Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

Ma photo
Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

dimanche, janvier 30, 2022

Charpentier / Philippe Hersant : Musique à Notre-Dame

 

Marc-Antoine Charpentier / Philippe Hersant

Marc-Antoine Charpentier Messe à quatre chœurs

sous la direction d'Olivier Schneebeli

Philippe Hersant Cantique des trois enfants dans la fournaise 

 sous la direction de Sofi Jeannin

 Maîtrise de Radio-France, Les Pages, les Chantres et les Symphonistes du Centre de musique baroque de Versailles

 Un CD Radio France

 

         Voici un très beau CD, issu d’un concert, qui unit, dans la ferveur, la grandeur et l’émotion, une œuvre ancienne et une création contemporaine qui en calque respectueusement les moyens musicaux en un miroir somptueux. Mais il faut d’emblée saluer le concert, c’est-à-dire le projet concerté entre la  Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin , superbe chœur d’enfants et les Pages, les Chantres, choristes plus âgés, et les symphonistes, les instrumentistes du Centre de musique baroque de Versailles dirigés par Olivier Schneebeli. L’œuvre moderne est Le cantique des trois enfants dans la fournaise de Philippe Hersant (1948) une commande de 2015 de Radio France au compositeur, nourri de musique baroque, dont nous avions ici même salué les somptueuses Vêpres de la Vierge, sa maîtrise des voix et son maniement des instruments, ici anciens.

De Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), si l’on connaît les postes qu’il a occupés auprès des grands, on ne sait pas grand-chose de la vie. Mais il a laissé une œuvre abondante et variée. Après la rupture de Lully et Molière, il collabora avec ce dernier et on lui doit la musique du Malade imaginaire. Après la mort du tyrannique Lully, qui régnait sur l’art lyrique dont il avait obtenu l’exclusif et abusif monopole du roi, Charpentier put enfin écrire deux opéras, un mythologique, Médée, et l’autre, une tragédie biblique, David et Jonathas, considérés comme deux chefs-d’œuvre aujourd’hui mais peu considérés en leur temps. Le disque nous en propose cette grandiose Messe à quatre chœurs dont on ignore même si elle fut donnée, quand elle fut composée, même s’il semble probable que ce fut autour de l’année 1670 à son retour d’Italie, centre alors de la modernité musicale, de Rome précisément, par les proportions adaptées à ce désir de grandeur et de majesté de la Cité des papes après la Contre-réforme.

Les monuments religieux ont toujours obéi à une architecture symbolique, est/ouest pour les entrées et sorties, naissance et mort. Héritée de la longue basilique romaine laïque, la structure de l’église chrétienne, lui ajoutant deux bras perpendiculaires, lui donna la forme d’une croix. Ce qui permit, comme à Venise, et on le voit chez Monteverdi, de placer deux chœurs face à face de se répondre, dans une spatialisation stéréophonique du son, de la musique. Dans cette messe, ce qui suppose des moyens, Charpentier place quatre chœurs, géométriquement spatialisés, un à chaque branche de la croix, enveloppant l’auditeur, le croyant, de la musique, de la messe, de ces voix qui se  répandent, se répondent, dont il devient un point émotionnel central. Voici l’effet qu’il en tire avec cette pureté des voix d’enfants surgissant aux quatre extrémités, pour entonner le Gloria :

1) PLAGE 4

Le procédé d’écriture de l’œuvre répond à une précise architecture de ses parties : chaque chœur propose, expose un thème, un autre répond, un dialogue se crée, de plus en plus serré jusqu’à une fusion de tous en un dans la concorde du son et du sens. Ainsi, l’Incarnation, Et incarnatus est, fond toutes les voix dans l’ineffable, ce qui ne peut se dire mais se chanter, du miracle du Dieu fait homme. Mais écoutons l’autre miracle, crucial, du Dieu mort ressuscité, Et resurrexit, où, sur l’émerveillement extasié du chœur unanime, comme une auréole de grâce flottent les voix des enfants :

2) PLAGE 10

Le cantique des trois enfants dans la fournaise de Philippe Hersant, délibérément inscrit dans la tradition assumée de la musique baroque, dont il maîtrise les codes, ne démérite pas de ce modèle qui aurait pu paraître écrasant. À la différence près d’un cinquième groupe choral de trois jeunes garçons solistes, Hersant utilise le même effectif vocal et musical et adopte la même disposition spatiale : quatre chœurs de dix-huit chanteurs, accompagné chacun d’un quatuor instrumental (violons, violes, anches et cuivres anciens) également répartis aux quatre points cardinaux de la géométrie de Charpentier.

Il a mis en musique un poème en vers octosyllabiques (huit pieds) d’Antoine Godeau (1605-1672), évêque de Grasse, tiré du chapitre 3 du Livre de Daniel, qui narre le miracle de trois enfants juifs refusant de se prosterner devant Nabuchodonosor, roi de Babylone, et jetés pour cette insulte, dans une fournaise. Les trois martyrs, bénissent Dieu, invoquent les anges et chantent, dans un sens assez rare dans la poésie française de ce temps, la beauté du monde, des astres, des éléments et des créatures. Un ange les arrachera au feu.

Écoutons avec quelle poésie et quelle sobriété de moyens le compositeur, dans la strophe qui évoque les mers et les eaux du ciel, semble mêler les ondes liquides et l’ondoiement des flammes, à quoi s’ajoute la torsade baroque de la voix :

3) PLAGE 19

Voici les « perles brillantes et liquides, nourriture des fleurs », pluie ou rosée, dans cette délicate musicalisation :

4) PLAGE 21

 

Nous quittons cette œuvre séduisante, si poétique, par cette sorte de gloria des enfants miraculés :

5) PLAGE 27

 

 

Marc-Antoine Charpentier / Philippe Hersant

Marc-Antoine Charpentier Messe à quatre chœurs

Philippe Hersant Cantique des trois enfants dans la fournaise

Maîtrise de Radio France, Les Pages, les Chantres et les Symphonistes du Centre de musique baroque de Versailles

 Un CD Radio France

 

RCF. Émission N°579 de Benito Pelegrín 13/01/2022

 

 

vendredi, janvier 28, 2022

PÉCHÉ (VENIEL) DE VIEILLESSE DE ROSSINI


GIOACHINO ROSSINI

PETITE MESSE SOLENNELLE

Outhere Music

         Depuis son opéra Guillaume Tell, Rossini, s’est retiré de la scène musicale.  Son silence n’a en rien entamé sa célébrité qu’il cultive désormais à Paris, dans une sorte de mélancolie ou de dépression pleine d’humour. Il reçoit le monde artistique dans son salon, mais écrit cependant dans sa villa de Passy, dans le silence, de petites œuvres, des formes brèves, des mélodies essentiellement pour juste un accompagnement de piano, lassé des exigences et du coût de l’orchestration. Malgré tout,  en hommage à la mémoire d'un ami disparu, le compositeur Louis Niedermeyer qui voulait retrouver une musique religieuse dépouillée des fastueux ornements lyriques qui faisaient des messes de grands opéras, il écrit les premières ébauches d'un Kyrie pour chœur et piano (1862), en passant par une Messe de gloria pour solistes, chœur, pianoforte et harmonium en 1863 et, finalement, il la complète et compose pour le banquier et amateur de musique Alexis Pillet-Will,  dans le salon duquel l’œuvre est créée en mars 1864. Apparemment retraité depuis trente-quatre ans, Rossini, a soixante et onze ans mais n’a rien perdu de son célèbre humour et de son sens de l’autodérision puisqu’il adresse au « Créateur » cette plaisante dédicace :

« Bon Dieu. La voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou de la sacrée musique ? J'étais né pour l'opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis. »

Nous n’en doutons pas pour notre part à écouter ce disque amoureusement mené par le chef Giulio Prandi, qui suit exactement la version originale, selon la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini de Pesaro, de la Petite messe solennelle. C’est l’appellation de Rossini lui-même. Il la qualifie ainsi parce renonçant aux grandioses effets orchestraux, cette messe épurée, aux proportions de musique de chambre, n’a qu’un accompagnement de deux pianos et d’un harmonium. Rossini l’orchestrera plus tard pour une exécution plus au goût du grand public. Mais nous avouerons notre faible pour cette première version intimiste, de l’auteur. Nous en écoutons un extrait, le tout début, le Kyrie eleison dont vous savez que cela signifie en grec « Seigneur, prends pitié » ou « Seigneur, aie pitié » depuis Vatican II :

 

1) PLAGE 1

 

Sur la page de garde de son manuscrit, Rossini précise minutieusement, toujours avec humour, en français, ses intentions :

« Petite messe solennelle, à quatre parties, avec accompagnement de deux pianos […]. Douze chanteurs des trois sexes, hommes, femmes et castrats seront suffisants pour son exécution ».

On croit rêver à entendre, au versant final du XIXe siècle, comme aujourd’hui, parler de « trois sexes », on dirait de « trans genre », Rossini entendant par-là les malheureux castrats, ces jeunes garçons à jolie voix, mutilés avant leur mue pendant plus de deux siècles pour complaire à la papauté qui interdisait les femmes de scène, leur confiant ces rôles féminins dans les opéras. Mais, lorsque Rossini parle, le pape Pie IX avait toujours des castrats dans sa chapelle et la pratique perdurera encore longtemps.  Ce n’est qu’en 1902 que le pape Léon XIII interdit la castration. Le dernier castrat connu, Alessandro Moreschi, meurt en 1922, laissant dix-sept enregistrements.

Mais continuons la distribution des chanteurs proposée par Rossini, toujours en s’adressant avec humour à Dieu :

 « […] huit pour les chœurs, quatre pour les solos, total douze chérubins. Bon Dieu, pardonne-moi le rapprochement suivant : douze aussi sont les apôtres dans le célèbre coup de mâchoire peint à fresque par Léonard, dit la Cène […]. Il y a parmi tes disciples de ceux qui prennent des fausses notes ! Seigneur, rassure-toi, j’affirme qu’il n’y aura pas de Judas à mon déjeuner et que les miens chanteront juste et con amore tes louanges et cette petite composition qui est hélas ! le dernier péché mortel de ma vieillesse. »

Écoutons par le ténor « Domine deus » :

 

2) PLAGE 7

Respectant le vœu du compositeur, aux castrats près, Dieu merci ! Giulio Prandi a doté sa version de trois instruments rares, plus ou moins contemporains de l'œuvre - des pianos, Érard et Pleyel et un harmonium..Les solistes  sont la soprano Sandrine Piau, notre concitoyenne, José Maria Lo Monaco, mezzo, Edgardo Rocha, ténor et Christian Senn, basse. Familier de cette musique, à défaut de castrats, le Coro Ghislieri, apporte la touche finale de qualité à cette interprétation.

Écoutons, la beauté et l’émotion du duo des deux chanteuse, la voix aiguë et la voix sombre dans le « Qui tollis peccata mundi », l’Agnus dei, l’agneau de Dieu qui rachète les péchés du monde :

3) PLAGE 8

La basse ne peut manquer. Écoutons « Quoniam… » :

4) PLAGE 9

Rossini, la rangeant parmi d’autres œuvres qu’il appelait ses Péchés de vieillesse, qualifiait modestement cette messe de « petite ». Il assurait qu’elle serait « le dernier péché mortel de [sa] vieillesse. » Nous, nous pouvons regretter qu’il n’ait pas davantage péché de la sorte dans sa vieillesse et nous sommes sûrs qu’il aura eu l’absolution. On n’en doutera en nous quittant sur « Cum Sancto Spiritu » :

 

5) PLAGE 10


Programme par plages :

  • 01. Petite messe solennelle: I. Kyrie. Kyrie eleison 2:32
  • 02. Petite messe solennelle: II. Kyrie. Christe eleison 2:01
  • 03. Petite messe solennelle: III. Kyrie. Kyrie eleison 2:31
  • 04. Petite messe solennelle: IV. Gloria. Gloria in excelsis Deo 0:55
  • 05. Petite messe solennelle: V. Gloria. Et in terra pax hominibus 2:10
  • 06. Petite messe solennelle: VI. Gloria. Gratias 4:55
  • 07. Petite messe solennelle: VII. Gloria. Domine Deus 5:42
  • 08. Petite messe solennelle: VIII. Gloria. Qui tollis 6:37
  • 09. Petite messe solennelle: IX. Gloria. Quoniam 7:51
  • 10. Petite messe solennelle: X. Gloria. Cum Sancto Spiritu 5:35
  • 11. Petite messe solennelle: XI. Credo. Credo in unum Deum 4:17
  • 12. Petite messe solennelle: XII. Credo. Crucifixus 3:58
  • 13. Petite messe solennelle: XIII. Credo. Et resurrexit 4:54
  • 14. Petite messe solennelle: XIV. Credo. Et vitam venturi sæculi 4:06
  • 15. Petite messe solennelle: XV. Prélude religieux pendant l’Offertoire 9:34
  • 16. Petite messe solennelle: XVI. Sanctus 4:45
  • 17. Petite messe solennelle: XVII. O salutaris 5:33
  • 18. Petite messe solennelle: XVIII. Agnus Dei 8:43

 

 

RCF : ÉMISSION  N°577/ DE BENITO PELEGRÍN (2/12/21)

 

jeudi, décembre 30, 2021

CHALEUREUX HIVER



Les Itinérantes

Voyages d'hiver

Noëls du monde a cappella

Label Ambronay

 

Ce n’est pas le mélancolique ‘Voyage d’hiver’, Winter Reise de Schubert, dans une Allemagne enneigée, sorte d’adieu à l’amour et peut-être à la vie. Ici, il s’agit d’un chaleureux voyage d’hiver auquel nous invite un trio, trois dames qui pourraient être les mozartiennes dames d’une rêveuse et ravissante Flûte enchantée, qui nous tracent un intimiste itinéraire enchanteur à travers des Noëls du monde, dans un mois de décembre dont la froidure varie selon la latitude puisque l’hiver chez nous est le plein été dans le continent austral. Ainsi, de la lointaine Russie, avec la tasse de thé de la Fée Dragée du ballet Casse-Noisettes de Tchaïkovski, des Pays baltes, la Lettonie, de la Suède à l’Angleterre et l’Irlande, de la France à la Roumanie en passant par l’Espagne catalane, d’un étrange Sahèl africain à la langue inventée dans une chimère de glace, au Brésil, plus d’autres morceaux, tiré d’un film ou filés par l’imagination, nous avons un éventail de musiques élargies aux rivages du rêve.

Les Itinérantes sont trois artistes, trois femmes issues de la même école de comédie musicale qui ont uni leurs talents en 2017 pour ce qui devait être un unique concert. Ce concert s’est perpétué en projet concrétisé depuis, dont ce disque est un aboutissement. Trois musiciennes aux horizons variés : de la musique classique et ancienne (Pauline Langlois de Swarte) au jazz et à la chanson (Manon Cousin), en passant par la musique du monde (Élodie Pont, initiée au chant diphonique, émettant deux notes différentes en même temps). De leurs multiples univers singuliers, elles ont fait leur projet pluriel, et commun. D’abord, création de leur groupe, Les Itinérantes : un trio a cappella, sans autre instrument, du moins ici, que la percussion de Thierry Gomar. Leur riche répertoire couvre actuellement 11 styles musicaux, 9 siècles et 30 langues différentes.

Mais voici une langue, certes différente, mais l’ancien français aux charmants diminutifs que nous avons malheureusement perdus, dans ce chant qui nous vient du XVIe siècle : Noël nouvelet, pour le « Roi nouvelet, » l’Enfant Jésus, chantera « l’oiselet » qui guidera les pasteurs vers Bethléem où ils trouveront cet « agnelet », c’est accompagné d’un vibraphone à archet, conservant cette saveur archaïque :

1) PLAGE 1

Chaque morceau est simplement mais joliment commenté, situé par l’une des interprètes, souvent de manière affective en s’impliquant dans la découverte d'un de ces chants qu’elles nous font presque tous découvrir. Cela fait partie du charme intimiste de ce CD universel mais très chaudement personnel.

Nous passons à un Noël anglais, ces « carols » traditionnels, agrémenté de ces clochettes scintillantes et bols tibétains, God rest you merry, gentlemen, ’Que Dieu vous accorde paix et bonheur'  dit le Cd, qu'on traduirait plutôt par : 'Dieu vous garde en joie, messieurs' ":

2) PLAGE 2

Nous faisons un bond vers le sud, vers la Catalogne avec El noi de la mare, ‘l’Enfant de la Mère’, l’enfant de Marie, Jésus,  auquel on va donner ce qui lui plaît : des raisins secs,  des figues, des olives, du miel.  Pauline Langlois de Swarte nous dit qu’elle chantait cet air à Perpignan lorsqu’elle était enfant. Moi, je le chantais à Barcelone, d'où il est issu :

3) PLAGE 4

Là, c’est un grand saut que nous faisons vers le sud estival de décembre au Brésil avec cette ravissante Borboleta, le papillon multicolore, fleur ailée, voletant parmi les fleurs au rythme capricieux d’une bossa nova contemporaine :

4) PLAGE 6

Les Itinérantes se jouent donc des frontières terrestres et du temps, passant de musiques d’autrefois à d’aujourd’hui, faisant des transcriptions et arrangements d'airs traditionnels ou classiques. Le Cd est agrémenté de belles photos des trois dames, une seule, sous deux angles en couleurs, de dos, jupes longues de style XIXe siècle,  une autre dans un paysage de forêt devant un toit d’une chaumière qui fume, en châles pour deux d’entre elles, couronnées de fleurs pour on ne sait quelle fête ancienne. Les autres photos, dans une ambiance toujours d’autrefois, contre un troc d’arbre qui semble magique, ou en confortable intérieur, en plongée étrange.

 Elles font explicitement référence par leur tenue, à celle des premières exploratrices aventurières d’entre la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle auxquelles, à leur façons,  elles rendent hommage, femmes audacieuses qui ont non seulement découvert le monde mais ouvert cette voie aux autres femmes : ainsi, la britannique Isabella Bird (1831-1904), première femme à entrer à la Royal Geographical Society, la l’américaine Nellie Bly (1864-1922) qui se fit interner dix jours dans un hôpital psychiatrique pour en dénoncer les méthodes brutales, laissant un témoignage encore dans toutes les librairies, ou encore la Française Alexandra David-Néel (1878-1969), première femme à atteindre la cité tibétaine sacrée de Lhassa, que dans le jeu de la "panthéonisation" affective, France-Culture propose pour le Panthéon. Et je signale qu'elle était cantatrice, ayant chanté de grands rôles, compositrice, féministe et anarchiste.

S’il n’y a pas de frontières, jugeons-en par cette célèbre chanson napolitaine, Santa Lucia, devenue, en Suède, un célèbre noël national  local, Sankta Lucia :

5 ) PLAGE 14

Des trente langues qu’elles chantent, en voici une, inédite, l’Eldali, poétique langue inventée par Élodie Pont, presque anagramme de son prénom dans et air étrange, Sahèl, qui nous évoque les sables africains, mais où une mystérieuse voix en vocalise semble attirer la vaillante exploratrice vers un paradoxal palais d’une sorte d’Atlantide enfouie sous les glaces. Et nous finissons ainsi notre itinéraire des itinérantes :

6) PLAGE 11

 

Les Itinérantes

Voyages d'hiver, Noëls du monde a cappella

Label Ambronay

 

 

RCF : émission N°576 fe Benito Pelegrín

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi, décembre 24, 2021

LETTRES DU CŒUR : ENFANTS ET ANIMAUX

 

LE BESTIAIRE ABÉCÉDAIRE

livre-disque
Seulétoile

 

         Pour l’amateur de musique, qui aime sortir des sentiers trop battus, pour qui ceux aiment une belle et joyeuse originalité, tous les disques jusqu’ici chroniqués  sur nos ondes du joli label Seulétoile sont un heureux cadeau. Le tout dernier est un beau cadeau de Noël, et de tout temps, pour petits et grands. Je ne saurais trop le recommander. Je m’implique très personnellement, sans nulle crainte : c’est un bestiaire, c’est-à-dire un recueil de textes illustrés sur les animaux  —et j’aime et défends les animaux ; c’est un abécédaire,  mot composé sur a, b, c, d, ou alphabet,  du nom des lettres grecques,  alpha, béta, qui ont donné notre a et notre b, donc abécédaire est un terme composé du nom des quatre premières lettres de l'alphabet ; il désigne le petit livre dont on se sert pour apprendre à lire les lettres. 

Alors, je l’avoue : lire, bonheur de ma vie, écrire, honneur de l’écrivain. Et, ici, pour illustrer ce catalogue d’animaux, il y a des poèmes d’enfants récités et chantés par eux-mêmes et aussi de grands poètes, La Fontaine, bien sûr, mais aussi Apollinaire : des poèmes en forme de rondeaux, de comptines, de chansons, de ballades, en histoire, en fables et, naturellement, en musique  par Couperin, Saint-Saëns, Poulenc. Et comme on ne se moque pas des enfants, qui chantent aussi, ces musiques sont jouées par un ensemble d’excellents musiciens avec clavecin, viole de gambe, flûtes, et violon.

En somme, lettres, animaux, enfants et musique : comment ne pas aimer ?

Puisque l’on parle de lettres, il faut dire que chaque lettre illustrant et introduisant alphabétiquement un animal, est une lettrine, une grande lettre ornementale (ornée, etc.) qui commence un chapitre, un paragraphe. Et de jolis dessins fantaisistes d’animaux, fait aussi par les enfants.

Donc, comme les vingt-six lettres de notre alphabet, il y a ici vingt-six animaux, choisis aussi par les enfants. Nous en connaissons beaucoup, même l’ornithorynque, étrange mammifère qui pond des œufs, mais, avouons-le, en tous les cas, moi je l’avoue je ne connaissais pas, le jabiru, le kinkajou, le quiscale, l’urubu, le vespertilion, le watusi, le xylocope, l’yponomeute, le zacle. Vous les y découvrirez.  Mais aussi une lettre de réclamation de la velodona togata, une petite pieuvre, qui proteste de ne pas figurer dans cet abécédaire, bien qu’elle puisse plonger à des profondeurs marines de sept-cents mètres. Mais il y a réparation puisque l'on publie sa protestation.

Et puisque l’alpha, sinon l’oméga, dernière lettre de l’alphabet grec, est notre a, commençons par l’Abeille , le poème des enfants suivi de la bourdonnante musique du clavecin de Couperin :

 

1) PLAGES 1-2

 

Suivons notre Abécédaire. Après le A, c’et le B, illustré par la Belette, poème suivi d’une mise en musique au XVIIIe siècle de la fable de La Fontaine,  La belette dans le grenier :

 

2) PLAGES 3-4

 

Adorables voix d’enfants ! Après le B, fatalement, le C et c’est la Carpe qui l’illustre dans les ondes de la musique de Francis Poulenc où flotte le poème de Guillaume Apollinaire, chantée par Etienne Bazola :

 

3) PLAGES  5-6

 

ABCD : nous en sommes au D et c’est le Dauphin (toujours la musique de Francis Poulenc) tiré d’un autre poème du Bestiaire du cortège d’Orphée, de Guillaume Apollinaire, toujours chanté par la voix chaude, cordiale d’Étienne Bazola :

 

4)  PLAGES  7-8 :

 

ABCD : E ! sautons le pas, disons la patte, celle de l’Éléphant, sans doute très légère puisqu’il s’agit d’éléphant volant, on imagine le gentil Dumbo, mais la musique est de Camille Saint-Saëns, de son célèbre Carnaval des animaux  de 1886 :

 

5) PLAGE 9-10 : 1

 

Ce livre-disque enchanteur Le Bestiaire Abécédaire, a nécessité une longue préparation, on l’imagine aisément. C’est l’aboutissement d’une année de résidence de création en milieu scolaire au sein des écoles de La Chaux (département de Saône-et-Loire) et du RPI de Raddon-Breuchotte (Haute-Saône), RPI un regroupement pédagogique de quelques écoles à faibles effectifs scolaires afin de constituer une seule grande école concernant plusieurs sites. Le projet a impliqué des artistes, des enseignants et des élèves (entre 3 et 10 ans) qui ont choisi les animaux, écrit les poèmes et fait les dessins qui constellent si joliment le texte. Ils ont été assisté par les artistes et leurs maîtresses, citées.

avec, auprès des enfants : Cécile Desbois, Armelle Bossière, Adeline Ruel, Lucien Julien-Laferrière, Catherine Weissmann et les maîtresses ! Bravo à eux tous !

Et, comme on avait apprécié dans un précédent livre-disque, Le Violon et l’oiseau, qu’on recommande aussi pour Noël, il y a un souci pédagogique : l’explication du bourdon, nom d’insecte et terme musical et, par ailleurs, un jeu pour faire des acrostiches, une strophe écrite à partir d’un mot, lu verticalement de haut en bas, et dont chaque lettre, horizontalement, donne le premier vers du poème. Et aussi un lien sur les animaux et les formes poétiques : rêvons que cela éveillera des vocations poétiques at animalières chez ces enfants; le voici :

 

www.seuletoile.fr

 

Nous quittons à regret ce livre-disque su la fable de La Fontaine, La Cigale et la fourmi, mis en musique par Saint-Saëns :

 

6) PLAGE 12

 

 

LE BESTIAIRE ABÉCÉDAIRE

livre-disque
Seulétoile

    RCF : ÉMISSION N°578 DE BENITO PELEGRÍN, 9/12/2021

 

L'ALBUM EN GÉNÉREUSE ÉCOUTE ET DES PHOTOS DES ÉQUIPES : 

 

 https://seuletoile.fr/album/le-bestiaire-abecedaire/

 

mardi, décembre 21, 2021

CORPS ET ÂME


Body & Soul Consort

I Put a Spell on You

Ellen Giacone, voix & direction artistique

Label Les belles écouteuses

Traduisons : Body & Soul Consort, c’est ‘Corps et âme mariés’. C’est sans doute un clin d’œil au premier opéra religieux de l’histoire de la musique, la Rappresentazione di Anima e di Corpo, le dialogue entre l’âme et le corps’ d’Emilio de ‘ Cavalieri, qu’on appellera oratorio car il fut donné à dans l'oratoire des Philippins, adjacent à à l'église Santa Maria in Vallicella à Rome en 1600. Car ce disque est aussi savant que simplement séduisant, unissant harmonieusement en musique un sonnet de Pétrarque du XIVe siècle à un poème de Shakespeare en passant par d’autres poètes et musiciens élisabéthains, sans dédaigner des standards de jazz tirés d’opérettes, des comédies musicales américaines. Le tout avec un charme, un naturel et un art qui ne sent en rien l’artifice.

Nous avouons aimer ces jeunes, qui, refusant de se laisser enfermer dans des genres, des étiquettes, voyagent et nous font voyager dans leurs goûts, avec beaucoup de goût. Le sous-titre du disque, c’est I Put a Spell on You, ‘Je t’ai jeté un sort’, de la chanson de Jay Hawkins de 1956. Et il y a du sortilège, de l’enchantement, amoureux, dès le premier morceau, Incantation, les deux quatrains du sonnet de Pétrarque mis en musique, avec une saveur ancienne par Ellen Giacone, dont la voix semble planer sous ou sur les voûtes d’une cathédrale médiévale peinte d’azur et constellée d’étoiles d’argent des cordes sur le tapis de mousse ombreux d’un bourdon étale :

 

1) PLAGE 1

 

Ainsi, sans solution de continuité, sans chercher à causer des surprises faciles, à accuser des contrastes brutaux, ce disque mêle, ou plutôt harmonise, dans le bonheur d’écoute,  les langues, italien, anglais, français, et, du baroque  au jazz, des codes musicaux et des cordes d’hier, de l’ archiluth et de la viole de gambe à celles d’aujourd’hui, de la basse et contrebasse,  sans oublier les cordes vocales de  la chanteuse,  lumineux jet limpide sur la sombre douceur du cornet à bouquin, scandée des pulsations de cœur battant de la batterie. C’est une ode à la liberté de choix, d’interprétation et même d’improvisation.

Écoutons de l’Anglais John Dowland, justement surnommé « dolent », ‘souffrant’ pour la douceur dolente de ses airs d’amours toujours douloureux, un extrait de Come again, ‘Reviens’ (1597), rêvant sur les cordes éplorées comme des larmes du luth, un appel de l’amant à la bien-aimée qu’il rêve de revoir, entendre, toucher, embrasser, et de mourir (on espère de bonheur) avec elle :

 

2) PLAGE 4

 

Cet éclectisme de goût, de bon goût, tient sans doute à cette génération de jeunes habitués à voyager, sans frontières ni mentales ni physiques, ni artistiques. Ainsi, fondatrice de Body & Soul Consort qu’elle crée fin 2018, Ellen Giacone est italo-néerlandaise de naissance, mais a étudié le violon et le piano à Paris avant de suivre un cursus de biologie à l’École Normale Supérieure de Paris et, en parallèle, une formation de chanteuse lyrique, se passionnant pour la musique ancienne. Elle a travaillé avec les meilleurs maîtres.

Srdjan Berdovic, à l’archiluth, auteur des arrangements, des introductions et des interludes est croato-américain. Il compose pour des univers variés, allant de l’opéra de chambre au théâtre, en passant par le documentaire et le film d’animation. Krzysztof Lewandowski, cornet à bouquin, est Polonais, joue un peu partout au sein d’ensembles connus de musique ancienne mais, également, virtuose de la guitare basse, avec des groupes de jazz, de funk et d’autres musiques improvisées. Complétant cette triade de l‘est, le Serbe Srdjan Ivanovic, aux percussions, fuyant tout jeune la guerre avec son père compositeur, compositeur lui-même, a déjà couru le monde, remportant de nombreux concours, prêtant le sien à nombre d’ensembles.

Adrien Alix, viole de gambe et contrebasse, est diplômé des conservatoires parisiens et se produit dans différentes formations baroques connues. Metteur en scène, il monte L’Orfeo de Monteverdi et Dido & Æneas de Purcell avec l’équipe de recherche et pratique « Euridice 1600-2000 ». Il compose et joue au sein du collectif « Le printemps du machiniste » pour la série théâtrale en marionnettes intitulée Les Présomptions. Il prépare actuellement une thèse en littératures comparées et musicologie à propos de poésie et musique dans l’Italie du premier baroque.

Magnifique équipe de jeunes musiciens curieux et créatifs et on s’en convaincra encore avec un extrait de cet air de Stefano Landi, Non si scherza con Amore, ‘On ne badine pas avec l’Amour’, une recréation tout inventive, très jazzy d’aujourd’hui, d’un air plus que d’hier : de 1627 !

 

3) PLAGE 11

 

Un anonyme français de 1609, ne manque pas à la tradition gaillarde et paillarde gauloise : « C’est un amant ouvrez la porte », espérant trouver la belle toute nue :

 

4) PLAGE 7

 

Parmi les grands standards de jazz, et de comédies musicales, illustrés par Ella Fitzgerald ou Frank Sinatra, on trouve Bewitched, bothered and bewildered (1940) ‘Ensorcelé, dérangé et désorienté’ ;  My favourite things (1959), ‘Mes choses préférées’, encore  It’s Oh so quiet (1949) ‘C’est, oh! tellement silencieux’.

Mais nous quittons ce disque sur le célèbre et vengeur Cry me a river, de 1953, ‘Verse-moi une rivière de larmes’ :

 

5) PLAGE 3

 

 

Body & Soul Consort

I Put a Spell on You

Ellen Giacone, voix & direction artistique

 Label Les belles écouteuses

 

Teaser  et portrait d'Ellen Giacone :

 

https://www.youtube.com/watch?v=Lt5I9iakt90

https://www.youtube.com/watch?v=ft6SgsZAojI

I Put a Spell on You | Cité de la Voix : 

https://www.youtube.com/watch?v=7xTTXynyu2w

 

RCF. Émission N°572 de Benito Pelegrín 04/11/2021

 


 

 

Rechercher dans ce blog