Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.
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samedi, août 06, 2022

MUSIQUE EN CE JARDIN


                               FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA ROQUE D'ANTHÉRON

 PARC DE LA MAISON BLANCHE, 

MARSEILLE, 2 AOÛT 2022


Audrey Vigoureux, récital de piano

 

         Dans un jardin ombreux où chante une fontaine, avec la nuit tombée, les indiscrètes cigales de la Roque semblent avoir délégué leur rauque rengaine à quelques rares oiseaux qui jouent les prolongations crépusculaires pour se taire peu à peu, peut-être impressionnés par le grand volatile noir luisant de projecteurs, aile déployée, prêt à prendre son envol de son nid, une estrade à ras du sol sur fond d’un brouillon végétal griffonné sous un arbre : le piano.

         C’est le parc moelleux de verdure de Maison blanche, locale appellation de la Mairie des 9e et 10e arrondissements de Marseille dont Anne-Marie d’Estienne d’Orves, Maire de secteur, ancienne adjointe à la culture, viendra sobrement présenter le programme de la soirée et d’autres à venir.

 

         Mozart, Fantaisie en ut mineur, K. 475

         De noir vêtue, la brune pianiste attaque son récital par Mozart, disons, littéralement, s’attaque à une œuvre étonnante, sinon dissonante dans son œuvre, ne serait-ce que par sa tonalité mineure rarissime, la Fantaisie n°4 en ut mineur K475, composée en 1785 pour une de ses élèves viennoise sans doute de très haut niveau : un parcours semé d’embûches, un répertoire de difficultés dans lequel le compositeur joue de toutes les surprises, déjoue les attentes, rythmiques, harmoniques, semant et brisant la ligne de silences inattendus, avec des audaces tonales et une liberté totale qui, même en brassant le passé et le stylus phantasticus baroque, embrassant encore les élans tempétueux du Sturm un Drang, dépasse, outrepasse même, le serein classicisme viennois dans une vision, une prévision sonore de Beethoven, qui fera de cette puissante et parfois furieuse fantaisie, lyrique, théâtrale, « tragique » selon certains, un modèle pour les futurs compositeurs romantiques. Mozart n’a pas été un créateur de formes musicales, ni instrumentales ni vocales : si toute son œuvre disparaissait, l’histoire de la musique n’y perdrait rien, mais la Musique perdrait, sinon tout, une part incommensurable de son patrimoine. S’en tenant donc strictement aux formes musicales canoniques de son temps, Mozart les a toutes sublimées, en a rendues indépassables ses réalisations.

         Cependant, déjà étonnante par sa rare tonalité principale d’ut mineur chez ce grand maître du majeur, cette Fantaisie, une forme sans forme qui livre un libre pas fantasque à l’improvisation, laisse imaginer comment aurait pu évoluer son écriture qualifiée ici, justement, de « beethovénienne ». C’est pourquoi on sait gré à Audrey Vigoureux d’avoir d’entrée ouvert son concert par cette page, déconcertante, d’un Mozart que son jeu, pulsionnel et construit, accusant les contrastes, de dynamique, legato/staccato, piano/forte, semblant hésiter au bord de silences comme des gouffres avant d’y plonger hardiment, arrache ainsi aux grâces sinon gracieusetés pomponnées d’une tradition de clichés confortables d’écoute paresseuse. Elle ne cherche pas à coudre ce que, sinon le genre, le morceau a de décousu, faisant se succéder, après le dramatisme théâtral de l’adagio initial comme un mystérieux rideau de scène qui s’ouvre lentement, les plages lyriques, pathétiques ou tendres, pointillées de pas presque menaçants, perdus dans l’ombre et se précisant en piquantes pirouettes pittoresques et badines de l’allegro trémoussant de triples croches, triolets, trilles limpidement détachés avant un retour, sorte de da capo varié, au début dramatique, qui clôt l’œuvre sur elle-même.

 


Beethoven, Sonate N°23 en fa mineur opus 57 « Appassionata »

         C’est par cette œuvre, aussi connue que celle de Mozart l’est peu, que la pianiste conclura son récital, fermant à mon avis une parenthèse logique, même si sa cohérence n’est pas indiquée sur le programme, tant l’évolution de Mozart de la Fantaisie semble concrétisée par la révolution de Beethoven, illustrée justement par cette sonate.  

         Beethoven n’a pas non plus créé de formes, mais, loin de les respecter comme Mozart, il les a détruites. Même si elle semble ébauchée en 1804, en plein classicisme représenté toujours par Mozart mort et un Haydn toujours actif, même si elle respecte la norme classique de la sonate en trois mouvements, un andante modéré précédé de deux allegros, il s’en va de beaucoup que Beethoven en suive les sages schémas.

         Beethoven l’estimait sa plus grande. Romain Rolland en disait que c’était « un torrent de feu dans un lit de granit » et il y a du vrai dans cette vision  je dirai « élémentaire » qui allie les trois éléments, eau  feu, matière, à laquelle j’ajoute l’air implicite puisque Beethoven, sans récuser ce titre d’ « Appassionata » qui n’est pas de lui, disait que, pour comprendre sa sonate, il fallait lire La Tempête de Shakespeare, qui implique forcément le vent tempétueux, par ailleurs symbolisé par le personnage poétique d’Ariel, esprit follet de l’air opposé au tellurique Caliban, esprit de la terre, le magicien Prospero, duc de Milan déchu, représentant entre les deux la raison et la culture, un arbitre arbitraire, tyrannique, par ailleurs esclavagiste puisque ces  deux personnages antithétiques sont ses esclaves. Plus que la tempête elle-même, la thématique théâtrale révélée par Beethoven lui-même, allégorise un affrontement manichéen des principes du Bien et du Mal, une lutte qui peut être celle de l’humanité mais intériorisée par l’homme, déchiré de contradictions.

         Le compositeur, s’il a surmonté sa tentation suicidaire exprimée dans le Testament d’Heiligenstadt de 1802, quand il découvre que sa surdité est irréversible, n’en est pas guéri pour autant. Sans calquer abusivement la vie sur l’œuvre, il est difficile de ne pas sentir, ressentir dans les déchirures de la ligne, les déchirements, le sentiment tragique de la vie de Beethoven, dans la torrentielle course à l’abîme de doubles croches plus que fiévreuses, frénétiques. La forme en est très novatrice, inédite, inouïe, explore des chemins musicaux inconnus, expérimentaux :  découpage personnel des parties, modulations surprenante chevauchant des tonalités, l'absence de reprise. Il y a déjà un futur de la musique dans cette composition au présent existentiel de Beethoven.

         D’une effroyable difficulté technique, on comprend que les pianistes s’y veuillent mesurer, comme un défi. Gagné pour Audrey Vigoureux qui, dans son jeu, déploie une vigueur, un dynamisme sans faille, sans faiblesse dans cette pièce d’une exigence physique redoutable, doublée d’une concentration mentale de fer pour mener à bien, sans débordement dangereux, cet impétueux torrent au rythme haletant. On ne volera pas au secours de la victoire en saluant, comme tout le public soulevé d’émotion, cette interprétation rageuse, orageuse. Mais, à exalter et souligner la veine et la verve excitées, excitantes de cette œuvre, un seul bémol : ajouter de la passion à l’« Appassionata » relève un peu de la redondance.

Chopin, cinq nocturnes (op. 9 et 48)

         Entre l’arche de Mozart et de Beethoven, doubles parenthèses atypiques, hérissées d’audaces périlleuses, Audrey Vigoureux avait niché, amoureusement cinq Nocturnes rêveurs de Chopin.

         Le genre du nocturne, forme sans forme précise, en un seul mouvement, reçoit ses lettres de noblesse romantique de l’Irlandais John Fields (1782-1837), qui l’invente pratiquement, enfant prodige, représentant en pianos, courant l’Europe, pianiste virtuose, compositeur prolifique qu’on ne dira pas inconnu mais à coup sûr méconnu aujourd’hui alors qu’il jouit d’une grande célébrité en son temps. Liszt, le bohémien regrettait sa désinvolture bohème qui lui faisait négliger son œuvre et, appréciant ce compositeur, fit en 1873 une édition de ses partitions. Pianiste précurseur, Fields préfigure Chopin auquel on le compare : on l’interprète parfois à la lumière de celui-ci, alors que c’est Fields qui explique et anticipe Chopin qui l’admirait et jouait.

         Les Trois nocturnes (op. 9) en gardent une indubitable présence. Sans référer forcément à la nuit, le nocturne, poème musical bref, développe une pensée, fait éclore une atmosphère, exhale un sentiment souvent tendre, délicat, mélancolique, une confidence sans voix, mais à la vocalité perceptible du bel canto romantique, aux arcs élégants de la mélodie arrondie, caressante et sensible de Bellini, perceptible chez Fields, avouée et revendiquée par Chopin qui référait même à l’art vocal de la Malibran. C’est un chant, un enchantement que la pianiste déploie avec légèreté dans ces arabesques, ces broderies de la plus belle manière, sans maniérisme, sans rien qui pèse et qui pose, avec un naturel où tout semble couler de source dans ce nocturne parc avec une douceur entre nostalgie et vaporeuse volupté.

         Des Deux nocturnes (op. 48), de 1841, plus longs, le premier, d’une fausse simplicité, semble exprimer une intense douleur qui, dans le second paraît s’être diluée, sinon apaisée, en incurable mélancolie. Chopin doit beaucoup de sa célébrité à ses Nocturnes, et il est vrai qu’ils en sont comme sa signature. Audrey Vigoureux semble en avoir fait la sienne pour ce récital puisqu’elle nous gratifia de deux autres du compositeur, alors qu’on l’espérait sur ce Bach dont elle a enregistré l’intégrale pour clavier avec David Fray, Jacques Rouvier et l’Orchestre National du Capitole de Toulouse.

         Formée à Aix-en-Provence, Marseille et Paris, avec une carrière largement internationale et un enseignement fixe à la Haute École de Musique de Genève, elle nous faisait la grâce de se poser une nuit dans ce parc, bercé d’une miraculeuse douce brise, mais percé par les piqûres de moustiques rappelant la Roque en ses début.

 

Photos : Pierre Morales

dimanche, septembre 22, 2019

ROUGE CŒUR : EL TANGO


Christelle ABINASR, piano,  
El tango
Le Rouge Belle-de-mai
47, rue Fortuné Jourdan, 
13003 Marseille, 04 91 07 00 87, 
parking gratuit Place Cadenat
Ouverture à 19h30 – Restauration 8€/10€
Concert à 21h – PAF 10
 DANSEURS BIENVENUS!


Astor Piazzola. La musique de Buenos Aires

par Christelle Abinasr, piano,

Disques Fy et du Solstice.



On peut le déplorer ou s’en réjouir : les commémorations, les anniversaires sont parfois une manière de se racheter par une mémoire vaguement honteuse retrouvée d’un oubli ingrat d’un artiste ignoré ou sous-estimé au présent.  Ainsi, le vingtième anniversaire de la mort du compositeur argentin Astor Piazzolla (1921-1992) donna lieu à des célébrations élogieuses qu’il n’avait pas forcément connues de son vivant, du moins pour une grande partie de son œuvre.

Fort heureusement, un certain nombre de disques et de concerts attirèrent sur lui une autre écoute, une approche nouvelle de son œuvre, dépassant le cantonnement folklorique auquel on le tenait de compositeur de tangos ou de virtuose du pittoresque bandonéon. Signe parlant : dans des concerts, des disques, on l’a couplé, mis en regard avec d’autres compositeurs, même Monteverdi, lui cherchant des patronages, les impératifs commerciaux primant toujours les artistiques,  estimant sans doute qu’il ne suffisait pas, à lui seul, à assurer le succès d’un programme, d’un disque.

En voici enfin un, label Disques Fy et du Solstice, intitulé Astor Piazzola, même s’il prend la caution, ou précaution, du sous-titre aguicheur de La musique de Buenos Aires, entièrement dévolu, voué, dévoué à Piazzola, rendu à sa seule musique, sans autre alibi, et en dehors de toute commémoration opportuniste. Il est signé par la pianiste Christelle Abinasr. Elle enseigne dans notre Conservatoire à Rayonnement Régional, mène parallèlement une belle carrière de soliste et de chambriste et s’est produite dans des lieux prestigieux, et nous avons pu l’entendre au Gymnase et à l’Opéra. On peut trouver d’autres éléments biographiques et discographiques dans le site qui lui est consacré sur internet.

D’origine libanaise, établie à Marseille, elle est Bordelaise : racine méditerranéenne multiculturelle, transplantée dans deux villes ouvertes sur les horizons lointains, sur la mer et l’océan, sur une diversité qui rend toute naturelle, peut-être, l’assimilation d’une musique qui, même si elle appartient à tous, pourrait, par son style, sembler exotique, lointaine. Mais, justement, Piazzola, Argentin d’origine italienne, d’une famille émigrée dans ce lointain Buenos Aires des migrants, a en lui cette âme d’éternel exilé mais qui a fait de la musique et de la ville d’accueil où il est né, sa patrie : dans un pays d’émigrés où les cultures diverses se fondent en une, c’est sans doute en venant d’ailleurs à l’origine qu’on en dit plus, plus profondément, sur l’identité, universelle, à partir d’un lieu particulier.

C’est, au-delà des analyses musicologiques précises et savantes de la belle introduction de Lionel Pons, qu’on lira avec profit, ce qui me frappe, me touche le plus dans ce disque. Il sert, en effet, un compositeur, mais disserte avec sensibilité, avec douceur, nostalgie, l’air de rien, sur un air, celui de Buenos Aires, qui veut dire, les ‘Bons Airs’ en espagnol. C’est l’expression d’une âme, d’un compositeur, d’un pays, d’une ville : un éternel exil, dirais-je dans lequel nous pouvons nous reconnaître, gens d’ici et d’ailleurs.

Quelques simples mesures du fameux Libertango, suffisent à donner la mesure je ne dis pas de l’identité, mot suspect aujourd’hui, mais de l’identification de Christelle Abinasr avec cette musique de la fièvre, de la nostalgie, pressée d’une certaine angoisse et l’on peut écouter la plage 1.



         De Piazzolla, on sait en général qu’il a révolutionné, non sans polémiques, le tango moderne dont il a voulu donner une épure, le libérant des contraintes de la danse, le libérant : Libertango, donc. Mais, compositeur classique également, il lui a donné de plus la dignité de ce qu’on appelle la grande musique, du moins dans des recherches harmoniques audacieuses propres de la musique savante de son temps, de Stravinsky à Bartok en passant par le jazz mais avec Bach en arrière fond comme dans les Bachianas du Brésilien Villalobos.

         À huit ans, son père italien lui offre un bandonéon, ce petit accordéon emblématique du tango. Astor s’intéresse alors au tango, se met à en composer se mêle aux plus grands orchestres de Buenos Aires. Parallèlement, c’est la musique classique qu’il cultive et prend des cours avec l’un des plus grands compositeurs argentins de son temps, Alberto Ginastera qui a su faire une synthèse, dans la tradition hispanique, de musique savante et populaire.

Lauréat d’un prix de composition, avec une bourse, le voilà à Paris, chez la fameuse Nadia Boulanger, qui a pour élèves nombre de compositeurs qui vont devenir célèbres. Elle le pousse à approfondir ses racines musicales culturelles, dont le tango : cette musique va devenir une source profonde d’inspiration. Le premier de ses Trois préludes pour piano, Leijia’s game, « Tango prélude »est déjà un tango, un piano, déjà libérés du tango rituel (plage 8).

         De retour à Buenos Aires en 1953, il fonde un orchestre à cordes, un octuor et un quintette, Quinteto tango nuevo. Les traditionalistes reprochent violemment à Piazzolla de défigurer le tango. Il intègre dans l’accompagnement, outre le traditionnel bandonéon, le violon, le piano, la contrebasse, la guitare électrique. Il met, en musique de tango, des poèmes du grand écrivain Jorge Luis Borges, qui ne ravissent pas pour autant l’écrivain, auteur essentiellement intellectuel mais se piquant de populisme dans ses poèmes. Cependant, Horacio Ferrer, librettiste de son opérette María de Buenos Aires (1970), lui offre le texte de deux tangos devenus aujourd’hui des classiques : Balada para un loco, ‘Ballade pour un fou’ et Chiquilín de Bachín.

On sera touché de l’hommage ému à son père mort, Adiós Nonino, ‘Adieu Pappy’ de la plage 11.



Astor Piazzola, La musique de Buenos Aires par la pianiste Christelle Abinasr, Disques Fy et du Solstice.



lundi, juillet 08, 2019

AMOUR SANS FRONTIÈRES

 

 

Un voyage musical et poétique à la découverte de l'âme slave, porté par un duo voix et piano émouvant

Durée : 1h15
Les mardis 9, 16 et 23 juillet à 14h45

 Réservations

 +33 (0)4 90 84 04 03 +33 (0)6 63 04 09 71

34-36 Rue Du Chapeau Rouge
84000 - Avignon -  Localiser sur la carte
Nom de la salle : Chapeau Rouge
Nombre de places : 33

 

PRÉSENTATION DE L'ÉVÉNEMENT

Une voix caressante et bouleversante, des couleurs pianistiques subtiles et saisissantes, une intensité émotionnelle particulièrement profonde… 

Les Amants de Varsovie vous emmènent dans un voyage musical extraordinaire à la découverte de l’âme slave au travers de chansons et de récits d’amour polonais.

Portée par un duo voix et piano d’une complicité rare, cette balade amoureuse, tantôt poétique et enjouée, tantôt nostalgique et déchirante, nous invite à arpenter les rues de Varsovie en empruntant les pas des amants… pour découvrir leurs passions, secrets, rires, rêves et désespoirs. Autant d’histoires qui nous dévoilent le cœur de toute une nation, si proche, et pourtant si peu connue.

- - - - - - 
Poétique ou réaliste, nostalgique ou drôle, romantique ou audacieuse... d'une richesse extraordinaire, la chanson polonaise colore ses accents slaves de musiques venues des quatre coins du monde : tango, ballade, valse, swing, twist, jazz ou bossa-nova ! 

Découvrez la beauté de cette musique à la fois pleine de nostalgie et d'espoir... une chanson d'amour si émouvante qu'elle vous prend aux tripes pour résonner encore et encore au plus profond de votre être...

Empruntez les pas des Amants dans les ruelles de Varsovie, et découvrez en musique, d'extraordinaires histoires d'amour slave...
- le couple qui se retrouve chaque soir au cinéma muet "Le Petit Trianon" et s'émerveille devant les plus belles scènes d'amour
- deux amoureux éperdument plongés dans leurs baisers sous la pluie rousse d'automne
- Kalina, la vamp au sex-appeal débordant qui cherche un prétendant capable de l'aimer aussi pour son âme
- Eurydice et Orphée enlacés dans une danse onirique au café du coin de la ruelle
- la marin suffoquant de chaleur dans la soute à charbon, qui rêve de dérober un instant le cœur de la fille du port
- la jeune Rebeka, en robe de mariée, découvrant son promis au bras d'une autre
- l'amant désespéré suppliant sa douce de lui accorder un dernier dimanche avant qu'elle ne parte à jamais...

textes en français, polonais & anglais

INTERPRÈTES / INTERVENANTS 

  • Mise en scène : Ewa Adamusinska-Vouland
  • Interprète(s) : Ewa Adamusinska-Vouland, Yves Dupuis
  • Son & lumière : Émilie Bourdellot

BY EWUNIA

2019-00001876 SIGNATAIRE DE LA CHARTE DU OFF

 

+33 (0)4 90 84 04 03

vendredi, mars 15, 2019

LE TANGO SE CHANTE À DEUX





Mano à mano Todorovitch/Vinciguerra

TIEMPO DE TANGO

Le tango dans tous ses états

Théâtre de l’Odéon

6 mars 2019


         Sans se renier l’Opéra, de Marseille a ranimé l’opérette dans ce théâtre Odéon par la grâce de Maurice Xiberras qui, gracieusement, assure aussi la direction et la programmation de ce temple de l’opérette en continu, unique en France. Un public de fidèles, une famille disais-je de ces familiers qui s’y retrouvent les samedis ou dimanches après-midi, en assure le succès et rassure sur la pérennité de ce genre qu’on croyait mort, patrimoine populaire d’une mémoire collective qu’il convient de préserver.
❤️

         Mais l’Odéon n’est pas que ce temple de l’opérette. De délicieux concerts, Une heure avec…, qui durent généreusement et largement bien plus, avec un entracte « Heure du thé » et biscuits offerts gratuitement au public, laissent carte blanche à de grands artistes pour s’y produire à leur gré, pour notre agrément le plus grand. Familière de l’Opéra et de l’Odéon autant que des scènes nationales et internationales, des grands festivals, de Glyndebourne à Salzbourg en passant par la Scala de Milan, Marie-Ange Todorovitch, mezzo, avec la complicité de son compère Jean-François Vinciguerra, baryton basse, qui a aussi couru l’Europe comme chanteur, metteur en scène aussi, nous embarquaient sur les rivages du Río de la Plata, sur les ondes du tango, malicieusement élargi au boléro et à l’opéra, annexés pour leur cause chantante. On retrouvait au piano Bruno Membrey, autre globe-trotteur du monde musical avec sa baguette de chef d’orchestre sur quatre continents, au palmarès et parcours impressionnants, comme pianiste, chef, directeur de théâtre. Comme s’il courait sur la trace glorieuse de ses aînés, le plus jeune Michel Glasko, accordéoniste, remarquable adaptateur des morceaux et des transitions, à qui aucune musique n’est étrangère (puisqu’elle est une, bien sûr), classique, jazz, hardcore, punk, trotte aussi sur le globe, déjà sur trois continents. Deux partenaires instrumentistes (mais faisant chorus parfois) pour accompagner ces deux voix graves, joyeuses souvent pour exalter le tango.
Le tango a été justement classé par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité. Il est défini,
poétiquement, comme « une pensée triste qui se danse » ; d’autres, par ses mouvements sensuels, disent qu’il se danse verticalement avec une pensée horizontale, sentence égrillarde plus fûtée qu’affutée par la réelle pratique de la danse, aux pas si compliqués qu’ils ne laissent aux partenaires d’autre pensée linéaire que celle de les réussir au mieux : il suffit d’assister à la danse dans les clubs, dans les milongas, lieux destinés au tango, pour constater le sérieux, le révérencieux qui y règne, ne laissant guère lieu au licencieux.

Le mot "tango"

Le tango semble naître dans le dernier tiers du XIXe siècle, d’abord musical et dansé avant de devenir chanson. On a échafaudé bien des hypothèses, souvent discutables, sur l’origine du mot tango.  Certes, ce mot existe en Afrique et il est vrai que les Espagnols l’employaient au XIXe siècle pour désigner des réunions festives d’esclaves noirs, avec force tambour, « tambor », qu’ils prononçaient approximativement « tango ». Mais on oublie tout simplement que ce mot est la première personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe castillan  tañer, tango, qui signifie ‘jouer d’un instrument à cordes’, d’une guitare, qui sera l’instrument presque obligé du tango, à laquelle s’adjoint un autre instrument récent, le bandonéon, petit accordéon, qui prend son nom de son inventeur allemand Heinrich Band, dans ce pays métissé d’essentielle immigration européenne, d’abord massivement masculine.

La population de Buenos Aires de cette époque se composait de 70% d'hommes ce qui explique que ce fut d’abord dansé entre hommes, ou, en couple masculin/féminin dans les maisons closes où il n’y avait que les servantes et les prostituées. Cette origine douteuse, encanaillée, et ses pas lascifs d’un couple enlacé firent condamner le tango par le pape et l’Empereur d’Allemagne au début du XXe siècle. Cela n’empêcha pas, ou facilita, son succès mondial même dans les salons.

         Musicalement, le tango trouve ses origines dans la habanera hispano-cubaine, et l’on connaît le célèbre Tango d’Albéniz de 1890, inspiré des tangos andalous, qui sont un genre du flamenco. On rappelle le beau tango habanera de Kurt Weill, Youkali qui en démontre bien la proximité. Il semble que, pour les rythmes des pas, le tango doive au candombé, marche de procession rythmée des esclaves noirs.

         Chanson urbaine, issue d’une population déshéritée, de gens émigrés, déracinés, le tango exprime souvent une philosophie amère de la vie : abandon, nostalgie, désenchantement, détresse humaine, désespoir dans des quartiers abritant la misère du monde dans l’espoir déçu d’un monde meilleur, voilà en général les sentiments les plus courants exprimés dans le tango, qui lui donnent sa poignante vérité humaine.

Comme le fado portugais ou le blues, dont ils ont la même tristesse et tendresse humaines, les tangos sont des chansons urbaines. Les textes sont souvent dus à la plume bien trempée de véritables poètes, qui font vivre aussi un argot local, le lunfardo, qui prend ses origines du mélange linguistique venu aussi des quatre horizons pour se fondre dans l’unité de ce métissage humain et culturel, faisant de cette misère un art humble et universel.

Rives et dérives du tango

Évidemment, comme tout art victime de son succès, par ses excès de gémissements, de plaintes, d’étreintes, la sensibilité tombant dans la sensiblerie, le tango suscite vite sa propre caricature : envers, endroit, qu’en libre droit nos interprètent se plurent à nous offrir, Todorovitch assumant la part de ce drame personnel, le pathétique du quotidien, Vinciguerra en jouant à déjouer le pathos par la parodie.

Ouverture somptueuse du programme par les instrumentistes avec Astor Piazzolla (1921-1992), élève de Nadia Boulanger, dans la promotion de Leonard Berstein. Il a révolutionné le tango moderne, en donnant une épure classique, le libérant des contraintes de la danse : Libertango, donc tango nuevo, ‘nouveau tango’ plus lyrique que simplement rythmique : basse obsédante du piano et, au-dessus, élans et déploiements de l’accordéon.

Introduction chantée, La cumparsita, emblématique tango mais en version originale, longue mais ici partagée à deux voix, ce qui est plaisant pour un texte qui dit qu’il n’y a plus de partage : dans ce pays machiste mais à l’origine avec plus d’hommes que de femmes, en posséder une était un trésor et, la perdre, déshonneur et désespoir, et ces dames, avec l’embarras du choix des mâles, avaient beau jeu d’en changer, laissant le pauvre abandonné seul en larmes, ce qui faisait dire aux plus ironiques Espagnols, autre définition, que le tango était el lamento de un cabrón, ‘le lamento d’un cocu’. Dans ce duo, donc : le délit et son objet, l’infidélité féminine et le pauvre cocu, sans la sympathie du vaudeville, est même abandonné par amis et…son petit chien.

 Ironique et taquine transition allusive de l’accordéon à « l’amour enfant de Bohème » affranchi des lois de la fidélité…Et comme pour se faire pardonner, inversant les rôles, la belle Todorovitch se lançait langoureusement dans Dos gardenias, annexant au tango le boléro fameux, sublime musique mais texte d’une naïveté désarmante : à miser la fidélité de l’être aimé sur la persistante fraîcheur des deux gardénias qu’on lui offre et conclure, s’ils se fanent un jour, qu’on est trahi, autant les offrir en plastique pour s’assurer de leur pérennité. Scandé par un accordéon comme des lames et des ponctuations vengeresses du piano, Jalousie, « tu viens ramper autour de moi comme un serpent perfide et froid », rétorquait le chanteur savourant, œil mauvais, mâchant les mots, des plans de vengeance dans cette Chanson gitane comme cette Carmen qui hante tout le concert.

Encore venu du boléro, Bésame mucho de Consuelo Velázquez, jeune prodige mexicaine de dix-huit ans, beauté digne du Hollywood des années 40, musique aussi universelle, ardent et désespérant chant de volupté, réunissait le couple tout en disant, elle en espagnol, lui en français dans des paroles de l’éternellement regretté Francis Blanche, le dernier baiser et sans doute, le dernier adieu des amants. Comme pour secouer le pathos, mais secoué de rire je ne sais plus quoi est quoi, Vinciguerra, roulant des yeux et les r, se jetait Dans les bras de Jésus, l’enchaînant, avec une radinerie bourgeoise avec Pas d’orchidées pour ma concierge. Marie-Ange apportait un peu de douce cruauté sentimentale avec Veinte años, une habanera initiale devenue boléro, ici tiré vers le tango, une musique poétique de María Teresa Vera et une simplissime poésie directe de Guillermina Aramburu, dont on me pardonnera de donner l’adaptation que j’en fis pour une conférence-concert sur le boléro

Que m’importe que je t’aime

Si toi, tu ne m’aimes plus ;

Un bel amour qui s’achève

Est un grand amour perdu.

Je fus l’amour de ta vie

Cela fait longtemps déjà,

Mais aujourd’hui, tu m’oublies :

Je ne me résigne pas.



Si les choses que l’on rêve

Se pouvaient toucher du doigt,

Je sentirais que tu m’aimes

Tout aussi fort qu’autrefois.

Un grand amour qui s’achève

Est une vie qui s’en va,

C’est le débris d’un beau rêve

Qui ne se recolle pas.

Sans connaître sans doute l’arrière-plan historique de ces musiques latino-américaines que j’ai étudiées, mais leur instinct de musiciens y suppléant largement, les deux instrumentistes interprétaient, en interlude, le Tango, opus 165, N°2, d’Isaac Albéniz, de 1890, bien antérieur donc à la danse postérieure ainsi nommée, toute la nostalgie du monde, les brumes des grands espaces marins entre Espagne et Cuba, langueur du balancement ponctué par le piano, l’accordéon suspendant l'envol du son dans un fondu dans un infini.

Secouant notre alanguissement mélancolique, il appartenait à Vinciguerra, en deux morceaux, Les toros et Le tango des joyeux bouchers (de JimmyWalter et Boris Vian), de clouer au piloris toréros et public des corridas, la fausse virilité des uns et de rêve des autres sur fond de sang, à l’heure où les « épiciers se prennent pour Don Juan » et « les Anglaises pour Montherlant ( ! ) » Todorovitch, dont Carmen fut à coup sûr l’un de ses plus beaux rôles, nous envoûtait, retour aux sources, par la « habanera » avec une légèreté de voix se jouant en riant des délicates petites notes si souvent savonnées par d’autres.

La première partie se terminait par, je ne dirai pas l’inutile angliciste medley, puisque le savoureux pot-pourri français s’utilise aussi en espagnol : popurrí, un succulent mélange, « Tout est tango », concocté par l’accordéoniste Michel Glasko : La paloma, habanera (le modèle du genre de l’Espagnol Sebastián Iradier, l’auteur, justement de celle que lui emprunta Bizet pour Carmen), voisinait avec la mexicaine et révolutionnaire Cucaracha, La Vie en rose, Le Temps du tango, etc, etc, avec des saillies, des facéties  aussi drôles que musicales.

 La reprise, inénarrable, les quatre acolytes coiffés de feutres tyroliens issus de la précédente Auberge du cheval blanc, une bourrative Choukrouten tango, suivie, fatalement par sa conséquence adipeuse : Maigrir, détaillée avec une velléitaire voix par Vinciguerra, comme son mourant de rire (moi) Tango corse, tandis que Todorovitch revenait au poétique envol de Oblivión de Piazzola.   

Puis, feu d’artifice final semblant ne plus finir de verve et d’invention, un pot-pourri classique arrangé encore par Glasko où Mozart voisinait avec Offenbach, Beethoven, Verdi, Puccini, et même José Padilla (son pasodoble El relicario) dont les chansons sont tout de même classées au Patrimoine immatériel de l’UNESCO, un cocktail dira-t-on cette fois en anglais, un arc-en-ciel musical de toute beauté et joie.

Les bis durent s’arrêter car les interprètes, Membrey,Vinciguerra avaient répétition sur place du Petit Faust d’Hervé que ce dernier met en scène tout en y chantant les 16 et 17 mars dans ce même Odéon, tandis que Marie-Ange Todorovitch courait à l’Opéra pour y répéter Les Noces de Figaro qui s’y donnent les 24, 26, 29, 31 mars et le 3 avril.

Quant à ce spectacle, Tiempo de tango, on le retrouvera, accompagné de danseurs de l’Opéra d’Avignon, le 14 avril à Saint-Saturnin-lès-Avignon à 16 h.

Marseille, théâtre de l’Odéon
Mercredi 6 mars,
Tiempo de tango,
Marie-Ange Todorovitch, mezzo-soprano ;  Jean-François Vinciguerra, baryton-basse ; Bruno Membrey, piano ; Michel Glasko, accordéon.
Musiques diverses de tangos, boléros, chansons populaires ; Albéniz, Beethoven, Mozart Puccini, Verdi, etc.
Photos : 1, 2 : Andy Lecouvreur ; 
3, 4, 5 : ilena Markovic Vinciguerra.







        

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