Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.
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samedi, juin 29, 2013

MP13 MUSIQUE



MARSEILLE CAPITALE DE LA CULTURE 2013
LA MUSIQUE EN SOURDINE
À l’orée de l’été, l’hiver s’attarde, le printemps tarde et Marseille Provence Capitale culturelle 20213 piétine, surtout la musique, la grande absente des manifestations.
À chaque jour suffit son lot frondeur de vernissages d’expositions, installations et autres manifestations d’arts plastiques aux quatre coins de la ville, loin du label MP13 chichement accordé aux obscurs et sans grade mais non sans mérite et richement concédé aux riches aux somptueuses niches financières, avec pour centres de gravité officiels le nouveau FRAC admirable bâtiment pour peu de choses à admirer, la réouverture réussie du MAC (Musée d’Art Contemporain,) l’ouverture de la Villa Méditerranée, édifice un pied dans l’eau et un pied de nez à la beauté architecturale du MUCEM qu’il occulte et offusque. Ce dernier, inauguré en grande pompe le 4 juin en présence du Président de la République et de la Ministre de la Culture est, au moins une réussite architecturale, n’était-ce, côté esplanade Saint-Laurent, une passerelle fort utile mais qui barre l’horizon et les îles et, en sens inverse, du Pharo, barre la cathédrale de la Major.

Face à ces édifices nouveaux qui resteront, mais pour contenir quoi, on ne sait pas encore très bien, sur les quais bien dégagés du Vieux-Port rénové, grande débauche de statues d’animaux multicolores qui ravissent les enfants, mais constamment changées de place à grand renfort de grues et pour un coût d’opération qui sera aussi lourd qu’eux, trois statues immenses imités de Dalí, quelques spectacles de rue labellisés comme si les Marseillais ne méritaient guère mieux que ces parades, mais qui prêtent, il est vrai, un air joyeux de fête permanente à Marseille, telle cette grande Transhumance certes fort sympathique cavalcade de chevaux et poulains affolés, piétinement d’un troupeau bêlant d’ovins tels des ovnis dans une grande ville, mais qui confond culture et agriculture, et fumure sans doute avec les balayeurs fermant le cortège pour ramasser le crottin.
La littérature, c’est lettre morte : exit officiel Camus à part un colloque de dix-sept participants à l’initiative d’admirateurs, un conteneur funèbre aux noms de grands ports qui annonce pompeusement une exposition René Char et, en fait de poète, ne contient qu’un livre fort cher de photographies de Serge Dassier qui signa pendant quinze jours assidûment et, pour alibi littéraire deux textes photocopiés de Michel Butor et d’Arrabal …
Le grand acteur marseillais Philippe Caubère s’est vu refuser un spectacle sur Marsiho (Marseille) d’André Suarès (1868-1948), une occasion perdue de redécouvrir cet écrivain et poète génial marseillais, auteur de quatre-vingts livres parus de son vivant et d’une trentaine d’œuvres posthumes, célébré par tous les grands écrivains et artistes de son temps comme Bergson, Unamuno, Malraux, Montherlant, Blanchot, Bonnefoy, etc, Fauré, Dukas, Satie, Bourdelle, Rouault, Matisse, Picasso, etc. Caubère a dénoncé haut et fort sur les ondes la « branchitude » qui exclut les artistes locaux, et le collectif « Le Printemps marseillais » et le MP13 Off s’est constitué pour stigmatiser le parisianisme et l’opacité du comité de sélection.
Par ailleurs, un grand théâtre comme le Gyptis, après un quart de siècle de rayonnement indiscutable dans un quartier déshérité, la seule scène offrant emploi à plus de  deux-cents intermittents par an, ferme ; le Concours International d’Opéra est torpillé pour toujours alors que la ville avait voté une scandaleuse subvention de 400 000 € au DJ David Guetta, plus l’octroi gratuit d’un emplacement exceptionnel pour un concert à 50 € la place, qui a soulevé une telle indignation sur les réseaux sociaux (près de 75 000 signatures en peu de jours) que l’intéressé, sinon la municipalité assiégée par la fureur citoyenne, a renoncé de lui-même à cette manne, sinon à son concert. Pour comparaison, le remarquable ensemble Baroque graffiti, attendait toujours 3000 € de subvention pour survivre. Quant à l’Opéra de Marseille, de rang international, malgré une saison toute dévouée au thème méditerranéen imposé à MP13, la somme allouée pour l’intégrale des Troyens de Berlioz avec Roberto Alagna et Béatrice Uria-Monzon ne permet qu’une version… de concert. Le CNIPAL (Centre National d’Insertion d’Artistes Lyriques), structure unique en France, est non assuré de sa survie alors que Ludovic Tézier, Béatrice Uria-Monzon et d’autres chanteurs lyriques venus d’ailleurs s’y perfectionner en font le rayonnement sur les scènes internationales.
Les labels décernés parcimonieusement ne sont pas forcément suivis d’aide financière : Marseille-Concerts a un seul concert labellisé mais pas financé ; le magnifique ensemble Les Festes d’Orphée, attaché à la résurrection, à l’édition et à l’enregistrement du patrimoine baroque provençal d’Aix, devait recréer les 9 et 10 juillet Les Muses rassemblées par l’Amour du célèbre compositeur aixois André Campra présentées le 6 juillet par une conférence. L’œuvre  de 1723 (commande  de la ville d’Aix, sur le texte d’un autre aixois académicien), réputée perdue, récemment retrouvée, et jamais rejouée depuis l’époque, est dédiée à sa ville natale Aix-en-Provence et la glorifie comme capitale des arts et de l’amour. Faute d’argent, cela n’aura pas lieu. Concerto soave reçoit un label, mais une aide bien insuffisante pour son projet. Le GMEM est bien mieux doté et, espérons-le, Musicatreize. Il semble en fait que MP13, volant au secours de la victoire des grandes structures, qui tirent leur épingle du jeu, pour les autres, c’est l’épingle dans la botte de foin pour la clarté et le financement.

Marseille, ville musicale
Pourtant, Marseille est une grande ville musicale même si les responsables de MP13 se bouchent les oreilles. La belle revue municipale Marseille a pu naguère consacrer un volume de près de cent-trente pages à la musique dans la ville. Avec pour lieu emblématique l’Opéra, plus ses concerts symphoniques et de musique de chambre, ses récitals au foyer, on compte plus d’une trentaine de lieux, dont le récent et immense Silo, où se pratique la musique, sans oublier trois théâtres qui en programment (le Gyptis, le Toursky, le Festival de piano de la Roque d’Anthéron se décentralise à la Criée), dont l’active Cité de la Musique, la bibliothèque de l’Alcazar, les Archives départementales, etc, les églises. Sans oublier les associations et clubs (Lyric Opéra, Club lyrique, Club Wagner, le Club Opéra Lions), parmi d’autres structures qui programment de la musique, on dénombre dix ensembles baroques de qualité, la Société de Musique de chambre, Marseille-concerts, Musique & Co, six festivals (Mars en Baroque et Automne baroque, Festival des Musiques sacrées, Festival des Musiques interdites, Festival de Saint-Victor… ).
Pour la création musicale, Marseille est riche du Festival des Musiques contemporaines du GMEM (Groupe de Musique Expérimentale de Marseille), issu en 1969 du Conservatoire National de Région où fut créée la première classe de musique électroacoustique en France. Depuis 1987, il organise le festival Les Musiques, devenu en 1993 un festival international consacré aux Musiques d’Aujourd’hui. L’on n’oubliera pas le GRIM, Groupe de Recherche en Improvisation Musicale, qui donne des concerts de musique expérimentale, où se produit l’excellent ensemble Télémaque, dont le directeur, Raoul Lay, est par ailleurs compositeur tandis que Musicatreize fait rayonne partout la musique contemporaine…
Quant aux lieux, parfois microscopiques, où d’excellents amateurs se produisent en classique ou variété, ils fourmillent dans la ville (cinquante théâtres), le Med’s, le Rouge Belle-de-Mai, le Latté. Marseille, qui défraye et défraie la chronique par ses faits divers, est un lieu étonnant et détonant de créativité en cette époque de crise.

Concert à l’Alcazar, 28 mai
Au passé prestigieux pour l’opérette marseillaise et les variétés, devenu Bibliothèque de Marseille à vocation régionale, riche en musique, l’Alcazar organise, au long de l’année, des rencontres avec débats autour d’événements musicaux comme les présentations, par les artistes eux-mêmes, des productions de l’Opéra de Marseille et des concerts originaux, toujours gratuits.

De la sorte, on a pu goûter le concert-conférence du groupe Polyphonies croisées formé d’Agnès Condamin, concertiste, professeur de guitare  au Conservatoire  à Vocation régionale de Marseille et de Frédéric Isoletta, pianiste, organiste, agrégé de musicologie, également professeur, qui, sur  fond de projections de toiles de Klee, Rothko, jouant avec les lignes et les notes, s’étaient adjoint le concours de  Sonia Garcia Parrilla, récitante, pour offrir le contrepoint de poèmes andalous du Romancero gitano de Federico de García Lorca pour faire correspondre de simple mais baudelérienne façon les sons, les couleurs sinon les parfums de cette poésie saturée de senteurs andalouses. Plaisir de l’œil, de l’oreille de l’intelligence et du cœur. Et quelle virtuosité et vélocité pour ce programme où la guitariste s’empare de morceaux pour le piano diabolique d’Albéniz auxquels le pianiste donne l’écho improvisé et transposé à vue du clavier, sans fausse note, dans un équilibre miraculeux des deux instruments apparemment si inégaux ! Tour à tour Asturias, Granada d’Albéniz, la Danse du feu pour orchestre, extraite de L’Amour sorcier de Manuel de Falla passent à la guitare/piano sans aucun hiatus et, enfin, plus paisible instrumentalement, la Fantaisie pour un gentilhomme de Rodrigo, pièce expressément composée pour la guitare, composent la part hispanique du concert . Concertants aussi dans le commentaire, les deux instrumentistes éclairent leur concert de propos simples et précis, avec des exemples éloquents au clavier par Frédéric Isoletta. Il montre la cohérence de leur programme par l’affinité, l’harmonie étrange entre les gammes hispaniques et celles d’Europe Centrale. Cela introduit tout naturellement, les Danses roumaines de Bartók, d’une inspiration tout aussi populaire et savante que celle des Espagnols. Pour finir, c’est le feu d’artifice détonant, dissonant, brisant rythmes et tonalités, sur le poème Canto negro du p Nicolás Guillén (déjà mis en musique de plus classique façon par Xavier Montsalvatge dans ses fameuses Canciones negras) par le compositeur contemporain cubain Leo Brouwer (né en 1939).
Un public ravi fit une ovation méritée à ces jeunes talents d’ici sans ce label venu d’ailleurs.

Bibliothèque de l’Alcazar, Marseille, 28 mai
Polyphonies croisées : Agnès Condamin, guitare ; Frédéric Isoletta, piano ; Sonia Garcia Parrilla, récitante.
Isaac Albéniz, Manuel de Falla, Joaquín Rodrigo, Bela Bartók, Leo Brouwer.

Temple (de la musique) Grignan
C’est un autre lieu non négligeable qui accueille et promeut la musique. Issue des anciens Amis du CNIPAL qui accueillaient, encadraient les jeunes stagiaires étrangers au maigres bourses venus du monde entier s’y perfectionner, les aidant dans leurs démarches administratives, à trouver un logement, etc, sans nulle subvention, l’Association Lyric Opéra s’est constituée pour leur offrir également la possibilité de se produire en solistes ailleurs que dans le Foyer de l’Opéra qui, dans les deux rituelles Heures du thé mensuelles les produit depuis des années. Mais l’association programme également d’anciens stagiaires déjà frottés largement aux scènes nationales et même internationales, qui manifestent de la sorte leur fidélité amicale à ces anciens Amis du CNIPAL
C’est ainsi que le 2 juin, accompagnés par la ductile pianiste Valérie Florac, étaient à l’affiche deux chanteurs, la mezzo Emmanuelle Zoldan et le ténor Marc Larcher, voix de velours et voix de lumière, ombre et soleil, ambre et or. Tous deux ont diversement incarné des héros lyriques correspondant à leur tessiture sur de nombreuses scènes nationales, la mezzo étant une notable Carmen et Maddalena de Rigoletto, le ténor se taillant par ailleurs de beaux succès dans de belles productions tournantes des grandes opérettes du répertoire classique, sa verve et sa culture franco-espagnole le faisant jubiler dans Andalousie et La Belle de Cadix de Francis Lopez.

Ils proposaient ici Une décennie de musique française, un intéressant état de l’opéra français au XIX e siècle, opéra comique et bouffe compris, de 1865 à 1877, époque où se créée ou recrée un style lyrique français posé par Gounod, imposé par Bizet, proposé même par l’ironie parodique d’un Offenbach, qui ébranle l’empire étouffant de l’opéra italien.
Ils sont beaux, des jeunes premiers, il chantent bien et, par ailleurs, s’avèrent de remarquables interprètes comédiens, donnant vie aux personnages qu’ils incarnent en concert, en dehors de la dramaturgie d’une scène, d’un spectacle. Alternant solos et duos, ils enchantent le public. De la sérénade de Smith (La Jolie fille de Perth de Bizet) à l’aubade de Roméo (Roméo et Juliette de Gounod), Larcher déploie un timbre solaire qui éclairerait vraiment la nuit, ferait vraiment se lever le soleil, projection lumineuse et généreuse, élégance du phrasé, tenue scénique exemplaire : nombre de chanteurs sont déformés par l’émission vocale, lui, il en est embelli, souriant. Nous faisant le cadeau, pour illustrer la thématique du concert, du grand air de Dalila (Samson et Dalila, Saint-Saëns) même s’il est trop grave pour elle et contrarie le souffle, Emmanuelle Zoldan, regard intense, toute en velours vocal, est une sensible Charlotte (Werther de Massenet) à la couleur et au volume homogènes, sans les lourdeurs vocale qui empêtrent parfois le rôle, une Carmen infiniment convaincante, très séduisante. Ces deux jeunes chanteurs réussissent la gageure, tout en chantant face à la partition, de nous donner l’illusion qu’ils sont dans le drame de la scène pour le poignant duo final de Carmen. Enfin, passant à  Offenbach, duos et solos, ils se montrent tout aussi crédibles, risibles dans le jeu, en passant avec une aisance joyeuse de drame  de l’opéra à jubilante dérision de l’opérette. Deux grands artistes secondés par une belle pianiste.
Temple Grignan, 2 juin
Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, Valérie Florac, piano
Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-Saëns.

Photos : 
1. Passerelle du MUCEM ;
2. Toit du MUCEM et cathédrale de la Major;
2. Agnès Condamin et Frédéric Isoletta ;
4. Emmanuelle Zoldan et Marc Larcher.







vendredi, mars 16, 2012

MARS EN BAROQUE 2012 (1)

 
MARS EN BAROQUE 2012

Créé il y a dix ans, le Festival Mars en baroque, refleurit avec les beaux jours à Marseille pour le bonheur des mélomanes.
Si, parlant de baroque, l’on sait en général ce qu’il faut écouter, qu’entendre par Baroque ?
BAROQUE
Historiquement, on qualifie de « baroque » une vaste période historique et culturelle, artistique, de son aurore glacée du maniérisme à son crépuscule rose et mousseux du rococo, c’est-à-dire du dernier tiers du XVI e au milieu du XVIII e siècle. Le Baroque déploie un art vivifiant, chaud, théâtral, monumental, dans tous les domaines des arts, littérature, peinture, architecture, musique, etc. En peinture, on classe dans cette catégorie les frères Carrache, Caravage, Artemisia, Rubens, Rembrandt, Velázquez, La Tour, le Lorrain, Champaigne, etc ; en architecture le Bernin, Borromini, Puget ; en littérature, Cervantes, Calderón, Corneille ; etc, etc ; en musique, Monteverdi, Lully, Purcell, Vivaldi, Bach, etc.
Né en Italie, le Baroque devient cosmopolite et international avec les grandes découvertes des Espagnols et Portugais qui l’exportent aux quatre coins du monde. C’est donc un art migrant, émigrant, immigré, s’adaptant partout et adoptant des modalités locales, hétérogène fait d’agglomérations et de mélanges est un art métissé. Le Baroque, en ses visages, virages, rivages, ses rives et ses dérives, fait donc escale logique chez nous : mars à Marseille, ville de tous les mélanges, mais non Mars,  le dieu belliqueux de la guerre mais celui de la Musique, de l’harmonie universelle.
Avec à sa tête le claveciniste marseillais Jean-Marc Aymes, professeur de clavecin au Conservatoire National de Lyon, Mars en baroque, initialement, se love amoureusement, (en anglais et en français ici, mais dans la langue universelle de la musique) dans l’écrin délicat de l’architecture romane remaniée en gothique, et avec des consoles d’arcs baroques tardifs, de la chapelle de Sainte-Catherine, face à la Tourette, à la tour du Roi René, dominant le Vieux-Port et en regard de la Vierge de la Garde. Mais il a essaimé, dans d’autres lieux emblématiques, les rares joyaux de l’architecture religieuse marseillaise, tels la chapelle ovoïde, de Puget, de la Vieille Charité, à Saint-Victor, pour les concerts, mais avec des manifestations dans d’autres endroits, notamment pour les conférences et films, Bibliothèque de l’Alcazar, Archives Départementales Gaston Defferre, cinéma les Variétés, Institut italien. Beau succès de la première conférence à l'Alcazar, sur Caravage et Gesualdo par Martine Vasselin, professeur d'histoire de l'art à l'Université et Provence et Jean-Marc Aymes, qui a failli déclencher une émeute par le public nombreux dépité de ne pouvoir entrer dans une salle comble! Au point qu'il faudra la refaire en un lieu et une date encore inconnus. de même, le film sur le Caravage aux Variétés, initialement prévu sur un seul jour, sera repris trois fois. Bref, le dixième festival a bien commencé par l'illustration de son intitulé de 21012 : Passion(s) et débordements.
CONCERTO SOAVE
Mars en baroque repose sur deux ensembles instrumentaux, l’un Euterpes, dévolu à la musique du XVIII e siècle, l’autre Concerto soave, à celle du précoce XVII e siècle.
Concerto soave est né de la rencontre de la soprano argentine María Cristina Kiehr et Jean-Marc Aymes. La première est une chanteuse très prisée par les plus fameux ensembles baroques et a déjà à son actif une centaine de disques. Aymes, lui, s’est voué à enregistrer l’œuvre intégrale pour clavecin de Girolamo Frescobaldi, acclamé par la critique.
Plus particulièrement consacré à la musique italienne du seicento, du XVIII e siècle, donc, Concerto soave a promené ses concerts à travers le monde) et ses enregistrements pour Harmonia Mundi ou le Label Ambronay marquent le paysage musical baroque. L’ensemble est ainsi devenu une référence pour l’interprétation de la musique italienne, interprétation où le respect des œuvres n’a d’autre but que d’en décupler le pouvoir émotionnel, la suavité et le mystère.

Il canto delle dame : justice pour les dames
À l’actif de Concerto soave, nombre de disques. J’en retiens un, d'actualité : Il canto delle dame, label Ambronay, ‘La chant des dames’. Ce disque a la particularité de ne comporter que des musiques de femmes compositrices, italiennes, de la première moitié du XVII e siècle. On y trouve, entre autres, les célèbres Barbara Strozzi, Francesca Caccini, la fille du fameux Caccini, la première femme à avoir écrit un opéra. On retiendra que certaines furent admises en Italie, dans des « Académies » où régnaient les hommes, et même Artemisa Gentileschi, femme peintre (le mot n’a pas de féminin en français), fut admise en 1616 dans la savante Accademia del Disegno de Florence. Je rappelle qu’en France, la première femme à être admise à l’Académie française fut  Marguerite Yourcenar… en 1980. Une grande exposition sera consacrée  à Paris d’avril à juillet à ce génie féminin de la peinture, célèbre d’abord par le retentissant procès à Rome après son viol par un peintre travaillant avec son père. Il est donc heureux que Concerto soave ait mis l’accent musical sur ces femmes trop oubliées par l’histoire artistique officielle des hommes et l'on suggère de coupler un jour musique et peinture au féminin.
DIXIÈME FESTIVAL : débordements et passion
Mais le Baroque est l’époque où l’on se passionne pour la passion, les affects, que l’on étudie, que l’on répertorie (Même Descartes écrit un Traité des passions), dont on trace un rhétorique que l’on retrouve en peinture (attitudes, couleurs qui trahissent les sentiments) et en musique. C’es passions sont souvent extrêmes, ce qui explique que le Dixième Festival mars en Baroque, ait choisi le titre qui fait son programme : Passion(s) et débordements. On pourrait symboliser ces excès chez deux grands artistes du temps, Gesualdo, Prince de Venosa, et Caravage, qui révolutionna la peinture. Car leurs débordements, manifestes dans leur œuvre, le furent aussi dans leur vie : Gesualdo, assassina sa femme et son amants, Caravage, à la turbulente vie, assassina diverses personnes et fut lui-même assassiné.
Mais que l’on se rassure, parmi ces excessifs fréquentables, on trouve La Fontaine et ses contes libertins assortis de musique, Corelli, Scarlatti, etc, des conférences qui introduiront les concerts ou illustrées par des films. Et, à noter, une création contemporaine, La Passion selon Marie de Zad Moultaka en clôture, à Saint-Victor. Les tarifs vont de 7 à 20 € et les billets se prennent dans les lieux habituels, dont l’Espace culture.
Le programme détaillé est sur le site www.concerto-soave.com

PROGRAMME de MARS EN BAROQUE 2012

MERCREDI 14 MARS, 20H, Archives départementales Gaston Defferre
CONCERT : La Fontaine de Vénus (Caroline Pelon, soprano ; Christophe Gravouil, conteur), ENSEMBLE LA FENICE Jean Tubéry 
JEUDI 15 MARS Cinéma Les Variétés18H  CONFÉRENCE : Caravage et Gesualdo, assassins et  artistes (Martine Vasselin, Jean-Marc Aymes), Apéritif  italien 20H FILM : Caravaggio (1986 – Derek Jarman)
SAMEDI 17 MARS, Église Saint-Laurent, Journée « Excès italiens »  11H CONCERT : Sonates de Domenico Scarlatti (Nicolau de Figueiredo  clavecin) 15H30 CONCERT : Sonates pour violon d’Arcangelo  Corelli (Odile Edouard violon) CONCERT Motets & Madrigaux de Carlo Gesualdo (CONCERTO  SOAVE  Jean-Marc Aymes) 20H
MARDI 20 MARS, 18H, Institut Culturel  Italien, FILM : Voluptas Dolendi / I gesti del Caravaggio
MERCREDI 21 MARS, 17H, Bibliothèque  l'Alcazar 
CONFÉRENCE : Patrick  Barbier : Farinelli et l’âge d’or des castrats
MERCREDI 21 MARS, 20H, Église Saint-Laurent,
CONCERT : Arie per un Divo,  L’art des castrats en  Italie, Magid El-Bushra contre-ténor, ENSEMBLE FILIGRANE
JEUDI 22 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT : Ronan Khalil, clavecin, Cyrielle  Eberhardt, violon 
MARDI 27 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT : Calliopé Chaillan, clavecin 
MERCREDI 28 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT, : Kazuya Gunji, clavecin
JEUDI 29 MARS, 20H15, Abbaye de Saint -Victor CONCERT : La Passion selon Marie, de Zad Moultaka,(María Cristina Kiehr soprano, CONCERTO SOAVE, Jean-Marc Aymes), CHŒUR DE  CHAMBRE LES ÉLÉMENTS (Joël Suhubiette).

Photos :
1. Jean-Marc Aymes;
2.  María Cristina Kiehr 
3. Concerto soave (photos Bertrand Pichène)
4, 5, 6, 7 : quelques disques de Concerto soave.



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