Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

dimanche, mars 29, 2020

ET VOGUE LA GALÈRE…


La Nef immobile

Sept contes sans fées

de Jean-Luc Giribone



Collection Les Cosmopolites

Éditions La Bibliothèque, 187 pages 



Les livres rares sont rares dans l’univers raréfié de l’édition littéraire, vouée en gros au livre marchandise, livrée souvent à l’actualité qui fait rarement acte de littérature. Paru l’an dernier, voici donc, loin des modes vites démodées, un livre « inactuel » mais voguant sereinement sur l’intemporalité d’une prose qui aura toujours pour elle le présent de la qualité de l’écriture qui fait seule la littérature.  C’est un élégant volume très aéré, de 187 pages, constitué de sept récits oscillant entre une trentaine et quarante pages, deux de seize et un de deux. La belle couverture bleu clair s’orne du dessin très linéaire d’un navire, d’un vaisseau, d’un paquebot, une manche à air figurée par un stylo plume et des feuillets pour drapeaux voletant autour.


Titre

 Le titre, La nef immobile fait penser, bien sûr, mais a contrario, au film de Fellini de 1983, E la nave va… ‘Et vogue le navire’. Terme ancien que « nef » pour un navire. Peut-être quelque chose à voir avec l’écusson, les armes de Paris avec une nef ancienne sur des flots agités et la devise : « Fluctuat nec mergitur », ‘Elle fluctue mais ne coule pas ‘.

         Nous réserverons « immobile » pour la fin, puisque le titre du livre est celui même du dernier récit, du dernier « conte » de cette « nef ». La mer est cependant absente hors les « ondes narratives » (p. 16) qui portent la nef de mots, où « les événements »  sont « un clapotis » (p. 24) , mais la ville indéterminée, innominée, est omniprésente par des paysages urbains très précis même dans ses sous-sols, dont on peut imaginer que ce sont ceux, poreux, de la capitale.

         Le sous-titre dément immédiatement ce que le conte connote : « Sept contes sans fées ». Cependant, il y en aura une de nommée : « la fée du fatras » (p. 126). Association phonique de l’allitération, allusion à la « fatrasie » fantasque du Moyen-âge, poème où le sens cède le pas au son ? Ce n’est pas à exclure dans la densité, la richesse sémantique du texte sous l’apparence innocente de sa transparence. Mais si les fées, qu’en fin de compte attendraient les enfants d’un conte, sont exclues d’emblée, ces contes sont peut-être pour les grands enfants que sont les adultes : « sans fées » mais non sans féerie fantasque, fantaisiste ou fantastique d’un récit qui, au Lecteur, dans l’adresse, tresse les tons, registres et couleurs, les tonalités sonores, « toutes les couleurs de l'arc-en-mots », versicolore prose musicale au-delà de l’arc-en-ciel : Over the rainbow, chantonnerait-on.

Épigraphes, exergues 

         Avant même l’entrée, il faut franchir des « seuils » du texte, trois épigraphes, guère enfantines. La première, de l’Argentin Jorge Luis Borges, dont on connaît le goût du fantastique et le dégoût du réalisme :

« La littérature n’est rien d’autre qu’un rêve dirigé ».

Cette épigraphe a comme une fonction « programmative », une indication de piste puisque on en aura un écho dès le début du premier conte, « Le Palais du Récit » où, dès la dixième ligne (p. 11) se pose la question : « pourquoi les rêves tentent-ils d’être des récits ? », le personnage confiant : « je me suis assoupi », puis « J’ai fait un rêve » (p. 22). Ce rêve est sans doute érigé, sinon dirigé, en récit en ce temple qui lui est consacré, récit « mué en architecture » (p. 13), qui s’inverse aussi en rêve aux contours estompés, fantasmé mais dirigé, comme Thérèse d’Avila décrivait un type d’oraison orientée pour atteindre l’extase, un état de conscience dépassée dont, poétiquement, elle savait ensuite construire le récit.

Cependant, si, dans la théorie freudienne, les rêves sont soufflés par l’inconscient (« Ça parle », dira Lacan) la conscience éveillée du récit les ordonne, leur donne un sens, une direction et, ici, en tous les cas, s’il y a quelque rêverie surréaliste, cela ne se traduit nullement en écriture automatique soi-disant dictée par le rêve, tant elle est contrôlée.

Enjambée par la première et le troisième, la seconde épigraphe médiane, est tirée de Pascal : « Vous êtes embarqués ». Classique, logique et maritime image de l’inéluctable traversée, existentielle, de la vie, qui nous embarque tous dans le même bateau, prêts pour le départ, le cours, le discours du récit. Paradoxalement, sautant de l’Argentin au Russe, la dernière épigraphe, de Mikhael Bougakov, dramaturge et médecin, semble contredire la première, puisque l’auteur du récit semble ici en perdre le contrôle prôné par Borges : 

« Mais ce que je ne vois vraiment pas, c’est ce qui va se passer ensuite. »

Navigation contrôlée ou à vue, ou à l’aveugle selon les épigraphes, sans lever l’ancre, « la Nef immobile » et ses prévues dérives s’amarre à la rive, au quai d’un Palais fixe qui en semble la terrestre métaphore : vaste vaisseau avec ses salles, salons, « antichambres, « couloirs » ou coursives, proustienne « cathédrale narrative » qui suppose des « nefs », dont le luxe architectural est bien dans le faste monumental des ambitieux navires à cheval sur les XIXe et XXsiècles, dont le Titanic fut l’ultime et somptueux avatar. On peut donc s’embarquer dans ce premier conte.

1.    « Le Palais du Récit »

Surgi « dans son esprit une nuit, alors qu’il cherchait le sommeil » (p. 11), l’architecte Jordi Berni, ruminant la question « pourquoi les rêves tentent-ils d’être des récits ? », est l’artisan de ce Palais du récit, sur la perspective « art nouveau » des Grand Palais et Petit Palais à Paris. Même si cela sent vite la métaphore, l’allégorie, le « mélange des genres » revendiqué par l’auteur dans sa note aux lecteurs, la précision réaliste[1] de ce texte ferait croire non à un personnage, mais à une personne réelle interrogée sur son œuvre par un grand journaliste,  nous poussant à la curiosité de recherches : la consonance catalane du nom fait penser au célèbre architecte Gaudi (Antoni), contemporain du Grand Palais, mais du nom de Jordi Berni on ne trouve qu’un pianiste de jazz catalan.

Le « Palais du Récit » devrait compenser en pierre l’impossible impensé rationnel du récit onirique. La précision architecturale minutieusement montrée de l’édifice s’opposera à la guère édifiante imprécision donnée comme un axiome de l’ambition narrative du « romancier » nocturne du rêve dont les efforts, « les tentatives avortent » pour faire fixe matière narrative des fuyantes images incohérentes d’avant le sommeil, que n’accepterait aucun éditeur même onirique. C’est finalement, après le « portique d’entrée », dès « l’antichambre où brillent les narrations » (p. 13), « un ensemble multicolore de fictions », « un assemblage d’histoires », un « tissu immatériel d’histoires », la chair même du monde. Et ajouterions-nous, ironique retournement baroque, le tissu même du songe dont nous sommes faits selon Shakespeare.

Le narrateur guide autrefois actif, puis rétrospectif de ce vaste lieu qu’il faisait visiter dans sa jeunesse, rêve dans le rêve, s’assoupit. Tel un Martin Luther King de ce Palais bâti sur un songe, il énonce :

« J’ai fait un rêve. »

Le Palais des Récit est devenu, modernité oblige, « un ordinateur social et central » de tous les récits du monde (p. 23) qui en devient un vaste « roman distendu. » (p.24)  

Clé du texte, « portique » ou poétique de ces « contes », ce récit initial semble en fait initiation à l’écriture du livre, qui livre en jouant et se jouant de nous comme de lui-même, ses ambitions et signes. La question de la littérature comme rêve contrôlé posée par l’épigraphe de Borges est ici plaisamment exposée en ses rives de pierre, mais subvertie, dépassée par les dérives ou les rivages et visages brumeux de celle de Boulgakof et son principe d’incertitude. En tous les cas, comme dit celle de Pascal, nous sommes « embarqués » par les charmes de cette prose littéraire qui ne prend jamais la pose de se poser comme telle.

Tressage des tons, tissage des sons

C’est d’abord l’indice de cet onirique romancier s’essayant « au récit fantastique, parfois au roman noir, ou à la nouvelle réaliste » pour ce « tressage des tons » et des genres. Ce livre, donc, onirique, fantastique a toujours un substrat concret, « la profondeur fantastique du réel », avec amorce de roman noir ou film noir comme dans « Les Catacombes rouges ». Il « se mord méchamment la queue » (p. 18) puisque la « configuration en miroir » de cette architecture « cyclique » « revient au commencement » (p. 17), le dernier conte, « la nef immobile » remonte même au titre.

Ce Palais apertural, d’ouverture, cette « cathédrale narrative » est donc bien un récit mué en architecture ». Croyant personnellement à la correspondance rhétorique de tous les arts, donc que la musique est une architecture sonore comme l’architecture est une musique muette, nous goûtons, dans l’architecture du texte qui mêle les deux, le nombre de ces phrases, « nombreuses » au sens de rythmées, de jeux de sons, signature, d’entrée, comme une donnée, de cette écriture. Il y a des figures de sons et sens, telle l’antanaclase[2], effet sonore de redoublement, « bruit », verbe bruire, « bruit » et d’écho allitératif, « embroullamini » :

  « il bruit du bruit que font les récits, dans un embroullamini continu. » (p.13)

Ainsi, nous aurons un texte fortement architecturé par la charpente, la structure, le rythme de la phrase, sur quoi s’inscrit ce qu’ailleurs j’ai appelé l’architexture, le tissage sonore, le détail musical.

II. « Les trois ciels » 

Ce conte, le plus court, de deux pages poétiques et satiriques, comme annoncé par son titre, s’énonce et scande en son début, dès la première ligne, en harmonieux rythme ternaire :

« le ciel naturel […], le ciel surnaturel […] et le ciel social ».  (p. 27)

À l’équilibre des adjectivations des trois ciels répond leurs attributs.

« Le premier est sans raison, le second est en lui-même sa raison d’être et le troisième tente multicolorement d’en être une. »

De ce « ciel social », on peut raisonnablement conclure, sous les mots et leur jeu implicite, qu’il peut être « une raison sociale » —qui nous en fait voir de toutes les couleurs. S’il est « polychrome » en lumières, c’est qu’il est éclairé non d’étoiles, « constellé, mais de stars », qu’on peut imaginer hautes en couleurs.

 Après ce bel adverbe « multicolorement », autre belle allitération parmi celles du texte :  il est « cruel et criard ».

 Cette qualités, voyante ou secrète, permet d’enchaîner avec le troisième conte, cruel sans cris, vraiment sans fée bénéfique si les maléfiques n’y manquent pas.

III. Déclaration de poids

Sous la fantaisie désinvolte de ce conte, sous l’humour constant, sous l’humilité masochiste du narrateur, c’est effectivement, sans effets mélodramatiques mais avec conséquences dramatiques, une réalité cruelle, criante de vérité de la société d’aujourd’hui, impitoyable aux losers, aux perdants. Le narrateur livre cet aveu terrible de naufragé de la nef sociale :

« J’ai perdu pied face au ciel social ; j’ai perdu face devant le visage des autres ; j’ai perdu main devant l’habileté de mes rivaux. » (p.29)

Dans ce frappant, bien frappé rythme ternaire : pied, face, main, pièce à pièce, morceau par morceau, le personnage social se délite, la personne morale, se décompose, se déconstruit, se détruit. Il se sent « transparent » (p. 29), « invisible » « corps muet ». (p. 33)

Aujourd’hui, notons que l’individu vit assiégé par les autres, leur regard et, avec le mythe obsédant de la transparence nous subissons l’exigence de visibilité, visibilité essentielle, existentielle : être connu, c’est quand on remarque votre présence dans une soirée mondaine ; être célèbre, c’est quand on remarque que vous n’y êtes pas. Entre les deux, l’individu et son besoin éperdu d’être sinon renommé, connu, au moins reconnu par ses semblables, perdu sans cela, renvoyé au néant social de sa solitude. Car, dans notre société, nous sommes toujours jugés, toujours évalués, surévalués, dévalués dans la folie quantitative de notre époque où tout est mesuré, chiffré : on nous demande d’évaluer le coursier, le magasin, le service, le produit. Tout en numéro, numérisé : le numérique.

Ici, l’anonyme personnage, sombrant « dans l’inexistence » (p. 35), dit :

« j’avais le sentiment qu’une indifférence implacable marchait à côté de moi. »

Ne pas exister aux yeux d’autrui, on l’a souvent éprouvé, c’est mourir de froid au seuil de leurs regards. Et je me demande : serait-ce par la terreur d’être invisible dans la foule que tant de gens multiplient les selfies, les portraits d’eux-mêmes ? Sous le badinage des dialogues vifs, on perçoit un sentiment tragique de l’existence sociale aujourd’hui.

De la fausse fantaisie sociale, on passe à la folie.

IV. Le neveu fou

 Ce texte me fait penser à L’amour de lonh, ‘L’amour de loin’ du troubadour Jaufré Rudel, amoureux, sans la connaître, de la Princesse de Tripoli. Ici, c’est d’une ville vue en photo[3] que s’éprend le héros.

Est-ce une fascination ou une fuite ? Lui aussi, comme le loser du précédent conte, avoue tenter « d’occuper une place ou de gravir les échelons d’une hiérarchie ». (p. 55)

On remarque les remarques précises de la ville dans ce livre commencé par l’architecture et qui manifeste un imaginaire urbanistique, fondé sur de concrètes et humoristiques observations :

 « Dans cette ville, la hâte s’était généralisée jusqu’à devenir l’état normal de la marche. » (p. 55)

Une course piétonne, sociale ou sociologique, sans doute dans cette chasse, cette poursuite féroce du succès, où le flâneur, plus lent, est continuellement dépassé par le flot :  

« Le flux me contournait, je devenais un îlot mobile, un caillot circulatoire, une pierre dans le sang urbain… » (p. 55)

 L’individu à son rythme personnel déambulatoire, ternaire, le promeneur contemplatif, n’est que caillot, caillou, thrombose paralysante, inadmissible obstacle dans la frénésie de la circulation d’une société livrée à la vitesse vers on ne sait quel but.

         Avec des notations urbaines réalistes, le texte acquiert un surréel, plus que surréaliste une sorte de réel d’à côté. D’en dessous, dans le conte suivant : une plongée dans une réalité urbaine souterraine dont le réalisme débouche sur le fantastique, tant de la fiction que des formes, des sons, des couleurs.

V. « Les catacombes rouges »

Puissance cinématographique dès la première ligne : le « rond lumineux » d’une lampe électrique arrache des formes dans l’obscurité d’une galerie dans des dégradés de lumière éclatante jusqu’aux effleurements du faisceau flou (p. 73) : atmosphère visuelle de « film noir », dont l’étiquette masque la réalité chromatique de toute la gamme, ombre et lumière du blanc, gris et noir.  La surprise sera ici qu’on passera de cet ordinaire chromatisme angoissant à l’extraordinaire du rouge terrifiant. Pour l’heure, la lampe découvre, effleure « des canalisations et des tubulures, «   des « piliers » et, dans une superbe image tel un gros plan, « se reflétait dans des flaques, éclairait tout à coup une inscription. » (p. 73) 

Mais l’insolite, l’étrange, le fantastique passent du lieu, des images aux mots, aux sons qui lui répondent s’ouvrant en échos sémantiques et sonores. Cela devient « Une histoire peuplée de sons et d’échos », un « événement verbal », un « chaos de cohortes ». Paradoxalement, l’intelligible, « monstre sonore », « la prolifération des mots «éteignait la possibilité de leur faire signifier quelque chose », ce qui, autant que le « récit fantastique » était annoncé dès « Le Palais du Récit » : « il bruit du bruit que font les récits, dans un embroullamini continu. »  

Le narrateur a beau affirmer « Je n’avais pas peur », le récit, devenu thriller, instille une atmosphère de terreur par ailleurs suggéré par la référence  au « masque de la mort rouge », allusion transparente à Edgar Poe et au film célèbre de Roger Corman de 1964, dont l’acteur principal, Vincent Price, se spécialisera dans le rôle de Dracula.

Les bonheurs d’expression abondent comme, dans ces terribles souterrains ténébreux, cette « Aube souterraine », cette « étoile atténuée ».

Et, pour la première fois, dans cette abondance urbanistique du livre, dans cette ville inverse, à travers une grille, un paysage campagnard s’ébauche, mais dans une irréalité de souvenir, d’estompe : couleur passée, teinte sépia, « carte postale ancienne » (p. 83), description renvoyée à la connaissance culturelle du lecteur : « Un assemblage de stéréotypes poussés à bout ».

Pas de fées non plus ici, mais un bon ange, le gardien qui le tire de là pour une autre insolite aventure en surface dans un énigmatique café rouge.

VI. « L’Homme aux 10 000 objets et la sainte bizarre »

Retour à Atella du narrateur, autre, puisque c’est lui qui a fait peut-être, les photos dont le premier s’était entiché.

Chaos, dépotoir, ordures en tas. Mais la photo, sous un bon angle, œil du photographe artiste, tire l’art  de l’or de  l’ordure : « Le chaos devenait ainsi un tableau (p. 113) Désordre, ordre du monde impossible mais érigé en œuvre d’art telle une compression de César ? Cependant, nouvelle ordonnance des ordures en continents constitués de ce magma premier sinon originel, effet original sans doute de la fée du fatras.

Pessimisme, échec avoué du narrateur qui semble issu de la voie sans issue sociale de deuxième conte, installé dans le « provisoire indéfiniment reconduit », « coupé du ciel social » :

« Je vis en dehors des possibilités humaines » ; « Je vis entouré par les cadavres de mes possibilités. » (p.115)

C’est peut-être pour dépasser ces échecs que le dernier conte semble proposer une utopie sociale, bien que pour le moins étrange, reprenant et éclairant le titre global de l’ouvrage.

VII. « La nef immobile »

Encore un ancrage urbain de la nef, décidément bien citadine comme une Île de la Cité enracinée qui ne connaît de la mer que le mouillage immuable au cœur de la ville. Le narrateur, à l’inverse de celui des Catacombes invité d’une soirée, est ici maître de maison, « au centre de la ville, installé dans la géographie lisse et nette d’un gratte-ciel ».

Ce lisse et net se perturbe toujours, ondule et vibre allitérativement du rythme ternaire de paronomases : « Beaucoup de bruyant, peu de brillant, rien de vibrant … »

Maître de maison attentif, il observe, avise, et visera une humaine « architecture », « une structure visuelle » (p. 149), un trio : une femme, deux hommes : « trois mousquetaires de soirée ». Verre à la main, une soirée mondaine d’été, sans beaucoup de malice, on peut penser à un banal trio femme-mari-amant ou un assemblage spontané à trois. Le narrateur, insatisfait veut y mettre l’ordre du quatrième, mousquetaire : passant du trois au quatre, il leur propose un quatuor, un carré, une partie pense-t-on par réflexe générationnel soixante-huitard et salonnard, réflexion érotique. On s’attendrait donc à un malicieux ou délicieux, ou délictueux Embarquement pour Cythère proposé par le maître de maison en quête de maîtresse et amants, trois pour une, une pour tous pour ces mousquetaires d’un nouveau genre ou génération nouvelle, plus on est de fous, plus on rit, mais je ne sais si sa proposition est plus honnête, en tous les cas, étrange : il les « embarque », au sens ambigu aujourd’hui du terme, sinon celui de l’épigraphe de Pascal, à former une nef. Bizarre jeu pour adultes enfantins ou grands enfants ? On pense aux Enfants terribles de Cocteau. Ou à une surréaliste utopie sociale, difficile à démêler, à déchiffrer sous les dialogues vifs, tout aussi étranges, des personnages.

Dans cette nef finale apparaît finalement la foule : La nef des fols ? Cela évoque-t-il La Nef des fous médiévale, Das Narrenschiff), la fameuse satire de Sébastian Brant (xve siècle), célébrée par le tableau de Bosch?

         Immobile, cette nef est-elle enlisée, échouée ?  Signe -t-elle l’échec de l’Utopie, des utopies ? Sans doute, si l’on additionne et auditionne ce pluriel de narrateurs singuliers désabusés, à coup sûr trahis par la vie dans leurs inspirations et aspirations frustrées dans une chaotique société. Dans la tradition romantique, ils pourraient invoquer ces vers connus :

                  Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,

                  L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.

         Cependant, traqueur, détraqueur des mots, tressés, troussés et détroussés sémantiquement, Giribone jubile, joue avec le lecteur et déjoue si bien ses attentes, que ce texte fantasque, fantastique, fantaisiste devient une optimiste utopie du langage.


L’AUTEUR : Jean-Luc Giribone, normalien, agrégé en lettres, a fait à Paris une carrière remarquable d’éditeur en sciences humaines et de psychanalyse aux éditions du Seuil où il a notamment publié, Pierre Bourdieu, Peter Brook, François Cheng, Antoine Compagnon, Tzvetan Todorov, l’Ecole de Palo Alto, etc... Il a également enseigné en France et, aux États-Unis, à l’université de Yale. Dernier ouvrage, un essai Qu’est-ce qu’un homme de vérité ? Indigène éditions.




[1] Les notes de bas de page, comme dans des textes universitaires, accrédite cet effet de réel, comme celle qui identifie le « journaliste de renom » Paul Kolbert (p. 13).

[2] On connaît celle de Pascal qui joue sur eux sens du mot « raison » dans le cœur a ses raisns que la raison ne connaît pas. »
[3] Le photographe réapparaît plus tard comme la ville, Atella, et d’autres personnages récurrents  nommés, Coronatti, Madame Hébert.

dimanche, mars 08, 2020

BOUTIN, BÉLA : BEAUTÉ


Enregistrement 22/11/2019

RADIO DIALOGUE RCF

(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)

N° 403, semaine 46

Quatuor Béla/ N. Boutin


            Noémi Boutin et le Quatuor Béla, D’Adamo Sur vestiges, Schubert : Quintette en ut majeur, D. 956, un CD NoMadMusic
       Voici un disque séduisant et dérangeant. Séduisant, car il propose le bouleversant Quintette en ut majeur, D. 956, immense quintette à cordes composé par Schubert durant l'été 1828, deux mois avant sa mort, qu’il n’entendit jamais exécuter. Dérangeant car, pour y arriver, il faut se laisser immerger, submerger, emporter par Sur vestiges, que le quatuor Béla, ces quatre garçons dans le vent, ont commandé au compositeur contemporain franco argentin Daniel d’Adamo, né en 1966, un autre quintette pour permettre d’adjoindre à leur formation, deux violons, alto et violoncelle, le violoncelle de Noémi Boutin. Inversant la chronologie, cette œuvre puissante devient en sorte un douloureux prélude d’aujourd’hui à cette musique d’hier et de toujours.

De quel monde enfoui émergent ces vestiges ? Frissons, frémissements, froissements, frôlements feutrés, feulements de fantômes : c’est une confuse effusion affolée de cordes et jamais cordes frottées ne méritèrent mieux leur nom. Pincements, trilles, trémolos qui font trembler, sombres grondements, glissandi glauques, angoissants, aveuglés, soudain de tutti lumineux finissant dans le fugato, la fuite effrénée, éperdu d’un univers de ruines qui débouchera sur la lumière diaprée de Schubert. Écoutons un extrait trop court de ce palpitant Vestiges de Daniel D’Adamo :

1) PLAGE 1

Comme après un cauchemar ou la marche angoissée dans une étouffante forêt touffue on débouche sur une lumineuse clairière, le quintette de Schubert. Cordes cordiales, cordes sensibles, accordées plein cœur, touchant le nôtre par le quatuor Béla et Noémi Boutin. Ce léger motif caressant du premier mouvement semble fuir sur les ailes du rêve ; il en émane un allegro joyeux mais que le ma non troppo, ‘mais pas trop’, teinte, modère de mélancolie, avant la course fiévreuse de présages d’orages et le retour déchirant du motif. Un extrait, bien trop court :

2) PLAGE 7

Le second mouvement, c’est l’adagio, un lent, un impondérable rideau de soie s’ouvrant, émergeant du silence ou des songes, ponctué des pizzicati du second violoncelle comme des pas menus sur la pointe des pieds, une indécise brume flottante, impalpable musique venue d’un ailleurs très lointain, on en retient sa respiration comme on retient un rêve évanescent qu’un souffle pourrait évanouir. Un extrait :

3) PLAGE 8

Les troisième et quatrième mouvements , seront comme un réveil joyeux où Schubert, souriant dans la détresse, semble vouloir effacer d’un revers de corde l’indéfinissable nostalgie, la mélancolie du précédent mouvement, et nos jeunes interprètes s’en donnent à cœur joie, pour la nôtre. Mais nous les quittons sur les accords nostalgiques du second que leur jeunesse a su si bien traduire :

4) PLAGE 8

 Noémi Boutin et le Quatuor Béla, D’Adamo Sur vestiges, Schubert : Quintette en ut majeur, D. 956, un CD NoMadMusic

FEMMES OUBLIÉES


Enregistrement 10/1/2020
RADIO DIALOGUE RCF
(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
N° 412, semaine 2

Sophia Corri Dussek: Favourite Airs Arranged for the Harp,  Airs favoris arrangés pour la harpe. Kyunghee Kim-Sutre, harpe ; Guillaume Sutre, violon. 2019. Livret en français et en anglais Hortus .
Notre XXIe siècle, préparé par le nécessaire féminisme de la fin du précédent, s’est annoncé comme celui de la réhabilitation des femmes musiciennes, effacées de la mémoire, de la postérité, par le machisme dominant, confinées à l’art dit d’agrément, intime, confidentiel. Nous avons ici même évoqué la personnalité extraordinaire d’Alma Mahler, compositrice réduite à l’ombre par son compositeur d’époux, devenue simplement le/la faire valoir de ses illustres maris et amants. Rappelons aussi la malheureuse Fanny Mendelssohn, pratiquement interdite de musique par son père, réprouvée par son frère Félix, qui n’hésita pourtant pas à utiliser comme siennes certaines compositions de sa sœur. Mais heureusement encouragée par un mari intelligent.
Les Éditions Hortus, dans leur grandiose collection sur les Musiciens et la grande Guerre, ont eu en outre le mérite d’exhumer des œuvres de compositrices françaises négligées ou oubliées, telles Nadia et Lilli Boulanger ou Cécile Chaminade, Henriette Renié. Leur volume 31 de la collection, La harpe consolatrice est confié à la harpiste coréenne  Kyunghee Kim-Sutre, épouse du violoniste Guillaume Sutre, avec des pièces de Jacques Ibert, Michel Tournier, Jacques de la Presle, Roussel, Fauré. Mais, dans un autre CD, sous les doigts virtuoses de la même harpiste, c’est une autre musicienne pratiquement oubliée qu’il mettent aujourd’hui en lumière :  Sophia Corri Dussek.
Issue d’une famille de musiciens italiens établie en Écosse, Sophia Corri naît à Édimbourg en 1775 d’un père célèbre et mourra en 1845 sous le nom de Sofia Dussek, perdant le patronyme personnel sous le nom de son premier mari, le fameux compositeur tchèque Jan Ladislav Dussek. Très jeune, elle est célèbre comme chanteuse. Elle fait ses débuts à Londres en 1791, avec Haydn dirigeant le clavecin. Elle en créera des œuvres et contribue à introduit Mozart en Angleterre. Elle compose, fait des arrangements d’airs fameux pour harpe ou piano. En voici un, à partir d’un air français en sol : 
1) PLAGE 7 : A Favorite French Air en Sol https://music.amazon.fr/recently/added/ref=dm_ws_typ_cp
        Son père est emprisonné pour dettes, son mari s’enfuit et meurt en France en 1812. Pour vivre, elle crée une école de musique et compose fait des arrangements d’airs célèbres pour piano et harpe, parfois avec violon car elle épouse un altiste. C’est toute l’atmosphère des salons londoniens du temps, animés par Sophia et son second mari que nous fait nous fait revivre Kyunghee Kim-Sutre avec  le sien au violon. Nous quittons ce couple de musiciens sur le ravissant Rondo pour harpe en Mi Bémol Majeur .
 Mais cette interprète, nous la quittons avec son autre disque, La harpe consolatrice (Les musiciens et la Grande Guerre, Vol. 31) Kyunghee Kim-Sutre, Hortus. Elle y rend hommage à une compositrice oubliée, Henriette Renié (1875-1956), dont nous écoutons La Rêverie.





samedi, mars 07, 2020

IL ÉTAIT UNE VOIX, LA CLARINETTE…


Enregistrement 21/02/2020 
RADIO DIALOGUE RCF

(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)

N° 422, semaine 7
Julien Hervé  Mozart : Concerto pour clarinette K. 622, Quintette avec clarinette K. 581 Rotterdam Philharmonic Orchestra, dir. Gustavo Gimeno, 1 CD NoMadMusic
La clarinette (du provençal clarin, qui désignant un hautbois)  est un instrument de musique à vent de la famille des bois, qui a une anche simple (une lamelle de roseau vibrante placée dans l’embouchure) et un tuyau, la perce, quasi cylindrique percé de trous. C’est l’instrument de l’orchestre dont la famille a le plus de variété, avec une tessiture allant presque du cor grave aux flûtes soprano aiguës. Héritière du « chalumeau », la clarinette est créée vers 1690 par Johann Christoph Denner à Nuremberg. Elle a donc près de cent ans d’existence lorsque Mozart lui donne deux chefs-d’œuvre,  le Quintette avec clarinette en la majeur, K.581, en 1789,  pour clarinette de basset,  dédié à son ami Anton Stadler, facteur de  la clarinette basset, virtuose de l’instrument : c’est pratiquement la seule œuvre pour cette variété de l’instrument, d’où sa rareté dans les programmes de concert et, deux ans plus tard, c’est, pour le même interprète virtuose, le Concerto pour clarinette en la majeur, K.622, en 1791, quelques mois avant sa mort. On salue donc le CD de Julien Hervé qui allie logiquement les deux œuvres même avec des versions modernes de l’instrument. 

Écoutons un bref extrait du premier mouvement du Quintette, une entrée tendre ou mélancolique de cordes auxquelles répond la clarinette par des rires ou sourires enjoués :

1) PLAGE 5

Dans la logique classique d’une forme en trois mouvements où deux temps vifs entourent symétriquement un mouvement lent, la partie centrale du Concerto est un adagio langoureux où la clarinette semble s’étirer voluptueusement entre rêve et sommeil, entre les draps soyeux des cordes :

2) PLAGE 2

Le dernier mouvement, « Rondo allegro »,   allègre donc, chantant, pimpant, semble un souvenir heureux, en des temps de tristesse pour Mozart, de l’adorable, frivole et espiègle Dorabella de Cosi fan tutte :  
3) PLAGE 3

Ce disque lumineux, respectueux est complété avec bonheur par un mouvement « Allegro » d’un quintette Quintettsatz, à l'origine un inachevé, destiné sans doute aussi au même interprète, complété par Franz Beyer. 

    Même si la clarinette n’y est pas l’instrument essentiellement mis en valeur dans ce disque consacré à Gabriel Fauré (1845-1924), il faut signaler ce beau CD, label Hortus, justement intitulé Voix intérieures. On y goûte, entre autres, les Sonates N°1 et 2 pour piano et violoncelle, servies par Nicolas Mallarte pour le piano, Thomas Duran pour le violoncelle, qu'il fait sonner comme une voix humaine de l’âme. On y trouvera avec émotion deux merveilleuses mélodies sur des poèmes de Verlaine, transcrites pour le violoncelle et le piano, double voix en tendre écho, Clair de lune nacré et  déchirant appel sans réponse, D’une prison. On saluera un rare Trio pour violoncelle, piano et clarinette, ici de Manuel Metzer. Nous nous quittons sur quelques accents du premier mouvement :


 4) PLAGE 10-12



MALADRESSES D'EXPRESSION ET ADRESSE EXPRESSIVE


Enregistrement 26/02/2020 
RADIO DIALOGUE RCF
(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
N° 425, semaine 8

La Guilde des Mercenaires de Adrien Mabire Mottetti et Canzoni virtuose.  un CD, Encelade. 

            Nous avions aimé le disque précédent consacré à Giovanni Bassano de cet ensemble de musique ancienne au nom original, innocemment provocant : « guilde », appellation moyenâgeuse, ancêtre du syndicat, « corporation d’artisans », ici d‘artistes, très solidaires ; quant à « mercenaire », cela se dit à l'origine de toute personne offrant un service contre un paiement. Pour nous, la musique n’a pas de prix et l’on souhaite que nos amis musiciens soient payés comme ils le méritent, au sens noble de mercenaires, disons de salariés.  En tous les cas, ce disque est une réussite et l’on a du bonheur à entendre la sonorité de ces instruments anciens dans des exécutions virtuoses, modelées sur le plus humain des instruments, la voix la bourdonnante bombardine, le basson chaleureux, les flûtes vibrionnantes, volubiles comme le cornet dont je rappelle que le jésuite Marin Mersenne, dans son Harmonie universelle (1636-1638), le dit poétiquement « semblable à l'éclat d'un rayon de soleil, qui paroist dans l'ombre ou dans les ténèbres». Dans ce Cd, voix et instruments se détachent, chantent chatoient délicatement sur un tapis onctueux ou solennel, velouté ou satiné de l’orgue caressé ou martelé par Jean-Luc Ho.
            Savourons ces extraits d’un motet de Cyprien de Rore (c. 1515-1565), sur un douloureux départ (Ancor che col partire…) où la voix éthérée de Violaine Le Chenadec est conjointe et rejointe par le cornet de Mabire , auréolés par l’orgue :
1 ) PLAGE 11 
Judicieuse juxtaposition, cet air nous est ensuite offert en miroir musical, en écho par une version avec la flûte soprano d’Elsa Franck en diminutions (divisant les notes longues en courtes :
2) PLAGE 12 

Maladresses de présentation
On regrettera cependant, dans le livret, les imprécisions ou maladresses de la présentation du disque par Mabire lui-même. Il écrit à propos de son programme :
 « Typiquement italien, nous sommes restés à Venise pour ce disque ».
Or, le disque est enregistré à Saint-Amant, en France. Il prétend aussi avoir voulu y évoquer « les grandes heures » de San Marco », et on rêve, il est vrai, de la sonore basilique San Marco de Venise. Ces musiques s’y sont, peut-être, jouées. Mais son affirmation induit à penser encore à des musiciens vénitiens alors que moins de la moitié des onze enregistrés sont, sans certitude aucune, des musiciens de Venise, ni même tous italiens pour ce programme soi-disant « typiquement italien ». On y trouve Roland de Lassus (ou Orlando di Lasso) et même italianisé, Cypriano de Rore, tous deux de l'école franco-flamande, Palestrina le Romain, Cima, Lombard, Fontana, de Brescia, etc.
Par ailleurs, Adrien Mabire, parle curieusement de compositeurs du XVIIe : trois au moins, Cypriano de Rore, (c. 1515-1565), d’Ippolito Tartaglino (c. 1539-c. 1582), Roland de Lassus (1532-1594) meurent dans le dernier tiers du XVIe s.  Les autres sont à cheval entre la Renaissance et le Baroque, entre les XVIe et XVIIe siècles…
Très regrettables flottements et maladresses d’expression qui ne nous feront pas bouder, cependant, l’adresse expressive musicale de l’ensemble. À preuve, cette Sonata prima inédite de Giovanni Antonio Bertoli, où le basson virtuose de Jérémie Papasergio roule et roucoule comme une voix sur laquelle nous nous quittpons :
3) PLAGE 15
La Guilde des Mercenaires d’Adrien Mabire Mottetti et Canzoni virtuose.  un CD, label Encelade Œuvres de Palestrina, di Lasso, Bertoli, Castello, Cima, Fontana, Marini, Riccio, Rore, Tartaglino, Valentini; Coffret avec livret bilingue (français-anglais) 
Francesco Rognoni, diminutions
Violaine Le Chenadec, canto
Elsa Franck, bombardine et flûte
Jérémie Papasergio, basson et flûte
Guillaume Rebinguet-Sudre, violon
Jean-Luc Ho, orgue
Adrien Mabire, cornet, flûte et coordination artistique  




 



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