Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

mardi, février 09, 2016

ENFANTIN SANS ENFANTILLAGE



CONCERTANT CHEVALIER DÉCONCERTANT

LE CHEVALIER DÉCONCERTANT

Récit en musique de Raoul Lay
Livret de Raoul Lay et Charles-Éric Petit, d’après E. Raspe
Création 
Vendredi 5 février
 Bibliothèques Départementales Gaston-Defferre,
Marseille
            Moins déconcertant chevalier que concertant car tout concerte ici, musique, mise en scène et texte pour faire de ce Münchhausen en herbe, bavard baron, bavasseur bambin barré, bardé de bobards, de phrases, pris au mot, aux jeux de mots, non un concert sinon ce qu’au XVIIIe siècle, après Rousseau et son Pygmalion, on appellera, au sens strict du mot, un mélodrame, du théâtre déclamé entre et sur de la musique (le Tchèque Benda s’en fera une spécialité et même Mozart sacrifiera au genre avec Thamos, roi d’Égypte, le Pierrot lunaire de Schönberg en étant un moderne avatar).
         Mélodrame, mini drame de minots en l’occurrence, sans outrance minimisé grâce au charme d’un texte de Raoul Lay et Charles-Éric Petit qui sait jouer, sans emphase, de l’enfance sans infantilisme, déjouant le piège dramatique de la cruauté enfantine des cours de récré, des bancs impitoyables de l’école, où Rudolf, jouant malgré lui les têtes de turc, va devenir, par le jeu, la tête d’un groupe d’amis,Wolf, Bolto, Flynt et Owen, se jouant du harcèlement, des persécutions, résistant à l’agression par l’arme du verbe : les mots contre les maux. Plutôt que de devenir une grande âme d’avance trahie par la vie, il met de l’art, de l’imaginaire dans la vie.
         Les six musiciens arrivent (et repartiront) au grand galop désordonné d’écoliers turbulents dans la salle de classe quand la cloche sonne l’entrée et la sortie et les instruments deviennent faciles facéties, clarinette longue-vue, cordes pincées du clavier, bâillement de l’accordéon, miaulements, couinements, prélude forain étirant les tonalités, qui n’a pas oublié la valsante fête foraine de Wozzeck, comme la rythmique parfois cligne du coin de l’œil vers L’Histoire du soldat de Stravinsky. Directeur de l’Ensemble Télémaque voué à la musique contemporaine qui court l’Europe et créateur du PIC qui la reçoit (Pôle Instrumental Contemporain), le compositeur Raoul Lay, dont on sait la vaste culture musicale, nous offre en souriant ses citations amicales insérées dans son complexe tissu personnel musical, et dirige du piano, avec la minutieuse rigueur et la gestuelle géométrique qu’on lui connaît, ses musiciens ravis.
         Le texte s’amuse à être amusant et nous amuse, nous prenant dans son jeu, mais sans abus d’enfant ou d’enfantillage, semé de jeux de mots pas trop téléphonés : l’écrivain qui se livre »,  « le canard qui se confie », « le canard laquais », sur des cocasses caquètements cancannants de la musique, et les images plaisantes fusent : « le binoclard, têtard à hublots », « la meute des mâles », « l’agité du bocal ».
         C’est plaisant sans forcer la note, mais les notes suivent : onomatopées musicales, transcriptions sonores de bulles de bandes dessinées qui font partie d’un répertoire devenu aujourd’hui patrimoine moderne : coups de timbales, vibrations du vibraphone, pépiement de flûte, éclat décalé expirant de trompette comme un pneu qui se dégonfle. La musique dessine, anime par ses figures ces figurations de dessin animé.

         Tous les musiciens entrent dans un jeu autant réglé par la musique que par la mise en scène, pratiquement musicale, d’Olivier Pauls. Il est vrai qu’il joue et jouit d’un instrument exceptionnel avec la comédienne Agnès Audiffren, aussi à l’aise dans les grands rôles tragiques que dans cette comédie qui l’insère étroitement, chorégraphiquement, en musique, dans la musique et entre les musiciens. Chaussée de bottes,  chemise à jabot, jaquette dix-huitième siècle, affublée et offusquée d’une fantaisiste perruque bicolore, elle se glisse avec souplesses ou fausse maladresse garçonnière entre les musiciens, entre notes et mots qu’elle nous distille avec une grâce et un humour, irrésistibles, nous tenant en haleine pendant près de cinquante minutes, sans répit, avec un texte à une voix, paradoxale monodie polyphonique, unique par le narrateur impersonnel qui conte, et multiple par les personnages qui racontent, la bande des cinq, les cinq galopins attendrissants. Coulée dans la musique, admirablement dirigée, elle joue une partition physique, visuelle de tout son corps et de son mobile visage où passent toutes les émotions.
         Finalement, cette parabole, sans fariboles, s’envole, à son échelle modeste, du côté des grands fous dont la folle sagesse rachète la folle folie du monde : Don Quichotte au grandiose, poétique et éternel esprit d’enfance.
         Bon enfant mais non infantilisant, pour enfants et grands, inscrit dans le programme de Télémaque, Grandes musiques pour petites oreilles, ce récit musical nous invite sympathiquement à les ouvrir toutes grandes, même nous, qui ne sommes pas petits.

Photo ©ensembletelemaque : Agnès Audiffren

LE CHEVALIER DECONCERTANT
Création  - Récit en musique - à partir de 9 ans
Musique : Raoul Lay
Livret : Raoul Lay et Charles-Eric Petit, d'après E. Raspe
Mise en scène : Olivier Pauls
Comédienne : Agnès Audiffren
Musiciens : Charlotte Campana, flûte; Linda Amrani, clarinette ;  Gérard Occello, Trompette ; Solange Baron, accordéon ;  Christian Bini, percussions ; Raoul Lay, Clavier Electrique, samples et direction.

PROJET PÉDAGOGIQUE
Entre janvier et mai 2016, une centaine de collégiens - Henri Barnier (16ème), Jean Moulin (15ème), Darius Milhaud (12ème) - vont suivre des ateliers de pratique vocale et percussions pour donner, aux côtés des musiciens de Télémaque, une version « enrichie » du Chevalier Déconcertant en mai 2016 à l'Alhambra.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS
Jeudi 4 février à 14h30 au PIC – 16ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 14h30 à la Bibliothèque Départementale Gaston Defferre – 3ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 19h00 aux Bibliothèques Départementales Gaston-Defferre – 3ème arr.
Samedi 6 février à 15h00 au Château de la Buzine – 11ème arr.
Mercredi 10 février à 15h00 au Musée du Château Borély – 8ème arr.
Jeudi 11 février à 10h00 et 15h00 à l'Atelier des Arts – 9ème arr. (séance centres aérés).

PROGRAMME DU PIC (Pôle Instrumental Contemporain)

36 montée Antoine Castejon,
13016 MARSEILLE

Réservations : 04 91 39 29 13

13 mars 17h30
 : MALUCA BELEZA Quintet musique brésilienne - jazz
25 mars, 19h00 :
 CHŒURS DE FEMMES -Biennale des écritures du réel
26 avril 19h30 :
 ENSEMBLE TÉLÉMAQUE
 : Concert en partenariat avec la Casa de Velázquez
 de Madrid

31 mai 19h30 : 
COMME JE L'ENTENDS

Benjamin Dupé




AMOUR EN RENAISSANCE ET RENAISSANCE MUSICALE DE L'AMOUR

 
L'Amour en Renaissance
Concert de l'Ensemble Calísto au Temple Grignan de Marseille le 13 février 2016 à 18h

De gauche à droite : Jean-Bernard Arbeit, baryton basse;  Rémi Beer Demander, ténor ; Jean-Christophe Filliol, basse; Benoît Dumon, contre-ténor;  Daniel Marinelli, baryton et contre-ténor.

Présentation de l’Ensemble Calísto :
L'ensemble Calísto est créé en 2012 à Marseille.
Ce sont cinq hommes et cinq voix différentes, de la basse au contre-ténor et chantant a cappella. Son répertoire est celui de la Renaissance.

Depuis 2012, l'ensemble Calísto, avec près de trente concerts, parcourt les festivals et les villages : polyphonistes d'hier et d'aujourd'hui, ils n'auront de cesse de vouloir partager cet art savant et populaire à la fois, dans la joie, la simplicité, pour tous les cœurs, pour toutes les âmes.

Le concert :
L'ensemble Calísto propose de parcourir à travers ses cinq voix d'hommes a cappella les différentes facettes de l'amour porté aux femmes, qu'il soit spirituel, poétique, romantique ou coquin.

Ces tableaux de la musique  de la Renaissance, peints des mots de François Pétrarque, Clément Marot ou Pierre de Ronsard, nous plongent en pure poésie.  Cette musique berceau de la polyphonie pour cette époque, est libre et sans contrainte, laissant s'épanouir à merveille la beauté.

Quelques titres des pièces de ce programme :

Dizen a mi que los amores he  : "villancico a cinco bozes" (Anonyme espagnol, 1556);
Tes beaux yeux , de Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621);
Secouez-moi, je suis toute plumeuse, de Dambert (actif vers 1540);
Entre vous qui aymés - Anonyme (P. Attaingnant, 1534);
Blaison du beau tétin, de Clément Janequin (1485-1558) (Epigramme de Clément Marot);
Beatæ Mariæ Magdalenæ,   de Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594);
Incessamment,  de Josquin des Prez (1440-1521);
Ne vous chaille, de Jean de Richafort (1480-1547).

Quelques extraits des textes chantés par Calísto :

Blaison du beau tétin (Clément Janequin)

Tétin reffaict plus blanc qu'un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fait honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose,
Tétin dur,, non pas tétin voire,
Mais petite boule d'ivoire,
Au milieu duquel est assise,
Une fraise ou une cerise….

Tes beaux yeux (Jan Pieterszoon Sweelinck)
Tes beaux yeux causent mon amour,
Mon amour fait que je désire,
Le désir m’ard & nuit & jour,
L’ardeur me don’un grand martyre,
Le martyre fait que j’empire,…

Incessament (Josquin de Prés)
Incessament, livré suis à martire,
Triste et pensif, toujours mon mal empire,
Ainsi dolent, me conduit desplaisir,
Celle qui peult, ne me veult secourir :
Mon malheur est, de tous aultres le pire.

Ne vous chaille (Jean Richafort)
Ne vous chaille mon cueur si vous avez du mal beaucoup,
Et si tousjours de vos plaisirs n’avez l’entiere joyssance,
Car si dieu paist vous aurez allegeance
Du mal pour qui si souvent vous resvez.

Secouez-moi, je suis toute plumeuse (Dambert)
Secouez-moi, je suis toute plumeuse,
Secouez-moi, secouez-moi,
Moi qui suis toute plumeuse,
Que dira t-on si je m’en vais ainsi :
« Ah ! vous en venez  madame l’amoureuse,
Vous en venez de voir le vostre ami. »
Secouez fort, fort, fort, fort, ce n’est pas à demi….


Calísto, sans hiérarchie tonale ou modale, à l'assaut d'Ansouis dans les degrés pentatoniques des marches




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dimanche, février 07, 2016

CENTENAIRE TOUJOURS JEUNE





Pelléas et Mélisande


de Claude Debussy d’après la pièce de Maeterlinck

Opéra de Toulon

31 janvier
Querelles d’écoles

     La musique, langue universelle, a souvent divisé les hommes. Surtout en cette France qui aime les querelles et a le génie de les inventer : opéra français en réaction contre l’italien (mais dont l’inventeur est le Florentin Lully), “Querelle des Bouffons” entre l’opéra-ballet (de Rameau) et l’opéra- bouffe (de Pergolèse), « Querelle » des gluckistes contre les piccinistes, entre les partisans de Gluck, Autrichien, inventeur de la tragédie lyrique néo-classique à la française dans la tradition de Lully et ceux de Piccini, Italien, au chant fleuri de vocalises, sans oublier la simplification simplette de la mélodie par Rousseau (Suisse annexé par les Français) pour contrecarrer la subtilité harmonique de Rameau. Au XIXe siècle, c’est l’Allemand Offenbach qui donne ses lettres de noblesse à l’opérette française tandis que l’opéra français le plus universel c’est la Carmen de Bizet sur un sujet espagnol et des thèmes quelquefois empruntés à Manuel García, le père de la Malibran et de Pauline Viardot, la fameuse « habanera » étant reprise presque littéralement du compositeur espagnol Sebastián Iradier.

Vanité des querelles de clocher à l’échelle européenne de notre culture. De Debussy, “Claude de France”, on a voulu faire le fer de lance nationaliste de la contre-offensive musicale française dans une Europe où, malgré Sedan et la défaite cinglante et sanglante de 1870, triomphe l’Allemagne impériale et l’impérieux Wagner. Même les Italiens, qui s’en démarquent par la vocalité irréelle de leur tradition et les sujets réalistes du Vérisme, en subissent l’empreinte dans la recherche orchestrale et la richesse harmonique, si inventive chez Puccini.


L’œuvre

   Au-delà du contentieux franco-germanique sur l’Alsace et la Lorraine qui débouchera sur la Grande Guerre, quoiqu’on dise de son nationalisme (et l’on oubliera l’horrible mélodie vengeresse Noël des enfants qui n'ont plus de maison), Debussy admire Wagner. Au point de ne pas vouloir se mesurer à lui, du moins dans la mesure, dans la démesure, musicales, du maître de Bayreuth. Il suit sa voie, trouve ses voix, entre le murmure et le soupir, la parole effleurant à peine le cri, dans l’indécis des êtres incertains, dans la vaporeuse instabilité d’une musique entre accord parfait et imparfait, qui répond assez au vœu de Verlaine : « …pour cela, préfère l’impair» et des esthétiques symboliste et impressionniste ambiantes, même s’il s’en défend. Le livret, lui, entend rivaliser avec Tristan und Isolde de Wagner : l’éternel trio des amants adultères et du mari blessé et meurtrier. Il l’emprunte à la pièce éponyme (1892) de l’ingrat dramaturge belge, Maurice Maeterlinck, qui mènera une cabale mesquine contre l’œuvre à sa création en 1902, Debussy ayant écarté de la distribution sa compagne cantatrice au profit de Mary Garden, première Mélisande.

Le texte, adapté par Debussy lui-même, est accablant de répétitions binaires héritées de Maeterlinck (« Oh, oh!, Ah, ah!, non, non!, si, si,  tous, tous », etc[1]), une naïve mécanique affectant un faux naturel, qui apparaissent aujourd’hui comme une pure affèterie, mais il est heureusement sauvé par l’humanité ombreuse des personnages, la pénombre intime des sentiments. Dans cette œuvre de l’ombre et de l’onde, l’héroïne, venue d’on ne sait où et allant où elle ne sait, est telle une ondoyante ondine, insaisissable sous les doigts comme cette eau au bord de laquelle elle se penche, fallacieux miroir de la fontaine, ou vers laquelle elle penche, gouffre fascinant, attirant, mortel. Elle est fluide, fuyante comme la vague de la mer et sa sincérité est élastique, avouant—ingénue, perverse ? — à Pelléas :

    « Je ne  mens jamais ; je ne mens qu’à ton frère… »

L’ambiguïté de Mélisande, fondamentale, se fond dans la rêveuse évanescence, dans les opalescences irisées dont la musique la nimbe, prolonge et auréole les  étranges ou délirantes paroles de son agonie :

« Je ne comprends pas non plus tout ce que je dis, voyez-vous… Je ne sais pas ce que je dis… Je ne sais pas ce que je sais… Je ne dis plus ce que je veux… »

Le frustre Golaud, son mari, s’aveugle à la lumière de son énigme ténébreuse : « Je ne sais rien […] je vais mourir ici comme un aveugle » et le lumineux Pelléas s’embrume aussi de son ombre amoureuse. La musique est un flot continu sur lequel ou dans lequel les héros flottent, surnagent ou se noient, irréelle et impalpable matière pour un Debussy qui entend que sa musique « commence là où la parole dramatique est impuissante à exprimer. La musique est faite pour l’inexprimable ». Les points de suspension du texte, le suspense des consciences brouillées, les silences, sont comblés par elle, pléthore de sens imprononçable.

La réalisation


    Visuellement, scéniquement, le spectacle offert par René Kœring,
 qui signe mise en scène et costumes est très beau : esthétiquement, décor, costumes, lumières, tout concourt, concerte. Mais déconcerte : la précision géométrique de cette admirable scénographie de Virgile Kœring
, vaste cage cubique à pans et arêtes aigus, même estompée en dégradés subtils ou angoissants contrastes caravagesques par les lumières poétiques de Patrick Méeüs
, striées d’ombres et rayons rectilignes par la vaste porte persienne, jure avec la rondeur de nuages impalpables, d’orondes nues, de nuées évanescentes, vaporeuses, brumeuses, de la musique de Debussy ; et ces beaux costumes, interprétation coloriste de la juvénilité des deux héros, jeunes en jaune canari et rouge-gorge, en injurie par leur couleur pure les coloris indécis, les indiscernables teintes et un texte qui répète l’ombre, le froid.


     Toute la mise en scène, par ailleurs très agréable à regarder, pâtit de cette contradiction entre l’indétermination de lieu, de temps de l’œuvre confrontée à la détermination concrète des images : bicyclettes, fauteuil roulant, costumes contemporains, voiture téléguidée du petit Yniold qui datent la situation. Le magnifique décor d’une abstraite beauté est démenti par des projections trop représentatives ; le symbolisme délibéré de la tour évacuée, de la brassée de fleurs disparue, de la chevelure de Mélisande rasée mais astucieusement et érotiquement ou brutalement remplacée par le jeu avec son châle, où se drape Pelléas et où l’attrape Golaud, la poupée de la jeune fille du début devenue l’enfant dont elle accouche, tout ce symbolisme donc est maladroitement mis en déroute par le presque vérisme de certains détails prosaïques, tels le repas d’Arkel, l’évidence soulignée du probable suicide de Golaud, canon de fusil à portée de bouche. On ne comprend pas que l’irréelle et belle image immense de la lune soit en compétition avec une autre lune grandissante dans ce poétique ciel d’ailleurs, quant à cette sorte d’astronef venant de l’horizon, enflant et aspirant comme un trou d’air l’âme d’une Mélisande qui s’en retourne tranquillement après sa mort, c’est la négation même du symbolisme par un expressionnisme à la lourde explicitation.


   C’est dommage car il y a des réussites, comme Golaud simple et mystérieuse voix dans l’ombre de la forêt, la scène d’Yniold et la pierre avec ce texte cucul par son enfantillage infantile, sauvée du ridicule habituel par la présence de ces belles femmes; son duo avec Golaud est d’une grande force cruelle, entre autres. 
Interprétation

   On ne marchandera pas les éloges à l’homogénéité de la distribution de premier ordre, vocalement et scéniquement. Certes, seule étrangère de la production, en Geneviève, la Roumaine Cornelia Oncioiu, mezzo, déroge sans déranger à la tradition des voix plus sombres pour le rôle, mais le phrasé est impeccable et la diction très acceptable. Le reste des chanteurs est de langue française, pliés à la prononciation d’aujourd’hui, sans rouler fâcheusement les r, sauf quand la projection l’exige, notamment en fin de mots où ils risquent de reculer dans la glotte. Ils se glissent avec aisance dans la belle prosodie française du texte musiqué —dont on ne doit pas se dissimuler quelques cadences monotones de phrases— et évitent les sons nasaux excessif de la langue.

    Il suffit de quelques phrases, l’obscure réplique du berger et sa sentence de médecin, pour que la basse pleine et sonore de Thomas Dear donne l’envie de l’entendre très prochainement. Dans le rôle ingrat d’Ygniold, prétexte à tant de mignardises de sopranos travesties, à un mouvement près, un déplacement mâle maladroitement chaloupé des hanches pour un garçon, Chloé Briot est remarquable et il faut reconnaître ici que la mise en scène de Kœring évite habilement l’écueil. Même affublé d’un feutre douteux et en fauteuil roulant, la voix de Nicolas Cavallier est si jeune, si saine, qu’on a du mal à croire à la vieillesse et à la maladie d’Arkel, mais avec la beauté lumineuse du timbre, la noblesse de l’expression n’a pas d’âge et dégage une grande émotion au service d’un texte au plus beau niveau d’humanité, une puissance virile, et, peut-être, un émoi charnel de cet homme si beau face à la jeune et malheureuse Mélisande.


    Elle, c’est Sophie Marin-Degor, elle est belle, gracieuse, voix fraîche et pure mais harmonieusement charnue dans le médium qui nuance l’apparente pureté charnelle de cette femme venue de l’ombre. Si son refus du tact, du contact masculin du début (« Ne me touchez pas, ne me touchez pas », I,1) et le refus final de Golaud (« Je ne veux pas que tu me touches », IV, 2) se répondent dramatiquement, la mise en scène la fait, touchante certes, mais attouchante, cherchant le contact avec Pelléas : par l’origine mystérieuse, elle cependant ici joueuse, enjôleuse même et, si ce n’est pas dans les rets de ses cheveux selon la tradition courtoise qu’elle prend le jeune homme, c’est bien dans le filet de son châle qui en fait office : comme si elle déniaisait ce garçon encore pur. Lui, c’est Guillaume Andrieux, baryton Martin, qui passe sans problème l’écueil d’un rôle à la tessiture hasardeuse, avec la aigu qu’il donne avec une franchise, une vaillance remarquable, et toujours dans une expressivité toute naturelle au service de l’œuvre, vocalement et scéniquement. Sa silhouette svelte, sa grâce juvénile en font un Pelléas d’une innocence émouvante, faisant paire physique avec la jolie fille moins innocente que lui. On comprend que la jeunesse des deux héros annexe fatalement l’affection d’Yniold, rendant plus cruelle la naturelle connivence des jeunes contre le vieux, le barbon exclu, Golaud, qui s’il voit lucidement leur jeux innocents (« Vous êtes des enfants… »), sait et sent aussi la fatalité naturelle des lents et inéluctables glissements juvéniles du désir.


   Laurent Alvaro, prête au mari et frère meurtri et meurtrier son superbe timbre sombre de baryton basse (mais des «ôn », « ân »  trop fermés et nasalisés donnent un ton guidé à sa prononciation). Tour à tour avec femme, frère, fils, tendre, protecteur, inquisiteur, tourmenté, tourmenteur, il passe du murmure au tonnerre avec une criante et déchirante vérité et donne au personnage une grandeur et misère humaines bouleversantes.

   Et Serge Baudo était là, traînant dans le sillage de ses quatre-vingt-neuf ans de jeunesse toute une mémoire musicale de près d’un siècle et une gloire mondiale qui nous submerge d’une émotion et d’une gratitude d’un passé dont on redoute qu’elles affectent le présent du jugement critique. Oui, on le sait, il dirigea Pelléas et Mélisande en 1962 à la Scala à la demande de Karajan, il en fit un enregistrement couronné par le Grand Prix du Disque lyrique. Et tant et tant d’autres œuvres et disques qu’on a eu le privilège d’entendre. On l’a entendu souvent à Toulon, on a eu l’honneur et le bonheur de le saluer dans le foyer. Et là, dans la fosse dont il contredit le mortuaire nom,  magicien, de sa baguette, il fait naître, renaître Pelléas, largement centenaire mais toujours neuf.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy
Opéra de Toulon,
26, 29, 31 janvier
Production de l'Opéra de Nice

Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon

Direction musicale : Serge Baudo

Mise en scène et costumes : René Kœring
 . Décors : Virgile Kœring
 ; Lumières : Patrick Méeüs
.
Distribution :
 Mélisande : Sophie Marin-Degor
 ; Geneviève : Cornelia Oncioiu ; Yniold : Chloé Briot
 ; Pelléas :  Guillaume Andrieux
 ; Golaud : Laurent Alvaro
 ; Arkel : Nicolas Cavallier ; 
Un médecin :  Thomas Dear
.

Photos © Frédéric Stéphan :
1. La fontaine : Degor, Andrieux;
2.  Pelléas dans les cheveux/châle de Mélisande;
3. Cavallier, Degor, Alvaro;
4. Les souterrains : Andrieux, Alvaro;
5. Dernière fatale rencontre.



[1] Cela commence dès la toute première et courte scène (I, 1) : « Oh! oh!/ Oh! oh!/ Oh! oh!/ Oh! oui! /oui! oui! /Oui, oui /Si, si/ Non, non/ Non, non/ Non, non. //Tous! tous! Ne me touchez pas! ne me touchez pas! Ne me touchez pas! ne me touchez pas/Je ne veux pas le dire! je ne peux pas le dire! Je me suis enfuie! enfuie…enfuie… Je suis perdue! perdue! loin d'ici…loin…loin…je n'en veux plus! je n'en veux plus, Vous ne pouvez pas rester ici toute seule, 
Vous ne pouvez pas rester ici . » Et l’on concédera que certains doublons peuvent être dramatiquement expressifs mais cette impitoyable mécanique, devenu système tout au long, frôle le ridicule : la scène de la fontaine (II, 1), courte aussi, est fleurie de « ho !oh ! oui, oui, non, non », et autres doublons.

jeudi, février 04, 2016

FLAMENCO/JAZZ

       Toute l'équipe d'Arts et Musiques ​invite à ​venir fêter la sortie du ​nouvel album de La Ùltima ! le vendredi 12 février au Mama Shelter, 64, Rue de la Loubière, 13006 Mrseille à partir de ​18h30.
​       Avant leur concert au Sunset à Paris le 18 février, le groupe​ vous​ présentera son album et son actualité puis interprétera certaines de ses créations.

​17h • Conférence de Presse
18h30 • Show case suivi d'un cocktail​


Un moment exceptionnel qui sera le départ d'une grande année 2016 pour La Ùltima ! avec une tournée qui passera par Paris (18/02), Saint-Maximin (20/02), Marseille (23/04), Grans (10/06)...​


     Avant leur concert du 18 février au Sunset à Paris, LA ÚLTIMA, créée par Sylvie PAZ et Diego LUBRANO, vous présente son premier opus  A la mar fui por naranjas .
    Sylvie Paz (ex Barrio Chino) chanteuse et compositrice, issue de la musique hispanique, navigue depuis 20 ans dans les courants de la musique méditerranéenne. Diego Lubrano, guitariste flamenco et compositeur réputé, migre vers le jazz depuis plusieurs années.
Le répertoire s’est tissé au fil du temps. Les titres, tous originaux, sont le fruit d’une collaboration et d’un échange permanent entre les deux compositeurs. Les textes sont en espagnol. L’album porte le titre poétique d’une copla traditionnelle andalouse 
 :
« A la mar fue por naranja
 cosa que la mar no tiene,
metí la mano en el agua,
la esperanza me mantiene »

'Je suis allé chercher des oranges à la mer/, ce que la mer ne peut me donner,
 / j’ai mis la main dans l’eau/ car l’espérance me porte.'

Proposition de traduction  de Benito :

Si la mer n'a pas d'oranges,
Vraiment, cela importe?
J'y suis allé en cueillir
car l'espérance me porte.




L’exploration du métissage esthétique de cette création s’enrichit de la présence de remarquables musiciens, avec à la basse, Bernard Menu et au cajón Xavier Sanchez.



Arts et Musiques
www.artsetmusiques.com
135 Corniche Kennedy 13007 Marseille

mercredi, février 03, 2016

lundi, février 01, 2016

UN CHEVALIER DÉCONCERTANT/CONCERTANT


GRANDES MUSIQUES POUR PETITES OREILLES


Pour la première fois à Marseille, une série de concerts de musique contemporaine est imaginée en direction des plus jeunes. Deux propositions se déploient dans 6 arrondissements marseillais parmi les plus éloignés du centre névralgique culturel. L'une, LES ERRANTS DE L'UNIVERS, se destine plutôt aux lycéens. L'autre, LE CHEVALIER DECONCERTANT, est une création originale pensée pour les 8-12 ans autour de la figure du Baron de Münchhausen. Du nord au sud de la ville, l'Ensemble Télémaque attend grands et petits pour découvrir et partager de nouvelles émotions musicales. En rout

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS
Les Errants de l'Univers
Lundi 1er février à 11h00 au PIC – 16ème arr. (séance scolaire)
Mardi 2 février à 11h00 à l'Affranchi – 11ème arr. (séance scolaire)
Mardi 2 février à 20h00 à la Cité de la Musique - 1er arr.





LE CHEVALIER DECONCERTANT
Création  - Récit en musique - à partir de 9 ans

Musique : Raoul Lay
Livret : Raoul Lay et Charles-Eric Petit, d'après E. Raspe
Mise en scène : Olivier Pauls

Comédienne : Agnès Audiffren
Musiciens : Charlotte Campana flûte I Linda Amrani clarinette I Gérard Occello Trompette I Solange Baron accordéon I Christian Bini percussions I Raoul Lay Clavier Electrique, samples et direction

A l'école, Rudolf est une tête de turc. Avec ses amis Wolf, Bolto, Flynt et Owen, il décide de s'inventer une épopée et de transformer le monde grâce à son imaginaire. Parviendra-t-il à devenir Münchhausen, le plus grand des barons barrés raconteur de bobards ? Une parabole musicale drôle et profonde pour six musiciens et une comédienne.

Entre janvier et mai 2016, une centaine de collégiens - Henri Barnier (16ème), Jean Moulin (15ème), Darius Milhaud (12ème) - vont suivre des ateliers de pratique vocale et percussions pour donner, aux côtés des musiciens de Télémaque, une version « enrichie » du Chevalier Déconcertant en mai 2016 à l'Alhambra.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS
Jeudi 4 février à 14h30 au PIC – 16ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 14h30 à la Bibliothèque Départementale Gaston Defferre – 3ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 19h00 aux Bibliothèques Départementales Gaston-Defferre – 3ème arr.
Samedi 6 février à 15h00 au Château de la Buzine – 11ème arr.
Mercredi 10 février à 15h00 au Musée du Château Borély – 8ème arr.
Jeudi 11 février à 10h00 et 15h00 à l'Atelier des Arts – 9ème arr. (séance centres aérés)


mercredi, janvier 27, 2016

Concert au Temple

Chant Libre
À travers une œuvre inspirée par le courant symboliste et impressionniste de son époque, Debussy a créé un langage sonore infiniment changeant, qui, à la façon d’un peintre, lui permettait de décrire les milles nuances du réel et fit de lui l’un des compositeurs qui révolutionna le plus la musique du XXe siècle.
Dans ce spectacle théâtral et musical, par le prisme d’un personnage inspiré de l’univers aristocratique qu’il fréquentait, d’un duo piano/voix qui interprétera quelques-unes de ses plus belles mélodies et certaines œuvres de ses contemporains, nous parcourrons la vie et l’œuvre de ce génie subtil souvent incompris et qui toujours composait de manière libre, refusant les succès faciles.

À travers une œuvre inspirée par le courant symboliste et impressionniste de son époque, Debussy a créé un langage sonore infiniment changeant, qui, à la façon d’un peintre, lui permettait de décrire les milles nuances du réel et fit de lui l’un des compositeurs qui révolutionna le plus la musique du XXe siècle.
Dans ce spectacle théâtral et musical, par le prisme d’un personnage inspiré de l’univers aristocratique qu’il fréquentait, d’un duo piano/voix qui interprétera quelques-unes de ses plus belles mélodies et certaines œuvres de ses contemporains, nous parcourrons la vie et l’œuvre de ce génie subtil souvent incompris et qui toujours composait de manière libre, refusant les succès faciles.

Programme musical

1°- Prélude : Voile (Debussy)
2°- Beau Soir (Debussy texte de Paul Bourget)
3°- Pierrot (Debussy texte de Théodore De Banville)
4°- Nuit d’Etoiles (Debussy texte de Théodore De Banville)
5°- Dis-moi sous l’ombre des branchages (P.I Tchaïkovski)
6°- Mandoline (Debussy texte de  Paul Verlaine)
7°- Gymnopédie (Erik Satie)
8°- Apparition (Debussy texte de Mallarmé)
9°- Le Colibri (Ernest Chausson texte de Leconte de Lisle)
10°- Clair de Lune (Debussy texte de Paul Verlaine)
11°- Clair de Lune (Fauré  texte de Paul Verlaine)
12°- Mélisande (Pièce pour Piano de Mel Bonis)
13°- The Little Sheperd (Pièce pour Piano de Debussy)
14°- La flûte Enchantée (Maurice Ravel)
15°- L’Âme Evaporée (Debussy texte de Paul Bourget)

Blerta ZHEGU
Née à Tirana (Albanie), Blerta Zhegu débute ses études de chant, dans son pays, auprès de Mme Nina Mula (mère et professeur de la soprano Inva Mula), puis elle se perfectionne au Conservatoire Claudio Monteverdi de Bolzano (Italie) dans la classe de Giulio di Raco. Pendant ces années elle complète sa formation auprès de M. Nathaniel Brodsky (ancien soliste de l'Opéra de Chicago et du Metropolitain Opera of New York). Elle est aussi diplômée du conservatoire Darius Milhaud d’Aix- en-Provence dans la classe de Laure Florentin.
Sa formation universitaire est complétée par ses participations aux masters classes d’artistes tels que Leo Nucci, Renato Bruson, Luciana Serra, Yvonne Minton, Claudio Desderi, Enzo Tel, Claudia Rueggeberg, Marie Ange Todorovitch, Renée Auphan et Inva Mula.
Sa carrière professionnelle débute sur la scène du Théâtre Municipal de Bolzano, Lucy (The Telephone de G. Menotti). Elle enchaîne ensuite, une série de concerts aux théâtres de Sienne, Vicenza, Rovigo, Bolzano, puis elle interprète une autre Lucy, L'Opéra de quat'sous de K.Weill, aux Théâtres de Livourne, Pise et Lucca. De retour en Albanie, elle est ensuite engagée dans plusieurs productions et concerts au Théâtre National de l'Opéra et Ballet de Tirana. Elle a eu l’occasion de collaborer avec plusieurs chefs d’orchestre : Nathalie Marin, Oleg Arapi, Eddie de Nadai, Roni Porat, Emir Saul, Edmond Doko and Samuel Jean, Vittorio Parisi.
En novembre 2012, elle est invitée à Quito (Equateur) pour chanter la 4e Symphonie de Mahler et en mai elle chante dans son deuxième concert récital à Tirana.  Pour la saison 2013-2014, elle a été Stagiaire au CNIPAL (Centre National d’Artistes Lyriques) enchaînant divers concert à l’Opéra de Marseille, Grand Opéra d’ Avignon et au Domaine d’O de Montpellier.
Blerta Zhegu est lauréate de plusieurs concours : le 1er Prix au « ArsKosova », Kosovo, le Prix Spécial du Jury au « VI Rassegna Concertistica » in Montichiari, Italy et le 3ème Prix « Trofeo la Fenice », Seravezza, Italie.
En décembre 2014 elle a fait son début au Theatre Coccia de Novara dans le rôle principal de Valeria dans l’opéra Il Canto dell’Amore Trionfante de Paolo Coletta et s’est produite plusieurs fois en tant que soliste à l’Auditorium Campra notamment avec l’Ensemble CBarré durant la saison 2014/2015.
Prochainement Blerta chantera dans plusieurs concerts à Aix en Provence, lors des  Vœux de la Ville d’Aix en Provence organisés par Me Maryse Joissains, elle sera le 18 juillet en récital  suite à l’Académie Internationale de musique française de nouveau à Aix lors du festival Musique dans la rue du 26 au 29 août.

Marion LIOTARD

Après des études musicales complètes (piano, musique de chambre accompagnement, maîtrise de musicologie sur la compositrice Louise Farrenc), Marion, guidée par son professeur Pierre Morabia, découvre dans l'accompagnement un métier extraordinaire qui offre la possibilité de s’exprimer dans de nombreux styles musicaux, et de partager la musique avec des partenaires très variés.
Toutefois, le répertoire vocal attire particulièrement son attention puisqu’il est enrichi d’une dimension littéraire passionnante. Depuis l’obtention d’un Premier Prix d’accompagnement en 2004, elle a été accompagnatrice au CNR de Marseille et dans diverses écoles de musique. Elle accompagne avec autant de plaisir des chœurs et des solistes, mais aussi des instrumentistes dans diverses formations de musique de chambre.
Elle intègre en septembre 2009 l’équipe de chefs de chant du CNIPAL à Marseille jusqu'à sa fermeture en 2014. Elle se produit régulièrement en récital piano/voix aux foyers des opéras d’Avignon, Toulon et de Marseille ; en mai 2010 , sur la scène de l’opéra de St-Etienne. On a pu l’entendre à l’Amphithéâtre d’O à Montpellier lors de la Fête de la Musique 2011, à l’Opéra de Marseille le 13 Janvier 2013 pour l’ouverture de Marseille Capitale Européenne de la Culture, à l’Opéra de Bordeaux pour un Midi Musical en avril 2013, au Festival de Radio-France à Montpellier en Juillet 2013, aux Festival « Musique à la ferme » de Lançon-de-Provence et Festival des Nouveaux Talents de Villers-sur-Mer en 2014... Elle a joué l'opéra Mireille de Gounod en version concert à l'Opéra de Marseille en Octobre 2014 et s'est produite au Bozar de Bruxelles dans un récital lyrique en novembre 2014 ainsi qu'à la Maison de la Radio en décembre 2014, lors du concert des Révélations Lyriques des Victoires de la Musique.
Très investie dans la création de la musique de son temps, elle participe en Juin 2010 à la création d’Act’tempo, association dédiée au développement de la création musicale. Elle crée en 2010 Un brasier d’étoiles (cycle de mélodies) et en 2013 Médée Kali (opéra de chambre) de Lionel Ginoux.

Guillaume CHAPUIS
Co-fondateur et membre de la troupe de théâtre amateur « Lez  ‘Ensoleillés » depuis 2010, et co-fondateur et co-organisateur du festival de théâtre Lambesc en Scènes depuis 2011. Guillaume a participé à plusieurs projets théâtraux représentés lors de divers festivals à travers la région PACA.
En août 2014, avec le dernier projet adapté et mis en scène par la troupe La Dernière Bougie, il eut l’occasion de jouer sur les planches de la Chapelle Notre-Dame de la Conversion (Théâtre des Italiens) pour le Festival d’Avignon OFF 2014.
C’est la rencontre avec Blerta Zhegu qui le fera s’intéresser de près à l’opéra. Ainsi, l’idée de mêler le chant lyrique et le théâtre a surgi comme une évidence. En s’inspirant de différentes biographies et études de sa musique mais aussi du magnifique film de Ken Russell The Debussy Film, la volonté fut de proposer, autour d’un programme de mélodies élaboré par Marion et Blerta, de rentrer dans l’univers intime de Claude Debussy « Musicien Français » qui fut un génie souvent incompris de par une personnalité sauvage.

Sur une ideé  de Blerta ZHEGU et Guillaume CHAPUIS

Texte, Scénographie : Guillaume CHAPUIS

Programme Musical : Blerta ZHEGU, Marion LIOTARD

À PERDRE LA TÊTE…

MARIA STUARDA

1834

Drame lyrique en trois actes de Gaetano Donizetti

Livret de Giuseppe Bardari

D’après la pièce de Schiller (1801)

(version concertante)

Opéra Grand Avignon

24 janvier 2016

Création à Avignon

À PERDRE LA TÊTE…
     De Marie Stuart, on pourrait dire que sa fin tragique lui a laissé une place dans l’Histoire que son histoire ne lui aurait pas accordée.

     Et pourtant… reine d’Écosse à quelques jours de sa naissance, de 1542 à 1567, reine de France à dix-sept ans de 1559 à 1560, considérée par les catholiques reine légitime d’Angleterre et d’Irlande contre sa cousine Élisabeth (1533-1603) reine « bâtarde » car née d’Anne Boleyn après l’irrecevable divorce pour eux d’Henry VIII d’avec Catherine d’Aragon, et écartée de la succession par son père qui fit décapiter sa mère puis par son frère Édouard VI. Tout pour une grande vie de reine multiple. Élevée dès l’âge de six ans dans la cour de France, parée de toutes grâces et d’une belle culture pour une femme de son temps, à la mort du jeune roi François, catholique fervente, elle rentre à dix-huit ans dans son royaume d’Écosse protestant, régi par son demi-frère en son absence.
    À partir de là, de moins de tête que de cœur, malgré de bonnes intentions, elle ne fait que de mauvais choix : sans consulter personne, jetant dans la révolte son demi-frère et les nobles, elle épouse, son cousin germain, catholique. Son mari la trompe et maltraite, fait assassiner son favori musicien Rizzio sous ses yeux. Un mari tueur, à tuer… Il le sera par son amant, l’aventurier Bothwell. Il organise un attentat dont on croit qu’elle a donné l’ordre ou l’accord : il étrangle le roi consort et fait exploser une bombe, et le scandale, pour camoufler —mal— le meurtre. Marie le fait acquitter du crime sacrilège de régicide, confirmant les présomptions contre elle et, un mois après l’attentat, épouse en troisièmes noces l’assassin de son mari, protestant, s’aliénant, cette fois à la fois les catholiques, les nobles et sa cousine Élisabeth de neuf ans son aînée, la Reine Vierge, célibataire, rétive à l’hymen : il est vrai que l’exemple légué par son père Henry VIII, avec ses familles recomposées, ou plutôt décomposées, trois enfants de trois mères différentes, six mariages, deux divorces et deux femmes décapitées, n’incitait guère à donner confiance en l’institution conjugale. Élisabeth, choquée par la désinvolture matrimoniale et ce divorce à l’écossaise, à la dynamite, de sa jeune cousine, et rivale tranquillement déclarée pour son trône d’Angleterre, n’osant un procès sur le régicide, fera instruire une enquête sur l’assassinat du roi consort, son cousin aussi.

   Défaite par les lords révoltés menés par son demi-frère, emprisonnée —déjà— Marie s’évade  et va chercher refuge auprès d’Élisabeth, la prudente anglicane : elle a les Écossais sur le dos et se jette dans les bras des Anglais. Embarrassant cadeau pour Élisabeth qui enferme de résidence surveillée en prison de plus en plus sévère son encombrante cousine, soutenue par la France et la très catholique Espagne, pour empêcher, vainement, ses conspirations contre son trône et sa vie. Le dernier complot, de Babington, dans lequel on l’implique, à tort ou a raison, signera son arrêt de mort. On portera au crédit d’Élisabeth au moins d’avoir hésité dix-huit ans à se débarrasser de l’empêcheuse de régner en rond car les Tudor ont la hache facile : son père a fait décapiter deux de ses femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, son frère Edouard VI fait décapiter la gouvernante de leur demi-sœur Marie Tudor et celle-ci, Jeanne Grey, mise sur le trône à sa place. Dernière de cette charmante famille, Élisabeth tranche finalement dans le vif du sujet,  royal, mais après un procès qui condamne Marie à l’unanimité. À quarante-cinq ans, dont dix-neuf de captivité avec la prison écossaise, la triple reine, née apparemment pour les plaisirs, meurt atrocement : le bourreau, ivre, s’y reprend à trois fois pour la décapiter. Sans laisser une œuvre politique comme reine, elle sort de l’Histoire pour entrer dans la légende.


De la tragédie à l’opéra

    Après une pièce française du XVIIe siècle, c’est la légende que cultive la tragédie de Schiller que Donizetti et son librettiste ont vue dans la traduction italienne de 1830. Réduisant à six le nombre de personnages, contraintes déjà économiques de l’opéra baroque et romantique qui emploie tout de même un vaste chœur, condensant en un seul Leicester le personnage de Mortimer, l’amoureux, et celui qui complote l’évasion de Marie.

    Contrairement à la pièce de théâtre qui commence après le procès alors que Marie connaît déjà sa condamnation, l’œuvre en étire habilement l’angoissante attente jusqu’au dernier acte, en ménage le suspense après une montée dramatique qui culmine jusqu’au paroxysme de l’affrontement entre les deux femmes ; l’opéra élude le procès préalable et fait porter sur la seule reine Élisabeth la responsabilité de la sentence finale de mort, et non pour des raisons de justice et de politique, mais plus humainement passionnelles : la jalousie. Élisabeth dispute à Marie l’amour de Leicester qui a juré de la délivrer, et tente vainement de réconcilier les deux femmes et d’éviter l’issue fatale, qu’il ne fait que précipiter comme Desdémone plaidant pour Cassio et le perdant aux yeux du jaloux Othello,  tout ce qu’il dit en faveur de la reine d’Écosse se retourne contre elle.

 L’HISTOIRE SUBLIMÉE PAR UNE VOCALITÉ SUBLIME

   En musique et très beau chant, ces aménagements dramatiques ont l’intérêt d’opposer des personnages antithétiques, contraires (Talbot) ou défavorables (Cécil) à Marie, des duos parallèles très intenses entre les deux reines et leur commun amour Leicester, l’un avec des apartés dépités ou rageurs d’Élisabeth qui tente et sonde les sentiments de celui qu’elle aime en secret mais aime Marie, comme Amnéris testant et découvrant l’amour d’Aïda, l’autre, entre espoir et détresse, entre Marie et Leicester, enfin, le climax, le sommet, le duo entre les deux reines où Marie, tout humilité d’abord, précipite sa chute en traitant Élisabeth de « bâtarde ». Les ensembles s’inscrivent en toute logique et avec une grande efficacité dramatique comme témoins impuissants, intercédant en sentiments opposés entre les deux femmes. Le chœur exprime joie, pitié du sort de Marie et, dans sa dernière intervention, évoque l’échafaud, l’apprêt du supplice, rendant inutile leur présence scénique.

    Et, on ne devrait pas le dire trop haut en ces temps où l’opéra, par force, se fait concert, le spectacle disparaissant par la pénurie, c’est l’un des intérêts de cette version « concertante », « concentrante », concentrée sur la musique et les voix. Mais quelles voix, et quels artistes ! On oserait dire que tout parut plus fort, plus intense dans cet alignement des chanteurs ne diluant, pas dans une scène en mouvement et un jeu spatialisé, la puissance de leur expression vocale et dramatique. Et, si le mot n’était aujourd’hui aussi galvaudé, on oserait dire aussi qu’ils nous offrirent une représentation où le tragique de l’Histoire était sublimé, au vrai sens d’‘idéalisé’, ‘purifié’, par la beauté sublime de leur voix et de leur interprétation.

   Concentration dynamique, haletante, du chef, Luciano Acocella, qui ne délaye jamais la trame orchestrale toujours un peu lâche de Donizetti, la resserrant par un tempo qui participe de ce drame qui court vertigineusement vers son inéluctable fin, que l’on connaît tout en la rêvant différente, sachant tamiser en clair-obscur le chœur (Aurore Marchand) jubilant du début, passant à l’ombreuse prière à mi-voix de la requête de pitié. Contenant l’orchestre ou le stimulant, mais toujours attentif aux chanteurs, à leur souffle, au texte qu’il module silencieusement.


    En majesté, Karine Deshayes, dans le personnage ingrat, ici simplifié d’Élisabeth, déploie la générosité de son mezzo, qui semble s’être étoffé et unifié en tissu somptueux du grave à l’aigu facile, prêtant la volupté du velours de la voix à une virginale reine dont elle nous fait sentir, dans ce chant ardent, que toute cette glace sensuelle est prête à fondre, contrainte de confondre un évasif objet d’amour qui glisse entre ses doigts. Ses regards sur Leicester disent le dépit amoureux, la jalousie, la haine de l’autre, l’humiliation de la reine, la douleur de la femme : tout le rugissement d’un fauve à peine contenu par la politesse et politique de cour : la passion dévorante contrôlée apparemment par les tours et détours policés du bel canto. 
Karine Deshayes, Ismael Jordi (photo Muriel Roumier)

Face à elle, face à face, affrontée et même effrontée malgré le danger, Patrizia Ciofi, sur une tessiture moins vertigineuse que nombre de ses rôles habituels, un médium corsé, onctueux, assombri, fait planer des aigus rêveurs dans son évocation mélancolique des jours heureux de France, donnant un sens à chaque ornement, gruppetti égrenés telles des images vocales, des pétales effeuillés du bonheur d’autrefois : comme étrangère déjà à elle-même, elle dénoue avec une élégance nostalgique les rubans des vocalises comme elle délierait des liens qui l’entravent dans son ascension spirituelle vers la liberté : son adieu aux autres et un adieu à soi, elle fait poésie de la rondeur et douceur de son timbre mais, ses grands yeux bleus lançant des flammes, devant les provocations insultantes de la reine d’Angleterre, ose le déchirer du cri de l’injure impardonnable qu’elle sait payer de sa vie, défaite mais non vaincue.

     Entre ces deux femmes, une qui l’aime, l’autre qu’il aime,  tentant vainement de ménager et de fléchir la reine triomphante, vouant à la reine prisonnière un amour digne à la fois de la courtoisie troubadouresque et du désir héroïque sacrificiel chevaleresque, Ismaël Jordi est un Leicester juvénile, perdu, éperdu, entre ces deux grands fauves politiques, et tout son visage, son corps autant que sa voix expriment son déchirement. Sa voix riche de ténor flexible, déjouant en virtuose tous les pièges vertigineux de la partition, traduit avec une émouvante expressivité le drame vécu par ce témoin impuissant devant le conflit passionnel à en perdre la tête qui prend le pas sur la raison des deux femmes.
Reines ennemies mais reines du bel canto amies
(photo Muriel Roumier)

   Michele Pertusi prête sa grande et belle voix de basse, son élégance, sa noblesse, à un Talbot confident et confesseur ému mais non complaisant d’une Marie qu’il exhorte à mourir chrétiennement en avouant ses fautes qu’elle ne peut cacher à un dieu vengeur. À l’opposé, ennemi politique de la reine d’Écosse, Cecil, est chanté par le baryton Yann Toussaint qui en aiguise l’implacable Raison d’état d’une inflexible voix aux éclats d’acier qui en appellent à ceux de la hache. Dans le rôle sacrifié de la suivante désespérée, Anna Kennedy, qui bandera les yeux de la reine martyre, Ludivine Gombert, avec peine quelques phrases et des ensembles émouvants, fait entendre un soprano d’une pureté diamantine dans la pourriture politique et passionnelle.

   Emprisonnée en mai 1568 par Élisabeth qui, en réalité, se refusera toujours à la rencontrer, Marie Stuart, poétesse également, avait brodé sur sa robe cette devise : « En ma Fin gît mon Commencement ». La légende, sinon l’Histoire lui donnent raison.
Maria Stuarda de Donizetti
Opéra Grand Avignon, 24 et 27 janvier .
Orchestre Régional Avignon-Provence. Chœur de l'Opéra Grand Avignon. Direction musicale : Luciano Acocella. Direction des choeurs : Aurore Marchand. Etudes musicales : Kira Parfeevets.
Distribution
 : Maria Stuarda : Patrizia Ciofi . Elisabetta : Karine Deshayes ; Anna Kennedy : Ludivine Gombert. Leicester : Ismaël Jordi, Anna Kennedy : Ludivine Gombert ; Talbot : Michele Pertusi ; Cecil : Yann Toussaint
Sous l'égide de l'Association des «Amis du Théâtre lyrique»
Photos : Jean-François Canavaggia.
1. Les saluts : Gombert, Pertusi, Ciofi, Acocella, Deshayes, Jordi, Toussaint;
2. Gombert, Pertusi, Ciofi.


vendredi, janvier 22, 2016

À NE PAS RATER!

Swing Cockt'Elles en Scène
sam. 30 janv. 2016 de 20h30 à 23h00
Le 30 janvier 2016, retrouvez les Swing Cockt'Elles en concert sur la superbe scène de La Scène à Aix-en-Provence - Les Milles.
Ouverture des portes à 19h30
Concert à 20h30


Invité par Maafa Abdelhafid, le trio vocal accompagné au piano, Swing Cockt'Elles, vous réserve un beau programme avec des interprétations inattendues de standards de jazz, chansons françaises, musiques de films...
Harmonie, humour et swing seront au rendez-vous !
Après le concert, les 4 musiciennes vous retrouveront pour une séance de dédicace de leur album, sorti fin 2015, "Amour, Swing et Beauté" que vous pouvez acheter sur place ou en prévente, avec votre billet.
Réservez vos places dès aujourd'hui, il n'y en aura pas pour tout le monde !
Le soir du concert, une surprise vous attend. Un tirage au sort sera organisé.
Et l'heureux gagnant repartira avec notre album dédicacé.

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