Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.
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dimanche, août 03, 2025

C'EST RIMBAUD QU'ON ASSASSINE

 

Baptiste Cogitore

L'Enfant comète

Hanuš Hachenburg

Prague, 1929 - Birkenau, 1944

Co-éditions Plon /Rodéo d’âme, 260 pages




Il y a des lectures dont on ne sort pas indemne, dirait-on banalement, avec cette expression standardisée dans la critique, comme si lire, voir tranquillement un inconfortable spectacle dans un confortable fauteuil chez soi ou dans une salle, était un risque autre que de fiction, jouer à se faire peur à soi-même. De même, je déteste cette autre expression abusive, indécente : « pris en otages » parce qu’une grève paralyse un transport, apportant certes une gêne à des usager, des consommateurs, mais qui ne vont pas le payer de leur vie, qu’on ne va pas tout de même pas fusiller, ou retenir prisonniers jusqu’à leur mort comme, hélas, l’Histoire, et même la plus brûlante, nous en donne d’affreux témoignages. Non, on ne risque rien à lire ce livre nécessaire à l’oublieuse mémoire d’aujourd’hui des horreurs du passé, que certains nient ou que d’autres, les reniant en apparence, sont prêts, ignorance ou indifférence, à laisser renaître : l’Histoire les jugera aussi, si une morale différée leur importe. Mais ce livre, je défie quiconque a un cœur, une conscience, de le lire sans l’émotion du sujet, sans celle de l’auteur qui la communique au lecteur.

Moi-même, dans mon émission, présentant ce livre bouleversant sur cet enfant martyr, victime de la barbarie nazie—hélas, parmi des milliers d’autres, mais lui, jeune poète, jeune Rimbaud en herbe, herbe qu’il ne verra pas pousser, j’avertissais mes auditeurs de Radio Dialogue :

 

« Je ne suis pas sûr, je vous l’avoue, de contenir mon émotion et j’espère qu’on me pardonnera. Mais c’est un devoir intellectuel de la tête du critique, et aussi un impératif moral du cœur qu’on ne peut, qu’on ne doit pas dissimuler en l’occurrence. »

 

Déjà, avant la pandémie, mes amis Frédéric Carenco, directeur de festival et Bernard Grimonet, metteur en scène, désireux de monter la saynète comique et macabre, On a besoin d'un fantôme d’Hanuš Hachenburg, une courte pièce pour marionnettes de quelques pages, m'avaient demandé d'écrire un texte complémentaire autour des enfants juifs raflés par la police française en 1942 dans la région, pour la monter au Mémorial de la Déportation des Milles, puis à la Maison de la culture d'Aix. Pourquoi le cacher ? Ne cessant de pleurer, j’en étais tombé malade. Palpitant d’émotion, le livre de Cogitore m’autorise cet aveu, communiant avec lui.

L’Enfant comète, ouvrage biographique de Baptiste Cogitore, consacré à l’adolescent poète Hanuš Hachenburg (1929-1944), est de ceux qui remuent durablement, à la fois par la force de leur contenu et par la densité humaine qu’elles transportent et l’émotion que l’auteur ne cherche heureusement pas à dissimuler. Parler de ce livre, c’est d’abord reconnaître une émotion, une douleur, une révolte aussi, qui ne se dissipent pas dans le commentaire mais vibrent à chaque ligne. L’auteur du livre, journaliste, réalisateur et chercheur, n’a pas tenté d’enfouir cette émotion ; au contraire, il la met au service d’une vérité, d’un témoignage, d’une protestation par-delà le temps. Il maîtrise la rigueur de l’enquête sans cacher le tremblement du cœur. C’est peut-être ce double mouvement – intellectuel et moral – qui fait de L’Enfant comète un récit si juste, qui touche la tête et le cœur.

Baptiste Cogitore, minutieux et attentif, au terme d’une minutieuse enquête, reconstitue donc l’histoire d’un enfant parmi tant d’autres, victime de la barbarie nazie. Mais cet enfant-là, Hanuš Hachenburg, n’était pas seulement une victime : il était un poète, un jeune Rimbaud tchèque, une âme éblouissante qui écrivait dans l’ombre, avec une lucidité qui glace, une sensibilité qui bouleverse. Le livre ressuscite sa mémoire, fait entendre à nouveau sa voix, et pose cette voix comme un défi aux ténèbres de l’histoire.

Le livre de Cogitore est le fruit de dix années de recherches. Un travail patient, opiniâtre, fait d’archives, de témoignages de survivants, d’allers-retours entre mémoire et histoire. L’initiative de ce projet trouve aussi ses racines dans une rencontre intellectuelle et artistique : celle de Claire Audhuy, alors doctorante à Strasbourg en 2013, spécialisée dans les arts du spectacle en contexte de résistance. En explorant les archives du ghetto de Theresienstadt (ou Terezin), le fameux et faux décor érigé par les nazis comme modèle de camp de concentration pour leurrer l’enquête, bien superficielle, de la Croix-Rouge, elle tombe sur le journal clandestin Vedem  (« Nous menons » en tchèque ) et, dans le dernier numéro, sur une courte pièce de théâtre pour marionnettes, intitulée On a besoin d’un fantôme, signée d’un nom qui, signant éditoriaux, poèmes, réflexions, revient souvent dans le périodique : Hanuš Hachenburg.

À partir de cette découverte, la trace du jeune poète va émerger lentement mais sûrement. Le texte est traduit du tchèque, publié, accompagné de poèmes et de dessins, et connaît même une vie scénique sous la forme d’un spectacle monté par des lycéens sous la direction de Claire Audhuy. Le nom d’Hanuš, jusque-là oublié, sort de l’oubli grâce à ces deux chercheurs engagés. En 2015, la pièce est publiée par les éditions Rodéo d’âme[1], avec une préface de George Brady, rescapé du même ghetto. L’hommage devient collectif, et la mémoire, vivante.

 

Hanuš Hachenburg est né en 1929 à Prague, dans une famille aisée. En 1938, sa mère le place dans un orphelinat juif – pour des raisons qui nous échappent encore aujourd’hui. Le destin s’assombrit très vite : à 13 ans, Hanuš est déporté à Theresienstadt, ce ghetto présenté par la propagande nazie comme un « camp modèle », où les artistes juifs sont forcés de participer à une cruelle mascarade culturelle destinée à berner la Croix-Rouge. Derrière cette vitrine fallacieuse, c’est l’horreur, la privation, et surtout, l’attente de la déportation vers Auschwitz.

C’est là, dans ce lieu de mort ralentie, avant la mort expéditive, qu’un groupe de jeunes garçons, soutenu par un professeur de littérature tchèque, Valtr Eisinger (lui-même mort à Buchenwald), crée un espace de résistance : la « République de SKID » et son journal clandestin Vedem. Pendant deux ans, ces enfants écrivent, dessinent, inventent. Huit cents pages seront sauvées. Hanuš, lui, devient une figure centrale du journal : poète, critique, conteur, esprit lumineux parmi les ombres. Il y signe plus de vingt poèmes, dont certains ont une profondeur, une clairvoyance presque dérangeante, bien rares chez un enfant de cet âge. Le prometteur poète et auteur de quinze ans fut fatalement promu : promis à Auschwitz. Déporté en décembre 1943, Hanuš y sera assassiné en juillet 1944. Il avait quinze ans.

 

Le cœur du livre de Cogitore, c’est aussi une restitution de l’œuvre d’Hanuš, reproduite dans une anthologie entre les pages 145 et 170. Le lecteur y découvre des poèmes d’une densité étonnante, des réflexions sur l’art, des récits, des critiques. Il y a là une sensibilité d’une acuité rare, une conscience tragique, mais jamais désespérée. Il écrit, par exemple, ce vers lucide et terrible :

 

« Ma mère me fit naître / Pour que je puisse pleurer. »
(Vedem, n°11, p. 28)

 

Ce vers à lui seul résume la précocité, la douleur, mais aussi la puissance poétique de cet enfant. Il écrivait pour ne pas disparaître, pour résister à l’anéantissement. Vedem, le journal artisanal, d’abord à la machine, puis à la main faute de bande d’encre, est une œuvre collective de jeunes garçons en sursis, mais aussi un cri d’humanité. Un des derniers textes, On a besoin d’un fantôme, comme prophétique, est une pièce à la fois ironique, absurde et profondément lucide en quelques pages. Hanuš y mêle l’humour noir et la révolte. C’est un théâtre de marionnettes, mais c’est aussi un théâtre de l’âme, une forme de dernier appel au monde d’un gosse, d’un enfant de 14 ans….

Le titre du livre de Cogitore, L’Enfant comète, n’est pas une métaphore poétique gratuite. Hanuš, ce petit prince juif de la littérature, dont l’enfance a été happée par l’Histoire, est bien cette comète, un éclair dans la nuit, un cri dans le silence mais, au lieu d’être, foudroyante, c’est elle qui est foudroyée. Ce livre d’amour, tente de lui rendre justice, ne se contente pas de raconter une incernable vie, il la rêve, il la ressuscite par fragments, avec les armes de l’écriture, de l’image, de l’imaginaire et de la sensibilité.  

L’Enfant comète est plus qu’un livre. C’est un acte. Un geste d’amour envers un enfant disparu, un cri contre l’oubli, une ode à la résistance par la poésie. Dans l’enfer du ghetto, Hanuš et ses compagnons avaient décidé de ne pas se taire. Ils écrivaient, dessinaient, imaginaient. Dans cet acte gratuit, inutile aux aveugles yeux des bourreaux, résidait toute leur dignité. Grâce à ce livre, cette dignité nous est transmise et oblige, engage encore aujourd’hui ceux qui en héritent, à la mission de transmettre à notre tour la mémoire, avec celle exemplaire d’Hanuš, de tous les enfants fauchés, oubliés, effacés. De tous les êtres qu’on a cru écraser : dans les pires ténèbres, des comètes peuvent encore passer et laisser une traînée lumineuse derrière elles. Parce qu’un poème peut survivre à la mort. Cette leçon, c’est un enfant qui nous la donne.

         Dans ce livre, intellectuel, érudit par le sérieux de la documentation, mais si sensible par l’attachement de l’auteur à son sujet, ce jeune garçon sacrifié, Baptiste Cogitore s’étonne devant l’œuvre, l’admire, s’indigne de ce destin tronqué : il frissonne, il tremble. Je résume : nous pleurons avec lui. 

 

Cet ouvrage a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. 

 

 

ÉMISSION  RCF N°808 du 12 juin 2025 DE BENITO PELEGRiN

https://www.rcf.fr/culture/la-culture-en-provence

 





 



https://fr.wikipedia.org/wiki/Vedem#cite_note-1, disponible (www.rodeodame.fr claire.audhuy@gmail.com 06 65 55 75 30) ainsi qu’à la Fondationdeportation.files.wordpress.com.


 

samedi, mai 10, 2025

COLLOQUE HISTORIQUE

Nos ancêtres

...les Grecs

Colloque national d’histoire et d’archéologie
14 et 15 mai 2025 

 

Communiqué
de presse

L’ALCAZAR – BMVR 58 Cours Belsunce 13001 Marseille

MUSEE D’HISTOIRE Centre Bourse. 17 Cours Belsunce

A.C.C Art, Culture et Connaissance acc.marseille@free.fr

700 ans séparent Homère de Vercingétorix. 600 ans encore séparent Protis qui fonda Marseille, de César qui l'assiégea.

Alors, qui sont véritablement nos ancêtres ?

"C'est une métaphore" affirmait Elisabeth Badinter à propos de la formule célèbre d'Ernest Lavisse "Nos ancêtres les Gaulois". Chaque Français doit s'y reconnaître. Elle fait partie du roman national et de la part de légendes qu'il porte pour souder autour de lui une nation qui n’était jusque-là qu’un "agrégat inconstitué de peuples désunis" affirmait Mirabeau en 1789.

Alors ne sommes-nous donc pas tous avant eux, et avant tout, les enfants de Périclès, de Phidias, Platon et Aristote. Les enfants de la Grèce antique, fils et filles de Protis, et de Gyptis aussi bien sûr ?

C'est sur cette part de notre double identité, par Zeus, et par Toutatis dirait Astérix, en nous interrogeant aussi sur ce que les Gaulois ont pu acquérir des Grecs, que se pencheront dans l'antique fille de Phocée les intervenants de ce colloque "Nos ancêtres ...les Grecs" sans lesquels nous ne serions pas ce que nous sommes.

De brillantes études ont été faites depuis longtemps par des historiens, des archéologues ou des linguistes sur le thème de cette rencontre entre deux mondes, jusque-là étrangers l’un à l’autre, d’où émergea alors l’histoire de notre cité : celui de la Grèce antique et celui de la Gaule celtique. Le colloque « Marseille grecque et la Gaule », organisé en 1990 par le Centre Camille Julian de l’Université de Provence, avait rassemblé les études des meilleurs spécialistes et ses actes, publiés deux ans plus tard, constituent un ouvrage essentiel pour tous ceux que passionne notre histoire et ses origines.

En retrouvant aujourd’hui quelques-uns des meilleurs spécialistes actuels des traces, dans notre région et plus haut à travers la Gaule, de ce temps,

, nous espérons, avec la note de plaisir et d'humour que notre titre affiche, offrir au grand public de partager l'histoire très sérieuse de cette époque fondatrice de l'installation, au départ de Massalia, des Grecs et leur culture sur nos côtes et notre continent. Notre propos se voudra aussi pédagogique que possible pour concerner le plus grand nombre, les jeunes en particulier, leur rendant le monde qu’elle ouvre plus familier, suivant l’exemple de ceux qui participèrent à l’aventure du Gyptis, reconstitution de l’épave d’un bateau grec du sixième siècle avant J.-C. découverte à Marseille, entreprise par Patrice Pomey, du CNRS, et poursuivie par Pierre Poveda et Marie-Brigitte Carre, présidente de l’association Arkaeos, avec leur équipe. Et dans le domaine de la reconstitution historique et de l’histoire vivante nous n’oublierons pas les jeunes passionnés d’histoire antique qui font revivre à Marseille depuis quelques années la garde rapprochée

d’Alexandre le Grand : les Somathophylaques.

vers 600

avant J.-C., à

l’heure où naissaient Rome et Marseille et s’instaurait à Athènes la démocratie

Nos ancêtres ...les Grecs

Colloque à l’ALCAZAR et au MUSEE D’HISTOIRE 58 et 17 cours Belsunce 13001 Marseille Direction scientifique Jean-Noël Bret et Manuel Moliner Organisation A.C.C (Art, Culture et Connaissance) Demande de dossier pour la presse : acc.marseill@free.fr

10h

10h 30

11h 15

12h

12h 45 14h 45

15h 30

16h 15

17h 17h 45

A la mémoire de Patrice Pomey et Henri Tréziny

PROGRAMME

Mercredi 14 mai 2025

Jean-Marc COPPOLA, adjoint à la Culture de la Ville de Marseille (sous réserve)

Jean-Noël BRET, président de l’association A.C.C Manuel MOLINER, archéologue de la Ville de Marseille

ingénieur de recherche CNRS, archéologue sous-marin, spécialiste de l’architecture navale antique.
Des bateaux grecs à Marseille : les navires de Protis

professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, philologue, spécialiste de la culture et la poésie antiques. Membre de l’Académie de Marseille. Hellènes de Massalia et Celtes d’alentour : des relations complexes

archéologue de la Ville de Martigues, conservateur en chef du Patrimoine spécialiste en archéologie protohistorique.
A l'origine de Marseille grecque : l'oppidum celtique de Saint-Blaise. Histoire et détours d'une découverte

assistant de conservation au musée d’Histoire de Marseille, spécialiste de l’activité du port antique.
Le limen kleistos (port fermé) du Lacydon, le plus ancien port de la Gaule

ingénieur chargé de recherche Inrap, archéologue spécialiste de la ville antique.
La carrière de calcaire de la Corderie : la pierre qui bâtit Massalia ?

archéologue de la Ville de Marseille, responsable du dépôt archéologique municipal. Correspondant de l’Académie de Marseille.
La ville grecque et ses nécropoles

archéologue de la Ville de Marseille.

Le banquet massaliète

Ouverture Introduction

Pierre POVEDA

Didier PRALON

Jean CHAUSSERIE-LAPREE

Pause déjeuner

Xavier CORRÉ

Philippe MELLINAND

Manuel MOLINER

Lucien-François GANTES Discussion

9h 30 10h

10h 45

11h 30

12h 15 14h 15

15h

15h 45

16h 30 17h 15

17h 45

Fabrice DENISE Sylvain BORZILLO

Muriel GARSSON

Coline RUIZ DARASSE

Pause déjeuner

Michel BATS

Luc LONG

Bastien DUBUIS

François HERBAUX Rafael VEREECKEN

directeur du musée d’Histoire de Marseille

Accueil et présentation du musée d’Histoire

conservateur du cabinet des Monnaies et Médailles de Marseille.

Les modèles grecs de la monnaie gauloise et leur diffusion depuis les ateliers de frappe massaliètes

conservateur du Patrimoine, directrice du musée d'archéologie méditerranéenne de Marseille, chercheur associé au CNRS.
Le Trésor des Marseillais à Delphes. Architecture, iconographie et polychromie, une proposition de reconstitution

chargée de recherche au CNRS, l’Institut Ausonius, Université - Montaigne, spécialiste des langues d’attestation fragmentaire, tel le gaulois.
Quand les Gaulois écrivaient avec l’alphabet grec. Langue et écriture dans les Bouches-du-Rhône aux IIe-Ier s. av. J.-C.

REPRISE A L’ALCAZAR

archéologue, directeur de recherche honoraire au CNRS, spécialiste de civilisation grecque et colonisation phocéenne en Méditerranée occidentale. Olbia de Ligurie et autres établissements massaliètes de Provence

conservateur en chef du Patrimoine, archéologue sous-marin (CNRS- UMR514). Membre de l’Académie de Marseille.
Les épaves massaliètes, grecques et étrusques du littoral méditerranéen français et de l’embouchure du couloir rhodanien

archéologue, responsable de recherches archéologiques à l’Inrap et protohistorien dans le département de l’Aube.
De Vix à Lavau : un peu de Grèce en Gaule profonde

journaliste et écrivain spécialisé en vulgarisation scientifique.

Pythéas, explorateur du Grand Nord

archéologue sous-marin et guide-conférencier, membre du conseil d’administration de l’association Les Somatophylaques
L'histoire vivante : les Somathophylaques. Présentation et projection

Jeudi 15 mai 2025
SEANCE MATINALE AU MUSEE D’HISTOIRE

Discussion. Conclusion (Clôture 18h 30)

Le Gyptis

 

dimanche, juin 30, 2024

 

LES MUSICALES DE LA ROUTE CÉZANNE

Du 24 au 29juillet au 2024

Le Tholonet, Aix-en-Provence


Petit festival deviendra grand disais-je en 2021 en présentant ce tout nouveau festival, effet heureux du confinement du pianiste Christophe Bukudjian qui, comme un exorcisme le fondait et en assumait la direction artistique, avec la complicité souriante et chantante de la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac. Le voici à sa quatrième année et, de trois jours, il passe à six, y proposant, selon sa première vocation, des événements musicaux variés, originaux et attractifs pour un public de toutes générations afin de toucher autant les connaisseurs que les néophytes et à des prix des plus abordables.

Première route classée de France en 1959, la route Cézanne sillonne un paysage, l’itinéraire du peintre légendaire entre Aix-en-Provence et ce Tholonet adossé à la Sainte-Victoire. Cézanne en fit, par ses tableaux, un lieu pictural universel mythique. Et c’est dans cet écrin naturel, sur ce fil conducteur artistique, enfilant des lieux patrimoniaux emblématiques, Musée Granet, Théâtre de l’Archevêché, à partir d’Aix même, qu’on pourra faire des étapes musicales : Château du Tholonet, Bains des Jésuites, église Saint-Joseph. Le festival propose des aubes et matins musicaux, des genres divers de musique en dialogue, savantes et traditionnelles, en écho (déjà avec la toile de fond de Cézanne) en vibrations avec la peinture en fonction de l’exposition ou collections permanentes du Musée Granet, dont le directeur sera le médiateur de ces accords musicaux et picturaux par une conférence. Mais le festival offre aussi des répétitions publiques, des présentations des œuvres au programme, des rencontres avec les artistes, des spectacles jeune public avec dossier pédagogique, des classes de maître assurant le nécessaire passage de relais aux élèves, les artistes en devenir...

Cette quatrième édition propose sept évènements originaux sur six jours.

Les Musicales ouvriront au Musée Granet le 24 juillet, avec un concert qui réunira la pianiste Célimène Daudet et la journaliste Anna Sigalevitch, où les œuvres de Debussy et Bizet seront mises en lien avec des tableaux de la collection permanente du Musée. Écoutons Célimène Daudet dans cet extrait de son disque que nous avions présenté ici, Haïti mon amour, dans cette langoureuse et nostalgique Meringue haïtienne populaire N°2, qui tient du merengue et de la habanera de la voisine Cuba :

1) https://open.spotify.com/intl-fr/track/5uugDUTHoq7ONZHhW2bWSJ?flow_ctx=00828348-6564-4d91-8abe-b07dee98064f%3A1718810065 

 

Le 25, le lendemain, notre Orchestre philharmonique de Marseille sera dans le parc du Château du Tholonet. Sous la direction musicale de Jane Latron, il nous envoûtera avec le lancinant Boléro de Ravel et le conte slave fantastique d’Igor Stravinsky, L’Oiseau de feu dans une version dont le chanteur et poète Yanowski sera le récitant. On ne manquera pas de souligner à ce programme également l’étoile montante de la trompette, Franz Maury, vingt ans, provençal d’origine, étudiant à l’Institut Curtis de Philadelphie, qui interprétera le fameux Concerto de notre Henri Tomasi marseillais.

Le 27 juillet, à 8 heures, aux Bains des jésuites, les amateurs de fraîcheur pourront baigner dans une Aube musicale : un récital de piano au lever du jour donné par Jodyline Gallavardin, jeune pianiste française ayant reçu le Prix de la Révélation musicale de l’année du Syndicat de la Critique. À parier qu’elle nous offrira le paradis musical de son dernier disque salué par la critique, Lost paradises, au programme : Ravel, Chopin, Granados, Beach, Lyapounov. Le concert sera suivi d'une conférence de Bruno Ely, directeur du Musée Granet. Café/croissant offerts et rencontre avec l'artiste à l'issue du concert

La troisième soirée, le 27 juillet, à 21 heures, les oiseaux du parc du Château du Tholonet seront réveillés, réactivés par la mezzo-soprano Lea Desandre, couronnée « Artiste lyrique de l’année 2022 » par Opus Klassik et aux Victoires de la musique 2024. Avec l’ensemble Jupiter et ses violons et cordes ailés, ce seront les affects passionnels de la musique baroque anglaise, Songs of passion, ‘ Henry Purcell et le dolent John Dowland. Nous l’écoutons dans un très bref air de fureur extrait de son dernier disque Amazones, les mythiques guerrières, extrait de Lea Desandre, L’Antiope de Pallavicino :

 

2) https://open.spotify.com/intl-fr/track/7Bc2OsVK4VBQs7k4eXzgOL

 

Sautons un jour : le festival se clôturera le 29 juillet avec l’Ensemble i Giardini, collectif de musiciens et artistes associés au festival depuis sa création en 2021. Autour de la soprano Anaïk Morel, ils proposent Nuit noire, nuit blanche, un concert de musique romantique dans le cadre onirique du Domaine Saint-Joseph, ancien domaine de Jésuites. Il sera précédé d’une montée aux flambeaux sur le chemin qui mène à Saint-Joseph. Après l’aurore, crépuscule et nuit en musique…

Avec son désir de transmission et de mise en valeur de jeunes talents prometteurs, le festival propose le 26 juillet à 9 heures, aux Bains des jésuites du Tholonet, une masterclass publique de Virgile Aragau, flûte solo de l’Orchestre philharmonique de Marseille, artiste associé du festival depuis sa création, en partenariat avec l’IESM d’Aix-en-Provence.

La date sautée dans cette présentation était le dimanche 28 à 21 heures, le concert événement de la grande chanteuse de fado Mariza dans le légendaire Théâtre de l’Archevêché d’Aix. Le fado, mot dérivé du fatum antique, la fatalité, est une chanson urbaine portugaise devenue folklorique au Portugal depuis les années trente et popularisée dans le monde par Amália Rodrigues. Marisa dos Reis Nunes est le nom de naissance complet de Mariza, née au Mozambique d’une mère métisse africaine et d’un père portugais en 1973. Elle est devenue célèbre et célébrée et couverte de prix dans le monde entier.et a ouvert le fado à des mélanges instrumentaux divers, du jazz aux rythmes africains. Nous écoutons sa version du Fado português, qui donne une origine poétique, marine et forcément sentimentale, à ce genre de chanson qui baigne toujours dans ce que les Portugais nomment la saudade, la nostalgie, qu’elle soit de la patrie au loin ou des amours perdues dans le lointain du passé révolu. J’en donne ici ma traduction, ma version exactement chantable et, à la suite le chant de Mariza et sa version très symphonique :

 

          Le fado est né sans doute

         Un jour de vent en déroute

         Où ciel et mer se confondent,

         Sous la voile d’un navire

         Où, quittant notre Vieux Monde,

         Un marin chante et soupire (bis) :

 

         «Adieu, mon pays, ma compagne,

         Mes champs, vallée et montagne,

         Feuillages, fleurs, fruits et branches !

         Vois-tu encore terres d’Espagne,

         Ou sables du Portugal, regard embué de larmes ? »

 

         II. Au loin se perd le rivage,

         Le marin voit un visage

         Et sa chanson qui expire

         Dit la femme qu’il désire,

         Mais il étreint une image,

         Serrant ses bras sur le vide (bis).

 

         « Mère, adieu ! Adieu, Marie !

         Garde-moi ta belle flamme,

         Car devant Dieu je te jure

         De faire de toi ma femme,

         À moins que Dieu ne me donne   

         Dans l’océan sépulture. » (Texte déposé B. P. SACD)

 

https://open.spotify.com/intl-fr/album/1EZAjJ38hVfwloosa7rzHx?uid=c93f70aff923b8c2fb5a&uri=spotify%3Atrack%3A5Q2JEL90mN2QkfYXdUVNBC

 

Informations et réservations :

www.lesmusicalesdelaroutecezanne.fr , infos pratiques et tarifs :

Tarif normal 25€ Tarif réduit 15€ (Exceptés les concerts Mariza et Aube musicale)

MARIZA/FADO À L'ARCHEVÊCHÉ : de 15 à 35 €

AUBE MUSICALE Tarif normal 20€ Tarif réduit 15€

Tarif réduit : étudiants, - de 26 ans, demandeurs d'emploi, personnes en situation de handicap

Accès aux masterclasses : gratuit sur réservation (dans la limite des places disponibles)

 ÉMISSION N° 758 de Benito Pelegrín


 

vendredi, juin 07, 2024


MÉDITERRANÉE

OPÉRETTE EN DEUX ACTES

de FRANCIS LOPEZ

Livret de Raymond Vincy
Marseille, Odéon, 24 mai

NOUVELLE PRODUCTION 

 

                  Méditerranée est une opérette en 2 actes et 20 tableaux d’après un livret de Raymond Vincy et la musique de Francis Lopez, ce dentiste né en France de parents du Pays basque, mais à cheval sur l’Espagne et le France. Elle représentée pour la première fois à Paris au théâtre du Châtelet, en 1955, avec faste et succès. C’est un hymne, un peu facile, il est vrai, à la Méditerranée, avec tous ls clichés, que l’on dirait touristiques, évoquant son charme, son atmosphère et, naturellement, son soleil, il est vrai aussi que c’est notre grand privilège encore, tant qu’il ne brûle pas trop avec ce changement climatique qui nous menace.

Fernand Sardou

         Dans la distribution, avec nombre d’acteurs et chanteurs qu’on a oubliés depuis, les deux premiers rôles masculins étaient incarnés par deux vedettes. Le second, par un chanteur né à Avignon, mort à Toulon, Fernand Sardou, père de l’actuel Michel Sardou —qui travailla comme serveur puis débuta dans le cabaret paternel. Ayant fait ses débuts juste après la guerre en 1946 en vedette américaine, c’est-à-dire en première partie d’un récital d’Édith Piaf, Fernand Sardou était devenu aussitôt célèbre avec une chanson, un concentré de clichés guère flatteurs sur notre Midi, un éloge cynique et égoïste du farniente de la fainéantise :

 

« Aujourd'hui peut-être ou alors demain, ce sacré soleil me donne la flemme… »

 

Il incarnait un anti-héros placide et plaisant, qui remet toujours au lendemain ce qu’il y a d’urgent à faire et qu’il ne fera sans doute jamais : « il fait trop chaud, car la terre est base dans notre Midi ». Et imaginez, quelle provocation : nous sommes en 1946, au sortir de la guerre dans un pays ravagé, bombardé, où il faut presque tout reconstruire. Pensez au dynamitage de notre quartier du Vieux-Port par les Allemands, dont on n’avait même pas commencé la reconstruction.

Fernand Sardou, avec sa faconde, son accent appuyé, sa décontraction, devint très populaire, c’était l'acteur-chanteur méridional préféré des Français, mais multipliant, avec les pagnolades à la mode, une image guère flatteuse des Méridionaux, des Marseillais, dont il faut bien dire qu’ils se plaisent souvent à cultiver lourdement ces caricatures d’eux-mêmes, le pastis, la pétanque, qui font rire les gens du nord, mais rire jaune ceux qui se sentent discrédités par ces stéréotypes préjudiciables à leur sérieux… 

Tino Rossi

Mais la vedette masculine, à coup sûr, c’était Constantino Rossi, universellement connu comme Tino Rossi, au sommet de sa gloire mondiale, qui a même refusé un pont d’or à Hollywood. Lui, petit Corse pauvre, qui a vivoté de petits métiers à Marseille pour survivre, remarqué pour sa voix naturelle de tenorino, la douceur de miel de son timbre admiré même de la Callas pour son incomparable interprétation de l’Ave Maria de Gounod. Avec Tino Rossi, c’est toute une autre série de clichés qui sont filés : chanteur de charme au physique vraiment charmeur de « latin lover », ‘amant latin’, voix de velours roulant voluptueusement encore les r, donneur de sérénades romantiques à la mandoline sous le balcon des belles.

         Version de l’Odéon 

             Les chansons

         L’opérette de ce type est à géométrie variable quant aux chansons souvent interchangeables hors quelques-unes bien ancrées dans l’intrigue, qui est parlée les airs n’exprimant alors, comme dans les opéras baroques après les récitatifs, qu’un affect, un sentiment, forcément général, amours, dépit amoureux, jalousie, haine, qui peut passer d’une œuvre à l’autre, ou qui peut s’en passer.

Ainsi, Carole Clin me, semble-t-il, en a justement éliminé certaines qui font par trop cliché folklo de cette région du monde idéalisée en carte postale où ne règne que la joie de vivre, avec le thème répétitif du soleil qui ne souffre aucune ombre, surtout pas dans les rengaines qui le répètent avec le même titre ou à peu près dans diverses autres œuvres, ce soleil frappe tant qu’on s’y perd. (« Le pays du soleil », « Le soleil de Marseille »). Mais peut-être aurait-elle pu laisser, au risque du poncif, « L'Amour est un soleil » à la belle Paola de Perrine Cabassud, réduite à deux airs, mais qui chante avec une séduisante conviction « Les filles dAjaccio », dont la fidélité traditionnelle est ici bien en place par le lieu et la situation, la molle tentative de séduction de son fringant futur beau-frère, Mario de Juan Carlos Echeverry qui, lui, reprenant le rôle de Tino Rossi, évidemment la vedette, se taille la part du lion bien chantant, charmeur il est vrai, à quelques demi-teintes près en voix de tête, de falsetto à la mariachi mexicain accusant trop de différence, de volume, couleur et projection, avec sa belle voix ronde et homogène, mûrie et élargie désormais dans le médium.

Couples

Ce déséquilibre en airs entre les deux personnages, en principe les deux jeunes premiers, accuse justement celui de ce faux couple qu’on dirait inexistant qu’on voit peu ensemble et, s’il la mène au bal, on ne l’entendra pas lui susurrer le séducteur « Tango Méditerranée », pensant faire la conquête de la fiancée de son frère Matteo, tête brûlée, alors qu’il enquête sur le meurtre imputé à ce dernier. Et même ce vague sentiment amoureux entre Paola et Mario est à peine ébauché, sans déboucher sur rien et prendre corps, encore moins physique.

         On ne voit guère plus le couple supposé du héros Mario avec Conchita, l’amoureuse réduite aussi à la part congrue. Depuis le Brésilien d’Offenbach venu goûter à la vie parisienne, les latino-américains ne peuvent être que riches, et il le fallait pour pouvoir venir de si loin. Ce n’est qu’au dernier tiers du XIXe siècle, qu’on aura les hordes de malheureux exilés pauvres fuyant les horribles dictatures. Mais pour cette mouture, si Estelle Danière, par son physique pourrait parfaitement incarner (au sens propre, en belle chair) l’une de ces femmes affriolantes et affolantes, avides d’amour dont fantasme l’opérette, casi muette ici, à l’inverse de l’impérieuse Amparita de Quatre jours à Paris, on la voit plus harcelée par le collant et coulant Dubleu qui voit la vie en rose et sourire, l’éternellement souple Dominique Desmons , qu’accouplée et assortie au héros. En somme, malgré un vague amour pour la fiancée en désamour avec son frère, germe possible d’un conflit qui pourrait finir en vendetta en Corse et nous tenir dans une angoissante haleine, le héros sans héroisme visible ne fait que fade figure dramatique et couple sommaire avec les deux femmes postulantes au titre.

En réalité, à défaut des jeunes premiers ankylosés dans des rôles conventionnels, c’est le mobile couple des seconds, Juliette et Mimile, qui devient le premier théâtralement parlant et dansant et chantant, nous régalant d’acrobaties en prime, Julie Morgane et Fabrice Todaro, passant de Joyeux campeurs à décampeurs, campant des rôles et accents divers, corse pour lui plus vrai que nature, puis filou marlou, et parigote presque Arletty pour elle, s’entendant comme larrons en foire, foirant parfois l’enquête criminelle, frôlant le polar, portant à l’avant-scène l’intrigue policière dont les péripéties, avec faux suspect et découverte du vrai coupable, se passent dans les coulisses : un gendarme mort dans une fusillade et Matteo en fuite dans le maquis, aurait pu donner à l’opérette une dimension inédite qui ne sera ni dite, ni maudite, mais à peine ébauchée en dehors des bribes tissées par notre couple de détectives malgré eux.

         Comme en copie décalquée mais claquante de ces couples, celui à géométrie variable comme veuve qui ne varie pas, ou à peine entre sabre (le gendarme gradé d’humour de Claude Deschamps) et le goupillon du curé dégradé d’apéro mais sans doute pas de vin de messe à haut degrés (Jean-Claude Calon), c’est bien le couple, les couples alternatifs de l’Annonciade, entre servante maîtresse de l’homme au képi ou bonne —que dis-je ?— gouvernante de l’homme en soutane,  qui a le naturel confondant d’innocence évidente de Simone Burles, fidèle veuve pas triste mais pas joyeuse pour autant, dit-elle, sauf pour nous tant elle est une figure, je répète, naturelle, de comédie, qui nous ferait même croire, à son accent de chez nous, pas de pinzuti, à celui de la Corse.

On entend aussi l’accent corse de Grégory Juppin, excellent artiste qu’on regrette de trop peu voir, en Matteo, mouton noir écervelé d’une famille dont on évoque la mère sans la voir, prudent contrebandier de cigarettes imprudemment passé à trafiquant d’armes, filon folklorique corse dont, en 1955, on ne pouvait deviner les historiques futures possibilités. Mais, même si l’intrigue se corse en Corse, on ne joue pas au feu dans les opérettes gentillettes. Comme toujours, les comparses multi-rôles ne sont pas maltraitée : Sabrina Kilouli, Jean-Luc Épitalon, Jean Goltier et comme toujours, le chœur (Rémy Litolff), autant qu’en chant, est intégré en jeu et danse autant que la gestique si bien rôdée de Carole Clin, sa grammaire chorégraphique de gestes rythmiques codifiés, se fond aux codes et rythmes de la chorégraphie pittoresque, folklorique, de Maud Boissière.

Pour les décors (Loran Martinel), après le minimalisme du studio télé du début, nous promène en projections en Corse, village, maquis, maisonnette de la mère dont la porte (de l’extérieur baillant théâtralement sur le dehors !). Pour les costumes (Opéra e Marseille), je ne jurerais pas qu’ils sont tous corses, du moins par la couleur, mais cela fait de beaux tableaux colorés.

Mais pour la couleur locale musicale, sur un rythme de marche triomphale, mais pas martiale heureusement, pas guerrière même si elle évoque un Napoléon chantant sa propre gloire près de sa maison avec filles et garçons, c’est un tableau idyllique qui est dressé d’une nuit sur une place d’Ajaccio, Aiacciu, qui finit sur l’hymne national de la Corse, l’Ajaccienne, qui fait crépiter les applaudissements et les bravos. Que nous ne lésinerons pas à Bruno Conti à la direction musicale, dont on sent le plaisir, qui gagne le public, qui entonne en chœur l’autre marche triomphale enfilant les clichés sur nos régions, féeriques, paradisiaques, où tout le monde chante, condensés dans le fameux « Méditerranée » que nos amis de l’Odéon nous pardonneront, faute d’un enregistrement de leur interprétation à citer, celle, classique, empathique et sympathique de Tino :

 

https://www.youtube.com/watch?v=AHoJ5jPd3MM   FIN

 

 

MÉDITERRANÉE

De FRANCIS LOPEZ

 

Direction musicale : Bruno CONTI

Mise en scène : Carole CLIN

Chorégraphie : Maud BOISSIÈRE

Décors : Loran MARTINEL

Costumes : Opéra de Marseille

 

Paola : Perrine CABASSUD

Juliette : Julie MORGANE

Annonciade : Simone BURLES

Conchita Cortez : Estelle DANIÈRE

Mario Franchi : Juan Carlos ECHEVERRY

MIMILE : Fabrice TODARO

Padovani : Jean-Claude CALON

Cardolacci : Claude DESCHAMPS

Dubleu : Dominique DESMONS

Le producteur / Angelotti / Le capitaine Jean-Luc ÉPITALON L’acteur / Joseph / Charlot / 2e curé Jean GOLTIER

Orchestre de l‘Odéon

Benoît SALMON, Marie-Laurence ROCCA, Samia ZIDI, Marie HAFIZ, Isabelle RIEU, Alina FAIRUSHINA, Pascale GUÉRIN, Jean-Florent GABRIEL, Éric CHALAN, Virginie ROBINOT, Olivier JACQUON, Jean-Baptiste LEGRAND, Xavier BAPELLE, Marc BOYER, Thierry AMIOT, Aurélien HONORÉ, Florian BELLON, Alexandre RÉGIS, Caroline DAUZINCOURT

Pianiste répétitrice : Caroline DAUZINCOURT

Ballet : Marion PINCEMAILLE, Anne-Céline PIC-SAVARY, Rudy SBRIZZI, Guillaume REVAUD, Idir CHATAR

Chœur Phocéen : Alessandra FIORELLA, Sabrina KILOULI, Rosanne LAUT, Esma MEHDAOUI, Katherymne SERRANO, Manon PIZZECHEMI, Wenhua YUAN, Damien BARRA, Laurent BŒUF, Sylvio CAST, Angelo CITRINITRI, Jacques FRESCHEL, Roman PANZER, Clément PONS

Chef de Chœur :  Rémy LITOLFF 

Photos Christian Dresse :  

1. Couple, faux, de jeunes premiers ;

2. Couples faussés,  Mario entre Paola et Conchita flanquée de M. Bleu ;

3. Vrai couple meneur de jeu : Juliette et Milou ;

4. Vrai couple, rêvé, du curé et son aspirante bonne ;

5. Couple : copie et original à la télé ; 

6. Couple de joyeux campeurs et gendarme qui ne règle ni la circulation ni la situation.

7. On danse à Ajaccio, Aiacciu pur les amis.

 

ÉMISSION DE PRÉSENTATION N°750 DE BENITO PELEGRÍN, 15 MAI 2024

    


 

 

 

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