Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

lundi, décembre 04, 2017

ENSEMBLE, CONCERT DE RADIO DIALOGUE RCF



Enregistrement 30/11/2017, passage, semaine du 4/12
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 294
lundi : 12h15 et 18h15 ; samedi : 17h30
Semaine 49 Concert de Noël
         Le concert de Noël en faveur de Radio Dialogue RCF, que j’ai eu encore le plaisir de préparer, et aurai l’honneur de présenter, aura lieu le DIMANCHE 10 DÉCEMBRE, à 17 heures en l’ÉGLISE SAINT-CHARLES, tout au bout de la rue Grignan, au 64, à l’angle de la rue Breteuil. L’Abbé Éloi Gillet nous reçoit aimablement En cette église.
         Avec la rubrique « Ensemble », vrai message de Noël, je lui ai donné, jouant sur les paronomases, jeu de son de syllabes semblables, le titre de Accords de cordes et d’orgues. En effet, les guitares se partageront avec l’orgue les moments musicaux et l’accompagnement de la voix soliste et chorale. La flûte et ses rubans mélodieux, sera aussi un fragile mais fastueux feston festif à ce cadeau de Noël que nous offrent si généreusement de grands artistes.  Sans oublier quelques percussions qui scanderont, donneront la pulsion de rien moins que le présent particulier que nous fait l’Ensemble Magellan d’Arthur Dente, d’une création musicale, vocale et instrumentale, dont nous aurons ainsi la primeur.

         l’Ensemble Magellan est composé de deux ensembles, l’Octuor vocal d’Aix-en-Provence qui regroupe huit chanteurs mixtes (Fabienne Hua et Géraldine Jeannot, sopranos, Florence Blanc et Laetitia Alliez, altos, deux ténors, Miguel Camacho et Nicolas Soheylian et deux basses Guillaume Barralis et Yves Bergé). Le Duo Alto Plano, le complète avec la flûte et les percussions de Valentine Dente et la guitare d’Arthur Dente. Ce dernier est aussi le compositeur de la création qu’il nous fait l’honneur de nous proposer. Cette fresque musicale a pour titre Mundo Entero, ‘Monde entier’, en espagnol. Dans un brassage généreux des musiques du monde dont il s’est nourri, entre autres le fado, le flamenco et le jazz, Arthur Dente, Français d’origine portugaise, retrace, dans son parcours multiple et singulier, en français, portugais et espagnol, un cheminement, entre adolescence, et maturité où la figure du père émerge comme un souvenir à la fois tendre et un emblème d’espoir. N’ayant pas d’enregistrement de cette œuvre encore inédite, nous écoutons la version instrumentale, à la guitare de Meu pai, ‘Mon père’ du CD Las Indias, sous-titré, poésie en guitare, d’Arthur Dente :

1) PLAGE 4 

https://fr-fr.facebook.com/EnsembleMagellan/

         Nous ne quittons pas la guitare puisque nous avons le plaisir de recevoir LE QUATUOR DE GUITARES DE MARSEILLE, formé de quatre éminents guitaristes professeurs de musique, spécialistes de l’instrument. Ces trois mousquetaires de la guitare, quatre naturellement, définissent leur quatuor comme « une rencontre de 24 cordes qui se croisent et s’entrecroisent. […] sans code ni contrainte » pour « le plaisir du jeu », nous invitant au partage et au voyage, sur les ondes du son, en Amérique latine. Nous les écoutons dans un extrait d’Alfonsina y el mar d’Ariel RAMIREZ (1921-2010), dans un arrangement de l’un des plus grands guitaristes français mort l’an dernier Roland DYENS (1955-2016). C’est une chanson en hommage à Alfonsina Storni, célèbre poétesse argentine, hantée par la mer et la mort. Elle se suicida en avançant dans les flots du Mar del Plata, comme dans ses poèmes. Sur un texte de Félix Luna, Ariel Ramírez lui composa une chanson mélancolique, chantée dans le monde entier — en France, de nombreux chanteurs l’ont mise à leur répertoire. La mélodie en est si belle qu’elle est passée dans le répertoire classique. Et nous écoutons nos amis du QGM :

 2) Alfonsina y el mar 

On les retrouve avec bonheur sur Youtube, à leur nom, dans cette belle interprétation :


Le ténor Jean-Christophe Born, après une jeunesse au Gabon, à l'âge de seize ans, passe aux États-Unis où il s’initie
à la comédie musicale. Il s’installe à Marseille ensuite et, parallèlement au Conservatoire, il suit des cours en histoire de l’art. Encouragé par de grandes personnalités du lyrique dont rien moins que Montserrat Caballé, il remporte en 2007 le Premier prix du Concours Européen Ravel-Granados et celui de la Fondation Léopold Bellan. On l’engage souvent pour des tournées nationales et internationales,et il a déjà chanté dans plus d'une quinzaine de pays sur cinq continents, même l’Australie ! À Marseille, passant avec la même aisance de jeune premier de la scène de l’Opéra au pont du voilier « Le Don du vent », il nous a enchantés, entre autres, avec ses délicieux spectacles personnels, Marseille, mes amours, sur l’opérette marseillaise, My Fair Lady et Gaby Deslys à la gloire de cette grande gloire oubliée de Marseille. Nous l’écoutons ici dans Les Caprices de Marianne de Sauguet qui a tourné dans toute la France :
3) À son nom, sur Youtube, on peut apprécier ses plus diverses interprétations du lyrique à ses opérettes, en passant par le Marius émouvant des Misérables d’après Victor Hugo. Ci-dessous, le Tamino de La Flûte enchantée : https://www.youtube.com/watch?v=CDbwKw65lpY

(BORN, DANS MARSEILLE, MES AMOURS)
 Jean-Christophe Born sera accompagné à l’orgue par un grand musicien, soliste et accompagnateur, agrégé de musicologie, Frédéric Isoletta. Il collectionne les Premiers de Conservatoires en piano, orgue continuo et improvisation, écriture, musique de chambre, analyse, orchestration et formation musicale, lauréat du Prix Henri Tomasi. C’est aussi un prenant conférencier sur la musique qu’il illustre, évidemment lui-même, par des exemples.  


 On le trouve sur Youtube.
https://www.facebook.com/fredISO  
//https://www.youtube.com/watch?v=wMX-Kx5fOrM
Il accompagnera aussi notre soprano, Eleonora de la Peña, brillante jeune perle du Conservatoire d'Aix. Elle est sur scène dès les dix-huit  ans pour de grands rôles lyriques et, à ving-quatre ans, l'Opéra de Rome l’accueille ainsi que le grand Festival des Thermes de Caracalla. En 2016, elle y participe à la première édition de FABBRICA, un spectacle lyrique (Studio de l’Opéra de Rome), filmé comme une série (visible sur Youtube).
De retour en France en 2017, elle se produit à Marseille et dans la région, et prépare l'enregistrement de son premier disque. Elle est engagée à Montréal au Festival d'Opéra de Saint-Eustache.

       En janvier 2018, elle sera dans Pelléas et Mélisande de Debussy en Espagne. En parallèle des rôles d’Opéra, elle se produit régulièrement en récital avec les ensembles de chefs d'orchestres tels que Jay BERNFELD,  Philippe SPINOSI ou encore Jean-Paul SERRA. Elle brille dans la musique baroque et nous l’écoutons dans ce répertoire, avec Christian MENDOZE à la flûte, lors du dernier Festival de Signes sur la virtuosité du chant baroque qu’elle illustre de merveilleuse façon :   


            À L ’EXCEPTION DU QUATUOR DE GUITARES DE MARSEILLE, TOUS CES ARTISTES ONT FAIT L’OBJET D’UNE DE MES ÉMISSIONS OU D’UN DE MES ARTICLES SUR CE BLOG. ON PEUT LES Y RETROUVER AISÉMENT.

DIMANCHE 10 DÉCEMBRE, 17 HEURES 
ÉGLISE SAINT-CHARLES,

64 rue Grignan, angle Breteuil, face au parking Monthyon.


PROGRAMME

I. Quatuor de Guitares de Marseille
Alguna calle gris, extrait (M. D. Pujol, Cinco piezas artesanales)
Alfonsina y el mar (A. Ramírez, arr. R. Dyens)

II. Ensemble Magellan et Alto plano
MUNDO ENTERO (Création            Arthur Dente) 
1. « Dilemme » (chanté en français)                               
2. « Mundo entero » (chanté en espagnol)                       

III. Quatuor de Guitares de Marseille
Brésils (Roland Dyens)                                                     

IV. Ensemble Magellan et Alto plano 
MUNDO ENTERO (Suite) 
3. « Continent » (chanté en français)                                
4. « Meu pai » ‘Mon père’) (chanté en portugais et français)

ENTRACTE

V. Eleonora de la Peña, soprano
«Lascia ch'io pianga… » (Hændel, Rinaldo), guitare, A. Dente                     
​« Oh, quante volte… »  (V. Bellini, I Capuleti e I Montecchi), guitare, A. Dente 

VI. Frédéric Isoletta, grand orgue
  «Toccata» (Léon Boëllmann, Suite gothique)                                                     

VII. Jean-Christophe Born, ténor
« I don't know» (L. Bernstein The mass), orgue de chœur, F. Isoletta
« It ain't necessarily so…» ( G. Gershwin,  Porgy and bess), orgue de chœur, F. Isoletta                                                                                                                  

VIII. Eleonora de la Peña
Ave Maria (dit « de Caccini », V. Vavilov)                                          
 
 IX. Jean-Christophe Born                                                                                      
Adeste fideles, ‘Accourez, fidèles...’ (Chant de Noël traditionnel XVIIIe s.) 
                                                                         
X. Eleonora de la Peña et Jean-Christophe Born 
 « Angiol du pace »,  duo (V. Bellini, Beatrice di Tenda












lundi, novembre 27, 2017

DOUCEUR DE FEMMES DANS LE MONDE VIOLENT




Musique française pour chœur de Fauré à Poulenc
Chœur de femmes des Zippoventilés
Saint-Charles de Marseille
19 novembre 2017

En un moment où le scandale de la violence faite aux femmes déborde dans la rue, il était bon, au sein —et l’on donne à ce mot tout son sens féminin, charnel et chaleureux— au sein matriciel donc de l’église Saint-Charles de Marseille, de se recueillir, d’entendre, de sentir la caresse chorale, cordiale, d’un chœur, de cœurs de femmes.

L’église Saint-Charles, est malheureusement enchâssée au bout de la rue Breteuil dont l’étroitesse empêche d’embrasser largement la simple élégance. De style néo-classique du premier tiers du XIXe siècle pour la sobre et linéaire façade d’une rigoureuse et plane géométrie : quatre colonnes ioniennes encastrées encadrant la porte rectangulaire soutiennent le second niveau où quatre pilastres corinthiens semblent porter le triangle du fronton.
Harmonieuse structure en croix interne, murs et pavements à réminiscences géométriques de la Renaissance italienne, marbres de miel, la belle coupole rayonnante semble pourtant faite, parfaite, pour coiffer l’autel néo-baroque, quatre colonnes ambrées en hémicycle soutenant une gloire sur volutes dorées surmontée de la croix. Merveilleux réceptacle des voix, aujourd’hui au féminin superlatif, de seize chanteuses des Zippoventilés de Benoît Dumon, chassé le masculin du chœur, qui en assure la direction, secondé à l’orgue par Pascal Marsault.


Benoît Dumon, je l’ai déjà dit, occupe assurément une place multiple et singulière, jeune musicien qui se singularise par la multiplicité de ses dons, de ses talents, claveciniste, organiste, contre-ténor. Chanteur soliste, , il sait se fondre solidairement avec le quintette masculin a cappella, Calisto, mais il est aussi chef de chœur et dirige un ensemble vocal mixte qu’il a fondé en 2013, les Zippoventilés. Il nous en présente ici une quintessence au féminin pour un parcours, en un concert, de la Musique française pour chœur de Fauré à Poulenc.

         En effet, comment mieux sentir incarné, littéralement fait chair, cet Ave verum corpus…, ce salut au vrai corps de Jésus, Verbe, pain et vin faits vrai corps, sinon par des femmes qui, de leur vrai corps aussi, de leur voix, font de l’abstraction fatale du texte latin et de sa sublimation musicale par Fauré, une vraie incarnation avec la potentialité maternelle de donner la vie ? C’est dirigé par Dumon avec des gestes amples et arrondis, engageants, et l’on goûte l’équilibre entre des piani et des forte et l’on se laisse porter, emporter doucement par la quiétude transparente de l’amen, sur l’horizon bleuté de brume vaporeuse de l’orgue de chœur caressé par l’invisible Marsault.

Toujours de Fauré, qui fut maître de chapelle à la Madeleine de Paris, la brève Messe basse (1881), sans gloria, est une messe en abrégé. Les lignes vocales sont simplifiées dans la tendance du moment de retour au grégorien solennisé à Solesmes par les travaux de Dom Guéranger (1805-1875) qui, en le restaurant pieusement, en ignore cependant la libre ornementation, restituée depuis. Mais chaque époque se fabrique les mythes dont elle a besoin et, après la défaite de 1870 contre la Prusse, avec le crépuscule du romantisme tardif, il y a un rejet de la complexité de la musique allemande et les fioritures néobaroques et rococo de ce que sera l’Art nouveau prochain se réduiront aussi aux proches épures néo-classiques de l’Art Déco. La musique, surtout dans la France blessée, malgré sa fascination, manifeste ce rejet des grandes formes germaniques, Wagner, Mahler, n’échappant pas à cette répulsion pour le gigantisme écrasant, associé à la puissance bismarckienne de la Prusse impériale. Cela donne, cependant, ces exquises miniatures et il faut dire que le Benedictus, chanté par une frêle, fragile et fraîche soprano (Julie Pons), a un charme touchant d’estampe naïve et pieuse. La fin se fond dans une évanescente rêverie bercée doucement par l’orgue solidaire de Marsault.
On connaît trop Racine pour pouvoir aimer le texte de son Cantique, desservi par une compréhension immédiate qui n’a pas le charme poétique immémorial du latin. La musique d’un jeune Fauré de dix-neuf ans est d’une véhémence qui contraste avec les autres pièces tardives ici présentées. À l’évidence, le Pie Jesu de son Requiem (1888) s’envole à un autre niveau et nous aussi avec la fraîcheur angélique de cette toute petite voix sans acidité ni arêtes, tombée du ciel, planant, comme en apesanteur, sur un orgue vaporeux, respectueux et souriant pour cette berceuse tendre de la mort.
         Avec le Lied de Louis Vierne, nous changeons d’époque (1870-1937) et d’orgue du chœur au grand orgue de tribune où Pascal Marsault, organiste titulaire de l’église Saint-Ignace à Paris et de Sanary-sur-Mer, sur une pédale obstinée élève un impressionnant crescendo. Plus tard, il nous fera frissonner des frémissements, tremblements, grondements grandioses aux lignes efflorescentes, de la Toccata (1890) Eugène Gigout (1844-1925) trop peu joué. 
         André Caplet (1878-1925), ami et chef d’orchestre pour Debussy, vit sa carrière et sa vie écourtées par la Grande Guerre, gazé très vite. Sa Messe à trois voix subit aussi l’influence de la modalité médiévale alors en faveur, mais enrichie de modulations, de mélismes qui renvoient à l’origine orientale du grégorien, notamment dans le Kyrie. Le Sanctus est d’une prenante ferveur. Le malheureux Jehan Alain (1911-1940), mort au champ d’honneur en résistant seul à un bataillon allemand à Saumur, figurait avec son austère Tantum ergo… et sa longue vocalise, que la dévotion de son père pour l’héroïque fils sacrifié transforma en un Ave Maria délibérément sans vibrato, mais nous faisant vibrer d’autant plus devant la beauté sévère de cet extrait d’une œuvre, ou plutôt d’une vie si tragiquement tronquée.
Poulenc fermait le concert avec ses Litanies à la Vierge noire de Rocamadour, morceau de bravoure pour les chœurs mais d’autant plus délicat d’exécution par la large palette de moyens musicaux divers déployés par le compositeur : vocalité souvent lyrique pour une polyphonie à saveur médiévale, avec des cadences plagales, des modes d’église et un orgue puissant aux sombres couleurs. La supplique souvent véhémente, déchirante, à la Vierge, est exprimée presque d’entrée a cappella par les sopranos et leur anaphore, la répétition obsessive, propre de la litanie, « Ayez pitié de nous », sera reprise avec l’entrée progressive, parfaitement étagée, des deux autres voix, les mezzos, puis les altos, ponctuée finalement par l’orgue. Après un passage narratif, cette noirceur tragique de l’existence humaine s’éclaire et s’apaise à la fin de l’œuvre par l’espérance en la rémission des péchés avec l «’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde » et la réitération litanique, en toute humilité, de « Pardonnez-nous », « Priez pour nous et « Exaucez-nous. »
Ce n’est pas le moindre mérite de Benoît Dumon de contenir, de géométrique précision, les risques de débordements lyriques, effusifs, emphatiques, de l’œuvre.

Musique française pour chœur de Fauré à Poulenc
Chœur de femmes des Zippoventilés
Saint-Charles de Marseille
19 novembre 2017
Fauré, Caplet, Vierne, Alain, Gigout, Poulenc









        
        


EURYDICE PERDUE ET RETROUVÉE


Enregistrement 23/11/2017, passage, semaine du 27/11/
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 293
lundi : 12h15 et 18h15 ; samedi : 17h30
Semaine 48
         Fermé pour cause de travaux, l’Opéra d’Avignon prend ses quartiers provisoires Place de l’Europe, face à la gare TGV, dans une salle d’une jauge de neuf cents places, baptisée Opéra Confluence. Elle a été inaugurée vendredi 24 novembre. Sa première production lyrique, c’est le rarissime Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck, le dimanche 3 à 14h30 et le mardi 5 décembre à 20h30.
Le compositeur autrichien, maître de musique de la jeune Marie-Antoinette, avait créé son Orfeo ed Euridice, en 1762 à Vienne, en italien. Devenue reine de France, Marie-Antoinette fait venir le compositeur à Paris où Gluck monte une version française de sa tragédie lyrique en 1774. Mais la production d’Avignon reprend l’adaptation qu’en fera Hector Berlioz en 1859 pour la grande cantatrice hispano-française Pauline Viardot García, contralto, dans le rôle du héros qui était chanté à Vienne par un castrat, à Paris, par un haute-contre, c’est-à-dire un ténor très aigu. Pierre-Louis Moline écrira son livret d’après le texte de Raniero de Calzabigi pour Gluck.
Orphée et Eurydice sont un couple d’amoureux, mariés, célèbres depuis l’Antiquité. Orphée, dans la mythologie, est fils du roi de Thrace et de la nymphe Calliope. Calliope est aussi une muse, les muses étant vouées à la musique, autour d’Apollon musagète, dieu de la lumière, de la poésie et de la musique puisqu’il aussi est citharède, joueur de cithare. Orphée, lui, joue de la lyre offerte par Apollon et si merveilleusement que, pour écouter sa musique, les fleuves arrêtent de couler. Orphée adoucit les bêtes féroces, attendrit même les rocs. Il épouse une belle dryade, la nymphe, Eurydice. Hélas ! Piquée par un serpent, elle meurt. Désespoir d’Orphée et de la nature entière compatissant à sa douleur.
 Ne se résignant pas à sa perte, Orphée décide de descendre dans les enfers de la mythologie, donc froids et souterrains (ce n’est pas l’Enfer chrétien) pour tenter de ramener Eurydice au jour et au monde des vivants. Dans l’opéra, c’est l’Amour qui lui conseille de charmer par les « doux accents de [sa] lyre » les dieux du Tartare, de les fléchir et d’en obtenir le retour de sa femme. Mais Orphée a beau supplier les esprits infernaux, larves, spectres, démons, Furies, de le laisser passer, ils lui opposent un violent refus : « Non ! » Nous écoutons Mark Minkovski, à la tête des Musiciens du Louvre, interpréter la « Danse des Furies » :

1) DISQUE I, PLAGE 29 

Orphée, avec la force du désespoir, persévère et, par la beauté de son chant, arrive enfin à émouvoir Cerbère, féroce gardien des Enfers, qui le laisse passer. Après l’entrée du royaume ténébreux peuplé d’êtres hideux et redoutables déchaînés dans leur danse frénétique, il découvre un paysage merveilleux, les Champs Élysées, paisible domaine des Ombres heureuses. Écoutons quelques mesures de cette flûte, évanescente, rêveuse qui berce leur danse éthérée : 

2 ) DISQUE I, PLAGE 30

Orphée poursuit son chemin dans ce paysage enchanteur, émerveillé par la beauté des lieux, un ciel serein, un tendre bocage, tout bruissant des zéphirs et du murmure des ruisseaux, que sa voix décrit, et que la musique évoque avec beaucoup de poésie. Nous écoutons le ténor Richard Croft qui nous le fait goûter :

3) DISQUE I, PLAGE 32 

On connaît la suite : le dieu des Enfers, comme le lui avait dit l’Amour dans l’opéra, lui permet de ramener Eurydice sur terre à condition de ne pas se retourner pour la regarder avant d’avoir atteint la lumière. Hélas, Orphée, qui est un demi-dieu selon la tradition baroque, vainqueur de la nature et des Enfers par sa part divine —la musique— trop humain par sa part terrestre, n’arrive pas à se vaincre lui-même : cédant aux prières de sa femme qui ne comprend pas son refus de la regarder, Orphée donc se retourne et perd sa chère épouse à jamais. Cependant, Apollon, apitoyé lui concèdera de finir au firmament comme constellation de la Lyre. Conclusion, moralité religieuse, dans L’Orfeo de Monteverdi de 1607 : 
« Ainsi reçoit grâce du ciel/Qui éprouva ici l'enfer. »
Car L’Orfeo de Monteverdi est l’illustration la plus achevée du Baroque de la Contre-Réforme. Des maximes morales parsèment l’œuvre, exaltant la grandeur de l’homme à qui rien n’est impossible : « Rien n’est tenté en vain par l’homme » mais soulignant aussi sa misère :  
« Qu’aucun mortel ne s’abandonne / À un bonheur éphémère et fragile » car « Plus haut est le sommet, / plus le ravin est proche. »   
Orphée devient un héros ordinaire, un homme, exemplaire par sa faiblesse même : 
« Orphée vainquit l’Enfer, puis fut vaincu / Par ses passions. / Seul sera digne d’une gloire éternelle / Celui qui triomphera de lui-même. »

Un siècle et demi plus tard, l’Orphée de Gluck, est d’une autre esthétique et d’une autre éthique. Ce n’est pas l’exploit héroïque de descendre aux Enfers qui est mis en avant mais sa sensibilité de veuf, d’amoureux. L’opéra, même seria, doit avoir un lieto fine, un happy end, une fin heureuse : Orphée tente de se suicider, mais Amour, le petit dieu ailé, lui arrache le poignard et ressuscite et lui rend Eurydice par ces mots :

« Tu viens de me prouver ta constance et ta foi;
Je vais faire cesser ton martyre. » (Il touche Eurydice et la ranime.) 
Eurydice…! respire! 
Du plus fidèle époux viens couronner les feux», conclut-il. 

      Et tout finit, sinon par des chansons, par des chœurs, chorale, des cœurs en joie et des danses. Mais nous ne saurions nous quitter sans écouter la plainte déchirante d’Orphée avant cette résurrection, « J’ai perdu mon Eurydice… » :  

4) DISQUE II , PLAGE 6 

Orphée et Eurydice de Gluck, le dimanche 3 à 14h30 et le mardi 5 décembre à 20h30, Opéra Confluence, Avignon, Place de l’Europe, Quartier CourtineTGV.
www.operagrandavignon , tél. : 04 90 14 26 40
Tarifs
A partir de 12 euros
Navette Opéra
Informations disponibles sur tcra.com
Parking gratuit
450 places
































lundi, novembre 20, 2017

CORDES SANS FRONTIÈRES…


Arthur Dente

AU PROGRAMME, ŒUVRES DE :

ALBÉNIZ, BROUWER , DE FALLA, DENTE,  GISMONTI, GRANADOS, LAURA, MALATS,  MUDARRA,TÁRREGA,VILLA-LOBOS…
 

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