LES VIES
DES PLUS EXCELLENTS
ARCHITECTES,
PEINTRES ET
SCULPTEURS
MARSEILLAIS
Bibliothèque
de Marseille, l’Alcazar, jeudi 12 et vendredi 13 septembre 2024, de 9h30-à 18 heures.
Ce titre que Jean-Noël Bret, membre de
l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille, dont il a été Président,
donne au colloque qu’il dirige, est un clin d’œil admiratif, et hommage que je
partage hautement, à Giorgio Vasari. C’est une traduction de celui de son
fameux ouvrage Le Vite dei piu eccellenti Architetti, Pittori de Scultori
italiani da Cimabue, insino a’tempi nostri, paru à Florence en 1550 et
augmenté largement en 1568. On note que Vasari prétend parler des artistes
« italiens », mais, en fait, c’est surtout de ses compatriotes
toscans qu’il parle, et, Jean-Noël Bret, des Marseillais, du XVIIe
au XXe siècle.
C’est vrai que la
Toscane est un miracle artistique et intellectuel en son temps et, Marseille, certes
bien loin de rivaliser avec elle, même modeste en comparaison, a tout de même
un patrimoine artistique peu connu, méconnu ou inconnu, qu’il y a justice à
rappeler aux Marseillais, souvent négligents ou ignorants du leur.
Sous les auspices de
Vasari, ce colloque dont il n’est pas l’objet mais le prétexte n’en parle pas,
hors l’introduction de Jean-Noël Bret, qui a aussi le mérite de rappeler les
dettes que nous avons de ce mal aimé, comme artiste, de la critique, injuste à
son égard. J’en saisis le prétexte pour en dire quelques mots.
GiorgioVasari
Né en 1511 dans la République de Florence, il meurt
en 1574 dans ce qui était devenu le Grand-Duché de Toscane par la grâce de
Charles Quint. Il est d’une famille modeste de marchands. Par chance, peut-être
parce que les Médicis, à l'origine exploitants agricoles, puis négociants en
laines et puissants banquiers rayonnant dans toute l'Europe avant de devenir famille
patricienne puis princière, n’ont pas perdu le sentiment de leur roture
originelle, leur cour à Florence est accueillante aux artistes et même aux jeunes
talents : Laurent de Médicis y a installé en fils Michel-Ange. Vasari entre
dans l’atelier de Michel-Ange puis à la cour. Du même âge que les jeunes ducs
Alexandre et Hippolyte, il est traité en ami, et reçoit presque les mêmes
leçons.
Il sera, dessinateur, peintre, architecte urbaniste,
et le premier historien d’art avec ses Vite…En 1554, à la demande de Cosme de Médicis, Vasari rénove
l'ancien Palais de la Seigneurie, le Palazzo Vecchio. Cosme lui confie en 1560
la construction d’un ensemble immobilier destiné à grouper les bureaux
administratifs et judiciaires de Florence, le complexe des Offices : c’est
la célèbre Galerie des Offices, partant du Palazzo Vecchio et débouchant, au
bout de sa longue cour étroite, sur l’Arno, superbe exemple d'urbanisme, unique
rue de la Renaissance d’un seul traitement architectural, avec fonction de piazzale,
de vivante place publique. Vasari y travaillera jusqu’à sa mort en 1574.
Héritage de Vasari
Ses Vite…, ses quelque cent-cinquante Vies…d’artistes du XIVe au XVIe
siècle, sont un inestimable apport à l’histoire de l’art qu’il inaugure et
resteront un modèle pendant très longtemps. Mais ce ne sont pas de simples
biographies. Vasari, dans une approche critique toute moderne, tente de cerner
le style particulier d’un peintre, sa « patte », sa « main, »
bref sa « manière ». Au risque de sa reproductibilité académique.
La
Belle manière et maniérisme
Pour définir la Belle
manière en peinture, geste révolutionnaire, en son époque néoplatonicienne,
il récuse le credo humaniste platonicien de la mimesis, de l’imitation
de la nature, car elle n’est pas toujours belle. Donc, c’est la Belle Nature, nature
corrigée qu’il faut représenter, une beauté obtenue par l’assemblage de
morceaux choisis de beauté, visage, membres copiés chez d’autres peintres : en
somme, une beauté de synthèse ce que faisaient déjà les Grecs et, aujourd’hui,
les pubs, sans compter tous les moyens modernes de corriger —ou falsifier— l’image
avec la photo shop entre autres procédés.
Vasari, aujourd’hui
classé comme peintre maniériste, est donc l’un des premiers formulateurs, en
tous les cas penseur du maniérisme (seul art contemporain de son appellation), prônant
un art émancipé de l’imitation, de la mimesis, au profit de l’invention,
la phantasia. La mort de Raphaël,1520, et l’une de ses dernières œuvres,
la Chambre d’Héliodore du Vatican, marquaient la fin de la recherche d’harmonie
d’une époque. Le sac de Rome en 1527 par les armées de Charles Quint avait
causé la fuite et la dispersion des artistes, forcés à un travail en commun moins
grandiose, plus personnel, singulier : un abandon des sereines lois de l’équilibre
et de la perspective harmonieuse au profit de la grazia, et de l’allongement
des formes.
Renaissance
et gothique
C’est de Vasari que semble
venir le terme « gothique » en mauvaise part, comparant avec la
nouvelle architecture classique imitée de l’Antiquité, celle étrange du Moyen-Âge,
produit du peuple barbare des Goths, parmi lesquels les Italiens rangeaient les
Français qui n’avaient pas donné une belle image d’eux durant les incessantes et
désastreuses guerres d’Italie.
Mais, à coup sûr, à
travers Jules Michelet dans son Histoire de France (1835) qui
l’adapte et adopte, nous lui devons la notion et le terme de Renaissance, paru
sous la plume de Vasari pour qualifier déjà la nouvelle manière de peindre de
Giotto de rinascita et saluant son époque de rinascimento
de la bella maniera (renaissance).
Nous le saluons trop
brièvement ici à l’occasion de ce colloque marseillais sous son égide.
Benito Pelegrín
LES VIES
des plus excellents architectes, peintres
et sculpteurs marseillais
de Pierre Puget à Charles Camoin
HOMMAGE A VASARI
Colloque d’histoire de l’art
L’histoire de l’art en question(s) XXI
à l’Alcazar - BMVR
12 et 13 septembre 2024
9h30-12h15 /14h15-17h45 et 10h-12h15 /14h15-17h45
en collaboration avec la Bibliothèque de Marseille
à Vocation Régionale
direction scientifique Jean-Noël Bret
avec la participation de
Régis Bertrand, Nathalie Delsalle,
Marie-Claude Homet, Gérard Fabre,
Luc Georget, Danièle Giraudy,
Emmanuel Laugier, Sarah Montebello,
Laurent Noet, Alain Paire, Marie-Paule Vial
Proposition A.C.C. contact : acc.marseille@free.fr
L’ALCAZAR - BMVR
58, Cours Belsunce 13001 Marseille. Métro Vieux-Port. Tram Alcazar.
En 1550 Giorgio Vasari publiait à Florence «Les Vies des plus excellents
architectes, peintres et sculpteurs italiens de Cimabue à nos jours », ouvrage
fondateur de l’histoire de l’art avec ses quelque cent-cinquante biographies d’artistes
du XIVe au XVIe siècle, toscans pour la plupart, sans lequel nous ne saurions pas
grand-chose de l’art de ces trois cents ans où sont nés les temps modernes et où la
création artistique se tint à la tête de la marche du monde.
Le succès de cet ouvrage fut tel qu’on le nomme communément parmi les historiens
de l’art Les Vies et même, tout simplement, Le Vite dans sa langue maternelle, et
son auteur est volontiers reconnu comme l’inventeur de l’histoire de l’art, et il l’est
certainement pour sa forme biographique. On n’oubliera pas cependant Pline
l’Ancien, quelque 1500 ans plus tôt, qui mourut en 79 à Pompéi dans l’éruption du
Vésuve qu’il observait, nous laissant une Histoire naturelle sans laquelle nous ne
saurions quasiment rien des plus grands artistes de l’Antiquité. Avec les noms de
Pline et de Vasari émerge, pour compléter cette triade des grands fondateurs de
l’histoire de l’art, celui de Winckelmann qui, au siècle des Lumières, fit passer
l’histoire de l’art du récit biographique à l’analyse esthétique dans un pas de géant
ouvrant la discipline vers la science.
De Giorgio Vasari, homme très prolifique, il ne faudrait pas oublier qu’il fut non
seulement l’auteur des Vies mais aussi l’architecte du palais des Offices à Florence,
qui abrite aujourd’hui le musée que l’on sait, et un grand peintre maniériste chargé
des plus importantes commandes sous le règne du grand-duc de Toscane, Cosme
Ier de Médicis. C’est dire tout le respect que nous lui devons ainsi qu’à son œuvre
majeure, Le Vite, et c’est avec ce respect mais aussi la distance que nous
permettent l’humour et le temps que nous avons choisi d’en illustrer aujourd’hui le
titre à travers les noms de quatorze artistes marseillais du XVIIe au XXe siècle dont
le choix peut prêter à discussion. On pourra s’étonner de ne pas y trouver quelques
noms qui ont brillamment illustré aussi l’histoire de notre ville mais nous n’avons
retenu comme Marseillais, dans la limite du nombre que nous imposaient les deux
journées de ce colloque, que des artistes ayant travaillé à Marseille, bien sûr, mais
qui y sont nés aussi ou bien décédés. Et, en matière de « Vies », il faudra entendre
davantage leur œuvre que leurs existences.
Tous nos remerciements vont aux intervenants de ce colloque qui comptent parmi
les meilleurs spécialistes que notre ville puisse offrir en ce domaine et ont accepté
d’entrer dans ce jeu un peu provoquant avec l’histoire. Ils vont aussi aux amis fidèles
de l’association A.C.C, toujours attentifs aux choses de l’art et son histoire.
Ce colloque n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien de la Ville de Marseille qui a
bien voulu mettre cette magnifique salle de l’Alcazar à notre disposition. J’en
remercie Monsieur Jean-Marc Coppola, adjoint au maire en charge de la Culture et
Madame Sophie Geffrotin directrice des bibliothèques de Marseille ainsi qu’Agnès
Mauduit, Thierry Conti et Stéphanie Gotis, et toute l’équipe de la BMVR.
Jean-Noël Bret
Président de l’association A.C.C
Membre et ancien président
de l’Académie de Marseille
9h 30 Ouverture
Introduction
10h Marie-Paule VIAL
Les Vies...
PROGRAMME
Jeudi 12 septembre 2024
Jean-Marc COPPOLA, adjoint à la Culture de la ville de Marseille (sous réserve)
Jean-Noël BRET, président de l’association A.C.C
conservateur en chef du Patrimoine, ancienne directrice des musées de
Marseille
Pierre Puget 1620 – 1694
historienne de l’art
Michel Serre 1658 – 1723
conservateur du Patrimoine, directeur du musée des Beaux-Arts de Marseille
Françoise Duparc 1726 – 1778
doctorante en histoire de l’art
Henry d’Arles 1734 – 1784
historien, professeur émérite de l’université d’Aix-Marseille
Membre de l’Académie de Marseille
Michel-Robert Penchaud 1772 – 1833
historien de l’art et de l’architecture, directeur artistique de la Revue Marseille
Membre de l’Académie de Marseille
Pascal Coste 1787 – 1879
conservateur en chef du Patrimoine, ancienne directrice des musées de
Marseille
Emile Loubon 1809 – 1863
Vendredi 13 septembre
conservateur du Patrimoine, directeur du musée des Beaux-Arts de Marseille
Dominique Papety 1815 – 1849
historien de l’art, président de l’association E.S.So.R
Dominique Magaud 1817 – 1899
écrivain et critique d’art
Adolphe Monticelli 1824 – 1886
historien de l’art et de l’architecture, directeur artistique de la Revue Marseille
Membre de l’Académie de Marseille
Henri Espérandieu 1829 – 1874
assistant de conservation au musée des Beaux-Arts de Marseille
Valère Bernard 1860 -1936
collectionneuse
David Dellepiane 1866 - 1932
conservateur général du Patrimoine, ancienne directrice
des musées de Marseille. Membre de l’Académie de Marseille
Charles Camoin 1879 – 1965
10h 45
11h 30
12h 15
14h 15
15h
15h 45
16h 30
17h 15
10h
10h 45
11h 30
12h 15
14h 15
15h
15h 45
16h 30
17h 15
Marie-Claude HOMET
Luc GEORGET
Pause déjeuner
Sarah MONTEBELLO
Régis BERTRAND
Emmanuel LAUGIER
Marie-Paule VIAL
Discussion
Luc GEORGET
Laurent NOET
Alain PAIRE
Pause déjeuner
Emmanuel LAUGIER
Gérard FABRE
Nathalie DELSALLE
Danièle GIRAUDY
Discussion. Conclusion
Pierre Puget 1620 – 1694
Marie Paule Vial
Pierre Puget est né en octobre 1620 dans le quartier populaire du Panier, rue du
Petit Puits, comme l’indique une plaque commémorative. Orphelin de père à deux
ans, élevé par sa mère qui le place en apprentissage chez un certain Jean Roman
sculpteur, il apprend le travail du bois. Rien, si l’on en juge par ces obscurs débuts
et, selon la formule consacrée, ne destinait Pierre Puget à entrer au panthéon des
grands hommes dès le XVIIIe siècle, qui reconnut en lui le « Michel-Ange de
France ». En même temps que l’on célébrait l’art du sculpteur, s’élaborait le mythe
romantique du génie incompris.
Sans doute bien des éléments de sa biographie se prêtent à la construction d’un récit
où se mêlent dans une trame étroite mythe et réalité. A commencer par ce premier
voyage en Italie, entrepris à 18 ans, sans recommandation ni protecteur, comme
c’était alors l’usage, où il découvrit les œuvres de Michel-Ange et du Bernin qu’il
prendra pour modèles, en pratiquant comme eux la peinture, la sculpture et
l’architecture.
Aujourd’hui encore, comme aux XVIIIe et XIXe siècles, c’est surtout le sculpteur qui a
la reconnaissance du public. La cour dite Puget, au musée du Louvre, en porte
témoignage. Le peintre est réhabilité, encore diversement apprécié. De l’architecte
peu de choses nous restent, quelques dessins et cet absolu chef-d’œuvre : la
chapelle de la Charité, dont le plan ovale et la coupole en forme d’œuf en font l’un
des plus beaux manifestes de l’architecture baroque en France.
Il s’agira ici d’évoquer la carrière de ce grand artiste afin d’interroger ce qui subsiste,
malgré les travaux les plus érudits d’une part de légende noire, et d’un certain
rendez-vous manqué avec Marseille.
Conservateur en chef honoraire du Patrimoine, Marie-Paule Vial, après plusieurs années à la
tête du musée des Beaux-Arts de Marseille, a assuré la direction des musées de la ville, puis
celle du musée national de l’Orangerie à Paris, où elle a été commissaire des expositions
Soutine, Frida Kahlo/ Diego Rivera. L’art en fusion.
A Marseille, elle a consacré sa première exposition à La Peinture en Provence au XVIe
siècle, suivie d’autres nombreuses, parmi lesquelles : Pierre Puget, sculpteur, peintre,
architecte, Sous le Soleil exactement, la peinture en Provence de Vernet à Braque, Van
Gogh/Monticelli, Le Grand Atelier du Midi. De Van Gogh à Bonnard, dans le cadre de
Marseille Capitale Européenne de la culture en 2013.
Auteur de nombreux articles sur la peinture en Provence, elle a cosigné avec Luc Georget
une petite monographie sur Puget : Pierre Puget sculpteur, peintre, architecte.
Michel Serre 1658 – 1733
Marie-Claude Homet
Avec un peu plus d’une centaine de toiles et de dessins conservés, Michel Serre
(Tarragone 1658 – Marseille 1733), formé à Rome et fixé à Marseille en 1675 est l’un
des peintres majeurs de la Provence baroque. A la charnière de deux siècles, de
culture internationale (espagnole, italienne, provençale, parisienne et nordique), il a
su répondre à toutes les commandes s’offrant à lui et satisfaire les clientèles les plus
variées : ordres religieux, confréries, paroisses, monde de l’arsenal des galères.
Reçu à l’Académie royale de peinture à Paris en 1704, il a maîtrisé aussi bien l’art du
portrait que le paysage, les scènes de genre et de mythologie que l’illustration de la
vie des saints. Témoin actif du traumatisme de la peste de 1720 (il est commissaire
de son quartier Saint-Ferréol), il a tiré de sa douloureuse expérience trois chefs-
d’œuvre : Vue du Cours pendant la peste de 1720 et Vue de L’Hôtel de Ville
(Marseille, musée des Beaux-Arts) et L’épisode de la Tourette (Montpellier, musée
Atger), témoignages visuels bouleversants, sans équivalent dans la peinture
européenne de l’époque. Un demi-siècle après Pierre Puget, Michel Serre a apporté
en Provence cette « sève généreuse, ce génie de feu » dont parle Mariette et
contribué à faire de Marseille un foyer baroque original.
NB. Madame Homet ayant un empêchement, la lecture de sa communication sera
faite par Yves Di Domenico, historien de l’art spécialiste de la peinture en Provence.
Marie-Claude Homet, Docteure en histoire de l’art – thèse de 3e cycle sur Michel Serre et la
peinture baroque en Provence (1983), publiée chez Edisud (1987) – a été chargée de cours
à l’Université de Provence. Elle a participé aux catalogues des expositions du musée des
Beaux-Arts de Marseille La peinture en Provence au XVIIe siècle, en 1978 et Marseille au
XVIIIe siècle. Les années de l’Académie de peinture et de sculpture.1753-1793, en 2016.
Elle a collaboré par ailleurs à plusieurs ouvrages (Reynaud Levieux et la peinture classique
en Provence (Edisud, 1990), Relier la terre au ciel (Actes Sud, 2015) et a elle également
publié une douzaine d’articles sur des peintres qui ont travaillé en Provence (Revue
municipale Marseille, Provence Historique, Etudes Vauclusiennes).
Françoise Duparc 1726 – 1778
Luc Georget
Une notice biographique parue en 1787 dans l’Histoire des hommes illustres de
Provence de Claude-François Achard et un testament qui léguait à l’hôtel de ville de
Marseille les quatre tableaux aujourd’hui conservés au musée des Beaux-Arts de
Marseille, sont encore les principaux documents que nous ayons pour reconstituer la
carrière d’une artiste dont ses contemporains marseillais reconnaissaient le grand
talent. Née en 1726 en Espagne, morte à Marseille en 1778, elle était issue d’une
célèbre dynastie de sculpteurs implantés à Marseille, les Duparc. C’est cet entourage
familial qui lui permit d’avoir la formation artistique à laquelle elle n’aurait pu avoir
accès en tant que femme au sein d’un atelier. Académicienne marseillaise,
apparemment grande voyageuse, l’Angleterre certainement, la Russie peut-être,
incontestablement douée, son œuvre connu se réduit pourtant à cinq toiles. C’est
toute la carrière d’une artiste qui reste encore aujourd’hui à découvrir.
Conservateur du Patrimoine, Luc Georget est depuis 1993 conservateur au musée des
Beaux-Arts de Marseille dont il prend la direction en 2011. Il a participé dès avant sa prise de
fonction à la plupart des expositions organisées par le musée, Marseille au XIXe siècle,
Rêves et Triomphes, en 1991, Jean-Barnabé Amy, 1839-1907, Masques et profils, en 1992,
Pierre Puget, peintre et architecte, en 1994, Rodin, la Voix intérieure en 1994, Van Gogh /
Monticelli, en 2008, L’Orientalisme en Europe, de Delacroix à Matisse, en 2011, Marseille au
XVIIIe siècle, Les années de l’Académie 1753-1793 en 2016, Théodule Ribot, une délicieuse
obscurité, en 2022.
Henry d’Arles 1734 – 1784
Sarah Montebello
De son temps, Jean Henry dit Henry d’Arles (1733-1784) marqua indéniablement la
vie artistique marseillaise. De fait, ses contemporains lui rendirent un hommage
repris par Claude François Achard (1751-1809) dans son Histoire des hommes
illustres de la Provence, publiée entre 1786 et 1787. Dans ce clin d’œil à l’œuvre de
Giorgio Vasari, Achard, qui avait compris l’importance du peintre, rédigea ainsi la
première biographie consacrée à Henry d’Arles.
Le nom de cet artiste éveille, encore de nos jours, la curiosité. Qualifié souvent par la
critique de « singe de Vernet », l’artiste a toutefois adopté dans son œuvre un
langage et un style propres, susceptibles d’éveiller l’intérêt de la riche clientèle
marseillaise. A travers la description et l’analyse de quelques œuvres
emblématiques, notre communication retracera le parcours d’Henry d’Arles. De sa
formation artistique à l’apogée de sa carrière, il s’agira de montrer comment cet
artiste, au tempérament singulier, a contribué au rayonnement de la vie artistique
marseillaise de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Sarah Montebello réalise actuellement une thèse de doctorat sous la direction d’Émilie Beck
Saiello à l’Université Sorbonne Paris Nord. Ses recherches portent sur les artistes
provençaux qui, comme Henry d’Arles, s’inscrivent dans la mouvance de Claude-Joseph
Vernet (1714 – 1789). Elles s’intéressent particulièrement aux notions de goût, de réception
et de transfert (de la peinture aux arts décoratifs) en s’attachant aussi bien aux institutions
artistiques qu’à la clientèle privée provençale. L’intérêt de ce travail est d’approfondir les
connaissances sur la production artistique provençale du XVIIIe siècle et de faire
(re)découvrir des artistes longtemps restés dans l’oubli.
Michel-Robert Penchaud 1772 – 1833
Régis Bertrand
Né près de Poitiers en 1772, M.-R. Penchaud a été formé à Paris dans l’atelier de
Percier et Fontaine. Appelé à Marseille en 1803 par son compatriote le préfet
Thibaudeau, il est d’abord directeur des travaux publics de la ville. Le maire Anthoine
le révoque en 1807 et Thibaudeau le nomme architecte des Bouches-du-Rhône. Il
cumule à partir de 1813, lorsque Montgrand est nommé maire, cette fonction avec
celle d’architecte de la ville jusqu’en 1833.
Ses réalisations sont nombreuses mais en partie disparues. Parmi celles qui
subsistent, l’église de Saint-Rémy de Provence, le temple réformé de Marseille, le
palais de justice d’Aix et son annexe (ancienne prison), l’hôpital Caroline et l’arc de
triomphe de la porte d’Aix font de lui le grand architecte néoclassique de la Provence
du début du XIXe siècle. Sa réinterprétation inventive de l’héritage antique se nourrit
d’une culture patrimoniale remarquable : il a restauré des monuments romains, dont
le temple de Vernègues qu’il a découvert, et a conduit une réflexion pionnière sur la
conservation des monuments du passé.
Régis Bertrand est agrégé d’histoire et docteur d’État es-lettres, professeur émérite d’histoire
moderne de l’Université d’Aix-Marseille, chercheur à l’UMR Telemme (Maison
méditerranéenne des Sciences de l’Homme), ancien président de la Fédération historique de
Provence et membre honoraire du Comité des travaux Historique et Scientifiques, membre
de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille. Il est spécialiste de l’histoire
religieuse et culturelle de la France méridionale du XVIIe au XIXe siècle et auteur de
nombreuses études sur l’histoire et le patrimoine de Marseille.
Pascal Coste 1787 – 1879
Emmanuel Laugier
Xavier-Pascal Coste débuta sa carrière comme élève de Michel-Robert Penchaud,
architecte de la ville de Marseille, puis dans l’atelier de Percier et Fontaine à Paris.
Engagé par le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali, il travailla sur des projets architecturaux
au Caire. De retour en France, il devint professeur d'architecture en 1829 et voyagea
en France, en Tunisie, en Allemagne et en Belgique. En 1839, il fut choisi par
l'Académie royale des Beaux-Arts pour partir en Perse afin d'y procéder, avec
Eugène Flandin, au relevé des monuments anciens et modernes dans le cadre de
l'ambassade du comte de Sercey. De retour à Marseille, il fut nommé architecte en
chef de la ville en 1844. En 1846, la Chambre de Commerce lui confia la réalisation
du palais de la Bourse. Malgré ses responsabilités, Coste continua à voyager en
Algérie, en Espagne, en Irlande, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Russie et
en Italie, documentant ses voyages à travers des dessins. Il réalisa les plans des
églises de Saint-Barnabé (1846) et de Mazargues (1848), ainsi que ceux de la
chapelle du cercle religieux (1860). Il est l’auteur des fontaines du cours Belsunce
(1846) et des pavillons des bouquetières du cours Saint-Louis. Sa dernière œuvre fut
la construction du tombeau de la famille Camille Olive en 1871-1872. Il décéda à
l'âge de 92 ans, laissant derrière lui une collection impressionnante d'albums de
dessins à la bibliothèque de Marseille. Membre éminent de plusieurs institutions,
dont l’Académie de Marseille, Coste fut reconnu pour son travail remarquable en
architecture et en archéologie.
Emmanuel Laugier est historien de l’art, spécialiste de l’architecture et du patrimoine de
Marseille. Il est actuellement responsable du centre de documentation et des collections
contemporaines du musée d’Histoire de Marseille. Il est également directeur artistique de la
Revue Marseille, membre de l’Académie des Sciences Lettres et Arts de Marseille et de la
Commission Diocésaine d'Art Sacré.
Emile Loubon 1809 – 1863
Marie-Paule Vial
Émile Loubon abandonne très tôt ses études de droit pour se consacrer au dessin.
Inscrit à l’École de dessin d’Aix il suit les cours de Jean-Antoine Constantin, puis
accompagne Marius Granet à Rome où il séjourne de 1829 à 1831. Il acquiert
auprès de ses deux maîtres une solide formation de paysagiste. De retour en
France, il s’installe à Paris, fréquente Eugène Delacroix, les peintres de Barbizon et
se lie d’amitié avec Constant Troyon, peintre animalier. De retour en Provence en
1845 il prend la direction de l’École de dessin de Marseille. Très tôt désigné comme
chef de file de l’École de Marseille, il regroupe sous sa bannière une petite phalange
de peintres talentueux comme Paul Guigou, Marius Engalière, Prosper Grésy ou
encore Adolphe Monticelli.
Animateur de la vie artistique, organisateur des Salons marseillais et d’expositions, il
fait découvrir les œuvres de Delacroix, Rousseau, Diaz, Troyon. Il est aussi attaché à
la reconnaissance de l’identité provençale, en témoigne l’exposition du Concours
Régional de 1861, rassemblement d’œuvres démontrant la permanence d’un foyer
artistique dans le Midi.
Mais c’est sa peinture qui offre la plus belle illustration de son attachement à la
Provence. Peintre paysagiste autant qu’animalier, c’est sous cette double thématique
qu’il crée un œuvre d’une originalité inégalée. Sa conception panoramique du
paysage, ses scènes de transhumance où le poudroiement de la poussière s’élève
dans un ciel lumineux, font de Loubon le mémorialiste de la Provence à l’aube de
l’industrialisation.
Véritable figure charismatique, nous évoquerons ici tous les aspects d’une carrière
de celui qui fut peintre, chef de file et homme d’esprit.
Conservateur en chef honoraire du Patrimoine, Marie-Paule Vial, après plusieurs années à la
tête du musée des Beaux-Arts de Marseille, a assuré la direction des musées de la ville, puis
celle du musée national de l’Orangerie à Paris, où elle a été commissaire des expositions
Soutine, Frida Kahlo/ Diego Rivera. L’art en fusion.
A Marseille, elle a consacré sa première exposition à La Peinture en Provence au XVIe
siècle, suivie d’autres nombreuses, parmi lesquelles : Pierre Puget, sculpteur, peintre,
architecte, Sous le Soleil exactement, la peinture en Provence de Vernet à Braque, Van
Gogh/Monticelli, Le Grand Atelier du Midi. De Van Gogh à Bonnard, dans le cadre de
Marseille Capitale Européenne de la culture en 2013.
Auteur de nombreux articles sur la peinture en Provence, elle a cosigné avec Luc Georget
une petite monographie sur Puget : Pierre Puget sculpteur, peintre, architecte.
Dominique Papety 1815 – 1849
Luc Georget
Dominique Papety est la grande figure de la peinture marseillaise de la première
moitié du XIXe siècle, le premier des artistes ayant débuté leur formation à l’école de
dessin de la ville à remporter le prix de Rome. Sa grande rencontre professionnelle
sera celle d’Ingres, directeur de la Villa Médicis pendant les cinq années de son
séjour romain de 1837 à 1842 qui exercera une grande influence sur son travail.
Papety a adhéré aux grandes passions qui ont enflammé ses contemporains comme
le philhellénisme ou le fouriérisme. De ses voyages en Grèce il ramènera de
nombreux dessins, s’intéressant aux traces du passé antique comme aux
monuments de la période byzantine ou à ces Grecs modernes nouvellement libres.
Tenant du fouriérisme, il tentera de traduire ses idées d’un socialisme utopique dans
de monumentales toiles-programme.
Il meurt jeune à Marseille des suites du choléra qu’il avait attrapé au cours de son
second voyage en Grèce, laissant dans sa ville natale avec quelques œuvres
magistrales, portraits et tableaux religieux, le souvenir d’un grand artiste qui n’avait
pas eu le temps de déployer tout son génie.
Conservateur du Patrimoine, Luc Georget est depuis 1993 conservateur au musée des
Beaux-Arts de Marseille dont il prend la direction en 2011. Il a participé dès avant sa prise de
fonction à la plupart des expositions organisées par le musée, Marseille au XIXe siècle,
Rêves et Triomphes, en 1991, Jean-Barnabé Amy, 1839-1907, Masques et profils, en 1992,
Pierre Puget, peintre et architecte, en 1994, Rodin, la Voix intérieure en 1994, Van Gogh /
Monticelli, en 2008, L’Orientalisme en Europe, de Delacroix à Matisse, en 2011, Marseille au
XVIIIe siècle, Les années de l’Académie 1753-1793 en 2016, Théodule Ribot, une délicieuse
obscurité, en 2022.
Antoine-Dominique Magaud 1817 – 1899
Laurent Noet
Elève d’Augustin Aubert à Marseille puis de Léon Cogniet à Paris, Magaud expose
au Salon parisien de 1841 à 1890. Il y présente essentiellement des portraits, des
scènes de genre et des tableaux d’histoire biblique, mythologique ou allégorique. Il y
est médaillé en 1861 et 1863.
Après un long séjour dans la capitale, il se réinstalle dans sa ville natale en 1853 et
entame une importante carrière de décorateur. Les plafonds qu’il réalise pour
plusieurs grands cafés marseillais - aujourd’hui disparus - lui apportent la notoriété.
Ces succès lui obtiennent des commandes plus ambitieuses et prestigieuses pour le
Cercle religieux de Marseille, la préfecture des Bouches-du-Rhône, le palais de la
Bourse et le palais des Arts.
Par ailleurs, il est nommé directeur de l’école municipale des Beaux-Arts (1869-
1896). Il y réforme l’enseignement en multipliant et diversifiant les cours. Il crée
notamment la section de peinture en 1877 - jusqu’alors seul le dessin était enseigné
- et la classe des demoiselles en 1882, soit 18 ans avant l’école des Beaux-Arts de
Paris ! Ses réformes sont couronnées par l’émergence de nombreux lauréats du
grand prix de Rome.
Enfin, il est élu membre de l’Académie de Marseille (1866), membre correspondant
de l’Institut de France (1874), chevalier de l’ordre équestre de Saint Grégoire le
Grand (distinction du Saint-Siège, 1876), inspecteur de l’enseignement du dessin
(1879), officier d’Académie (1884) et chevalier de la Légion d’honneur (1886).
Laurent Noet est docteur en histoire de l’art, spécialiste de la sculpture marseillaise. Il a
publié plusieurs catalogues raisonnés de statuaires (Jean-Baptiste Hugues, Louis Botinelly,
André Allar, Constant Roux), assuré le commissariat de l’exposition Les architectures de
l’eau à Marseille (Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2012) et écrit un film
documentaire pour le musée d’Histoire de Marseille (Le Canal de Suez dans l’art marseillais,
2018). En 2023-2024, il est commissaire de deux expositions, l’une au musée d’Art de
Toulon (De Toulon à La Londe les Maures. André et Gaudensi Allar. 1850-1900) et l’autre au
musée de Notre-Dame-de-la-Garde (La Bonne Mère de Marseille. Effigies de Notre Dame de
la Garde).
Adolphe Monticelli 1824 – 1886
Alain Paire
La double vie d'Alphonse Monticelli. Sa biographie, un destin contrasté pendant le
XXe siècle. Il ne fut jamais un artiste maudit. Une œuvre inégale : ses scènes
galantes et ses sous-bois peuvent décevoir. En revanche ses jeux de matières,
certaines natures mortes, des paysages (La Roche percée) et quelques-uns de ses
portraits (Madame Pascale) sont de première force. Son exubérance et sa fougue
fascinaient Van Gogh ; elles consternaient Gauguin, « hasards de la pâte »,
«tripotage de facture». Monticelli connut pendant plusieurs saisons l'amitié et
l'attention de Cézanne.
Des faux très médiocres compromirent la ferveur de ses plus ardents
collectionneurs (Léon Charbonnier avait légué 23 tableaux au musée de Lyon). Trois
expositions majeures n'ont pas permis de l'extirper de son provincialisme : après
Monticelli et le Baroque provençal, voulu par Germain Bazin à l'Orangerie en 1953, il
y eut à la Vieille Charité, grâce à Aaron Sheon, l'exposition du centenaire de sa mort
et Van Gogh / Monticelli en 2004.
Des aspects de son œuvre sont plus ou moins légitimement considérés comme
proches des expériences menées par Soutine, Pollock, De Kooning et Eugène Le
Roy. Sa peinture fut commentée par Sauveur Stammegna, André Alauzen, Georges
Raillard et Jean-Roger Soubiran. Parmi toutes les monographies qui lui ont été
consacrées se détache nettement chez Albert Skira, en 1991, le somptueux ouvrage
de Charles et Mario Garibaldi.
Alain Paire, né à Saint-Etienne, a fait ses études de lettres modernes à Aix-en-Provence.
Depuis 2019 il est chroniqueur culturel dans le quotidien La Marseillaise. Il a publié aux
éditions Gaussen Gens de Marseille, Artistes et écrivains 1940 - 2024. En 1975, il a
coordonné le cahier de L'Arc / Yves Bonnefoy. En 1993 Chroniques des Cahiers du Sud
1914-1966, éditions de l'Imec, en 1999 Peinture et sculpture au XXe siècle à Marseille,
éditions Jeanne Laffitte. Pendant 19 ans, jusqu'en 2013, il a été le responsable d'une galerie
d'art contemporain à Aix-en-Provence. Il est aussi l’auteur de films courts sur Vimeo / Films
du Soleil, à propos d'Antonin Artaud, Walter Benjamin, André Breton, Germain Nouveau,
Blaise Cendrars, Simone Weil.
Henri Espérandieu 1829 – 1874
Emmanuel Laugier
Henry-Jacques Espérandieu, né le 22 février 1829 à Nîmes au sein d'une famille
protestante, révèle dès son enfance un intérêt marqué pour le dessin et les
mathématiques. Impressionné par le chantier de construction de l'église Saint-Paul à
Nîmes, il décide de devenir architecte. En 1846, il est reçu premier à l'école des
Beaux-Arts, puis intègre l’agence de l’architecte Charles-Auguste Questel et
s'implique dans divers projets architecturaux, notamment la finalisation de la
construction de l'église Saint-Paul dont Questel est l’architecte. En 1852, il devient
inspecteur des travaux de la cathédrale de la Major à Marseille, lançant ainsi sa
carrière dans cette ville où il s'établit définitivement en 1855.
Ses œuvres les plus emblématiques incluent la basilique Notre-Dame-de-la-Garde,
chef-d'œuvre de l'architecture néo-byzantine, érigée entre 1853 et 1864, devenue le
symbole de Marseille. Il marque également le paysage urbain de Marseille avec le
Palais Longchamp, complexe monumental achevé en 1869 qui abrite le musée des
Beaux-Arts et le muséum d'Histoire naturelle. Cette œuvre grandiose allie
harmonieusement les styles néo-classique et néo-renaissance, témoignant de son
habileté à fusionner les influences architecturales.
En plus de ses réalisations majeures, Espérandieu a laissé sa marque à travers de
nombreux édifices civils et religieux, contribuant ainsi à l'embellissement de Marseille
et de ses environs. Sa carrière est interrompue par sa mort prématurée le 11
novembre 1874, à l'âge de 45 ans, laissant derrière lui un héritage architectural
significatif.
Emmanuel Laugier est historien de l’art, spécialiste de l’architecture et du patrimoine de
Marseille. Il est actuellement responsable du centre de documentation et des collections
contemporaines du musée d’Histoire de Marseille. Il est également directeur artistique de la
Revue Marseille, membre de l’Académie des Sciences Lettres et Arts de Marseille et de la
Commission Diocésaine d'Art Sacré.
Valère Bernard 1860 – 1936
Gérard Fabre
Valère Bernard est sans nul doute l’artiste le plus original de toute cette génération
d’artistes provençaux qui ont marqué la fin du XIXe et le début XXe siècles, tels que
Jean-Baptiste Olive ou Joseph Garibaldi, chantres du naturalisme en Provence. A la
fois poète et romancier de langue provençale, journaliste, critique d’art, capoulié du
félibrige, homme de science et inventeur, mais aussi et surtout peintre, sculpteur,
graveur et céramiste.
A travers son œuvre immense, nous découvrirons son parcours pluridisciplinaire,
commencé sous les noirceurs du symbolisme dans la lignée d’un Félicien Rops et
fortement influencé par son professeur et maître Puvis de Chavannes, où il a voulu
révéler le sens caché des choses et les secrets perdus de l’univers, avec de grandes
séries gravées dans les années 1890 qui le lancèrent dans les milieux artistiques
parisiens et marseillais. Puis nous poursuivrons la lecture de son œuvre en lien avec
son engagement, pris au tournant des années 1910, auprès des instances du
félibrige. Ce combat pour la maintenance des traditions provençales soutenu par
Frédéric Mistral, un de ses maîtres à penser, sera à l’origine de la création du musée
du Vieux-Marseille, et aura une répercussion sur sa création artistique qui sera
désormais tournée vers un art plus représentatif de ses racines méridionales, baigné
de soleil et éclatant de couleur, mais toujours en marge des tendances de son
temps.
Gérard Fabre est historien de l’art, spécialiste du dessin du XVIIIe siècle et assistant
principal de conservation au musée des Beaux-Arts de Marseille. Après des études d’histoire
moderne à l’Université d’Aix-Marseille, il a intégré en 1989 le musée Ziem de Martigues, où il
a dirigé divers travaux et publications, notamment sur les dessins et les peintures de Félix
Ziem ou sur le pastelliste Joseph Boze. Après y avoir passé une vingtaine d’années, il a
rejoint l’équipe du musée des Beaux-Arts de Marseille en 2013 et y a participé en tant que
co-commissaire aux expositions Marseille au XVIIIe siècle, Les années de l’Académie 1753-
1793, en 2016, et l’Art et la Manière - Dessins français du XVIIIe siècle des musées de
Marseille, en 2019.
David Dellepiane 1866 – 1936
Nathalie Delsalle
Né à Gênes dans une famille d’artisans d’art, David Dellepiane arrive à Marseille à
l’âge de neuf ans. Inscrit à 14 ans à l’école des Beaux-Arts et devenu peintre, il
s’intéresse aux nouvelles techniques de l’édition et de l’impression et aux nouveaux
courants artistiques, l’Art nouveau, le japonisme, le pointillisme. A Paris il est marqué
par les affiches de Mucha et apprend la lithographie avec Jules Chéret. De retour à
Marseille, au Canal de la Douane, où il a installé son atelier, il a pour voisins ou
proches les peintres Marcel Arnaud, Alfred Casile, Albert Crémieux, Joseph
Garibaldi, Casimir Raymond et le musicien Ange Flégier. Plusieurs d’entre eux
figurent dans son tableau Le déjeuner chez Brégaillon.
En 1899 Marseille célèbre le XXVe centenaire de sa fondation. Il reçoit la commande
de l’affiche qui illustre le mythe de Gyptis et Protis. Elle lui vaudra une grande
reconnaissance et de nombreuses commandes institutionnelles ou privées par la
suite, telles que les affiches pour les expositions coloniales de 1906 et 1922 et celle
de l’Exposition internationale d’électricité de Marseille en 1908. Ami du photographe
Fernand Detaille, il illustre la couverture de son ouvrage Marseille, son Vieux Port.
Travaillant chez l’imprimeur Moullot il réalise des œuvres publicitaires pour les
domaines les plus variés et, par ailleurs, de grands décors pour des appartements ou
des établissements. Mais, ami du poète des santons, Elzéard Rougier, du céramiste
Louis Sicard et des santonniers Neveu, il devient l’imagier des santons, leur
consacrant alors l’essentiel de son œuvre et réalisant à la demande de l’architecte
Gaston Castel de grands décors aux santons pour l’Exposition internationale des arts
décoratifs à Paris en 1925. Et, pour Castel encore, qui vient de réaliser le palais du
Tribunal de Commerce de Marseille, il livre en 1932 sa dernière toile : Marseille
antique.
Nathalie Delsalle est collectionneuse et chercheuse sur l’œuvre de David Dellepiane auquel
elle a consacré de nombreuses études : avec Giulia Pentcheff, « David Dellepiane, regards
perdus, regards éperdus », catalogue d’exposition à la galerie Pentcheff, Marseille, 2010 ;
David Dellepiane » in catalogue d’exposition Éclat méridional, paysage du Sud, Marseille,
2013 ; « Entre Marseille réelle et Marseille idéalisée, les Marseille de David Dellepiane »,
revue Marseille, n°244, 2014 ; avec Giulia Pentcheff , « Dellepiane arts et modernité »,
Marseille, éd. Association Regards de Provence, 2016 ; « L’évolution vers le santon de
David Dellepiane », revue Marseille, n°274, 2022.
Charles Camoin 1879 – 1966
Danièle Giraudy
Le peintre marseillais compagnon des Fauves inscrit sa carrière dans le triangle
formé par sa ville natale et ses deux ateliers de Montmartre et de Saint-Tropez.
Fidèle tout au long de sa vie à ses amis de jeunesse, rencontrés à l’école des
Beaux- Arts dans l’atelier de Gustave Moreau autour de Matisse et de Marquet avec
lesquels il participe au fameux Salon d’Automne où naquit le Fauvisme en 1905,
Camoin place son art sous la tutelle esthétique de ses « mentors », Cézanne,
rencontré à Aix pendant son service militaire - dont les lettres formeront son Evangile
de la peinture - et le vieux Renoir, retiré à Cagnes, aux Collettes, visité dans son
grand âge : « enfin quelqu’un qui m’apporte quelque chose qui me fait plaisir ».
« Peintre de la joie de vivre », aux paysages, natures mortes et nus séduisants,
Charles Camoin cache pourtant derrière sa recherche de la lumière, un caractère
inquiet et souvent angoissé, comme le montre l’autodafé de ses toiles coupées et
brûlées en 1912, qui donneront lieu à un procès célèbre.
Ses participations régulières aux Salons parisiens, les succès rencontrés auprès de
ses galeries et de ses collectionneurs encouragent une carrière heureuse, saluée par
des achats de l’Etat et son œuvre est présente dans une vingtaine de musées.
Depuis sa disparition, des expositions régulières permettent d’en faire un bilan
positif, dans la lignée de l’école provençale, salué à trois reprises dans sa ville natale
depuis 1966, à Saint-Tropez en 1991, à Aix-en-Provence en 2016, à Montmartre en
2023. Un paradoxe pour cet artiste qui ne fut jamais tenté de s’inscrire dans les
mouvements successifs qui marquèrent l’histoire de la peinture moderne, après le
scandale de la Cage aux Fauves, qui scella son credo.
Danièle Giraudy est conservateur général honoraire du Patrimoine, commissaire
d’expositions, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts et de l’Ecole du
Louvre. D’abord conservatrice à Marseille en 1966 puis au Centre Georges-Pompidou en
1973, elle a été assistante de Georges-Henri Rivière à Paris IV pour son cours de
muséologie. Directrice du musée Picasso d’Antibes (1981-1991), elle a été ensuite directrice
des musées d’Arts décoratifs jusqu’en 1994 puis en fonction au laboratoire de recherche des
Musées de France. Chargée des cours d’histoire de l’art et de muséologie à l’Ecole du
Louvre, directrice des musées de Marseille (1999-2005), chargée ensuite pendant 15 ans
des collections et des expositions de la Fondation des Treilles et, jusqu’en 2010, de la
Fondation CMA-CGM. Elle est l’auteur de nombreux catalogues et ouvrages sur l’art
moderne. Elle est membre de l’AICA, de l’ICOM (Conseil International des Musées) et de
l’Académie de Marseille.
Art, Culture et Connaissance
Créée en 1994, l’association A.C.C (Art, Culture et Connaissance) a pour objet la
connaissance et la diffusion de l’histoire de l’art et de l’esthétique. Son champ de
curiosité s’étend aussi à des domaines qui leur sont proches.
Elle offre régulièrement au public des conférences et des rencontres gratuites
ouvertes au plus grand nombre. Elle assure et organise, à la demande, des
formations et des manifestations touchant aux secteurs de la connaissance
historique, de l’esthétique, de l’éducation artistique et des loisirs culturels:
conférences, colloques, voyages.
Elle dispense un enseignement d’initiation à l’histoire de l’art à travers des cours
hebdomadaires qui ont lieu dans le centre de Marseille.
Elle intervient dans des espaces culturels publics et privés, musées, bibliothèques,
entreprises, associations où elle organise des rencontres et des colloques avec des
historiens de l’art, conservateurs, philosophes ou sociologues dont les ouvrages et
les travaux sont dans l’actualité, permettant ainsi au public d'accéder, à travers ses
acteurs et ses témoins directs, à une information de première main sur la scène
nationale et internationale de l'art, son histoire, ses œuvres et sa pensée.
Elle a ainsi collaboré ou collabore avec de nombreux organismes institutionnels ou
privés, tels que l’Espace Ecureuil, le Musée d’histoire de Marseille, la Fondation
Vasarely, l’Alcazar - Bibliothèque de Marseille à Vocation Régionale, la Bibliothèque
départementale des Bouches-du-Rhône, la salle de ventes aux enchères Leclère
puis de Baecque, le Goethe Institut, l’Institut culturel italien, le Comité du Vieux-
Marseille et l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille.
Les actes de plusieurs de ses colloques ont été publiés, notamment aux éditions
Klincksieck, Hermann, aux Presses Universitaires de Rennes, aux Presses
Universitaires de Provence et aux éditions de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon.
Elle a conduit ses élèves et ses adhérents à travers les principaux sites et musées
du monde occidental, de New York à Moscou et de Saint-Pétersbourg à Syracuse et
elle poursuit avec eux ce voyage aux découvertes sans fin dans lequel l’art nous
entraîne.
Pour informations et renseignements : association A.C.C acc.marseille@free.fr.
Colloques précédents
I - « L’histoire de l’art en question(s) ». 2005
Publication des actes : « Penser l’art. Histoire de l’art et esthétique », Editions Klincksieck, Paris 2009.
II - « L’art et la pensée ». 2007
Publication des actes : idem.
III - « Autour de Daniel Arasse ». 2008
Publication des actes : « Daniel Arasse. La pensée jubilatoire des œuvres d’art », édition Figures
de l’art, Université de Pau, 2009.
IV - « De Cézanne et Picasso à Mondrian et Vasarely, peinture, structure et
modernité ». 2009
V - « L'art, l'argent et la mondialisation ». 2009
Publication des actes : « L’art, l’argent et la mondialisation », éditions de l’Harmattan, Paris 2013
VI - « Le mystère (éclairci) des pyramides. De la pyramide de Falicon à celle du Roy
d’Espagne à Marseille ». 2010
VII - « Est-Ouest. L'art de toutes les Russies ». 2010
VIII - « De l'art et de la nature du paysage ». 2011
Publication des actes : « Le paysage entre art et nature », Presses Universitaires de Rennes, 2017
IX - « Beau, sublime, kitsch ». 2012
X - « De la restauration des œuvres d’art anciennes et contemporaines ». 2012
XI - « L’Académie de France à Rome et la culture européenne du Grand Tour ». 2013
Publication des actes : « Le Grand Tour et l’Académie de France à Rome, XVIIe-XIXe siècles »,
éditions Hermann, Paris 2018
XII - « Caspar David Friedrich et le romantisme allemand ». 2014
Publication des actes : « "L’œil de l’esprit". Caspar David Friedrich et le romantisme allemand »,
éditions Hermann, Paris 2019
XIII - « L’art, le rêve et la nuit ». 2015
Publication des actes : « Nocturnes. L’art, le rêve, la nuit », Presses Universitaires de Provence,
Aix 2020
XIV - « L’art avant l’art ». 2016
Publication des actes : « L’art avant l’art. Le paradigme préhistorique », ENS éditions, Ecole
Normale Supérieure de Lyon, 2022
XV - « La Légende d’Ossian et l’art préromantique en Europe ». 2017
Publication des actes : prévue pour 2025
XVI - « Le musée du Midi. Les richesses d’un territoire ». 2018
XVII - « La mer qu’on voit danser... entre art et réalité ». 2020
XVIII - « Marseille d’hier, historiens d’aujourd’hui ». 2021
Publication des actes : prévue pour 2025
XIX - « L’histoire de l’art pour tous... ». 2022
XX - « Il était une fois l’architecture ». 2023