Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

dimanche, décembre 02, 2018

HEUREUSE IDÉE : CHRISTINE LECOIN


    
Les idées heureuses
Pour les 350 ans de Couperin
(10 novembre 1668-22 septembre 1733)
Récital de clavecin
Christine Lecoin
Bastide de la Magalone,
Marseille 
Samedi 10 novembre,
         Christine Lecoin
Heureuse idée, en effet, que de célébrer le jour de la naissance du grand musicien par un brillant récital de clavecin par une de ses meilleurs interprètes, Christine Lecoin. Pianiste et claveciniste, en 1990, elle est l’unique française sélectionnée pour participer à la Master class de Gustav Leonhardt au Symposium International de Clavecin d’Utrecht (Pays Bas), invitée ensuite pendant quatre ans, à travailler avec lui à Cologne.
         L’an d’après, lauréate du Premier Prix du Concours International de Clavecin de la fondation Spivey (Atlanta, USA), elle se promène en soliste aux États-Unis et en Europe. Sans abandonner les concerts solistes ou de continuiste dans des ensembles baroques, désormais fixée à Marseille, elle est Professeur d’Enseignement Artistique en clavecin au Conservatoire National de Région, appréciée d’élèves attentifs à sa douce rigueur pédagogique.
         C’est dans la belle bastide de la Magalone, où elle prodigue aussi ses cours, qu’elle donnait un sensible et élégant récital à l’image même, sonore, du musicien qu’elle servait.
         La Magalone
Il y a des lieux privilégiés où la musique se love en un acte d’amour Symétriquement en face de la toujours moderne « Cité radieuse » de Le Corbusier, franchie la ligne du majestueux boulevard Michelet, un mur aveugle d’où débordent des arbres curieux. Un portail à l’ancienne ; un parc de buis taillés, géométrique bassin et fontaine, allées dont la raideur rectiligne à la française est déjouée par la fantaisie exotique de palmiers mêlés aux platanes (introduits en Europe au XVIIIe siècle), et magnolias, jardin peuplé de quelques statues : un  chemin conduit nonchalamment à la belle Magalone, harmonieuse bastide entre XVIIe et XVIIIe siècles, façade et fronton classiques avec des réminiscences baroques. Sa vaste salle d’entrée, scandée de deux majestueux escaliers symétriques aux rampes en fer forgé, sous deux arcs en anse de panier du XVIIIe, portes soulignées de trumeaux et cartouches en style rocaille ornés de trophées dorés aux murs, est un intime salon de musique ancien pour un public choisi : atmosphère et proportion exacte des concerts d’autrefois.

Concert français
Lieu rêvé pour ce clavecin vert, la musique qui s’y va donner, et cette instrumentiste blonde joliment longiligne, ensemble pantalon corsaire noir et ceinture ceinte d’or, d’élégantes espadrilles aux lacets montant sur le mollet. L’expliquant avec le naturel souriant de la pédagogue, elle prend la pose imposée par Couperin même : la jambe face au public allongée sous l’instrument forcément sans pédale. Le compositeur, nous dit-elle, dans les préfaces de ses quatre livres de clavecin (1713, 1722, 1730) priait les interprètes, de respecter à la lettre ses partitions, sans ajout ni omission ; dans L’Art de toucher le clavecin (1716 et 1717), le professeur exposait une méthode pratique de jeu, cette position du corps, des doigts, et, surtout, la manière de réaliser les d’agréments. En commentant, spécialiste scrupuleuse, Christine Lecoin, physiquement, entre donc déjà en Couperin avant d’entrer dans sa musique, mais trouvera dans les contraintes, si chères à Valéry, sa paradoxale liberté.
Évidemment, on ne saurait réduire à l’unité du semblable les deux-cent-vingt-six pièces composées par Couperin. L’interprète en a choisi quinze, qui la définissent quelque peu par son choix autant qu’elles dessinent un univers du musicien, alternant, dans la manière baroque, le vif et le lent, le gai et le grave.  Wanda Landowska, à qui l’on doit la renaissance de l’instrument au XXe siècle, parlait du « noble ferraillement » du clavecin, sonore image belliqueuse, qui valait sans doute pour le sien, un Pleyel bien particulier, mais sans doute pas pour Couperin.
 Homme bien de son temps à cheval sur deux siècles, entrant dans une période rococo qui, après les lourdeurs et pesanteurs grandiloquentes des fastes compassés d’un Versailles crépusculaires, déserte ses immenses galeries, préfère l’intimité heureuse des salons en ville, les formes légères et brèves en art.  C’est toute l'esthétique, je dirais l’éthique du plaisir : Les idées heureuses d'une Régence délivrée de ce poids.
Classés selon des Ordres, appellation particulière, aussi étranges que ses Baricades mistérieuse [sic], aux obsédants amas brumeux d’accords dans le grave, ces pièces courtes, assurément, sont de sortes d’aphorismes musicaux à la touche rapide dirait-on en terminologie picturale, qui sera plus tard en faveur dans la peinture galante des Boucher, Fragonard, Tiepolo (La Voluptueuse, La Favorite, La Ténébreuse), des tableautins peignant explicitement des scènes campagnardes idylliques dans le goût pastoral du temps (Les Moissonneurs, Les Bergeries), un énigmatique animal Amphibie indéterminé, des portraits peut-être pensés à façon de La Bruyère (La VisionnaireLa Ténébreuse, La LugubreLa Charolaise), ou un catalogue plaisant d’objets dans un style plaisamment représentatif (Le Tic-tocLe Réveille-matin), sans oublier une adorable cantilène berceuse, Dodo ou l’amour au berceau, où l’amoureux XVIIIe siècle, plus qu’un bébé ou Jésus, ne voyait sûrement que Cupidon.
Des titres donc par lesquels Couperin, sans les négliger (Canaries), dépassait la traditionnelle suite de danses en enfilade, celles-ci servant dans cet échantillon, d’indication de forme, de rythme —ou de signe ou clin d’œil d’identification à ses mystérieux portraits : La Ténébreuse, c’est une « Allemande » ; La Lugubre est une « sarabande », d’origine espagnole, renvoyant, par un ironique renversement cette danse picaresque vive (on en a gardé l’expression « Faire la sarabande »), à la gravité prêtée alors au peuple espagnol ; La Favorite est marquée par une « chaconne en rondeau », danse aussi espagnole, mais à la formule réitérative variée, allusion peut-être malicieuse à la ronde incessante des favorites répétées. Qui sait? autant d’hypothèses que nous proposons à ces devinettes mignardes au charme piquant mais mystérieux.
En tous les cas, l’expressivité de l’interprète, tenue fidèlement par ces titres souvent énigmatiques de Couperin et ses révélatrices indications de tempo et de caractère (« Gravement, noblement, gaiement, naïvement, vivement, tendrement, légèrement… ») dessine à nos oreilles certes non une musique pléonastiquement figurative, mais peuplées de figures par lesquelles, leur donnant un sens, elle éveille nos sensations, nos visions, nos images : l’œil et l’oreille ravis.

C’est que le charme du clavecin, incapable d’enfler ou de diminuer le son, sans le forte raccoleur d’autres instruments qui nous tiennent à distance, sans le piano qui invite à aller chercher la musique, convie à se laisser éclabousser par un flot délicat et délicieux mais entier, par sa fraîcheur ruisselante comme la blondeur solaire de la claveciniste semblait auréolée du nimbe argentin des notes.
         Cependant, les limites de l’instrument sont habilement fardées ou dépassées par la virtuose : passant avec une prestesse de prestidigitatrice du registre aigu au grave, c’est bien l’illusion du passage de piano au forte que nous donne Lecoin (Les Bergeries). La dextérité, la célérité de ses agréments, pincés simples ou doubles, ports de voix, tremblements, batteries de croches, trilles, notes très vertigineusement rapprochées, semblent les lier, prolonger la durée du son, colorent une palette de nuances qu’on dénie à tort à l’instrument. Si bien que la netteté précise du son n’empêche pas de doux éclats satinés, diaprés, chatoyants, moelleux, vaporeux : art, artifice de la technicienne bien imprégnée d’un temps se plaisant aux trompe-l’œil, qui nous jouant aussi, voluptueusement, de l’illusion d’oreille.
Vers la fin du concert, la salle comble, la chaleur des spots affecte un peu la justice et justesse des cordes mais, finalement, pour une oreille contemporaine, délicatesse de plus à savourer comme le fin scintillement d’eau d’une fine cascade, poussière lumineuse irisée par le soleil, se vaporise en arc-en-ciel léger sous le soupir joueur d’un aimable zéphyr.  
Samedi 10 novembre,
Bastide de la Magalone, Marseille
Christine Lecoin, clavecin
François Couperin

Photos B. Pelegrín




mardi, novembre 13, 2018

GRANDE GUERRE ET MUSIQUE


Enregistrement 5/11/18, Culture en Provence
RADIO DIALOGUE RCF
(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
N° 343, semaine 45

11 novembre : commémoration du centenaire de l’Armistice de la guerre de 14-18.
Le 14 juillet 2014, symboliquement, pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre, j’avais parlé des trois premiers CD de la débutante collection lancée par les éditions Hortus : Les Musiciens et la Grande Guerre.  Nous avons suivi pratiquement pas à pas cette collection, trente-deux enregistrements en date du 11 novembre 2018, centenaire de l’Armistice où l’immense collection va se clore tout aussi symboliquement.
Étrange sentiment à l’annonce de cette fin : d’un côté, on éprouve comme un soulagement avec le souvenir de la fin de ce conflit cataclysmique, et, en même temps, nous avons la sensation d’une perte de ce monument pierre à pierre, disque à disque érigé, qui nous a accompagnés pendant quatre ans, évoquant, dans la paix musicale, la guerre. La guerre par les musiciens qui l’ont chantée, pour l’exalter d’abord dans la folie nationaliste meurtrière des lendemains que l’on croit vainqueurs et chantants, puis, en déchantant quand la guerre s’installe dans l’insoutenable durée, révélant son atroce visage finalement l’abominable pour tout le monde, dans ses horreurs que même la musique ne parvient pas à transcender.
Cette gigantesque anthologie s’était donnée pour but généreux et ambitieux, de faire découvrir ou redécouvrir l’univers sonore des compositeurs, interprètes et musiciens ayant vécu et subi cette guerre, mobilisés, immobilisés dans leur œuvre, souvent blessés, souvent tués, exécuté expéditivement comme l’héroïque Albéric Magnard,  mort coupable simplement de patriotisme, dont la musique innocente inaugurait la collection. Il y avait ceux restés hors du front à cause de leur âge, de leur faiblesse constitutive comme Ravel, ambulancier malheureux, ou de leur maladie, comme Debussy, qu’on appelait alors, Claude de France, dans un nationalisme inévitable quand la patrie est en danger, mais nationalisme, hélas, généralisé aux nations, qui amena cette catastrophe mondiale.
D’autres livraisons discographiques avaient généreusement élargi l’horizon et, passant, dépassant les odieuses frontières, prétextes aux revendications territoriales meurtrières, nous ont offert un beau panorama de compositeurs français, anglais, australiens du même camp, mais aussi allemands de l’autre, qui avaient pressenti ou senti la catastrophe abattue aussi sur eux, alors qu’ils étaient tous liés, alliés ou pas, par la fraternité universelle de la musique, même sans se connaître.
Mais la guerre se déclare (et par qui et pourquoi ?) et l’on devient l’ennemi officiel de celui qui est du mauvais côté de la frontière. Et réciproquement : à chacun sa vérité, sa justice. « Plaisante justice qu’une rivière borne, disait déjà Pascal : vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »
         Cette anthologie exceptionnelle, au long de ces quatre années, disque à disque, parfois non sans résistance intime à l’évocation de tant de malheur, nous a contraints à voir, revoir, à ne pas oublier, en même temps que ce temps de douleur humaine, de guerre, ce que l’art le plus épuré, la musique des hommes, même difficilement audible dans le fracas des armes, porte d’inextinguible l’espérance à l’humanité.
         Ainsi, du haut de ces 33 volumes déjà parus, la collection, labellisée par la Mission du Centenaire en 2014, constitue un corpus patrimonial impressionnant, cohérent dans sa pluralité diverse. C’est un recueil de plus de deux-cents œuvres, dont près de quarante inédites, de cent-vingt compositeurs de douze nationalités différentes.
         Voici donc un rapide aperçu des deux derniers reçus.
         Inédit, du volume XXXII Ode à la France de Jacques de la Presle, sur des paroles de René Dorin, écoutons un extrait du Cri de guerre de le 6e Division d’Infanterie par le Chœur Fiat Cantus dir. Thomas Tacquet :
1) DISQUE 1, PLAGE 10
Seule l’horreur de la guerre peut justifier ces horribles paroles, improvisées dans la tranchée, aspirant, invitant au carnage et à la mort.
Nous quitterons cette magnifique collection Hortus avec le CD, harpe, sur ces arpèges doux de Jacques Ibert :
 2) DISQUE II, PLAGE 1 
Éditions Hortus, collection les musiciens et la Grande Guerre



La harpe consolatrice
Ibert - Tournier - Renié - La Presle - Roussel - Fauré 
Pendant la Grande Guerre, la harpe par sa sonorité douce, légère et à connotation féminine est associée dans l’imaginaire aux infirmières tentant de calmer les souffrances des victimes. Les jeunes compositeurs mobilisés vont nous offrir dans leurs œuvres une vision intimiste, délicate mais souvent aussi profonde et émouvante. La grande harpiste Henriette Renié représente toutes ces femmes qui traversèrent discrètement la guerre dans la souffrance et les difficultés tout en défendant l’art à l’égal des hommes. 
Kyunghee Kim-Sutre, harpe
Programme détaillé
HORTUS 731 | CD DDD ℗ Hortus 2018 | T.T. 72'26 
 Les Musiciens et la Grande Guerre, disque 31 
 Jacques Ibert (1890-1962) 
 Six pièces  
1.Matin sur l’eau4'38
2.Scherzetto3'51
3.En barque, le soir...9'15
4.Ballade5'35
5.Reflets dans l’eau5'46
6.Fantaisie8'47
 Marcel Tournier (1879-1951) 
 4 Préludes  
7.Tranquille1'54
8.Pas trop vite1'40
9.Lent2'19
10.Allegretto2'14
 Henriette Renié (1875-1956) 
 6 Pièces brèves  
11.Conte de Noël1'33
12.Recueillement1'32
13.Air de danse0'55
14.Invention dans le style ancien1'03
15.Rêverie1'32
16.Gavotte0'47
 Jacques de La Presle (1888-1969) 
17.Le Jardin Mouillé 6'17
 Albert Roussel (1869-1937) 
18.Impromptu op. 21 6'36
 Gabriel Fauré (1845-1924) 
19.Une châtelaine en sa tour op. 110   



 
Ode à la France
Debussy - Bridge - Pierné - La Presle 
La musique pour chœur exprime le plus souvent les sentiments d’une foule unie. Cette expression collective prend une connotation religieuse dans des œuvres permettant d’espérer le retour à la paix (A Prayer). Elle dépasse aussi le sentiment religieux pour s’inscrire dans l’histoire et l’unité nationale comme dans L’Ode à la France de Debussy ou Les Cathédrales de Pierné, une fois exprimé un véhément Cri de Guerre. 
Delphine Guévar, soprano  
Flore Merlin, piano  
Benjamin Carré, piano  
Luca Montebugnoli, piano  
Boché Kaëlig, ténor  
Florence Mestais, récitante  
Choeur Fiat Cantus, choeur  
Thomas Tacquet, direction


Les Musiciens et la Grande Guerre, disque 32 
 Claude Debussy (1862-1918) 
1.Ode à la France op. L. 141 12'53
2.Noël des enfants qui n'ont plus de maison 2'35
 Gabriel Pierné (1863-1937) 
 Les cathédrales  
3.Prélude9'29
4.Chanson picarde1'54
5.Chœur alsacien1'05
6.Reims4'12
7.Épisode des Églises3'30
8.Épisode des Flandres1'50
 Franck Bridge (1879-1949) 
9.A Prayer op. 140 18'21
 Transcription pour choeur et piano
 Transcription : Frank Bridge
 Jacques de La Presle (1888-1969) 
10.Cri de Guerre de la 6e division d’infanterie

dimanche, novembre 11, 2018

VOLUPTÉ D’INTELLIGENCE



Récital

MARIE-NICOLE LEMIEUX, CONTRALTO,

ROGER VIGNOLES, PIANO

Poèmes de Goethe et Baudelaire

Marseille-Concerts

La Criée, 5 novembre


         Volupté d’une voix pleine, ronde, longue, égale, aisée, graves de velours mais aigus satinés ; intelligence sensible de l’interprétation, intelligence raffinée du choix des textes et de l’équilibre du récital, pendant plus d’une heure trente d’un temps suspendu par la magie de son art, Marie-Nicole Lemieux, avec le concours de Roger Vignoles au piano, a tenu sous son charme d’une simplicité souveraine le public de la grande salle de la Criée. Magie d’une interprète d’exception, souriante, dialoguant, blaguant avec les spectateurs dont elle canalise même les applaudissements vers les séries de compositeurs et les articulations thématiques des poèmes, pour ne pas perdre la concentration et les atmosphères qu’elle a voulu nous offrir.
Photo : courtoisie d'agence
Allemande, la première partie sert des poèmes de Gœthe sertis en lieders par de grands compositeurs, respectivement Schuman, deux lieds, Schubert, trois, Beethoven, deux, Fanny Hensel-Mendeslssohn, deux et Hugo Wolf, trois. La seconde nous convie en Baudelaire, poèmes mis en musique par Chausson, Fauré (deux), Déodat de Séverac, Charpentier, Debussy (deux) Duparc (deux).
 Magnifique promenade entre le lied germanique et la mélodie française du XIXe siècle. Et bonheur de voir défiler les textes sur un écran en langue originale, plus la traduction pour les allemands. En effet, que seraient ces musiques et textes, servis par cette voix, si l‘on ne pouvait en suivre les mille inflexions et couleurs vocales sertissant ces mots ? Par ailleurs, à écouter ce chant, à lire ces poèmes, on découvre, avec certes un peu d’attention, des intentions subtiles de l’interprète orfèvre en la matière.  
Échos subtils entre poèmes
Ainsi, elle commence son récital sur Gœthe par la fameuse chanson de Mignon, extraite des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister : « Kennst du das Land? », abréviation de  « Connais-tu le pays// des citronniers en fleur, / Et des oranges d’or dans le feuillage sombre… ? », qui séduisit un grand nombre de compositeurs, dont Beethoven et Schubert. C’est la version de Schuman qui prélude cette partie allemande qui se clôt par celle de Wolf. Le récital se fermera sur un bis qui offrira l’adaptation française d’Ambroise Thomas, « Connais-tu le pays où fleurit l’oranger ? », de son opéra Mignon, douce et charmante cantilène, mais dont le piano souriant (réduction de la partition d’orchestre) pâlit, pâtit, même à distance, de celui frémissant d’angoisse des deux devanciers germaniques.
« Dahin », « là-bas »
Mais, au-delà de la musique, je ne peux m’empêcher de trouver, aux vaines envolées du rêve de Mignon qui ouvrent et ferment la première partie, l’écho de l’impossible envol de l’Albatros de Baudelaire (Chausson) qui prélude la seconde. Schuman, déjà dramatisait les montées déchirantes de la jeune femme sur « dahin », ‘Là-bas’, qui sombre encore davantage dans le drame avec la noirceur de Wolf pour dire cette vaine Invitation au voyage déjà baudelairienne où l’on retrouve aussi cristallisé dans un point focal de l’évasion, d’un ailleurs meilleur, « Là », ce désir de partir, de voyager avec l’être aimé : « d’aller là-bas vivre ensemble », dans les deux cas, de fuir et trouver dans cet utopique « là-bas », un lieu printanier de soleil et de paix  où :

« Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
            Luxe, calme et volupté. »

Même les évocations, entre songe et souvenirs d’un passé en lambeaux de la visionnaire Mignon, cette salle, ces marbres, sont d’une vie antérieure de la rêveuse et amnésique héroïne. Intelligence entre les lignes : La Vie antérieure de Baudelaire, mise en musique par Duparc, avec ses « vastes portiques » est un subtil écho final du récital à son début et à ces statues oniriques entrevues, revues en rêve par Mignon.
Margot, Gretchen, Marguerite à son rouet, abandonnée, déchirée de souvenirs amoureux est comme une Mignon abandonnée sans doute autrefois, qui n’a pas encore intériorisé ou refoulé dans la brume du rêve de l’inconscient, la consciente douleur présente : Gretchen am Spinnrade de Schubert est l’amorce de la folie tournoyante qui trouve un logique exutoire dans les larmes incessantes du successif Wonne der Wehmut de Beethoven, troué de soupirs, une mélancolie à la douceur enfin cultivée. De la douleur domptée, on saute, sursaute, à la révolte de la femme qui aspire, sinon à la statue guerrière héroïque, au statut viril, sur un pas, martial, au son du tambour de Die Trommel gerühret du même Beethoven. Mais l’homme part toujours, surtout le soldat, la femme reste, avec sa guerre intérieure. Mais la seule et heureuse présence féminine, Fanny, épouse Hensel, sans laquelle son frère Félix n’aurait pas été Mendelssohn, prouve bien, même bercée par la harpe (Harfners Lied) que la femme n’est pas que le repos du guerrier, trouvé par le voyageur nocturne dans toutes les cimes (Über allen Gipfein ist Ruh).
Avec la délicatesse cristalline de deux simples accords sur lesquels plane la voix souvent sur la même note, Blumengruss de Wolf, ‘Salut de fleurs ‘, précède le rêve d’un printemps fleuri toute l’année, Frühling übers Jahr, qui ramène logiquement au rêve de Mignon, Kennst du das Land? qui clôt la première partie. 
J’ai dit les affinités subtiles de la première partie allemande avec la seconde, française, mais qui, après le printemps italien de Mignon, plonge dans les sombres couleurs du Chant d’automne de Fauré et son Hymne tempétueux, les nocturnes, duveteux et mélancoliques Hiboux de Déodat de Séverac. Même voluptueuse, La Mort des amants de Charpentier, n’en efface pas la noirceur. Seul Le Jet d’eau, par Debussy éclaire, dans sa nuit, un peu l’ensemble, plombé sitôt après par l’amer Recueillement où la nuit qui marche est comme une image de la vieillesse qui arrive, de la mort qui vient. Des deux mélodies de Duparc, Invitation au voyage est la porte dorée ouverte sur l’évasion, mais c’est aussi un crépuscule, quant à La Vie antérieure, ce n’est plus, à l’évidence, une vie présente, mais la fuite du présent. Qui nous ramène aux velléités que j'ai dites de Mignon, avec un postlude au piano de Duparc qui nous fait regretter mais espérer un récital solo de ce grand pianiste qu’est Roger Vignoles
Photo crédit: Ben Ealovega
Harmonies thématiques et textuelles, autant que musicales, bien sûr, qui m’apparaissent dans ce programme réfléchi, des accords à tous les sens du mot, délicat tissage où l’intelligence le dispute à la sensibilité : « Correspondances » si chère à Baudelaire, dans la voix se Lemieux, « les couleurs et les sons se répondent », harmonieusement.
Le son et le sens
Mais ce ne serait qu’un savant, déjà remarquable, choix de poèmes qui séduit l’intellect de l’auditeur attentif, s’il n’y avait la volupté d’une interprétation sensible qui, tout en liant l’ensemble, fait de chaque morceau une atmosphère unique, un paysage de l’âme qui nous est livré, délivré, de la confidence intime à la clameur, à chacun en particulier et à tous ensemble. Les moyens immenses de Lemieux, ampleur de la voix, puissance, sont pliés au murmure, au service du texte : elle caresse, effleure les mots, les file termine sur un sfumato expressif, ou les mord, les écorche au cri en tragédienne accomplie, jamais gesticulatrice. La tenue de souffle lui permet un phrasé magistral, d’une souveraine simplicité.
L’élocution de l’allemand nous épargne ce staccato martial que tant d’interprètes non germanophones, sans doute marqués par des films de guerre, se croient obligés d’infliger à l’harmonieuse langue de Goethe et rappelle, par sa fluidité, le grand Hans Hotter. Quant à la diction française, digne de son illustre compatriote Jean-François Lapointe, c’est un modèle d’élégance, de beauté, de clarté, qui nous vient encore du Québec : un « Là-bas » qui nous parle merveilleusement d’ici.
Marseille-Concerts
La Criée, 5 novembre 2018
MARIE-NICOLE LEMIEUX, CONTRALTO,
ROGER VIGNOLES, PIANO
Poèmes de Goethe et Baudelaire.

I. JOHANN WOLFGANG VON GOETHE (1749-1832) 
ROBERT SCHUMANN (1810-1856)
Kennst du das Land?
Wie mit innigstem Behagen
FRANZ SCHUBERT (1797-1828)
Der Musensohn
Ganymed
Gretchen am Spinnrade
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770-1827)
Wonne der Wehmut
Die Trommel gerühret
FANNY MENDELSSOHN-HENSEL (1805-1847)
Harfners Lied
Über allen Gipfeln ist Ruh
HUGO WOLF (1860-1903)
Blumengruss
Frühling übers Jahr
Kennst du das Land?
---entracte---
II. CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867)
ERNEST CHAUSSON (1855-1899)
L’Albatros
GABRIEL FAURÉ (1845-1924)
Chant d’automne
DÉODAT DE SÉVERAC (1872-1921)
Les Hiboux
GABRIEL FAURÉ (1845-1924)
Hymne
GUSTAVE CHARPENTIER (1860-1956)
La Mort des amants
CLAUDE DEBUSSY (1862-1918)
Le Jet d’eau
Recueillement
HENRI DUPARC (1848-1933)
L’Invitation au voyage
La Vie antérieure


 

samedi, novembre 10, 2018

UN SACRÉ SACRE TOUJOURS ACTUEL!


AVANT-GOÛT
Igor Stravinsky,
Grâce à la musique
Jeudi 15 novembre . 19h LES JEUDIS DE MUSICATREIZE
Documentaire de Franois Reichenbach, 1981, 1h45
Entrée libre
Le Sacre !
Vendredi 16 novembre . 20h
Salle Musicatreize
LE SACRE DU PRINTEMPS
Georges Pludermacher, piano Catherine Cantin, flûte Bruno Pasquier, alto Catherine Michel, harpe
PROGRAMME
Le Sacre du printemps Igor Stravinsky
Sonate pour flûte, alto et harpe Claude Debussy
Sans Igor Stravinsky et Claude Debussy, le XXe siècle musical aurait été tout autre. Leurs oeuvres invitent les compositeurs à explorer des univers sonores jusque-là inouïs. Georges Pludermacher interprétera l’extraordinaire transcription du Sacre du printemps qu’il a réalisée pour piano et pianiste seul. Au-delà de l’incroyable virtuosité exigée par cette transcription, c’est aussi l’occasion de découvrir une autre vision du Sacre, sous les doigts de l’un des plus grands pianistes franais, créateur de nombreuses oeuvres marquantes des cinquante dernières années. La Sonate pour flûte, alto et harpe fut écrite par Debussy en 1915, deux ans après la création du Sacre. Hommage à la musique franaise du XVIIIe siècle, faisant appel à un tout autre langage musical que celui utilisé par Stravinsky, la sonate est écrite pour une formation jamais utilisée alors, lui conférant cette atmosphère sonore si particulière
et poétique. Immenses solistes parcourant les plus grandes scènes internationales, Catherine Cantin, Bruno Pasquier et Catherine Michel ont interprété ce chef-d’oeuvre à de nombreuses reprises, en particulier alors qu’ils étaient les uns et les autres solistes de l’Opéra de Paris.
Un événement musical ! 


LES NATIONS
LA FRANÇOISE ET L’IMPÉRIALE
Concerto Soave / Jean-Marc Aymes
Odile Edouard & Simon Pierre violons baroques Sylvie Moquet viole de gambe
Jean-Marc Aymes clavecin
Les Nations sont certainement le chef-d’oeuvre de la musique
de chambre de Couperin. Debussy s’y référa lorsqu’il composa ses trois sonates, particulièrement celle pour flûte, alto et harpe.
Parmi les quatre
Nations de Couperin, Concerto Soave en a choisi deux : La Franoise et L’Autrichienne. Les deux oeuvres sont formées d’une grande sonate en trio introductive (que Couperin,à l’exception de l’Impériale, reprend d’oeuvres de jeunesse) suivie d’une série de danses typiques
de la suite " à la fran
aise ". Dans toute cette musique, le compositeur fait preuve d’une merveilleuse invention et fait triompher son idéal
des " Goûts Réunis ".

Tarifs : 12/8 euros
CONCERTO SOAVE ENSEMBLE
"Concerto Soave, référence désormais incontournable dans le réveil d’un paysage baroque tout ensemble tendu, virtuose, intimiste " Roger Tellart, Classica.
Né de la rencontre de María Cristina Kiehr et de Jean-Marc Aymes, Concerto Soave est un ensemble de musique baroque, cultivant un es- prit poétique et sonore totalement unique.
Des solistes reconnus venant des quatre coins de l’Europe explorent le répertoire italien du Seicento, mais également bien au-delà, jusqu’à la création contemporaine et aux collaborations diverses (danse, théâtre, déclamation...).
Invité par les plus grands festivals (Aix-en-Provence, Ambronay, Saintes, Utrecht, Innsbruck...), l’ensemble a réalisé plus de cinq cents concerts
à travers le monde, de Londres à Washington, de Jérusalem à Rome,
de Vienne à Madrid. Des enregistrements prestigieux pour l’Empreinte Digitale, Harmonia Mundi, le Label Ambronay ou Zig-Zag Territoires consacrent "le statut hors normes de l’Argentine comme diva baroque et la singulière maîtrise technique de Concerto Soave" (Roger Tellart). Ensemble à rayonnement international, Concerto Soave a fait de Mar- seille son port d’attache depuis 2007.

Ensemble Musicatreize + Salle Musicatreize / Saison 2018_2019 / Dossier de presse / Elodie Hercouet T +33 (0)4 91 00 91 31


Dimanche 18 novembre . de 16h à 18h
Salle Musicatreize
HISTOIRES DE CLAVECIN II
ORDRES EN DÉSORDRE
Étudiants du CNSMD de Lyon,
et des Conservatoires de Marseille et Aix-en-Provence

Il y a exactement 350 ans, le 10 novembre 1668, naissait Franois Couperin, le plus glorieux de nos clavecinistes, un de nos plus géniaux compositeurs. De jeunes artistes lui rendent hommage tout un après-midi en interprétant, chacun, un de ses " ordres ", ainsi qu’il nomme les groupes de pièces à l’intérieur de ses Livres pour clavecin.
Le public découvrira l’oeuvre du claveciniste, de son
Premier à son Quatrième Livre, de 1713 à 1730, des ténèbres de la fin du règne de Louis XIV à la gloire de celui de Louis XV, de la gravité " grand siècle "
des premières pièces au mystère des ultimes o
euvres.
Entrée libre


mercredi, novembre 07, 2018

À TOUT CŒUR, COUP DE CŒUR, L'AMERICAN GALLERY


Enregistrement 19/10/18, passage ?
RADIO DIALOGUE RCF
(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
N° 340, semaine 44
COUP DE CŒUR : AMERICAN GALLERY
Pour les amateurs d’art contemporain, il y a un aimable rituel, un agréable pèlerinage : se rendre à l’American gallery de Pamela King. Le lieu, c’est un nid de verdure haut perché dans une boucle de la Corniche. Du dessus du théâtre Silvain, de toute sa hauteur, il plonge vertigineusement au creux profond de l’anse de la Fausse-Monnaie, cette petite calanque nichée douillettement sous les trois arches du pont de même nom : l’American gallery est un site en hauteur, entre air, terre profonde, et pleine mer par le panorama aérien et maritime qu’il offre sur la lumineuse rade de Marseille et ses îles, Château d’If et Frioul, posées sagement en grisaille sur le bleu des eaux.

À l’angle éclatant de blancheur du Chemin du Pont où la pointe du restaurant Ruhl joue les étraves de navire, l’on se trouve face à l’entrée de la Rue des flots bleus : en fait, c’est une volée d’escaliers bien marseillais. On pourrait évoquer cela comme un charmant chemin d’initiation qui y conduit, avec, naturellement, l’épreuve à monter et surmonter : une brève ascèse, l’exercice physique de rudes et raides marches qu’il faut gravir.

Au bout des escaliers, toujours en pente, la Rue des flots bleus s’élargit un peu serrée par des murs aveugles d’où débordent d’exubérantes végétations nébuleuses laissant entrevoir des maisonnettes et l’on atteint le petit portail du 54. En entrant, le dais arboré d’un figuier à hauteur d’homme offre en son temps ses fruits mûrs.

Le petit jardin se décline en deux plans descendants reliés par un mince escalier. Du second, sur la voûte du ciel, des fils tendus semblent vouloir coudre légèrement les nuées éparses d’arbustes, les flocons végétaux. À mieux regarder, ce sont des cordes à linge, des lignes de différentes couleurs, violet, bleu, vert, rouge, orange, jaune, qui dessinent, strient, découpent le ciel de leur treillis, une délicate et arachnéenne toile qui, pour tout insecte volant, n’aurait attrapé qu’un arc-en-ciel aux raies colorées désordonnées, offrant un joli et joyeux perchoir aux oiseaux. C’est la poétique installation de Charlie Hamish Jeffery.

Quelques marches plus bas, et au sein de la petite cave devenue galerie, les tableaux, semblant déborder la limite du cadre, les insolites et troublants découpages du corps en blanc et noir dIna van Zyl.
Dans ce lieu riant et recueilli, parmi les arbres et les fleurs et des œuvres d’art invitant à la réflexion, comment ne pas évoquer ce que je disais de la tradition poétique et mystique de l’hortus conclusus héritée de Salomon, ‘le jardin clos’ assimilé à la Dame, jalousement gardé par des murs contre la nature inculte de l’extérieur, dont les fourrés touffus, les frondeuses frondaisons débordent par-delà les murs.  Ici, en ce jardin de culture ouvert au ciel et à la mer, et au public, vous êtes invité par une Belle Dame souriante : Pamela King en son jardin.Elle habite l'Art et l'Art habite chez elle.
À tout cœur, coup de cœur, l’American gallery 54, rue des flots bleus, 13007 Marseille. Expositions jusqu'à fin novembre. Sur rendez-vous.
The.american.gallery@free.fr  Tél. : 06 27 28 28 60
Photos B. Pelegrín



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