Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

lundi, octobre 16, 2017

BAROQUE TCHÈQUE


Enregistrement 11/9/2017, passage, semaine du 16/10
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 285
lundi : 12h15 et 18h15 ; samedi : 17h30
Semaine 41
ZELENKA

         À peine sorti le 8 septembre, voici un disque tout chaud d’un musicien venu du froid, du froid de l’oubli ingrat de l’Histoire de la musique. Heureusement, le temps commence à réparer son injustice et l’on découvre ou redécouvre un compositeur qui a plus laissé de traces par ses œuvres que par sa vie, dont on connaît de grandes lignes mais guère de détails : JAN DISMAS ZELENKA  (1679-1745). Le label-Hérisson (LH 05), avait déjà publié un CD de ses Sonates en trio par l’ensemble Pasticcio Barocco et lui consacre aujourd’hui, par les mêmes interprètes, un album simplement appelé ZELENKA (référence LH16) comprenant ses Sonates 1 et 2 en trio par Pasticcio Barocco, à quoi s’ajoutent deux pièces orchestrales, une Simphonie à 8, non dans le sens plus tardif du terme mais une sorte de concerto grosso, et Hipocondrie à 7, un genre d’ouverture solennelle à la française, ces deux œuvres par l’Orchestre de chambre d’Auvergne.
Les compositions de ce maître baroque d’Europe centrale démontrent qu’il s’agissait indubitablement d’un des plus grands compositeurs de son temps et qu’il peut être comparé, grâce à la richesse de son inspiration et à la rigueur de son style, même à Bach, c’est l’opinion, qu’on se permet de rapporter, de l’éminent musicologue Guy Erismann, dans son livre La Musique dans les pays tchèques, très connu pour son ouvrage sur Janáceck.
Vers le milieu du XVIIe siècle, dans les petites mais brillantes cours de la Bohème, aujourd’hui la Tchéquie, la musique instrumentale atteint un très haut niveau. Les grands seigneurs rivalisent de luxe dans leurs châteaux, fondent leur propres chapelles, des orchestres, et payent la formation musicale de leurs sujets talentueux. Parmi les musiciens de cette période, on distingue Jan Dismas Zelenka.
Mais écoutons un extrait de sa Simphonie à 8, en fait un concerto grosso ou quelques instruments concertent, dialoguent avec le gros, le tutti de l’orchestre. Ce sont ici deux hautbois, un basson, un violoncelle et un violon surtout dans ce début, qui jouent la voix soliste ou groupée en concertino sur le fond, le plein, appelé ripieno, des cordes de l’orchestre et la basse continue, le violoncelle et le clavecin :
1) PLAGE 9
Jan Dismas Zelenka naît en 1679 à Louňovice, près de Prague, en Bohème alors, en Tchéquie aujourd'hui. Son père, comme Bach à Saint-Thomas de Leipzig, a un poste officiel de cantor, c’est-à-dire de chef de chœur, organiste, dans une église, chargé de compositions pour les offices. Il l'initie très tôt à la musique. Jan Dismas étudie probablement au fameux collège jésuite Clementinum de Prague, pour lequel il écrira trois cantates. À Prague, il côtoie un compositeur et pédagogue Bohuslav Matěj Černohorský, qui y cultive la tradition polyphonique vénitienne. En 1710, il est engagé comme joueur de violone (contrebasse de viole) à la cour catholique de l'Électeur de Saxe et roi de Pologne, Frédéric-Auguste Ier, à Dresde.
Avide de se perfectionner, en 1716, il part pour le voyage en Italie presque obligatoire pour un musicien de l’époque, passant par Vienne, où il étudie avec Johann Joseph Fux et suit probablement l'enseignement d'Antonio Lotti, célèbre compositeur italien qui y est établi. Après un séjour à Venise, en 1719, il est de retour à Dresde, où il finira ses jours, ville fastueuse, surnommée la Florence de l’Elbe, en raison de ses collections d’art, mais aussi de ses célèbres monuments baroques d’une rare splendeur. On sait, hélas, que pratiquement à la fin de la Seconde guerre mondiale, un tiers de la ville fut détruit en 1945 par la Royal Air Force, et l'aviation américaine, qui écrasèrent et réduisirent en cendres ce joyau architectonique et un nombre incalculable de ses habitants avec 650 000 bombes incendiaires, alors que la ville n’était même pas un enjeu stratégique à neutraliser. Reconstruite désormais à l’identique, elle est classée au Patrimoine de l’UNESCO. Ironie de l’Histoire, Zelenka ne quittera Dresde qu'une seule fois, pour assister à Prague, en 1723, au couronnement de Charles VI de Habsbourg et de son épouse comme roi et reine de Bohême, dirigeant devant le couple royal son oratorio solennel, un rêve pacifiste, Sub olea pacis et palma virtutis ,‘Sous l'olivier de la paix et le palmier de la vertu’, portant le sous-titre de « Melodrama de Sancto Wenceslao ». Mais écoutons le « Capriccio », la gaillarde gavotte de sa Simphonie, où jaillissent des fusées, bien pacifiques, à chaque attaque d’une mesure rapides ornements, très brefs en gammes ascendante :
2) PLAGE 11
Un album de cet oratorio a été primé en 2002 au MIDEM de Cannes.
Ce fut sans doute là le sommet de la carrière de Zelenka même s’il ne figure même pas comme compositeur de l’œuvre mais comme simple interprète. Rentré à Dresde, son travail ne semble plus guère intéresser la cour. Une supplique au roi de Pologne Frédéric-Auguste II datée du 18 novembre 1733 témoigne de l'amertume du compositeur, qui réclame un salaire à la hauteur de ses responsabilités et de ses compétences, ainsi que sa titularisation en tant que maître de chapelle dont il exerce pourtant la fonction depuis trois ans. La requête de ce musicien, apprécié pourtant de Bach et Telemann, les figures tutélaires de la musique germanique de son temps, ne sera pas entendue. Mais nous, nous l’entendons et écoutons, pour nous quitter, son premier menuet de cette même Simphonie :
3) PLAGE 13
ZELENKA (label-Hérisson LH16) par l’ensemble Pasticcio Barocco et l’Orchestre de chambre d’Auvergne.



vendredi, octobre 06, 2017

lundi, octobre 02, 2017

GUITARE À QUATRE


Enregistrement 11/9/2017, passage, semaine du 2/10/17
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 286
lundi : 12h15 et 18h15 ; samedi : 17h30

PULSE
QUATUOR ÉCLISSES
Semaine 39


         Comme les trois mousquetaires, ils sont quatre. Et, si en danse on dirait un quadrille, eux, avec une musique qui fait danser, ils forment un quatuor de guitares, de quatre guitaristes donc : Gabriel Blanco, Pierre Lelièvre, Arka Chambonnet et Benjamin Valette. Amis depuis leur rencontre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, ces quatre jeunes hommes ont constitué cet ensemble musical qu’ils ont appelé Quatuor Éclisses, éclisse au pluriel : une éclisse est une attelle, une pièce simple d’assemblage, destinée à immobiliser plusieurs parties mobiles d'un ensemble, en musique, c’est une pièce de bois réunissant le fond et la table d'harmonie d’un violon, d’un clavecin, d’un piano et, bien sûr, de la guitare. Quatuor Éclisses : nom polysémique, qui a plusieurs significations à mon sens : claire allusion technique à leur instrument, mais sans doute aussi, symboliquement, à cet instrument lui-même, la guitare, qui les attelle tous quatre, qui les soude, et on se risque à dire facilement, à cette déjà longue amitié, à la musique, qui sert d’éclisse à tous niveaux, à leur groupe.
         Fondé en 2012, ce jeune quatuor s’est vite fait remarquer par l’originalité et la qualité de ses transcriptions de musiques classiques diverses pour la guitare. Trois disques déjà à leur discographie chez le label Ad Vitam Records. Le premier disque simplement appelé Guitares,  paru en 2013, l’année même de naissance de leur formation, présente le quatuor de guitares dans un répertoire large et varié, incluant des pièces originales contemporaines pour quatuor Grises y Soles  (‘Gris et soleils’, au pluriel) de Diego Máximo Pujol, Changing the Guard de Nikita Koshkin, mais aussi des transcriptions inédites d’œuvres pour orchestre le Troisième mouvement du Concerto Brandebourgeois n° 4 de Jean-Sébastien Bach, l’Ouverture de l’opéra Le Siège de Corinthe de Rossini
et, le répertoire espagnol ne pouvant manquer quand il s’agit de guitare, Estampas, ‘Images’ de Federico Moreno Torroba. J’eus le plaisir d’entendre ce programme l’an dernier au Festival voisin Classica Bandol.

Leur deuxième CD, sorti en 2015, avec le titre Invitation française, nous convie à une promenade à travers des transcriptions consacrées aux grands musiciens français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, Saint-Saëns, Debussy, Fauré, Ravel et Bizet.
Voici enfin leur troisième CD, toujours label Ad vitam, intitulé Pulse. Ce disque mêle des créations contemporaines, Météores I, II et III,  de Karol Beffa (1973), franco-polonais d’origine suisse dont j'ai déjà parlé  et One 4 all 4 One du Brésilien Sergio Assad (1952) à des œuvres transcrites du répertoire d’orchestre, un extrait des Danses populaires roumaines du Hongrois Béla Bartók, Exaltación, Ensueño et Orgía (‘Exaltation, rêverie et orgie’) de l’Espagnol Joaquín Turina, Pavane pour une infante défunte du Français Maurice Ravel et quatre Estancias, (‘Ferme, propriété agricole’, mais aussi 'séjour') une suite orchestrale tirée de son ballet par l’Argentin Alberto Ginastera.
De ce dernier, nous écoutons un extrait de la quatrième et dernière Estancia, « Danza final (Malambo) » (‘Danse finale, Malambo’) :

 1) PLAGE 13

Le malambo est une danse argentine pour hommes, attestée dès le début du XVIIe siècle, accompagnée à la guitare. On en aura apprécié la pulsation vitale, virile, et ce n’est pas pour rien sans doute que ce disque s’appelle Pulse, dont on veut croire que, plutôt qu’un malheureux anglicisme à la mode pour dire ‘le pouls’, ‘la pulsation’ (en anglais cela signifie aussi ‘légumes secs’ !), il s’agit de l’impératif du verbe français pulser, qui, « en parlant d'une musique, signifie donner une sensation de pulsation et, en parlant du cœur, des artères, émettre des pulsations. » Mais pour cette hypothèse française, il faudrait un point d’exclamation absent… Enfin, ne grattons pas trop la regrettable manie anglicisante et laissons-nous plutôt séduire par ces musiques sans frontières séduisantes, dont le facteur commun avoué est effectivement la danse.
 Nos guitaristes nous disent à juste titre que la danse est présente dès les premiers stades de l’évolution de l’humanité, omniprésente dans les musiques populaires, mais rappelons aussi que la suite de danse baroque ou classique est faite d’une suite de danses, chacone, passacaille, sarabande (danses picaresques espagnoles au départ), pavane, allemande, gavotte, etc. Laissons-nous emporter avec eux par les pas de cette danse afro-brésilienne contemporaine, mais aux origines ancestrales lointaines, One 4 all 4 One de Sergio Assad :

2) PLAGE 8

Nos quatre mousquetaires de la guitare poursuivent donc une brillante carrière internationale sur plusieurs continents se produisant en France à Paris au Festival International de Guitare, au Théâtre du Châtelet, aux Invalides, sans oublier les festivals en province. En 2013, ils remportent le prestigieux 1er prix du Concours Européen de Musique de Chambre de la FNAPEC et sont lauréats de la fondation Banque Populaire. Les médias, presse écrite ou parlée, leur consacrent des critiques élogieuses, les invitent à des émissions. Écoutons un extrait d’Orgía où passe la pulsation et passion du flamenco de Turina :

3) PLAGE 7

La guitare est un instrument polyphonique, c’est-à-dire qui peut donner plusieurs notes à la fois. La multiplication par quatre de l’instrument, et les habiles transcriptions en amplifient la densité sonore, trame, la richesse. On aime donc ce bel échantillon de musiques transcrites avec raffinement, avec un véritable sens orchestral. Berlioz disait qu’une guitare était un véritable orchestre. Alors, que dire de quatre ? Goûtons, pour nous quitter, l’élégance et la fierté populaires d’un extrait Danses populaires roumaines de Béla Bartók :

4) PLAGE 4

Un CD label Ad vitam, Le Quatuor Eclisses, Pulse.
Karol Beffa, Joaquín Turina Sergio Assad,  Maurice ravel, Alberto Ginastera






jeudi, septembre 28, 2017

FÉLICITÉ DE LA GUITARE INTIME ET VIRTUOSE


CAMINANDO
Concert-Maison avec l'Ensemble Magellan 
(Guitare, Danse et Flûte: Arthur, Christelle et Valentine DENTE,  percussions: Marc GHIGONETTO)
Dimanche 1er Octobre à 15H 
ADRESSE: Bastide de la Félicité,  595, Route des Milles, 13090 Aix-en-Provence. 
(voir détails au dessous)​

P.A.F.: 15€ (gratuit- de 14 ans.)  Café/Thé/Gouter après le spectacle 
Renseignement/ réservations: 06 51 81 63 45

UNA STELLA, UNE ÉTOILE



Journées du patrimoine, Hôpital Saint-Joseph

Concert baroque,

Ensemble Una Stella,

Eleonora de la Peña, soprano

Marseille, 16 septembre


L’hôpital… lieu d’angoisse, lieu d’espoir, lieu de mort aussi, mais surtout de survie par des soins attentifs. À l’Hôpital Saint-Joseph, mort et vie, la Chapelle de la foi voisine avec la Morgue et avec l’Auditorium, belle salle où la musique vivante apporte quelquefois son soutien, son réconfort, son espérance humaine à la douleur, comme une prière pour ceux qui croient au ciel, un baume pour ceux qui n’y croient pas : image sonore de l’humanité au meilleur d’elle-même réunie, recueillie, dans un lieu aussi, au vrai et profond sens du terme, d’hospitalité.

C’était donc avec des sentiments graves et fraternels qu’on se rend à l’une de ces  deux Journées européennes du patrimoine qui ont allié avec bonheur le souvenir du fondateur de cet hôpital, l’Abbé Jean-Baptiste Fouque (1851-1926), sa vocation spirituelle et humaniste, avec la voix de la musique et les arts visuels, ouvrant grandes les portes de cet hôpital patrimonial de Marseille dans un parcours multiple, des métiers qui l’habitent, son honneur, aux talents artistiques qui l’honorent, tant du personnel que des artistes invités.  Ainsi, un récitant sobre évoquait dignement la vie de cet homme de charité, chéri par la ferveur populaire, comme le « Saint Vincent de Paul marseillais », aujourd’hui reconnu vénérable par l’Église, en attente de canonisation, un admirable homme de Dieu tout modestement voué à l’humain, à ses misères qu’il tenta inlassablement de soulager jusqu’à sa mort.

Philippe Spinosi, directeur artistique de l’ensemble Una Stella, avait fait un choix de morceaux et d’extraits d’opéras baroques, exprimant tous des affects, pour les accorder affectueusement, en accompagnement discret ou en intermèdes brillants, au souvenir de cet homme dont la silhouette, évoquée par le récitant, se nimbait, ainsi, dans ce lieu qu’il créa, entre autres institutions pour les pauvres, de l’auréole de la musique : une gloire sonore autour de ce personnage grandiose dans son humilité, riche de sa pauvreté, au service absolu des autres, orphelins, enfants et femmes abandonnés, handicapés, blessés de la Grande Guerre (comment une guerre peut-elle être grande ?). Difficile de ne pas se sentir concerné aujourd’hui en découvrant l’action militante jusqu’au dernier souffle de cet homme d’hier en des temps sans autre recours pour les laissés pour compte de la société que le secours du cœur, de la charité. Difficile de ne pas être ému.


D’autant que la qualité du concert, ses émotions, l’intensité des musiciens, répondaient dignement, respectueusement, à cette célébration intime en ce lieu qui fut le sien, qu’on lui doit. D’autant que la jeune soprano Eleonora de la Peña fit passer une vibration, un frisson, une sensibilité sans sensiblerie, dans un enchaînement d’airs étourdissants, d’une virtuosité vertigineuse, mais où l’on sent bien, au-delà du feu d’artifice vocal, tout le feu, la fougue humaine, la pulsation vitale qui est le vrai pouls de cette musique.


Eleonora de la Peña n’est pas défigurée par une grosse voix. Anticipant la musique, de la tête aux pieds, tout est harmonie en elle : allure, figure, menue silhouette élégante, joli minois, regard, gestes gracieux naturellement et cette voix agile, ductile, volubile comme un clair jet d’eau, qui s’épanouit sans effort dans l’aigu et descend dans un médium doucement fruité et un grave sans lourdeur. Dans l’Auditorium, à l’acoustique feutrée et rêche, même intercalés avec les passages instrumentaux, trois arias da capo de Vivaldi, deux de bravoure (l'Olimpiade, Orlando furioso), et une di portamento, de tenue de souffle dans le legato (Perseo),un air vengeur de l’espagnol José de Nebra, tiré de son Ifigenia en Tracia, puis la célèbre sarabande mélancolique de Händel « Lascia ch’io pianga » de Rinaldo, ne semblent pas affecter le tonus de cette cantatrice apparemment fragile, mais d’une étonnante force, pour une seconde partie, des motets religieux de Vivaldi dans la chapelle ni moins longs ni moins virtuoses, requérant une technique sans faille.

    Contrairement à la sagesse prudente de tant de cantatrices commençant par le plus facile, d’emblée, elle avait attaqué avec une extraordinaire énergie l’aria di paragone, ‘air de comparaison’, « Siam Navi all'onde », ‘Nous sommes des navires dans les flots’, flots déchaînés, échevelés, de tempête, hérissés de sauts de vagues crêtées de périlleuses vocalises en guirlandes sur les ondes vrombissantes des cordes graves et l’écume argentée du clavecin, les éclaboussures lumineuses de la guitare.



Eleonora se tire de tous ces écueils sans sombrer, illustrant même par sa maîtrise le sens moral de ces airs d’opera seria : « toute la vie est une mer » tempétueuse, et nous devons arriver à bon port, avec le soleil apaisé après la tempête, tel celui de l’adagio rêveur du Persée vivaldien, « Sovente il sole… », ‘Souvent le soleil…’, qui permet à la cantatrice d’étirer le phrasé d’une belle ligne de chant, exigence du bel canto baroque : l’interprète devait autant briller dans les airs véloces de haute voltige que dans les tenues de souffle et l’expressivité des airs lents.

L’ensemble Una stella, dirigé de la guitare baroque, et de tout son corps par Philippe Spinosi, dans cet adagio, enveloppe, dirait-on amoureusement, la chanteuse, moelleux doré des cordes graves, nappage brillant des aiguës, délicates ponctuations d’argent du clavecin, et les gestes de la jeune femme ont des ondulations d’algue doucement bercée par l’onde musicale. Bien choisies, les plages instrumentales, sous ou après les paroles du récitant, entre les airs, en sont comme des prolongements, des respirations fiévreuses ou méditatives comme les cordes sombres et claires opposées puis apaisées, scandées par le continuo, de l’ouverture de l'Olimpiade, un vrai concerto, avec ses contrastes forte et piano caractéristiques.


Après cette première partie profane, dans la chapelle, où repose l’Abbé Fouque, avec sa conque acoustique réverbérante moins ingrate, venait la partie de musique, sinon liturgique, sacrée. Si l’on n’oublie pas que chaque aria baroque, de forme ABA’, même la musique religieuse, a un da capo, un retour vertigineusement orné à sa première partie, on admire la maîtrise vocale de la chanteuse de ce très long concert. Simplement avec la parenthèse instrumentale rêveuse de l’adagio du concerto pour violoncelle (RV 109, ici pour deux violoncelles et l’orgue), Eleonora de la Peña nous offrit le cadeau du  Laudate Pueri  (RV 600 (sauf deux numéros) plein de ferveur, puis toute la fureur divine vengeresse dans l’éclair de la voix et des yeux de In Furore giustissima Irae (RV 626, sa première partie) un véritable air da capo. En bis, ce fut l’intense et sobre « Lascia qu’io pianga », ici avec un tissu soyeux de la voix rendu par une acoustique plus agréable.

Une réussite. On rêverait que ce concert d’Una stella et son étoile devienne une véritable constellation de concerts multipliés. Rappelons au moins qu’Eleonora de la Peña donnera le 1 octobre à 17h30, un récital,  La Virtuosité vocale, du baroque à Mozart, accompagnée par les solistes de Musiqua antiqua de Christian Mendoze dans le cadre du Festival musical d'automne de Signes, dans le Var. Concerts gratuits, Église saint-Pierre (04 94 98 87 83).   

Journées du patrimoine,
Marseille, 16 septembre,
Hôpital Saint-Joseph
Concert baroque
Eleonora de la Peña, soprano.
 Par l’Ensemble Una Stella :
Premier violon : Petr Ruzicka ; second violon : Fabienne Pratali ; alto : Marie-Aude Guyon ;
violoncelles : Anne-Garance Fabre Garrus, Claire-Lise Demettre ; viole de Gambe : Anne-Garance Fabre Garrus ; orgue et clavecin : Arnaud Pumir ; guitare baroque et direction : Philippe Spinosi.
Soprano : Eleonora de la Peña ;

Musiques de Vivaldi, de Nebra, Händel.






mardi, septembre 26, 2017

BORN FOR MARSEILLE, BORN DE MARSEILLE…


MARSEILLE MES AMOURS Cabaret d'opérettes marseillaises le 7 octobre à 15h à Sainte Marguerite
RES: 04 91 26 09 06

 

Un récital conçu et mis en scène par Jean-Christophe Born qui met à l'honneur le fabuleux répertoire de l’opérette  de Vincent Scotto. 

 
Perrine CABASSUD (Soprano), Jean-Christophe BORN (Ténor) et Cyrille MULLER(Accordéon) vous entraînent dans les années 30, au travers de larges extraits des joyeuses opérettes marseillaises:
Auprès de "Miette" vous descendrez "A petit pas" ,"La Canebière", pour finir par danser  "Le plus beau de tous les tangos" du monde dans "Un petit cabanon" au rythme des "Pescadous"...une véritable plongée dans le doux passé des belles heures marseillaises
.
 
PLEIN TARIF 15 EUROS
TARIF REDUIT (chômeurs, handicapés, enfants -12 ans) 10 EUROS

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