d’Orange, 3 et 6 août 2013
Retransmission télévisée en direct sur France 2 le 6 août.
Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, chœurs d’Anger-Nantes Opéra, Opéra-théâtre d’Avignon, Opéras de Nice, Compagnie Fêtes Galantes, sous la direction musicale Alain Altinoglu.
Mise en scène : Jean-Claude Auvray ; scénographie Rudy Sabounghi ; costumes Katia Duflot ; éclairages Laurent Castaingt.
Chorégraphie Béatrice Massin
Distribution :
Amelia :  Kristin Lewis ; Ulrica :  Sylvie Brunet-Grupposo ; Oscar : Anne-Catherine Gillet ; Riccardo : Ramón Vargas ; Renato : Kristin Lewis ; Samuel : Nicolas Courjal ; Tom : Jean Teitgen ; Silvano, un marin : Paul Kong ; un juge : Xavier Seince ; un valet : Bo Sung Kim.

Photos (1 à 5 : Philippe Grommelle, 6 à 9 : Christian Bernateau) 
1. Roi et cour ;
2. Ulrica et le zodiaque ;
3. Les deux conspirateurs (Jean Teitgen, Nicolas Courjal) ;
4 .Danse macabre ;
5. Théâtre antique reconstitué ;
6. Oscar (Anne-Catherine Gillet) ;
7. Le roi (Ramón Vargas) ;
8. Amelia (Kristin Lewis) ;
9.Amelia et son époux (Kristin Lewis, Lucio Gallo).


samedi, juillet 27, 2013

ANNONCE


Association : “les Voix du Lyrique“
14 avenue Emile Vincent 83000 Toulon.
Tel : 04.94.41.43.39.
Mail :lvdl@lesvoixdulyrique.fr

BEAU SUCCÈS L'AN DERNIER AVEC LE PREMIER PAS, LE PASSAGE À L'ACTE, LE COUP D'ESSAI COUP DE MAÎTRE MUSICAL ET VOCAL DE CE TOUT NOUVEAU FESTIVAL AVEC LA MIREILLE DE GOUNOD (voir dans ce blog la critique le 9 août 2012).
ANNÉE VERDI OBLIGE, LES ORGANISATEURS ONT CHOISI, AVEC LEUR ÉQUIPE,DE MONTER LA TRAVIATA, L'UN DES OPÉRAS LES PLUS IMMÉDIATEMENT BOULEVERSANTS DU MAÎTRE : LES AIRS, MIRACULEUSEMENT CHANTANTS, S'ENCHAÎNENT LES UNS AUX AUTRES, AU SERVICE  DE L'ÉMOTION, DU DRAME DE CETTE DAME AUX CAMÉLIAS, COURTISANE SACRIFIÉE À L'AMOUR SUR L'AUTEL DES CONVENANCES ET INTÉRÊTS BOURGEOIS. DANS LE CADRE ENCHANTEUR DE THÉÂTRES DE VERDURE.
L'opéra est donné dans son intégralité avec orchestre, solistes professionnels et chœurs de la région PACA, en costumes et mise en scène. Soit plus de 90 artistes sous le ciel et les étoiles de Provence. Un erendez-vous annuel à ne pas manquer.

  • Le 8 août 2013 au théâtre de verdure de Gémenos.
  • Le 10 août 2013 au Château Margillière de Brignoles.
  • Le 13 août 2013 au théâtre de verdure du Lavandou
Les spectacles seront tous à 21h15 et un jour de report (le lendemain même heure) est prévu en cas de mauvais temps. (Voir conditions générales de vente sur le site www.lesvoixdulyrique.com

Tarif billetterie :
Dans un souci de fidélisation et surtout pour ouvrir l’accès au plus grand nombre, le prix de la place tarif unique sera de 27,00 Euro (commission billetteries comprise).
Billetterie sur les points de ventes habituels : Fnac, Carrefour, Auchan, Leclerc, Super U, Virgin…
Et sur internet : www.ticketnet.fr ou www.francebillet.fr
Sur notre site : www.lesvoixdulyrique.fr
Les offices de tourisme.

ANNONCE


vendredi, juillet 26, 2013

FESTIVAL


FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA ROQUE D'ANTHÉRON
Trente-trois ans de Festival international de Piano de la Roque d’Anthéron, un mois de plein piano dans le plein de l'été : 20 juillet/ 20 août 2013. Il bat son plein et le cœur bat la chamade de ce programme riche, varié programme et, désormais, en lieux.

Répétons-le, réduire le Festival de Piano de La Roque d’Anthéron à quelques feuillets, c’est résumer la forêt à un arbre et l’arbre à une feuille : près d'une centaine de concerts en un mois, plus de 400 artistes ; le clavier dans tous états, du clavecin au piano-forte en passant par l’orgue et l’organe vocal de chœurs, le jazz, les ensembles concertants, symphoniques… L’aristocratie mondiale du clavier démocratiquement offerte en un éventail qui embrasse de la musique baroque à la contemporaine en divers lieux, mais une atmosphère unique pour des lieux variés.
Conque acoutique
Gradins vus de la scène



D’abord, le berceau : le Parc du Château de Florans et ses 365 platanes : le doigté, le tact végétal de la nature en écho visuel à la touche délicate du piano. Avec l'ombre avancée, les cigales mettent une progressive sourdine au profit des grenouilles des fontaines et les oiseaux, étonnés, entonnent des chants nouveaux pour le jour tout neuf des projecteurs.


La Roque a essaimé dans deux lieux tout aussi naturels : les carrières de Rognes où règne le jazz et l’Etang des Aulnes, qui se niche dans un creux de la Crau, à Saint-Martin : la pierre dorée et l’eau argentée.

Ce sont les trois points cardinaux de ce festival qui a aussi d’autres lieux dans les villages provençaux d’alentour, Lourmarin, Cucuron, Lambesc, Saint-Cannat, Mimet, Gordes, Aix-en-Provence, et désormais, Marseille, la Criée (qui a accueilli le 24 juillet à 18h30, Bach et Cage, Francesco Tristano au piano, avec le danseur japonais Saburo Teshigawara, musique classique et dans contemporaine) et, le lendemain, le 25, encore à la Criée, la pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei, pour un récital Couperin, Scarlatti, Bach et Mozart, à 21 heures. En attendant, le samedi 27, Gregory Sokolov dans un récital Schubert et Beethoven. 
Gregory Sokolov

Sokolov, la tendresse du roc
Et, ce 28, on croit encore avoir rêvé après ce concert qui défie la parole, qui exigerait le silence de stupéfaction, de la bouché bée, de tout en dire en ne disant mot sauf aux applaudissements, tant la salle comble de la Criée n'a eu qu'un seul cri d'admiration pour saluer ce grand bonhomme qui entre en scène, salue à peine, s'assied au piano et se met à jouer et repartira toujours, entre les parties, avec un bref salut de la tête, sans solliciter des bravos qui fusent automatiquement d'un public éperdu et bouleversé. Les Quatre impromptus opus 90 (D. 899) de Schubert sont distillés, adoucis ou intensifiés de beethovénienne façon, de la caresse à la cravache avec un sens de la clarté, une évidence audible qui en font une redécouverte. Même sentiment d'immédiateté pour une interprétation pourtant si pensée, si construite des Trois Klavierstücke (D. 946). La démesure de la Sonate N°29 en si bémol majeur opus 106, "Hammerklavier" de Beethoven semble trouver sa mesure avec ce maître qui maîtrise magistralement cette œuvre : cinquante minutes sans faille, à défaillir on ne sait plus si d'admiration technique, intellectuelle ou affective. Le grand pianiste semble aussi dans un rêve : on comprend qu'il a malgré tout conscience de la salle à la générosité sans étalage avec laquelle il la récompense par une série brillantissime de bis : après ce programme monstrueux, avec une fraîcheur toute juvénile, il enchaîne sans temps mort six bis, cinq morceaux du XVIIIe siècle, perlés de trilles ailés, d'appogiatures, de traits gracieux semblant couler de source, Scarlatti (?) Couperin, Bach, Rameau… comme pour se reposer et finir par un pathos de Brahms bouleversant. Oui, on pourra dire avec étonnement et bonheur : "J'y étais".

L. Ferrari
Renaud Capuçon

Marseille est encore gâtée puisque l'Opéra accueillera le 13 août un concert exceptionnel du grand Daniel Baremboïm et son orchestre West-Estern Divan au programme Verdi et Berlioz, avec le label MP13. Cet orchestre, qui a son siège à Séville, est né en 1999 de l'initiative de Daniel Baremboïm, pianiste et chef d'orchestre israélo-argentin et de l'écrivain chrétien américano-palestinien Eward Saïd, un désir de promouvoir,par la musique, l'harmonie, la paix entre ces peuples tragiquement affrontés du Moyen-Orient. Il réunie 80 jeunes musiciens israéliens et arabes des pays voisins mais ennemis, Israël, Syrie, Liban, Jordanie, Égypte. Son nom, Divan, vient du recueil de Gœthe West-österlicher Divan, 'Divan occidental-oriental', qui rêvait justement d'harmonie dans ces régions.
A. Queffélec

Y.  Queffélec
Ashkenazy, Cassard, Duchâble, Engerer, Keffelec, Planès, Pennetier, Lupu, Richter, Ciccolini, qui y fêta il y a deux ans son 85 e anniversaire, Rigutto, Berezovsky, Lugansky, Magaloff, Sokolov, Pires, Volodos, Freire. Bref, etc, tout le gotha du piano mondial, mais fraternellement ou paternellement ouvert aux jeunes talents : on n’oubliera pas ceux dont les arbres du parc virent les premiers pas ou presque, telle la toute jeunette alors Hélène Grimaud, Angelich, et aujourd’hui Neuburger et autres : car la constellation d’étoiles de premières grandeur du firmament confirmé, s’enrichit chaque année de 30% de jeunes, débutants ou presque, auxquels le festival donne une chance d’envol, d’essor, avec près de cent concerts dont la moitié inédits et des résidences… 
Qui aurait dit, des premiers 300 spectateurs des concerts du début, qu’ils seraient, quelque trois décennies plus tard, presque 300 fois plus nombreux ? Ni René Martin, le directeur artistique (créateur aussi de la Folle journées de Nantes et autres lieux du monde et de désormais rituelle « Folle Criée » à Marseille), ni feu Paul Onoratini, fondateurs, ne pouvaient imaginer l’évidence d’un tel succès, dont Jean-Pierre et Michel Onoratini, présidents aujourd’hui, se réjouissent tout en veillant jalousement à garder l’esprit, le génie du lieu, agrandi mais non grossi ni alourdi, qui garde, malgré sa jauge désormais de 2000 places, un caractère intime et bon enfant avec ses bénévoles heureux d’accueillir ce public large et varié.
N. Freire
Ce festival intime et grandiose est fidèle à sa vocation première, fièrement républicaine : un art d’élite pour tous. D’ailleurs, les pelouses du parc, fleuries de nappes, de paniers de pique-nique avant les concerts, donnent à ce festival, il faut le redire, un petit air de Glyndebourne populaire, ce fameux festival anglais où, à l’inverse, ce sont les Rolls-Royce qui débarquent, avec des valets de pied en grand apparat, la gentry britannique pour banqueter sur riches nappes blanches et candélabres d’argent, avant d’aller entendre la musique. À la Roque, concerts pour tous les goûts et toutes les heures, parfois dès 16 heures selon le lieu, et les fameuses désormais Nuits du piano à thème finissant après minuit : toute la littérature du piano servie par d’illustres noms qui voisinent donc avec des jeunes prometteurs. 
 Notons désormais l'alliance de texte et musique dans certains concerts, récitant et pianiste, instrumentiste, ainsi, ce 23 juillet, sur le parvis de l'église de Lambesc, Renaud Capuçon, violon, Jérôme Ducros, piano et l'Histoire de Babar de Poulenc, par la voix de Laurence Ferrari. Le 31 juillet, même lieu, l'adorable Anne Quéffelec, avec, pour récitant, son frère l'écrivain Yann Queffelec, nous ferons voguer, naviguer, vagabonder, sur les ondes de textes musicaux et littéraires avec leur programme En musique en mer. on se laissera aisément embarquer par ces deux charmeurs talentueux.
L. Fernando Pérez


Parmi les grands aînés, on a entendu Arcadi Volodos le 23 juillet, 21h 30 au Parc de Florans pour un concert Schubert, Schumann, Brahms, et l'on retrouvera, le 20 août, à 21 heures, le toujours souriant et affable Brésilien Nelson Freire, dans un récital consacré à Mozart, Chopin et Brahms. Nous recommandons ici son disque Decca intitulé justement Brasileiro, 'Brésilien', consacré à des musiciens de son pays, rythmes, couleurs au rendez-vous, mais aussi « saudade », 'nostalgie'. 

Le jazz, et la musique électronique, nichent aux carrières de Rognes, le le clavecin, à l’Abbaye de Silvacane, et le temple de Lourmarin abritera une Journée Scarlatti. Le Festival international de Piano de La Roque d’Anthéron, c’est aussi la musique à la rencontre d’autres arts, la peinture avec, au Musée Granet, un hommage à Chagall exposé actuellement au Musée du Luxembourg.
Un autre habitué du festival, Luis Fernando Pérez, qui y a fait ses grands débuts, revient avec l'intégrale d'Iberia d'Albéniz, œuvre dont la difficulté extrême qui n'a d'égale que sa couleur et sa saveur. Il faut signaler cette musique dans son disque Verso, Iberia et Navarra, qui fut salué par la grande Alicia de Larrocha qui trouve en lui un digne héritier musical.


Festival de Piano - Parc du Château de Florans, 13640 La Roque d’Anthéron

Tél : 04 42 50 51 15 - Télécopie : 04 42 50 46 95

e-mail : info@festival-piano.com

Programme détaillé sur : http://www.festival-piano.com/

Photos presse du festival :

mercredi, juillet 24, 2013

mardi, juillet 23, 2013

OPERAAUVILLAGE



COUVENT DES MINIMES,

POURRIÈRES, 16 JUILLET



CRÉATION, RECRÉATION, RÉCRÉATION 
Don Quichotte et Sancho

d’après Florimond Ronger dit Hervé

et

Don Quichotte, berger

ou la nouvelle Arcadie

Livret de Florimond Ronger dit Hervé

Musique de Jean-Michel Bossini


Loin des fastes néfastes de MP13, dont les lumières trop vives laissent crûment dans l’ombre nombre de manifestations qui mériteraient un éclairage digne d’elles, le festival l’Opérauvillage de Pourrières organisé par des bénévoles du lieu, dans l’apaisement en douceur de la ligne de crête de la Sainte-Victoire, au creux du petit couvent des Minimes, pierres décroûtées caramel et pain d’épice, à l’abri du délicieux petit cloître auquel une seule branche de marronnier est parasol et dais végétal, poursuit son petit bonhomme de  grand chemin.
Sur le charme du lieu, de ce rituel dîner convivial à thématique culinaire en rapport avec le spectacle, mitonné par les bénévoles du village, dégusté sous les vénérables marronniers et accompagné des vins du terroir offerts par les vignerons du cru, on se reportera dans ce même blog aux dates où j’en ai rendu compte (4/8/2008, 26/7/ 2009, 23/7/ 2010,  26/7/ 2012). On s’y retrouve avec un plaisir jusqu’ici jamais trahi.
Fort d’une équipe solide et soudée pour la réussite par un compagnonnage généreux, après nous avoir habitués à des productions originales, loin des sentiers battus, en exhumant des œuvres lyriques inconnues, méconnues (rappelons Cendrillon de Pauline Viardot, Djamileh de Bizet, Philémon et Baucis de Gounod, etc), l’Opérauvillage se paie le luxe de nous offrir du même coup, une création et une recréation, sympathique et heureuse récréation musicale.


L’œuvre, les œuvres
Qu’est-ce qui est mieux qu’une opérette ? Deux : une moderne, Don Quichotte berger ou la nouvelle Arcadie enchâssant joliment l’ancienne Don Quichotte et Sancho (1847) de Florimond Ronger dit Hervé (1825 – 1892). De ce dernier, auteur d’une bonne centaine d’opérettes, on a presque tout oublié malheureusement (sauf sa tardive Mam’zelle Nitouche de 1883) mais les organisateurs de Pourrières nous  rafraîchissent la mémoire avec cette œuvre et nous apprennent qu’à l’hôpital, il avait pu monter une pièce avec les médecins et les malades, l’Opéra de Bicêtre, belle anticipation de la musicothérapie, de l’art thérapie timidement en vogue aujourd’hui. Son Don Quichotte et Sancho eut un joli succès mais fut balayé par la proche révolution de 1848.

Ce serait, nous dit-on, la première opérette mais ce serait se contenter d’un regard franco-français puisque ce genre court, en un acte, mêlant paroles et chant sur une intrigue bouffonne existait déjà depuis plus d’un siècle et demi en Espagne, appelée la tonadilla escénica, elle-même dérivée des sainetes, intermèdes musicaux du théâtre et de la zarzuela baroques (ayant donné dans la  Naples encore espagnole l’opera buffa), d’où dérive d’ailleurs le mot « saynète » qui définit cette œuvre.

D’autre part, les chercheurs érudits de l’équipe, en fouinant avec bonheur dans les documents du fonds Hervé de la bibliothèque de l’Opéra, ont trouvé, entre autres, un livret d’Hervé, complet, mais jamais mis en musique. Ils ont eu la bonne idée d’en confier la musique au compositeur Jean-Michel Bossini, qui signe par ailleurs la subtile adaptation, pour un effectif instrumental léger, un septuor, de la masse orchestrale de l’opérette complète d’Hervé, Don Quichotte et Sancho.

Le livret retrouvé, Don Quichotte berger ou la nouvelle Arcadie est également une saynète en un acte, d’après l’épisode pastoral du roman original, le moment où le héros, non pas lassé de la chevalerie, mais comme un complément littéraire, la bergerie étant le pendant lyrique du roman épique de chevalerie, envisage de se faire berger, le berger Quichottis. C’est le prétexte pour la célèbre tirade utopique du retour au mythique Âge d’Or de l’humanité, magnifique discours où Cervantès, par la voix de son héros si généreusement humain, exprime son rêve humaniste, humanitaire, que n’auraient pas désavoué les premiers socialistes saint-simoniens de la Révolution de 1848, rêveurs de la fraternité universelle.

Les deux livrets d’Hervé, même dans leur condensation, manifestent sa connaissance profonde de cette œuvre qui ne passait pas encore pour le premier roman de la modernité (Gustave Doré et ses gravures n’est pas loin), seules ses graphies de certains personnages étant inexactes : Tereza au lieu de Teresa pour la paysanne, idéalisée en Dulcinée par le chevalier, Carasco au lieu de Carrasco, péchés véniels en regard de sa langue exacte et bien venue, fleurie de quelques jeux de mots plus ou moins gros. Sa musique est charmante, coule avec aisance, grâce souvent. 


Réalisation et interprétation
L’adaptation de Jean-Michel Bossini est respectueuse de l’original, habile musicalement, efficace. Quant à sa propre musique sur le second livret d’Hervé, il a le bon goût, l’élégance de n’en pas faire une machine à écraser son prédécesseur : elle est moderne, d’aujourd’hui, mais sans outrance, et l’on doit même lui reconnaître le mérite de ne pas créer une solution de continuité entre les deux qui soulignerait grossièrement les coutures entre la musique et le texte originaux d’Hervé et celui qu’il met personnellement en musique. Il a de belles trouvailles comme ces bêlements de moutons de l’Arcadie qui se souviennent peut-être de l’instrumentation humoristique par Mozart de tel passage pastoral du Messie de Händel. Il a joliment servi son septuor d’instrumentistes tous à louer. Ses mélodies sont agréables, bien chantantes.

Là où la bât (de l’âne invisible mais audible de Sancho) blesse, c’est le traitement qu’il inflige aux chanteurs, les forçant, de son propre aveu, à des tessitures extrêmes pour leurs voix. Ainsi, on peut déjà trouver étonnante la silhouette longiligne d’un Sancho rond et mangeur qui répondrait plutôt à celui du Chevalier à la Triste Figure, mais en faire une voix suraiguë et détonante en la confiant à un contre-ténor (Bernard Dazin) qui n’est plus ni contre ni ténor par la partition qui lui est confiée, contraint à des sauts, à des cris, des criailleries souvent pénibles quel que soit son talent réel d’acteur, est bien arbitraire, et, dans la méconnaissance de la partition d’Hervé, même en admettant la liberté absolue de toute œuvre par rapport au modèle, l’on ne parlera pas du contresens hispanique puisque, dans l’Espagne du Siècle d’Or, on méprisait les voix aiguës et nasales françaises dont on disait qu’elles étaient plus de poule que de coq gaulois.
 Cela accuse artificiellement le contraste recherché par Bossini avec ce Don Quichotte trop jeune et beau (François Echassoux), confiné dans des graves trop bas pour sa pourtant belle voix de basse, sans même en appeler au texte où Sancho se « quichottise » clairement, assumant l’idéologie chevaleresque de son maître, tout comme Leporello et Don Giovanni deviennent vocalement identiques. Même traitement infligé à l’autre basse, Nika Guliashvili en Sansón Carrasco,  réduit à sa corde la plus grave, la moins timbrée, celle qui passe le plus difficilement la rampe même dans cet espace réduit. Le baryton Denis Mignien (Núñez) s’en tire un peu mieux encore que l’imposition à tous ces chanteurs de notes en voix de tête à partir de ces graves trop lourds donne des sons approximatifs et les faussets sonnent forcément faux. Anouschka Lara (Juanita), soprano léger mais encore trop sollicitée dans des aigus, tire son épingle du jeu et la mezzo Patricia Schnell, en accorte Teresa/Dulcinée, a plus de chance avec une partition plus propice à son timbre rond et charnu et ce confort lui laisse plus d’aisance dans la théâtralité. Car l’insécurité des chanteurs leur cause une incertitude vocale qui corsète leur jeu et, malheureusement, le public leur attribue des manques qui semblent n’être que le résultat du trop-plein de difficultés imposées inutilement par le compositeur. Mais on apprécie la précision qu’il apporte à la direction musicale des deux œuvres.

Du moins à cette première, toujours angoissante, le jeu sans doute souple de Bernard Grimonet dans sa mise en scène, à la juste gestique, se ressent un peu de ces contraintes. On goûte les jolies trouvailles, l’action située à Pourrières même (après tout, un chevalier errant se déplace !) avec en fond, sous les arcades de la scène, la ligne bleue abstraite de Sainte-Victoire, la fontaine pyramidale du village commémorant la victoire de Marius sur tes Teutons (Pourrières tirerait son nom du charnier où pourrirent les corps des barbares vaincus) qui s’ouvre en trône et dais seigneurial pour le seigneur (scénographie de Jean de Gaspary), le long licou de l’âne invisible de Sancho, le petit mouton à roulettes de l’Arcadie. Les costumes, comme les décors, comme toujours confiés à des gens du village, sont beaux, joyeux, joliment stylisés à l’espagnole, et aussi frais que ce petit chœur et ce spectacle à la fois modeste et ambitieux, qui mériterait bien de tourner.

Pourrières, l’Opéraavillage
Couvent des Minimes, 700 chemin de la santé
83910 Pourrières, 16, 18, 20, 22, 24 juillet 2013
Don Quichotte et Sancho
d’après Florimond Ronger dit Hervé, adaptation Jean-Michel Bossini,
Don Quichotte berger ou la nouvelle Arcadie,
livret d’Hervé, musique de Jean-Michel Bossini , création
.
Direction musicale,  Jean-Michel Bossini ; direction d’artistes, Luc Coadou ; mise en scène, Bernard Grimonet ; scénographie, Jean de Gaspary ; arrangement, Frédéric Carenco ; régie lumière : Sylvie Maestro.

Distribution :
Don Quichotte :  François Echassoux ; Sancho : Bertrand Dazin ; Juanita : Anouschka Lara ; Núñez :  Denis Mignien ; Teresa/Dulcinée :  Patricia Schnell ; Carrasco : Nika Guliashvili.
Chœur :  Emilie Cavallo, Eymeric Mosca,Michael Paparone, Laura Stamboulis.
Septuor instrumental : Stéphanie Perin (alto) ; Sarah Friedmann (violon) ; Virginie Bertazzon (violoncelle) ; Jean Bernard Rière (contrebasse) ; Aurélia Céroni (clarinette basse) ; Marilyn Pongy (cor) ; Isabelle Terjan (piano).

Tél : 06 98 31 42 06

Photos : Bernard Grimonet (CLIQUER SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR):
1. Le berger Quichottis plaidant pour le retour à l’Âge d’Or ;
2. Don Quichotte et Sancho : François Echassoux,  Bertrand Dazin ;
3. Saluts.

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