Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.
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mercredi, mai 27, 2026

GRANDE DUCHESSE

  

SOUVERAINE JANOT

 

La Grande Duchesse de Gérosltein

Opéra-bouffe en quatre actes
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy ,

musique de Jacques Offenbach

Marseille, théâtre Odéon,

23 mai 2026

        

Second Empire guerrier 

 Créée en 1867, La Grande-Duchesse de Gérolstein est un opéra-bouffe de Jacques Offenbach sur un livret de ses meilleurs collaborateurs, Meilhac et Halévy, qui signent ses meilleures opérettes, auteurs de la future Carmen. Cette œuvre s’inscrit dans le contexte politique et social du Second Empire. Après l’abolition de la IIe République, devenu empereur, en 1852, Napoléon III, sans doute fasciné par son illustre parent, a naturellement une fascination pour l’armée, arme de la puissance impériale guerrière. Son règne sera marqué par pas moins que six guerres d’un à quatre ans : Guerre de Crimée (1853-1856), Seconde guerre de l'opium (1856-1860), Campagne de Cochinchine (1858-1862), Campagne d’Italie (1859), intervention désastreuse au Mexique (1861-1867), Expédition française en Corée (1866). Presque toutes ces guerres en pays, à l’Italie près, lointains, furent victorieuses et profitables : l’annexion de Nice et la Savoie, en 1860, furent le prix de l’intervention italienne. Mais, comme un revers insultant de l’Histoire, la brève mais désastreuse guerre de 1870 contre la Prusse verra la défaite de Napoléon III qui se rêvait Ier, la fin du Second Empire, et la perte de l’Alsace et de la Lorraine.

Comme une joyeuse prémonition de ce désastre, cette opérette tourne en dérision le militarisme outrancier, l’autoritarisme et les caprices du pouvoir.

Porté par l’abattage d’Hortense Schneider, l’œuvre fut créée au Théâtre des Variétés, lors de l’Exposition universelle de 1867. Elle rencontre un immense succès. Malgré des critiques contre son irrévérence envers l’armée et les institutions, le spectacle attire un public international venu pour l’Exposition universelle. Parmi les spectateurs, des personnalités politiques et artistiques de toute l’Europe, des rois, des princes, trois empereurs et même le khédive d’Égypte, qui se pressent et s’empressent après de la diva, qui devient malicieusement, ou sa loge, « le passage des princes », défilé comme un hommage au prestige français de ce Second Empire qui va en prendre un coup trois ans plus tard, brisé contre la Prusse, qui va établir le sien, ironiquement à Versailles même. Mais elle exporte Offenbach jusqu’en Russie et le khédive, amoureux et généreux amant, la fait chanter au Caire en 1868-1869.

RÉALISATION

En toile de fond, une carte murale  avec des figures à l’ancienne, du Grand-Duché de Gérolstein, occupe l’œil comme le nombril du monde, occupant d’autant plus d’espace qu’il est imaginaire : presque une Carte du Tendre, de la tendre Grande-Duchesse, avec indications topographiques de lieux et monuments en allemand. Une tente militaire et, en guise de drapeaux et fanions flambant au vent, non les chaussettes de l’archiduchesse sèches, archisèches, mais des masculins calçons, des chemises à sécher sur un étendage avec du linge, pas en dentelle dans cette guerre qui ne l’est pas, qui va s’étendre sans guère s’entendre en coulisses, résumée à une parade. Pour l’heure, des cantinières, des lavandières et une poignée de soldats, la partie pour le tout de la troupe, culotte garance et vareuse à brandebourgs bleu horizon d’élégante mais fâcheuse mémoire de cible facile à l’ennemi au début de la Grande Guerre.

En noir étonnant, détonant, tonnant en voix, tonitruant, poitrail lardé de multi-décorations, torse ruisselant de cordons en passementerie, képi multistrates surmonté du fameux plumet rouge de coq belliqueux sinon de basse, de haute cour, le Général Boum d’Olivier Grand est le parfait petit grand soldat automate, marionnette nécessaire à la fête sinon au combat, paradant, pétaradant d’un défilé en cadence dont il fait une danse plus qu’une marche militaire sans tambour ni trompette, rythme impeccable de guéguerre pour une armée guère implacable apparemment pas très capable, mais en marche : ça marche, forcément, et nous aussi.

Refusant la marche ou la station immobile imposée par le tyrannique Boum, timbre éclatant de superbe clairon, en troufion Fritz, Florian Laconi, claironne, en roi aujourd’hui de l’opéra, son bonheur de revenir royalement à l’opérette où on eut le plaisir de le voir débuter : il s’amuse et rayonne. Il joue les grands naïfs pas les grands dadais puisqu’il remporte une guerre, qui ferait rêver bien des stratèges d’aujourd’hui, sans livrer autre que l’ivresse d’une bataille de bouteilles aux ennemis ivres morts et nous, de rire. À ses côtés, la Wanda de Julia Knecht aiguise des aigus de divette d’une paysanne fraîcheur pas frelatée comme la cour ambiante.

On en exceptera un bouquet de jolies dames, pendant féminin du futur quarteron de pendards conspirateurs (avec Boum et Puck, le Prince Paul d’Éric Vignau, le froid Baron Grog, « bien chaud », de Jean Goltier), un quatuor charmeur, chantant et dansant, Émilie Bernou, Éléna Le Fur, Miriam Rosado et Pascale Bonnet Dupeyron, aux élégantes robes Second Empire qu’elles arborent avec grâce : ces canons féminins nous feraient croire à la guerre en dentelle d’amour, fleuries pour la fleurette à conter du repos des guerriers, des héros démobilisés.

Nous sommes dans le duché où la Grande-Duchesse Dorothée, à marier, ne se marre guère, repoussant comme moucherons importuns les fiancés, souveraine capricieuse, autoritaire mais naïve, cœur d’artichaut en bandoulière, dans un monde dominé par les conventions militaires masculines. Pour garder leur ascendant sur leur souveraine, le Général Boum et le Baron Puck, machiavélique ministre, insidieux et insinuant, inénarrable Dominique Desmons de noir vêtu comme son âme, s’allient pour fomenter une guerre inutile pour distraire en rose la morose souveraine, et éloigner les favoris potentiels.

À la guerre comme à la guerre, la souveraine arrive : avec sa robe en taffetas rousse, sa veste militaire à brandebourgs et son schako ou sorte de koubanka claire brodée et parée d’or, Laurence Janot c’est presque l’image de Marlène Dietrich en tsarine Catherine conquérante, mettant au pas, de danse, ses hommes.

Elle vient martialement passer ses troupes en revue, s’émeut —ou s’excite— de voir ses soldats partir pour le front : « Vous aimez le danger, le péril vous inspire, mais vous ferez votre devoir… » Mais c’est elle qui est inspirée et trahit son goût pour les uniformes et l’univers militaire. Après cette noble introduction, elle fait cet aveu fiévreux, cette déclaration presque impudique, gourmande, que Laurence Janot livre sans nulle vulgarité, pratiquement comme une petite fille frappant sur ses mains en admirant ses jouets : « Ah ! que j’aime les militaires, leur moustache, leur plumet, leur mine fière ! »

Elle venait pour haranguer ses troupes avant le combat, pour les enflammer, mais c’est elle qui s’enflamme : elle tombe amoureuse de Fritz. Avant même sa grisante guerre éclair, c’est la promotion éclair : même encore chaste et inavoué, c’est le style cynique de la promotion canapé que le puissant impose au faible ou que celui-ci, par ambition, recherche. Séance tenante, elle nomme général en chef le simple troufion lui offrant tous les honneurs : un titre de baron, le plumet arraché illico presto au titulaire, au grand dam de Boum qui en fait un ramdam, pauvre coq déplumé, rouge de colère éclipsé par le bleu, militairement et sentimentalement, car son cœur par ailleurs fait boum-boum pour la fiancée du fusilier, on comprend que, vert de rage, alors qu’il avait auparavant triomphalement chanté ses couplets avec toute l’énergie tonique et tonnante, il devienne un immédiat ennemi du simple soldat. En plus, suprême honneur et ultime injure, dans un air qui tourne en ridicule les symboles militaires, la souveraine offre au soldat promu général le sabre vénéré de son père, comme une relique, religieusement, marche noble, solennelle, qui finit par un ironique : « Le sabre de papa » que la chanteuse a le bon goût de ne pas alourdir par un inutile pléonasme scénique, dame bien née qui semble vouloir prendre le soldat comme elle prend délicatement le thépar un aveu indirect.

Les militaires, c’est bien vifs qu’elle les préfère, au retour triomphant, bien pourvus et non mutilés ni handicapés, même si Fritz, le simple et simplet fusilier victorieux, a un soudain handicap du cap en ne comprenant pas les avances fort poussées de la belle souveraine qui l’invite au duo. Quand, elle roucoule, caressante voix ronde et veloutée, invite envoûtante à la volupté son aveu : « Dites-lui qu’on l’a remarqué, dites-lui qu’on le trouve aimable… », on trouve, là oui, bien niais, à tant ignorer ses avances amoureuses ce serin de Fritz qui, tout serein et imperméable, chante joliment dru et clair mais n’y voit guère dans ce jeu transparent.

Que dire que je n’aie déjà dit des qualités de Laurence Janot, artiste aux multiples facettes toutes également belles ? danseuse, comédienne, chanteuse, exacte dans tous les rôles divers, mais toujours avec une suprême élégance dans des personnages et des robes somptueuses qui lui collent à la peau, couronne, diadème, tiare en tête ou en cheveux, naturelle sans maniérisme. Grande Duchesse ? Sans doute, toujours souveraine, en reine de la scène.

On retrouve Antoine Bonelli qui se taille un habituel succès sans même chanter, en Népomuc aussi fourni en cheveux en bataille, touffes on ne sait de quel côté du vent de la conjuration.

Chef de chœur de l’Opéra de Marseille depuis 2023, Florent Mayet, par ailleurs directeur artistique du Festival Baroque en Forez, a largement prouvé ses qualités de chef d’orchestre au Théâtre de l’Odéon, à la tête de ses troupes, l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille. Il se met au diapason et rythme de cette production classique et élégante d’Yves Coudret, mettant en valeur cette musique au fond délicate d’Offenbach qu’on aurait tort d’alourdir.

Oui, à cette image, que la non-guerre est jolie !

 

 

La Grande Duchesse de Gérosltein

D’Offenbach

Dernière représentation au Théâtre de l’Odéon le 14 janvier 2024

 

PRODUCTION

Théâtre de l’Odéon

 

Direction musicale :

Florent MAYET

Mise en scène : Yves COUDRAY

Décors : Loran MARTINEL

Costumes : Opéra de Marseille

Régisseuse de production :

Isabelle DOLIVET :

La Grande Duchesse : Laurence JANOT

Wanda : Julia KNECHT

Olga : Émilie BERNOU

Charlotte : Éléna LE FUR

Iza : Miriam ROSADO

Amélie : Pascale BONNET-DUPEYRON

Fritz : Florian LACONI

Général Boum : Olivier GRAND

Prince Paul : Éric VIGNAU

Baron Puck : Dominique DESMONS

Baron Grog : Jean GOLTIER

Népomuc : Antoine BONELLI

Un figurant :

Guillaume REVAUD

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Chef de Chœur : Florent MAYET

Pianiste répétitrice/Cheffe de Chant : Fabienne DI LANDRO

 

PHOTOS : CAMILLE ROVERA

 

jeudi, décembre 04, 2025

LABEL ODÉON

 

ANDALOUSIE

OPÉRETTE EN DEUX ACTES

de Francis Lopez (1947),

livret de Raymond Vincy et Albert Willemetz

Dimanche 30 novembre 2025

Inépuisable Francis Lopez (1916-1995), l’un des compositeurs les plus populaires du théâtre musical français du XX siècle et inoubliable Luis Mariano, son acolyte interprète et ami basque.

L’opérette Andalousie est créée à Paris, au Théâtre du Châtelet, en 1947. L’œuvre s’inscrit dans la grande veine hispanisante du compositeur, amorcée avec La Belle de Cadix (1945).

Si l’on ne peut discréditer la musique de Lopez, de parents espagnols, du qualificatif d’espagnolade car sa musique puise aux sources authentiques, on peut le dire de ses livrets à intrigue espagnole, présentant sous de riantes couleurs, opérette oblige, une Espagne idéalisée ou caricaturale, dont les passions s’expriment en chansons et danses et où tout finit en fêtes dans un pays qui ne l’est guère, en fête, avec la permanence du troisième dictateur fasciste, Franco, qui, aidé par Mussolini et Hitler, a défait la République et règne impitoyablement sur un pays vaincu. Il a tiré son épingle du jeu à cause de la Guerre froide qui a fait de l’Espagne une pièce maîtresse américaine, stratégique, contre l’empire soviétique. L’historiographie la plus récente estime à 200 000 le nombre de fusillés après la fin de la Guerre Civile. Cela devait être dit en ce cinquantième anniversaire de la mort de ce sanguinaire dictateur fasciste.

         Le livret d’Andalousie a la pudeur de ne pas le situer dans l’Espagne contemporaine franquiste, encore au ban des nations, mais au XIXe siècle sous le règne d’Isabelle II, 1860.

Andalousie se passe près de Séville et au Venezuela. Le fringant marchand d’alcarrazas, cruches d’eau en terre cuite qui gardent la fraîcheur et se boivent à la gargoulette (et non les petites cruches vernissées de la mise en scène, Juanito Pérez est la coqueluche de toutes les filles. Mais il aime Dolorès, une bien aimable Julia Knecht, voix pleine aux aigus percutants comme des uppercuts de fille à qui on ne la fait pas et qui sait se battre, défiant sa mère donneuse de leçons, la digne Doña Victoria, Anny Vogel qui sait aussi faire le coup (de poing) contre les alguazils. 

Les amoureux rêvent, pour abriter leur amour, de châteaux en Espagne, de celui qui se dresse concrètement sur la crête de la colline. Juanito décide de faire fortune en devenant, toréador, torero, matador, donc qui signifie en espagnol, tueur. Avec la facilité des carrières des opérettes, un succès aux arènes de Grenade lui amène un mirifique contrat pour le Venezuela. Habitué de cette scène, Jérémy Duffau, Juanito plein de prestance, a belle et solide voix, mais semble cependant gêné dans les entrées en souples roulades à la flamenco d’un de ses airs.

Donc, conquistador en quête de gloire et d’argent, le voilà parti, non pour Mexico, sinon pour Caracas. L’humble marchand d’eau marche vers le succès et c’est sa fameuse marche, un pasodoble (qui est une marche au départ) qui fut le tube de l’opérette « Ole, torero !», triomphe sur un pauvre animal que je ne partage pas, même en goûtant la musique de Lopez.

Comme il se doit, loin des yeux mais non du cœur de sa belle restée au pays et, près de lui, le cœur et les beaux yeux d’une diva autrichienne, Fanny Miller, et quand elle est incarnée par la belle Laurence Janot, allure et figure de reine—pas seulement de la valse viennoise— on s’étonne que Juanito lui résiste. C’est le sombre sort d’un drame, mais les ressorts d’une comédie : un politicien proscrit au Venezuela, Rodriguez Valiente, aime Fanny qui ne l’aime pas, qui aime Juanito, qui ne l’aime pas, qui aime Dolorès, qui trouve le temps long et le courrier trop lent ou absent, intercepté subrepticement par la diva jalouse.

         Le courrier est lent, mais les nouvelles rapides dans la presse : Dolorès se croit trahie et oubliée par le fiancé lointain devenu célèbre quand elle découvre dans le journal un article qui relate les relations entre le torero et la cantatrice, des people, dirait-on aujourd’hui, qui alimentent la gazette des chaumières jusqu’en Espagne.

Mais une opérette ne le serait pas sans l’amour contrarié, les dépits amoureux, les jalousies, les désirs de vengeance, et un couple de seconds, Fanny/ Valiente, qui deviennent premiers dans l’intrigue contre les jeunes premiers, avec le lot de rivalités artistiques, de quiproquos. Dolorès jalouse, fière et vindicative, miracle de l’opérette a eu une carrière fulgurante aussi : sous le nom de la Estrellita, ‘petite étoile’, elle est devenue une grande étoile dans un cabaret de Séville où tout le monde se retrouve comme dans les vaudevilles.

Valiente, le digne Sébastien Lemoine, à la voix parlée aussi noble que la chantée, désireux de se venger de Juanito, qu'il croit l'amant de Fanny, courtise Dolorès qui feint d’accepter ses avances ; Juanito, sans accepter celles de Fanny, accepte tout de même un dîner avec elle, parallèle à celui de Dolorès et de Valiente, sinon face à face, balcon à balcon.

Couple de jeunes premiers, couple de seconds, et troisième couple, comique, de notre inégalable et espiègle Julie Morgane, Parigote devenue andalouse Pilar, qui trouve dans le Pepe de Nicolas Soulié un égal partenaire inénarrable, que ses dédains font passer par tout un éventail, andalou, d’émotions et de recours cocasses aux sortilèges au poil (barbe) dictés par une narquoise gitane, Christine Tumbarello. L’accorte soubrette, escorte autrichienne de Fanny, Perrine Cabassud, une habituée de l'Odéon, fait couple ou sangsue avec Pepe ou l’insolite Baedeker de Didier Clusel. Avec eux, une floppée de personnages, flippant, comiquement, comme le Carracho de Cédric Brignone, les nécessaires commissaire tremblant et aubergiste de Jean-Luc Épitalon, les consommateurs et alguazils Rémi Chiorboli et Jean-Michel Muscat, qui alimentent l’intrigue de leur présence.

    On saluera la qualité poétique de la voix de Damien Barra dans sa mélopée du rôle pourtant si bref du Sereno, mais indispensable à l’intrigue puisqu’il est le témoin de l’heure du repas chez Dolorès de l’enquête policière. Le Sereno était le gardien, le vigile d’une ou plusieurs rues, drapé dans une cape, une lanterne à la main et une lance dans l’autre qui, s’y promenant toute la nuit, chantait l’heure, le temps qu’il faisait, quelque événement notable, armé d’un sifflet pour une alerte. Il avait aussi les clés des immeubles qu’on lui demandait pour rentrer chez soi. Il était parfois aussi chargé d’allumer et d’éteindre les réverbères. Sous le franquisme, agent d’état, il servit aussi à signaler aux autorités les groupes de gens soupçonnés de réunions clandestines dans un pays où presque toute la population, on l’a découvert aujourd’hui dans les archives, était fichée…

Mais tout finira bien dans le meilleur des mondes de l’opérette, et chaleureusement bien pour un spectacle donné devant un théâtre surchauffé où pas un strapontin n’était inoccupé d’un public enthousiaste. À juste titre.

Deux simples arches rouge brique comme décor praticable sur fond de toiles peintes : l’Alhambra et le Palais de Charles Quint de Grenade ; la Place d’Espagne du Parc María Luisa de Séville ; une ruelle andalouse en perspective, la superbe toile peinte, fontaine, guitare monumentale et éventails, déjà utilisée dans la Belle de Cadix, et une verdoyante perspective tropicale pour Caracas. Et en toile de fond, la puissance tellurique des taureaux sans doute de Goya. 

Les costumes, dont certains déclinés de la couleur des arches, ocre, tabac, sont nombreux, variés et tous remarquables, évitant la caricature coloriste d’une fausse Espagne festive pour touristes nordiques épris de coloriage exotique. On admire les sobres robes rouges ou noires des belles danseuses de la troupe (Annabelle Richefeu, Sophia Alilat, Lorena Debray, Sabrina Llanos) menées de main et pieds de zapateado du maître chorégraphe Felipe Calvarro, digne du mythique maître à danser de Cadix, Luis Alonso, héros de deux fameuses zarzuelas, dont, sans le dire, on emprunte ici, la musique, l’élégant fandango de l’intermède de La Boda de Luis Alonso de Gerónimo Giménez (1897), qui nous vaut un magnifique tableau, zapateado et castagnettes, mais sans citer le vrai compositeur, abusivement intégré à la musique de Lopez, qui en pâlit du coup.

Mais Didier Benetti, à la tête de l’Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille, joue loyalement le jeu et la joie de servir, en un, deux compositeurs, apportant avec grâce, aux oreilles françaises, le compositeur d’Espagne auquel rendait grâces, depuis la France, le compositeur espagnol de France qui nous prodigue avec bonheur boléros, séguedilles, habanera et pasodobles.

Carole Clin est chez elle à l’Odéon et, à la tête de cette troupe, qui semble après tout la sienne, elle règne et règle la mise en scène à la baguette. Elle signe encore un succès et, avec cette harmonieuse qualité, je pense qu’on pourrait parler, sans emphase, pour cette salle unique en France pour l’opérette, d’un label Odéon.

 

ANDALOUSIE

OPÉRETTE EN 2 ACTES

NOUVELLE PRODUCTION

Direction musicale : Didier BENETTI

Mise en scène : Carole CLIN

Chorégraphie : Felipe CALVARRO

Décors : Ateliers Sud Side

Costumes : Opéra de Marseille

Régisseuse de production : Isabelle DOLIVET

 

Dolorès : Julia KNECHT
Fanny Miller : Laurence JANOT

Pilar : Julie MORGANE
Doña Victoria : Anny VOGEL
Greta : Perrine CABASSUD
La Gitane : Christine TUMBARELLO

Juanito : Jérémy DUFFAU

Pepe : Nicolas SOULIÉ

Valiente : Sébastien LEMOINE

Sereno : Damien BARRA

Le commissaire / L’aubergiste : Jean-Luc ÉPITALON

Baedeker : Didier CLUSEL
Caracho : Cédric BRIGNONE
1er Consommateur / 1er alguazil : Rémi CHIORBOLI
2ème Consommateur / 2ème alguazil : Jean-Michel MUSCAT

Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille

Chef de Chœur : Florent MAYET avec Astrid Marc (répétitrice piano)
Pianiste répétitrice : Astrid MARC

Danseuses :

Annabelle RICHEFEU, Sophia ALILAT, Lorena DEBRAY, Sabrina LLANOS 

Photos Christian Dresse 

1.  Un marchand d'eau dont les groupies boivent les paroles ;

2. Place d'Espagne de Séville ;

3. Calvarro et Knecht ;  

4. Fanny en fleur ; 

5.  Soulié et Morgane ;

6. Tablao flmenco ;

7. Le sereno. 

 

vendredi, juin 07, 2024


MÉDITERRANÉE

OPÉRETTE EN DEUX ACTES

de FRANCIS LOPEZ

Livret de Raymond Vincy
Marseille, Odéon, 24 mai

NOUVELLE PRODUCTION 

 

                  Méditerranée est une opérette en 2 actes et 20 tableaux d’après un livret de Raymond Vincy et la musique de Francis Lopez, ce dentiste né en France de parents du Pays basque, mais à cheval sur l’Espagne et le France. Elle représentée pour la première fois à Paris au théâtre du Châtelet, en 1955, avec faste et succès. C’est un hymne, un peu facile, il est vrai, à la Méditerranée, avec tous ls clichés, que l’on dirait touristiques, évoquant son charme, son atmosphère et, naturellement, son soleil, il est vrai aussi que c’est notre grand privilège encore, tant qu’il ne brûle pas trop avec ce changement climatique qui nous menace.

Fernand Sardou

         Dans la distribution, avec nombre d’acteurs et chanteurs qu’on a oubliés depuis, les deux premiers rôles masculins étaient incarnés par deux vedettes. Le second, par un chanteur né à Avignon, mort à Toulon, Fernand Sardou, père de l’actuel Michel Sardou —qui travailla comme serveur puis débuta dans le cabaret paternel. Ayant fait ses débuts juste après la guerre en 1946 en vedette américaine, c’est-à-dire en première partie d’un récital d’Édith Piaf, Fernand Sardou était devenu aussitôt célèbre avec une chanson, un concentré de clichés guère flatteurs sur notre Midi, un éloge cynique et égoïste du farniente de la fainéantise :

 

« Aujourd'hui peut-être ou alors demain, ce sacré soleil me donne la flemme… »

 

Il incarnait un anti-héros placide et plaisant, qui remet toujours au lendemain ce qu’il y a d’urgent à faire et qu’il ne fera sans doute jamais : « il fait trop chaud, car la terre est base dans notre Midi ». Et imaginez, quelle provocation : nous sommes en 1946, au sortir de la guerre dans un pays ravagé, bombardé, où il faut presque tout reconstruire. Pensez au dynamitage de notre quartier du Vieux-Port par les Allemands, dont on n’avait même pas commencé la reconstruction.

Fernand Sardou, avec sa faconde, son accent appuyé, sa décontraction, devint très populaire, c’était l'acteur-chanteur méridional préféré des Français, mais multipliant, avec les pagnolades à la mode, une image guère flatteuse des Méridionaux, des Marseillais, dont il faut bien dire qu’ils se plaisent souvent à cultiver lourdement ces caricatures d’eux-mêmes, le pastis, la pétanque, qui font rire les gens du nord, mais rire jaune ceux qui se sentent discrédités par ces stéréotypes préjudiciables à leur sérieux… 

Tino Rossi

Mais la vedette masculine, à coup sûr, c’était Constantino Rossi, universellement connu comme Tino Rossi, au sommet de sa gloire mondiale, qui a même refusé un pont d’or à Hollywood. Lui, petit Corse pauvre, qui a vivoté de petits métiers à Marseille pour survivre, remarqué pour sa voix naturelle de tenorino, la douceur de miel de son timbre admiré même de la Callas pour son incomparable interprétation de l’Ave Maria de Gounod. Avec Tino Rossi, c’est toute une autre série de clichés qui sont filés : chanteur de charme au physique vraiment charmeur de « latin lover », ‘amant latin’, voix de velours roulant voluptueusement encore les r, donneur de sérénades romantiques à la mandoline sous le balcon des belles.

         Version de l’Odéon 

             Les chansons

         L’opérette de ce type est à géométrie variable quant aux chansons souvent interchangeables hors quelques-unes bien ancrées dans l’intrigue, qui est parlée les airs n’exprimant alors, comme dans les opéras baroques après les récitatifs, qu’un affect, un sentiment, forcément général, amours, dépit amoureux, jalousie, haine, qui peut passer d’une œuvre à l’autre, ou qui peut s’en passer.

Ainsi, Carole Clin me, semble-t-il, en a justement éliminé certaines qui font par trop cliché folklo de cette région du monde idéalisée en carte postale où ne règne que la joie de vivre, avec le thème répétitif du soleil qui ne souffre aucune ombre, surtout pas dans les rengaines qui le répètent avec le même titre ou à peu près dans diverses autres œuvres, ce soleil frappe tant qu’on s’y perd. (« Le pays du soleil », « Le soleil de Marseille »). Mais peut-être aurait-elle pu laisser, au risque du poncif, « L'Amour est un soleil » à la belle Paola de Perrine Cabassud, réduite à deux airs, mais qui chante avec une séduisante conviction « Les filles dAjaccio », dont la fidélité traditionnelle est ici bien en place par le lieu et la situation, la molle tentative de séduction de son fringant futur beau-frère, Mario de Juan Carlos Echeverry qui, lui, reprenant le rôle de Tino Rossi, évidemment la vedette, se taille la part du lion bien chantant, charmeur il est vrai, à quelques demi-teintes près en voix de tête, de falsetto à la mariachi mexicain accusant trop de différence, de volume, couleur et projection, avec sa belle voix ronde et homogène, mûrie et élargie désormais dans le médium.

Couples

Ce déséquilibre en airs entre les deux personnages, en principe les deux jeunes premiers, accuse justement celui de ce faux couple qu’on dirait inexistant qu’on voit peu ensemble et, s’il la mène au bal, on ne l’entendra pas lui susurrer le séducteur « Tango Méditerranée », pensant faire la conquête de la fiancée de son frère Matteo, tête brûlée, alors qu’il enquête sur le meurtre imputé à ce dernier. Et même ce vague sentiment amoureux entre Paola et Mario est à peine ébauché, sans déboucher sur rien et prendre corps, encore moins physique.

         On ne voit guère plus le couple supposé du héros Mario avec Conchita, l’amoureuse réduite aussi à la part congrue. Depuis le Brésilien d’Offenbach venu goûter à la vie parisienne, les latino-américains ne peuvent être que riches, et il le fallait pour pouvoir venir de si loin. Ce n’est qu’au dernier tiers du XIXe siècle, qu’on aura les hordes de malheureux exilés pauvres fuyant les horribles dictatures. Mais pour cette mouture, si Estelle Danière, par son physique pourrait parfaitement incarner (au sens propre, en belle chair) l’une de ces femmes affriolantes et affolantes, avides d’amour dont fantasme l’opérette, casi muette ici, à l’inverse de l’impérieuse Amparita de Quatre jours à Paris, on la voit plus harcelée par le collant et coulant Dubleu qui voit la vie en rose et sourire, l’éternellement souple Dominique Desmons , qu’accouplée et assortie au héros. En somme, malgré un vague amour pour la fiancée en désamour avec son frère, germe possible d’un conflit qui pourrait finir en vendetta en Corse et nous tenir dans une angoissante haleine, le héros sans héroisme visible ne fait que fade figure dramatique et couple sommaire avec les deux femmes postulantes au titre.

En réalité, à défaut des jeunes premiers ankylosés dans des rôles conventionnels, c’est le mobile couple des seconds, Juliette et Mimile, qui devient le premier théâtralement parlant et dansant et chantant, nous régalant d’acrobaties en prime, Julie Morgane et Fabrice Todaro, passant de Joyeux campeurs à décampeurs, campant des rôles et accents divers, corse pour lui plus vrai que nature, puis filou marlou, et parigote presque Arletty pour elle, s’entendant comme larrons en foire, foirant parfois l’enquête criminelle, frôlant le polar, portant à l’avant-scène l’intrigue policière dont les péripéties, avec faux suspect et découverte du vrai coupable, se passent dans les coulisses : un gendarme mort dans une fusillade et Matteo en fuite dans le maquis, aurait pu donner à l’opérette une dimension inédite qui ne sera ni dite, ni maudite, mais à peine ébauchée en dehors des bribes tissées par notre couple de détectives malgré eux.

         Comme en copie décalquée mais claquante de ces couples, celui à géométrie variable comme veuve qui ne varie pas, ou à peine entre sabre (le gendarme gradé d’humour de Claude Deschamps) et le goupillon du curé dégradé d’apéro mais sans doute pas de vin de messe à haut degrés (Jean-Claude Calon), c’est bien le couple, les couples alternatifs de l’Annonciade, entre servante maîtresse de l’homme au képi ou bonne —que dis-je ?— gouvernante de l’homme en soutane,  qui a le naturel confondant d’innocence évidente de Simone Burles, fidèle veuve pas triste mais pas joyeuse pour autant, dit-elle, sauf pour nous tant elle est une figure, je répète, naturelle, de comédie, qui nous ferait même croire, à son accent de chez nous, pas de pinzuti, à celui de la Corse.

On entend aussi l’accent corse de Grégory Juppin, excellent artiste qu’on regrette de trop peu voir, en Matteo, mouton noir écervelé d’une famille dont on évoque la mère sans la voir, prudent contrebandier de cigarettes imprudemment passé à trafiquant d’armes, filon folklorique corse dont, en 1955, on ne pouvait deviner les historiques futures possibilités. Mais, même si l’intrigue se corse en Corse, on ne joue pas au feu dans les opérettes gentillettes. Comme toujours, les comparses multi-rôles ne sont pas maltraitée : Sabrina Kilouli, Jean-Luc Épitalon, Jean Goltier et comme toujours, le chœur (Rémy Litolff), autant qu’en chant, est intégré en jeu et danse autant que la gestique si bien rôdée de Carole Clin, sa grammaire chorégraphique de gestes rythmiques codifiés, se fond aux codes et rythmes de la chorégraphie pittoresque, folklorique, de Maud Boissière.

Pour les décors (Loran Martinel), après le minimalisme du studio télé du début, nous promène en projections en Corse, village, maquis, maisonnette de la mère dont la porte (de l’extérieur baillant théâtralement sur le dehors !). Pour les costumes (Opéra e Marseille), je ne jurerais pas qu’ils sont tous corses, du moins par la couleur, mais cela fait de beaux tableaux colorés.

Mais pour la couleur locale musicale, sur un rythme de marche triomphale, mais pas martiale heureusement, pas guerrière même si elle évoque un Napoléon chantant sa propre gloire près de sa maison avec filles et garçons, c’est un tableau idyllique qui est dressé d’une nuit sur une place d’Ajaccio, Aiacciu, qui finit sur l’hymne national de la Corse, l’Ajaccienne, qui fait crépiter les applaudissements et les bravos. Que nous ne lésinerons pas à Bruno Conti à la direction musicale, dont on sent le plaisir, qui gagne le public, qui entonne en chœur l’autre marche triomphale enfilant les clichés sur nos régions, féeriques, paradisiaques, où tout le monde chante, condensés dans le fameux « Méditerranée » que nos amis de l’Odéon nous pardonneront, faute d’un enregistrement de leur interprétation à citer, celle, classique, empathique et sympathique de Tino :

 

https://www.youtube.com/watch?v=AHoJ5jPd3MM   FIN

 

 

MÉDITERRANÉE

De FRANCIS LOPEZ

 

Direction musicale : Bruno CONTI

Mise en scène : Carole CLIN

Chorégraphie : Maud BOISSIÈRE

Décors : Loran MARTINEL

Costumes : Opéra de Marseille

 

Paola : Perrine CABASSUD

Juliette : Julie MORGANE

Annonciade : Simone BURLES

Conchita Cortez : Estelle DANIÈRE

Mario Franchi : Juan Carlos ECHEVERRY

MIMILE : Fabrice TODARO

Padovani : Jean-Claude CALON

Cardolacci : Claude DESCHAMPS

Dubleu : Dominique DESMONS

Le producteur / Angelotti / Le capitaine Jean-Luc ÉPITALON L’acteur / Joseph / Charlot / 2e curé Jean GOLTIER

Orchestre de l‘Odéon

Benoît SALMON, Marie-Laurence ROCCA, Samia ZIDI, Marie HAFIZ, Isabelle RIEU, Alina FAIRUSHINA, Pascale GUÉRIN, Jean-Florent GABRIEL, Éric CHALAN, Virginie ROBINOT, Olivier JACQUON, Jean-Baptiste LEGRAND, Xavier BAPELLE, Marc BOYER, Thierry AMIOT, Aurélien HONORÉ, Florian BELLON, Alexandre RÉGIS, Caroline DAUZINCOURT

Pianiste répétitrice : Caroline DAUZINCOURT

Ballet : Marion PINCEMAILLE, Anne-Céline PIC-SAVARY, Rudy SBRIZZI, Guillaume REVAUD, Idir CHATAR

Chœur Phocéen : Alessandra FIORELLA, Sabrina KILOULI, Rosanne LAUT, Esma MEHDAOUI, Katherymne SERRANO, Manon PIZZECHEMI, Wenhua YUAN, Damien BARRA, Laurent BŒUF, Sylvio CAST, Angelo CITRINITRI, Jacques FRESCHEL, Roman PANZER, Clément PONS

Chef de Chœur :  Rémy LITOLFF 

Photos Christian Dresse :  

1. Couple, faux, de jeunes premiers ;

2. Couples faussés,  Mario entre Paola et Conchita flanquée de M. Bleu ;

3. Vrai couple meneur de jeu : Juliette et Milou ;

4. Vrai couple, rêvé, du curé et son aspirante bonne ;

5. Couple : copie et original à la télé ; 

6. Couple de joyeux campeurs et gendarme qui ne règle ni la circulation ni la situation.

7. On danse à Ajaccio, Aiacciu pur les amis.

 

ÉMISSION DE PRÉSENTATION N°750 DE BENITO PELEGRÍN, 15 MAI 2024

    


 

 

 

mardi, mai 07, 2024


CHANSON GITANE

Opérette en deux actes

Musique de Maurice Yvain

Livret d’André MOUËZY-ÉON et Louis POTERAT

Création 1946, à Paris, à La Gaîté-Lyrique

Odéon, Marseille, samedi 27 avril


         Étui à lunettes, stylo et notes perdues à l’Odéon à force d’applaudir, je me sers de mon émission de présentation, de mes souvenirs et des photos pour rendre compte de ce beau spectacle encore signé par Carole Clin.

            Les Roms, les Gitans, ont autant mauvaise presse auprès des bourgeois que ces derniers se pressent dès lors qu’un spectacle affiche une couleur romanichel, gitane. Après les Saintes-Marie-de-la-Mer le jeudi 18 avril, Marseille accueillait le vendredi 19 avril, chez Musicatreize, la Santa Misa Romani, ‘La Messe gitane’

de Yardani Torres Maiani. Et l’Odéon exhumait pour deux jours, cette rare opérette Chanson gitane, comme si ce peuple, ces peuples divers plutôt, étaient réduits au spectacle. Et il est vrai que leur culture s’exprime admirablement par le chant et la danse, la musique en somme. La figure de Carmen, attirante et inquiétante, exprime au mieux cette ambivalence, séduction et méfiance, dans la perception que l’on a en général des gitans, des roms.

Rom, signifie, en langue romani « homme accompli et marié au sein de la communauté. »

Les roms est devenu le terme générique depuis le congrès de de Londres de 1971 pour désigner globalement les Tziganes / Tsiganes, les Bohémiens, Manouches, ou Romanichels (d’Europe centrale, chacun de ces noms a sa propre histoire). On parle aussi de Sintis ; en Espagne, on a le mot dérivé d’Égyptiens, Gitans puisqu’ils prétendaient venir de la race de Pharaon, d’Égypte (l’Esmeralda, ‘Émeraude’, au nom espagnol de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo —alors que les Gitans arrivèrent en Espagne de France— est nommée avec justesse l’Égyptienne). Même étymologie en Grande-Bretagne, les Gypsies.

Leur nomadisme s’oppose, tout naturellement, à la sédentarité, à la fixité des villes. Mais, depuis ce fameux congrès de Londres de 1971, avec globalement le nom générique de Roms, sédentaires ou encore nomades, on les a également nommés « gens du voyage » et on les a dotés d’un beau drapeau sur fond vert (pour dire la campagne illimitée sans doute) et bleu (le ciel ouvert), avec l’emblème de la roue rouge de la caravane du nomade qui roule sans cesse.

Fixité et nomadisme

Le voyage, l’âme nomade éprise de liberté, opposée à la fixité citadine ou aux racines terriennes, nous avons-là le noyau théâtral, dramatique, d’une opposition de caractères, qui sera tragique dans Carmen, qui chante un hymne à la liberté, à « la vie errante », entraînant dans son sillage amoureux un Don José ligoté par les valeurs paralysantes de l’Armée, de l’Église, et de sa mère.

Même dans le monde guère tragique de l’opérette, ce conflit de tempéraments, de caractères diamétralement opposés, ne peut manquer pour nouer une intrigue d’amour faite de déchirantes contradictions.

Nous sommes en Anjou, en 1826, en pleine Restauration, sous l’ultra réactionnaire Charles X qui, monté sur le trône en 1824, voulant restaurer l’Ancien Régime, devra abdiquer en faveur de son peit-fils e dix ans, duc de Bordeaux, et fuir après la Révolution des Trois glorieuses de 1830 (27, 28 et 29 juillet) un mois après qu’il a fait la conquête d’Alger. Une allusion dans le texte anticipe l’événement colonial, tandis que les justes proclamations de Jasmin, le fils niais du garde-chasse rappellent le passé révolutionnaire les « principes éternels de 89 » dont on n’a pas perdu la mémoire.

 

Duchesse de Berry

Un vrai personnage historique et de roman, Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon, princesse des Deux-Siciles(1798-1870), princesse napolitaine élevée librement, pratiquant le chant napolitain en patois, débarquée à Marseille en 1816, deviendra par mariage duchesse du Berry, vite veuve d’un mari assassiné par un révolutionnaire voulant en finir avec les Bourbon pas assez guillotinés, mère du duc de Bordeaux désigné successeur par le roi Charles X à son abdication. Originale, peu conformiste, peu férue d’étiquette de cour, lançant les modes, dont celle des bains de mer, célèbre aussi pour son goût des voyages en mer, elle déjà un bateau à vapeur. Elle fait du Pavillon de Marsan un lieu raffiné de modes et de fêtes. Musicienne, mécène de Rossini et Boieldieu qui lui dédie La Dame blanche. Même exagérée pour les besoins joyeux de l’opérette, sa sympathie pour la Bohémienne n’est pas invraisemblable. À la chute de Charles X, qu’elle suit un temps dans son exil anglais, elle conspire avec des ennemis du duc d’Orléans qui est monté sur le trône sous le nom de Louis-Philippe, prépare une constitution libérale pour la France, intrigue, tente vainement de soulever Marseille (comptant sur un millier d’insurgés elle se retrouve avec soixante) puis la Vendée pour placer son fils sur le trône sous le nom d’Henri V sous sa tutelle de régente. Fuyant, traquée, cachée même dans une cheminée, détenue, emprisonnée quelques mois dans une citadelle, elle sera expulsée de France vers sa Palerme sicilienne, mais désavouée par ses familles française et italienne et même, plus tard, ruinée par son second mari, par son propre fils ingrat qui la contraint à vendre son palais vénitien en échange de son aide. Elle mourra aveugle en Autriche.

Fixité campagnarde

Après les convulsions de la Révolution et de l’épopée de Napoléon, mort exilé sur son île en 1821, nombre d’aristocrates échappés à la guillotine jugent plus prudent de ne plus trop habiter les villes tumultueuses et dangereuses et, s’ils n’en ont pas, se font construire des gentilhommières dans de sûres campagnes. Au lever de rideau, une romantique toile de fond mollement verdoyante présente en horizon un château haut perché, plus de Bavière que de « la douceur angevine » moins montueuse chantée par du Bellay. Le comte Hubert des Gemmeries mène en son manoir une vie calme, disons une plate existence de hoberau provincial, de gentilhomme campagnard, réticent au mariage malgré les exhortations de sa mère soucieuse de perpétuer la lignée. Guère tenté par l’aventure, pour tout exploit, il ne rêve que de chasser les pauvres lièvres « fourbus » et les braconniers plus nécessiteux que lui de nourriture. En belle compagnie, en bel habit de chasse, sur une marche martiale à grand renfort de cors, il chante vaillamment, plus que le printemps, le plaisir de la chasse, priant, « pardonnez aux chasseurs » (prière que je n’exaucerai pas). Il confie préférer le grand air aux murs clos des salons, avoue qu’il n’est guère « mondain », se présentant comme un « ours mal léché ». Belle prestance, en élégante tunique grise plus de salon que de chasse aux bottes noires près, de son éclatante voix de ténor, Jérémy Duffau se tire au mieux de cet air dynamique de faux héroïsme, entraînant un chœur solide de chasseurs.

Sa mère, digne dame cheveux gris et robe grise, mine rogue, parfaitement campée avec la noble hauteur qu’il faut par une expressive Anny Vogel, tente de disculper son rustaud de fils en retard, qui n’est pas encore venu rendre ses devoirs à une belle et lumineuse invitée, robe rosée à volants, tout sourire et blondeur couronnant une rayonnante voix, l’indulgente duchesse du Berry, la belle Ève Coquart, plus curieuse que furieuse contre cet « ours mal léché », dont, se léchant les babines, elle se verrait bien finir par parachever la figure, puisque la légende dit que seul le tendre et patient léchage de la mère finit par donner figure acceptable à l’ourson informe d’abord.

Et là, horreur ! son garde-chasse Nicolas (Philippe Béranger), bourru personnage de comédie, escorté de son raccord de fils Jasmin (Eloi Horry), vient lui annoncer le drame : des Bohémiens voleurs de poules se sont installés sur sa propriété. Furieux de ces atteintes à son honneur, le grand aristocrate sans autre noble emploi, vole, court faire courir et décamper les intrus.

Le voilà au camp des Bohémiens : un foyer stylisé de trois bouts de bois d’où pend une marmite sur le feu et un aperçu saillant d’entrée arrière de caravane verte, sobre et suffisamment suggestifs décors de Loran Martinel.

L’assaut rageur du noble est stoppé net par la noblesse physique et morale de Mitidika, plus maîtresse de la tribu que Zarifi le maître vexé du camp, la belle et hautaine Zingara, qui se dresse devant lui et brave le bravache : elle descend d’un prince de Bohême et ne s’abaisse pas devant un simple comte. Quand on sait qu’elle est incarnée par Laurence Janot, beauté de figure, dignité d’allure, plus qu’une descendante princière, comme je l’ai déjà dit, c’est une reine que ce nobliau a devant lui, mains sur les hanches, cheveux coulant en ondes sur des épaules parfaites de statue, regard clair, capable de feu et d’ombre, et voix d’ambre. Comment n’en pas tomber amoureux ? Chasseur chassé et pris au piège.

Le jeu de cartes avec l’autre gitane annonçant l’avenir, est un clin d’œil à la Carmen de Bizet, « enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi », refusant les promesses d’un amour inégal, la belle, impossible à apprivoiser, s’envole, laissant elle aussi, telle l’héroïne lyrique, une fleur, relique amoureusement gardée par l’amant. Comme Faust revenant saluer, sinon « la demeure chaste et pure », la caravane, amoureux dépité, le comte Hubert, dévasté, la trouve désertée.

Ce désespoir vaut à Jérémy Duffau l’un des plus beaux airs de l’opérette, « L'Amour qu'un jour tu m'as donné… » qu’il nous offre avec une sensible émotion, aigus éclatants, mais avec des demi-teintes de la tradition du genre qu’on a peu l’habitude d’entendre.

Et voilà l’ours mal léché, même pas Arlequin poli par l’amour, mais mis en mouvement par lui, voilà Hubert, hanté par son souvenir, saisi de nomadisme, qui la cherche désespérément. Il la retrouve à Angers, au cirque Zarifi, dirigé par le chef de la tribu, jalousement amoureux de la belle. Introduisant le drame dans la comédie, dans l’intrigue d’amour, Marc Barrard l’interprète avec toute la puissance qu’on lui connaît et profère un air effrayant et menaçant, devenu célèbre, le tango « Jalousie, tu rampes autour de moi comme un serpent pétri d’effroi… », air tout intérieur qui ronge le personnage jusqu’à ce qu’éclate en force son désir extérieur de vengeance. Belle trouvaille de mise en scène significative, presque à la broyer, il manipule une marionnette à l'image de Mitidika  comme il a dû rêver de manier la gamine, poupée qu'il a vu grandir en femme  qui l'a  en réalité manipulé en pantin, arrachant même au mâle frustré la conduite de la tribu.

Le drame frôle le drolatique au cirque, où opère l'ami Antoine Bonelli en Monsieur Loyal. Mais nous avions déjà, bousculant l’économie générale des opérettes où les couples de « seconds » doublent simplement les jeunes premiers, une démultiplication des scènes comiques de dépit amoureux, ainsi, entre la sceptique et solide Jeannette de Flavie Maintier avec le Jasmin (Éloi Horry) hébété à hue et à dia tiré ensuite par l’astucieuse zingara Zita de Julie Morgane égale en rieuse souplesse à elle-même dans des scènes burlesques de charme, de sortilège, puis avec le père veuf Nicolas (Philippe Baranger) redécouvrant les attraits du mariage.

Vrai travail d’artisan des auteurs, tous ces personnages supposés secondaires ont des pas de danse, des airs, des duos et, les quatre réunis, un superbe quatuor, un vrai morceau de bravoure musical et de mise en scène. Sous de simple rideaux rouges nus à l’exception de deux austères portraits à la mode du temps, un complexe et redoutable quatuor où la danse, implacable de rythme, est régie par une impeccable précision du chant sous les dehors comiques, changements de tempo, entre fox-trot lent ou lent charleston, gestes, positions, des corps, des bras, des jambes, une vraie chorégraphie encore réglée minutieusement par Caroline Clin, avec un accelerando burlesque qui se souvient de Rossini. Je ne répéterai pas toutes les qualités que j’ai déjà soulignées chez Caroline Clin, art d’occuper l’espace réduit de cette scène sans l’encombrer avec tant de personnages ou des décors inutiles, une grammaire personnelle de gestes synchrones pratiquement chorégraphiés qui, ici, s’intercalent sans brouiller la belle chorégraphie de Maud Boissière, servie par de vrais danseurs professionnels : danse dans la danse qui n’est pas le moindre charme de cette nouvelle production.

On saluera aussi le charmant, trio aux ombrelles tournantes des deux zingaras entourant le noble triomphant puisqu’il a épousé, en dépit de sa famille, la roturière gitane, dont même la comtesse douairière mère feint de croire en la royale ascendance, tout en rejetant et humiliant sa trop brune bru. Mais les deux mondes, aristos et bohémiens, opposés nous ont offert le plaisir contrasté des costumes différents, libres gilets pour les hommes contre raides redingotes et chapeaux, jupes fleuries sur bottes de cuir des Bohémiennes, foulard sur la tête des femmes, contre coiffures « à la girafe » pour les grandes dames, célébrant en cheveux la célèbre Zarafa, la girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali en 1827, la première en France. Sans compter les danses issues de chaque monde, valse, mazurka, contre accents slaves ou pasodoble hispanique pour les gitans, avec le clou de la danse à deux, en plein salon aristo scandalisé, au son de tambourins basques, par Zita et Mitidika, qui nous offrent cette facette de leurs multiples talents.

Péripétie : on accuse la Bohémienne comtesse du vol du collier de diamants de sa belle-mère, en réalité dérobé par Philippe (Jean-Luc Épitalon) l’autre rude fils, le joueur endetté. Drame : comme Manon disant adieu à sa « petite table » en abandonnant Des Grieux, la belle Bohémienne blessée écrit une lettre d’adieu à Hubert, qui nous vaut une émouvante interprétation de Laurence Janot, « Sur la route qui va, qui va et qui n’en finit pas… », qui n’en finit pas de filer le son final avec une finesse digne des plus grandes. C’était une chanson, devenue célèbre aussi, de Viviane Romance dans le film de 1941, Cartacalha dont Maurice Yvain reprend sa musique pour l’opérette postérieure.

Mais, en véritable deus ex machina, l’aventurière et aventureuse duchesse de Berry, amène les amoureux avec elle sur son navire (belle vue d’un port en toile peinte) pour les laisser vivre librement leur amour « sous d’autres cieux » comme proposait vainement Don José à Carmen. En somme, c’est avec la noble onction d’une lumineuse aristocrate que se comble le vœu de la gitane « oiseau de nuit » au « désir vagabond », en recherche permanente d’horizons sur des routes qui n’en finissent pas, entraînant le comte amoureux consentant. Ainsi se résout la contradiction du monde du noble enraciné à sa terre et celui mouvant de la nomade : Carmen et José réussissant leur première et seconde évasion.

Contrastes de cadres, d’atmosphères, de personnages, qui permet au spectacle de diversifier des scènes de danses gitanes opposées à celles du salon aristocrate, théâtre dans le théâtre enchâssé de rideaux comme un autre cirque, même mondain. Et à l’orchestre mené dynamiquement par Didier Benetti, de faire joyeux feu de tout bois musical pour notre plus grand plaisir.

 

CHANSON GITANE

 

NOUVELLE PRODUCTION

Direction musicale, Didier BENETTI

Mise en scène, Carole CLIN

Chorégraphie, Maud BOISSIÈRE

Décors , Loran Martinel.

 

Comtesse des Gemmeries, Anny VOGEL

Mitidika, Laurence JANOT
Duchesse de Berry, Ève COQUART
Zita, Julie MORGANE

Jeannette, Flavie MAINTIER
Une gitane / la spectatrice, Sabrina KILOULI

 

Hubert des Gemmeries, Jérémy DUFFAU

Jasmin, Eloi HORRY
Zarifi, Marc BARRARD
Nicolas, Philippe BÉRANGER

Philippe, Jean-Luc ÉPITALON
Monsieur Loyal, Antoine BONELLI
Un invité / le spectateur / le jeune homme, Damien RAUCH

Figurant Simon CHARNIER

Orchestre de l‘Odéon

Benoît SALMON, Marie-Laurence ROCCA, Hélène CLÉMENT, Anne FABRE, Isabelle RIEU, Alexia RICHE, Nicolas PATRIS de BREUIL, Tiana RAVONIMIHANTA, Vanessa CROUSIER, Eric CHALAN, Soizic PATRIS de BREUIL, Stephan BRUNO, Auguste VOISIN, Olivier GILLET, Hugo SOGGIA, Luc VALCKENAERE, Alexandre RÉGIS, Caroline DAUZINCOURT

Pianiste répétitrice Caroline DAUZINCOURT

Chœur Phocéen

Caroline BENOIT, Sneji CHOPIAN, Fiorella ALESSANDRA, Sabrina KILOULI, Sylvia OLMETA, Katherymne SERRANO, Pierre-Olivier BERNARD, Sylvio CAST, Angelo CITRINITI, Corentin CUVELIER, Sébastien SPESSA, Damien RAUCH
Chef de chœur Rémi LITOLFF

Ballet

Marion PINCEMAILLE, Guillaume REVAUD, Vincent TAPIA Danseur(se) circassien(ne) : Ambre ROS-LEPARC, Antoine DUPEYROT 

PHOTOS CHRISTIAN DRESSE

1. Duffau, Janot;

2. Vogel, Coquart, Duffau, Béranger, Horry;

3. Barrard, Janot, Duffau;

4. Morgane, Horry;

5. Horry, Maintier, Béranger;

6. Morgane, Duffau, Janot.

 

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