Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

mercredi, mai 16, 2018

GRAND GUITARISTE, GRAND COMPOSITEUR, GRAND INTERPRÈTE

Aube et crépuscule

Concert au jardin samedi 19 mai 2018 à 16h00

Venez nombreux au nouveau spectacle de l'ensemble Magellan empli de poésie et d'inspiration le samedi 19 mai 2018
PAF: 15 euros, gratuit pour les enfants jusqu'à 12 ans apéritif compris.
Adresse:La félicité, 595 route des Milles, 13090 Aix en Provence

lundi, mai 14, 2018

BIEN ÉVEILLÉ


Enregistrement 12/4/2018, passage, semaine 14/4//19/5/18

RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)

« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 314

lundi : 18h45 ; mercredi : 20 h ; samedi : 17h30

Semaine 20



         Quand on parle de de Moyen-Âge on considère rarement que c’est une très longue période de l’histoire de l’Europe, qui couvre près d’un millénaire, dix siècles, qui vont du Ve au XVe siècle, entre l’Antiquité et les Temps modernes. On le fait débuter avec la chute de Rome, en 476 avec la déposition du dernier empereur romain par Odoacre : c’est le lent  déclin de l’Empire d’Occident, les invasions barbares. Le Moyen Âge se termine par la Renaissance et les Grandes découvertes. Cette immense période est subdivisée entre le haut Moyen Âge (VIeXe siècles), le Moyen Âge (XIeXIIIe siècles) et le Moyen Âge tardif ou bas Moyen Âge (XIVeXVe siècles). C’est dire si c’est un long moment de notre histoire qu’on peut difficilement appréhender culturellement dans son immense diversité.
Ainsi, la musique médiévale, forcément très diverse, n’est pas très courue. Pourtant, il y a quelques frémissements qui laissent espérer un intérêt pour des pans de ce monde dont nous sommes issus. Récemment, ouvrant ses frontières temporelles, au titre du thème marseillais de 2018 sur l’amour, Mars en Baroque avait accueilli, le mardi 13 mars, en l’Église Saint-Cannat, le jeune ensemble APOTROPAÏK pour un concert intitulé AŸ AMOUR ! Ces jeunes musiciens nous avaient fait goûter des pièces rarement données en concert, dont des chants de troubadours occitans, parmi lesquels, le célèbre alors Foulquet de Marseille. C’est pourquoi, après avoir parlé de la Musique au temps de Saint-Louis, je suis heureux de saluer, le CD d’un autre tout jeune ensemble, un disque qui sort des sentiers battus : En Seumeillant : « Rêves et visions au Moyen-Âge » par le Sollazzo Ensemble, aux Éditions Ambronay
Le Sollazzo Ensemble est fondé à Bâle en 2014 par la vièliste Anna Danilevskaia, qui le dirige, réunissant autour d’elle cinq musiciens, deux sopranos, Perrine Devillers et Yukie Sato, un ténor, Vivien Simon, un harpiste, Vincent Kibildis, et une autre vièlistes à archet, Sophia Danilevskaia. Les membres de Sollazzo ont tous étudié dans des institutions renommées pour leur spécialisation en musique ancienne :  la Schola Cantorum Basiliensis, de Bâle même, l'Esmuc de Barcelone et le CNSM de Paris. L’année même de la fondation de l’ensemble, ils sont sélectionnés, choisis, pour participer au programme du célèbre Centre culturel des rencontres d'Ambronay. L’année suivante, ils reçoivent trois prix pour leur interprétation de musique ancienne.  Leur premier disque, Parle qui veut, en 2017, est distingué par de nombreuses distinctions, Diapason d'Or, CD de l'année de la revue Gramophone, etc. Gageons que ce dernier CD, exigeant, à peine sorti, aura le même accueil favorable. Et pourtant, aucune facilité dans le choix de la musique qu’ils appellent tardo-médiévale, puisée en Catalogne, Italie, France, d’entre les XIIIe et XVe siècles, de styles et d'esthétiques très différentes, classée sous la rubrique unitaire de « Rêves et visions au Moyen-Âge ».
Rêve qui peut être un cauchemar, comme dans ces visions d’apocalypse, du Jugement dernier, de ce Cant de la Sibilla catalan dont je vous lis le refrain obsédant :
 « Al jorn del Judici parrà el qui haurà feyt servici ». ('Le jour du Jugement ceux qui auront bien servi seront récompensés'). Les autres, punis .
J’en résume quelques vers : ‘Un grand feu descendra du ciel , /brûlant
mer, sources et rivières./Les poissons pousseront de grands cris/
[…] Avant le Jugement viendra l’Antéchrist/et donnera du tourment à tout le monde/et il se fera servir comme Dieu/et fera mourir celui qui ne lui obéira pas.’
Nous écoutons un extrait :

1) PLAGE  1

Eh bien, cet air saisissant d’une de ces sibylles, prophétesses ou illuminées dont les chants existaient dans toute l’Europe, s’est préservé à Palma de Majorque et on le chante toujours dans des églises, et notamment dans la cathédrale de Palma, pendant la messe de minuit. Au milieu de la réjouissance de Noël, un petit garçon ou une petite fille, brandissant un sabre, vient troubler la fête en rappelant brutalement, en ce début heureux, la fin terrible de tout.  « Le chant de la Sibylle de Majorque » a été inscrit  par l'UNESCO du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Certes, cette pièce est bien connue. Mais parmi les morceaux les plus saisissants, à cheval entre les XIVe et le XVe siècles, il y a deux chants dits « des Fumeurs », du nom d’une société secrète. Bien sûr, ce ne sont pas des fumeurs de tabac, qui ne fut importé d’Amérique par les Espagnols qu’au XVIe siècle. Mais il n’est pas interdit de penser qu’on pouvait aussi fumer, inhaler des fumées de plantes hallucinogènes. En tous les cas cet air étrange, semble bien exprimer une sorte de transe, de délire en sourdine. Voici le refrain de la strophe, traduite de l’ancien français :  ‘Le fumeux fume en la fumée/De fumeuses spéculations ». Et le couplet : ‘Car il enfume sa pensée/ Le fumeux fume en la fumée/ Car il lui plaît fort de fumer/Jusqu’à ce qu’il soit satisfait’.  
Nous en écoutons un extrait, à mi-voix, dissonant, planant :

2) PLAGE 7

Le disque nous promène donc dans un Moyen Âge non de rêve de quelque reconstitution plus ou moins fantaisiste, mais, explique-t-il, de la rêverie la plus innocente à la chanson à boire paillarde en passant par la vision mystique, comme cette  italienne  Magdalena degna da laudare , ‘Madeleine, digne de louange’ ou la sombre litanie mortuaire exprimée aussi par des dissonances, Litania mortourum discordans, d’une époque qui connut les horreurs de la Peste noire qui ravagea l’Europe. La mort délivre aussi de l’amour, comme dans Morte m'a sciolt' d’amore ('La Mort m'a libéré d'amour') tiré de Pétrarque. Il y a des morceaux souriants, lumineux, comme La bella stella , ‘La belle étoile’,  le plaisant Or sus, vous dormez trop. Mais nous quittons ce beau CD sur l’amusant En ce gracieux temps de Jacob de Senlèche, où vous entendrez le rossignolet et ses cris, « Oci, Oci » avec ceux du coucou, naturellement, « cocu, cocu » :

3) PLAGE 11

 En Seumeillant : Rêves et visions au Moyen-Âge, Sollazzo Ensemble, 1CD Éditions Ambronay Durée du CD : 62'34''


dimanche, mai 13, 2018

CYGNE NOIR



LOHENGRIN
Opéra en trois actes de
RICHARD WAGNER
Coproduction Opéra de Marseille / Opéra de Saint- Étienne
Opéra de Marseille, 8 mai

Cette œuvre n’avait pas été représentée à Marseille depuis 1983, soit trente-cinq ans, et y revient en apothéose.

L’ŒUVRE
         Lorsque Lohengrin est créé par Liszt à Weimar en 1850, en son absence, Wagner, réfugié en Suisse après les événements révolutionnaires de 1848 qui secouent l’Europe, a déjà à son actif plusieurs ouvrages lyriques, Die Feen, ‘les Fées’, de 1833 mais créé seulement en 1888, Das Liebesverbot, oder Die Novize von Palermo (‘La défense d'aimer, ou la Novice de Palerme’) d'après Mesure pour mesure de Shakespeare, qu’il dirige lui-même en 1836, Rienzi de 1842, influencé par Meyerbeer, son premier succès, mais le compositeur lui-même le renie et l’œuvre n’est jamais entrée au répertoire du Festival de Bayreuth. Dans ce sacro-saint de ce qui sera le wagnérisme n’ont droit de cité que les opéra qui suivent, Wagner ayant trouvé sa manière, un style qu’il ne va cesser de peaufiner et d’approfondir : Der Fliegende Holländer (1843), Tannhäuser (1845) et enfin Lohengrin en 1850.
         C’est un opéra de transition avec ses œuvres futures, qui n’a pas encore rompu entièrement avec la tradition de l’opéra italien et du romantisme germanique avec des vers itératifs qui donnent souvent une sorte de clôture à des « airs » détachables. Mais la mélodie continue y est déjà sensible et le motif, sinon encore exactement leimotiv, (motif conducteur varié) du Graal, depuis l’ouverture, plane comme une auréole de grâce évanescente sur nombre de passages.

Style troubadour
         Avec sa musique de l’avenir, Wagner demeure un homme culturellement tourné vers le passé et un auteur sensible à la mode de son temps, au style troubadour, la vogue médiévaliste du néo-gothique qui envahit les arts à partir du premier tiers du XIXe siècle, dont Violet Leduc, restaurateur et créateur de monuments médiévaux, est l’exemple génial. Féru de mythes médiévaux, à partir du précédent Tannhäuser, inspiré de personnages historiques réels, dont le minnasänger (trouvère germanique) éponyme, qui donne son nom à l’œuvre, et son compétiteur Wolfram von Eschenbach, il greffe à leur légendaire concours de chant la légende de sainte Élisabeth de Hongrie. À partir de là, il trouve l’inspiration de ses autres opéras dans le merveilleux médiéval chrétien comme Parsifal, ou païen germanique comme la Tétralogie. Lohengrin est une charnière thématique intéressante, puisque le personnage d’Ortrud représente le conflit entre le Dieu chrétien et les anciens dieux païens germaniques et nordiques qu’elle entend venger, héros de la future Tétralogie. La seule exception est la comédie Die Meistersinger von Nürnberg, ‘Les Maîtres chanteurs de Nuremberg’ (1868), version populaire de ces poètes qui chantent la dame, l’amour, lors de concours publics de poésie, seule œuvre échappant au mythe, laïque, dont la seule transcendance est sans doute l’Art.

         Ce poétique et mystérieux Chevalier au cygne, dont l’identité ne sera révélée qu’à la fin,  Lohengrin, est un personnage légendaire médiéval connu dès le XIIe siècle par des chansons de gestes. Wagner s’inspire du minnasänger qu’il avait déjà mis en musique dans son Tannhäuser, Wolfram von Eschenbach (1170 1220), de son poème épique Parzival, Parsifal, Perceval pour nous, qui rattache Lohengrin au cycle du Graal des chevaliers de la Table ronde. C’est un mystérieux et merveilleux inconnu qui aborde un jour  un rivage dans une nacelle, une petite barque, tirée par un cygne. Par sa vaillance, il se gagnera un fief et une épouse. Mais, un jour, le cygne qui l’avait guidé réapparaît, l’appelle, le rappelle : le bel inconnu, venu d’on ne sait où repart pour on ne sait quelle autre lointaine et impénétrable mission, s’envole à jamais dans sa barque tirée par un cygne, gardant à jamais son mystère.
         Chez Wagner, sur les bords de l’Escaut, devant Heinrich der Vogler, ‘Henri l’Oiseleur’, roi de Germanie et l’assemblée des nobles du Brabant, il vient défendre d’une injuste accusation de fratricide portée par le comte Telramund, à l’instigation de son intrigante femme Ortrud, la pure Elsa de Brabant, romantique héroïne rêveuse. Il la défend, vainc, l’épouse avec l’injonction de ne jamais lui poser la question fatale de son nom et de son origine mais, tel Orphée vaincu par l’insistance de sa femme arrachée aux Enfers, l’infraction du tabou par une Elsa tenaillée par le doute instillé par Ortrude, forcé de révéler son identité, il est contraint de la quitter pour retourner à Montsalvat où son père Parsifal garde le Saint Graal. Non sans avoir ressuscité Gottfried, le frère prétendument occis par Elsa, que la magie d’Ortrud avait changé en cygne.

         Proust et Wagner
         Wagner avait cherché à Paris, alors capitale musicale de l’Europe, une consécration qui, à l’exception de rares esprits éclairés tels Baudelaire ou plus tard Mallarmé, ne viendra que bien tard, vers la fin du XIXe siècle après l’apaisement de la germanophobie consécutive à la défaite française de 1870 et la perte de l’Alsace et la Lorraine. À cheval sur les deux siècles, Proust, amateur subtil, témoigne dans À la recherche du temps perdu, de l’accueil controversé de Wagner en France. Il adorait sa musique,  il avait peut-être vu Lohengrin lors de sa création française en 1887 mais, surtout, il fréquentait les Concerts Lamoureux qui, passée l’hostilité rageuse contre le wagnérisme, programmait des pages symphoniques. L’écrivain s’avoue
« Persuadé que les œuvres qu’[il y entendait] (le Prélude de Lohengrin, l’ouverture de Tannhäuser, etc.) exprimaient les vérités les plus hautes ».
Proust consacre nombre de commentaires à Wagner, à Lohengrin dans Du Côté de Guermantes, À l’Ombre des jeunes filles en fleur, La Prisonnière, etc. C’est un  aperçu intéressant de l’engouement et de l’aversion envers Wagner dans les cercles élégants. Ainsi, le salon républicain et progressiste de Madame Verdurin organise un voyage à Bayreuth. Cependant, même le salon aristocratique et royaliste des Guermantes, pourtant conservateurs, débat du cas Wagner, ainsi le savoureux dialogue entre le duc trouvant que Wagner l’endort « immédiatement » qui s’attire cette réplique de sa femme :
         « Vous avez tort, dit Mme de Guermantes, avec des longueurs insupportables Wagner avait du génie. Lohengrin est un chef-d’œuvre. Même dans Tristan il y a çà et là une page curieuse. Et le chœur des fileuses du Vaisseau fantôme est une pure merveille. »

         Mais abandonnant les salonards à leurs catégoriques et lapidaires jugements, comment ne pas partager ce sentiment de Proust qui goûte
         « cette sorte de tendresse, de sérieuse douceur dans la pompe et dans la joie qui caractérisent certaines pages de Lohengrin » ?


RÉALISATION
Ce Prélude fameux de Lohengrin, douce ouverture, mais sur un monde où la pureté et la poésie vont s’opposer cruellement à la dureté et méchanceté des hommes, débute en sourdine dans une brume moirée embuée de rêve aux bords d’un sommeil finissant, dont les évanescentes vapeurs se dissipent au tout léger souffle de vent sur le feuillage de peupliers, faisant miroiter la face argentine des feuilles, léger rideau qui s’ouvre lentement, sur une scène, un onirique et impalpable paysage d’ailleurs, montant sur un crescendo, un fracas de soleil avant de s’estomper, délicatement conduit par la baguette inspirée de Paolo Arrivabeni, est malheureusement gâché par l’indiscrète animation parasite imposée par la mise en scène de Louis Désiré dans le décor de Diego Méndez Casariego, un étagement, à cour, d’une sombre et énigmatique bibliothèque où passeront une jeune femme et un jeune homme, dont l’esprit, distrait de la merveilleuse musique, tente de déchiffrer l’énigme avant d’identifier Elsa et son frère disparu supposé assassiné par elle, quand il suffisait de lire le texte du programme pour le savoir.
Bonne idée que le livre, caressé par la jeune femme, relais passé à des enfants qui situe l’intrigue dans l’univers des contes, mais le mimodrame casse le drame, capte trop l’attention au détriment de la musique ; excellente idée que de l’opposer, à jardin, à ce touffu trophée d’armes, antithèse guerre et culture, le presque trait d’union de cette table, tronc d’arbre à peine arraché à la nature, voisinant avec le fauteuil Louis XVI, aboutissement raffiné de l’art, couvert de soldats de plomb ambigus, jouets enfantins et plans et tactique pour le combat.

Cet anonyme, roi valise à la main, même pour signifier une fuite précipitée, manque singulièrement de majesté dans son neutre costume de fuyard pour rendre crédible qu’il règne majestueusement sur un combat singulier dont il impose la règle à tous. Rien ne le distingue, dans sa stricte veste sombre à boutons dorés, du reste de la troupe, à part les manches passementées d’or de son manteau comme Telramunt et un pendentif trop petit pour être identifié de loin. Des civils en costume se mêlent aux militaires et même les femmes ont des robes sévères (Méndez Casariego) qu’on dirait de pensionnaires, à part Elsa en clair et Ortrud dans son habit de fête de nuit au revers de feu. Cela a une harmonie globale austère non sans grandeur. Dans la tonalité ténébreuse de l’ensemble, les masses se fondent, confondent, s’étagent vaguement dans d’angoissants clairs-obscurs, des pénombres, les lumières somptueuses de Patrick Méeüs arrachant de l’ombre, de saisissante et fantomatique façon, des silhouettes, des têtes, des visages. Dans cet univers ténébreux, l’image surélevée du lit des deux époux dans les draps, d’une éclatante blancheur, a le charme naïf de certaines enluminures médiévales présentant, des gestes raides stéréotypés, des amants heureux.
 Le héros a une chemise contrastant avec son manteau, affublé d’un dossard convoquant les plumes du cygne absent, évoquant surtout un blouson de motard angelino, de Los Angeles, ‘la cité des anges’. Détail pas très heureux sans doute mais, le fameux cygne inexistant est en fait intelligemment disséminé dans le décor, dans des murs, dans la petite cape de plumes d’Elsa pour son mariage, et, dans le tendre adieu au cygne de Lohengrin, magnifique trouvaille, c’est, dans un rideau de devant de scène soudain semé d’étoiles, la Constellation du Cygne qui se définit sous nos yeux avant de se reperdre dans cette Voix Lactée.


INTERPRÉTATION
Distribution triée sur le volet même dans les comparses, tel le quarteron de fidèles de Telramund même défait et déchu, loyauté indéfectible des vassaux à leur suzerain, Florian Cafiero, Samy Camps, Jean-Vincent Blot et Julien Véronèse. À cette image féodale, brutale dans sa raideur virile guerrière, inexpiable, inflexible lors du procès et du duel (bien traité dans un remous de foule) s’oppose subtilement, la douceur féminine de dames dont les gestes bien trouvés traduisent la solidarité avec Elsa, accusée, bien campées ensuite  dans le cortège de la mariée, symbolisée en quatre dames, Pascale Bonnet-DupeyronFlorence Laurent, Elena Le Fur et Marianne Pobbig
Si l’on a regretté la scène adventice parasitant le Prélude, il faut reconnaître les moments où l’image et le son semblent ne faire qu’un dans une miraculeuse osmose. Ainsi, ces masses perdues dans des fonds lointains obscurs, ces chœurs minutieusement travaillés par Emmanuel Trenque, dans des murmures presque imperceptibles à peine nappés d’orchestre par la délicatesse d’Arrivabeni, donnent une sensation, un sentiment de profondeur et de distance, horizon lointain d’humanité compassive, qui contrastera avec la combattive ardeur d’autres moments.  C’est, à coup sûr, l’une des réussites de cette production. L’on soulignera que, loin de jouer l’emphase, l’enflure, les plaies d’interprétation surchargées de Wagner, le chef, qui sait être épique, nous en fait goûter les finesses, les évanescences poétiques, attentif aux chanteurs comme le savent être les directeurs italiens, mettant magnifiquement en valeur le texte, souvent à la limite du parlando, d’un auteur compositeur tout aussi attentif à la bonne écoute de sa musique que de ses paroles.
Et il n’y avait ici que de grands interprètes pliés à la musique et dramaturgie wagnériennes. Le héraut du roi est campé par un Adrian Eröd, à la voix solide comme une lame de ces épées qu’il appelle à se mesurer. Le Roi Henri l'Oiseleur, partagé entre la nécessité de rendre justice et ce que l’on sent de pitié pour Elsa, est humainement incarné par Samuel Youn, déjà apprécié en grand Hollandais. Personnage le plus dramatique, le seul à mourir, Frédéric de Telramunt, chevalier féal, fidèle à la mémoire de son suzerain, défendant la justice en accusant une Elsa qu’il croit sincèrement fratricide et lascive, est un Macbeth germanique, manipulé par sa femme à laquelle l’unit et la fidélité dynastique et la chair, voit son monde s’écrouler lorsqu’il est défait dans le duel à outrance du Jugement de Dieu qui l’oppose à Lohengrin. Ses remords, sa honte d’avoir été épargné sont tout aussi sincères avant d’être reconquis par sa femme. Avec son long manteau volant dans ses accès de fureur, le baryton Thomas Gazheli a des envolées hallucinées, se mettant sans doute en danger par sa véhémence et une excessive ouverture des sons, mais il est d’une expressivité dramatique extraordinaire et sait servir le texte en en détaillant au murmure certains passages. Aussi contrôlée qu’il est impétueux, tempétueux, la femme et le pantin, Petra Lang, cheveux d’un roux maléfique en tresses chignonnées de gardienne de stalag, mezzo ou grand soprano dramatique, voix longue, corsée, est une Ortrud uniformément maléfique, ironique, machiavélique, qui se joue du rôle comme des autres, grandiose dans l’aveu orgueilleux de son crime.

Elsa, ne serait qu’une héroïne romantique stéréotypée à laquelle ne manque même pas un monologue nocturne à la fenêtre chantant les caresses des brises, sans les doutes qui la taraudent face au mystère imposé, il est vrai abusivement, par le mystérieux chevalier au Cygne. Barbara Haveman, soprano, lui prête une voix sûre, solide peut-être un peu trop pour l’évanescence de son rêve, le médium a mezza voce parfois atteint d’un vibrato excessif au début puis récupérant, surtout dans les dernières scènes, paradoxalement après le mariage, une stabilité, une pureté virginale et un timbre lumineux. Homme providentiel venu d’ailleurs, Lohengrin serait d’une insignifiance sereine s’il n’avait la poésie du mystère, même inhumain. Cette mise en scène lui met un peu les pieds sur terre, sa victoire au duel étant celle de Dieu, promenant paisiblement son triomphe parmi les soldats (on l’imaginerait se prêtant aux selfies). Norbert Ernst, ténor, lui offre un timbre lumineux comme son épée, mais sans rien d’acéré, avec une grande fraîcheur dans son récit final du Graal, traduisant à la fois son plaisir de se révéler enfin à tous dans sa gloire, après l’amertume de l’échec amoureux face à l’hystérie inquisitrice d’Elsa ne sachant être belle et tais-toi comme il l’exigeait.
Un personnage mystérieux, blanc, torse nu, désincarné par le mince Massimo Riggi, avec des battements de bras comme des ailes, traverse la scène, témoin muet et parfois consterné de l’action, et s’avère donc comme le frère fantôme d’Elsa du mimodrame du Prélude, transformé en cygne par le maléfice d’Ortrud et rendu à sa figure humaine de duc Gottfried par la prière finale de Lohengrin. Des enfants (Lisa Vercellino, Matteo Laffont) donnent à l’opéra sa dimension féerique de conte, de légende : pour petits et grands.

Opéra de Marseille
Lohengrin, de Wagner,
2, 3 et 8 mai
Direction musicale : Paolo ARRIVABENI
Mise en scène :  Louis DÉSIRÉ
Décors et costumes : Diego MÉNDEZ CASARIEGO ;  Lumières Patrick MÉEÜS

Distribution :
Elsa de Brabant : Barbara HAVEMAN ; Ortrud : Petra LANG
Lohengrin :  Norbert ERNST
Fredrich de Telramund : Thomas GAZHELI
Le Roi Henri l’Oiseleur : Samuel YOUN
Le Héraut du Roi :  Adrian ERÖD
Les nobles de Brabant : Florian CAFIERO, Samy CAMPS, Jean-Vincent BLOT, Julien VÉRONÈSE
Le Duc Godfried : Massimo RIGGI
Les pages : Pascale BONNET-DUPEYRON, Florence LAURENT, Eléna LE FUR, Marianne POBBIG ;  les enfants : Lisa VERCELLINO, Matteo LAFFONT.

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille. Chef de Chœur : Emmanuel TRENQUE 

Photos : © Christian Dresse :

lundi, mai 07, 2018

MIEUX QU'UN PIANO, DEUX PIANOS

Deux jeunes artistes, Joseph Birnbaum et Hugo Philippeau, reviennent à Pourrières après avoir brillamment réussi leurs études musicales au CNSM, l’un à Paris et l’autre à Lyon.
Déjà lauréats de plusieurs concours en France et en Europe, ils nous ferons vibrer en solistes et à quatre mains en interprétant : Bach, Beethoven, Liszt et Debussy.

Au plaisir de vous accueillir au Couvent des Minimes,

Suzy C.Delenne
 
Récital suivi du traditionnel apéritif gourmand

Infos / Réservation
06 98 31 42 06
contact@loperaauvillage.fr

 

L'Opéra Au Village
700 chemin de la Santé
83910 Pourrières
contact@loperaauvillage.fr

DES FLEURS POUR GABY DESLYS


Enregistrement 26/4/2018, passage, semaine 7/5//13/5/18
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 317
lundi : 18h45 ; mercredi : 20 h ; samedi : 17h30
Semaine 19


Nul n’est prophète en son pays, et encore moins prophétesse : là au moins, la parité existe. À preuve, pour le genre masculin, le chanteur Jean-Christophe Born, et, pour le féminin porté à l’extrême de la féminité, la chanteuse Gaby Deslys. Ainsi donc, le jeune et talentueux ténor Christophe Born qui nous avait fait l’honneur et l’amitié de participer à notre concert de Noël, né à Poitiers, passe sa jeunesse au Gabon, découvre à seize ans, sinon l’Amérique, du moins sa musique à Broadway, avant de s’installer à Marseille où il fait ses études universitaires, musicales et vocales. 
Et notre ville l’enchante tellement, qu’il la chante et l’exalte dans des spectacles qu’il monte lui-même, ressuscitant l’opérette marseillaise, dans Marseille, mes amours. Il est encouragé dans sa voie et voix lyriques par de grands chanteurs telle la grande Montserrat Caballé ; il est récompensé par des prix internationaux. Mais, tout en menant une carrière de ténor dans un répertoire allant de la musique baroque à la contemporaine, qui le promène dans plus d'une quinzaine de pays différents, Jean-Christophe Born cultive de jolis spectacles qu’il monte lui-même, tel celui dévolu à l’opérette marseillaise et une mémorable My Fair Lady réduite à deux personnages, un exploit réussi. Le voici, enfin, qui rend à la vie cet autre prophète, au féminin, oubliée par son ingrat pays, par son ingrate ville natale, Marseille, Gaby Deslys. Qui ne connaît, sur la Corniche, la somptueuse villa Gaby, témoignant encore aujourd’hui des fastes d’antan, de la Belle Époque? En face, comme un modeste Château d’If, un petit îlot appelé aussi (de)Gaby, surmonté d’un étroit fortin : certains, prétendus connaisseurs, murmurent que c’est le tombeau de Gaby.
Mais, au fond, qui connaît cette désormais fantomatique et mythique Gaby Deslys, évanouie dans la mémoire collective, survivant seulement, surnageant dans le souvenir hérité de très, très vieux Marseillais ? Mais Born, notre dynamique ténor lui voue un culte, lui consacre un spectacle, véritable déclaration d’amour : Gaby, mon amour ! Ce fut déjà monté l’an dernier, puis cet hiver joué à New York, lieu de triomphe de cette célèbre Marseillaise, Gaby, mon amour! / avec le sous-titre “I'm a good little devil!  (‘je suis un bon petit diable ! ‘) qui est un programme, presque une identité de la belle, pourtant guère diablesse, mais plutôt angélique par sa générosité et charité.
On pourra découvrir le spectacle à Marseille du 7 au 13 mai au Théâtre de l'Atelier des Arts, 33 boulevard de Sainte-Marguerite, (13009) et le 15 mai à Carry-le-Rouet. On applaudira dans le rôle de Gaby, la brillante soprano Clementine Decouture, finaliste du concours des voix Nouvelles 2018, 1er prix d'Opérette de l'Odéon, 1er prix d'Opéra à Marmande, et nommée révélation artiste lyrique Spedidam 2018. Jean-Christophe Born incarnera Harry Pilcer, partenaire et compagnon de Gaby ; ils seront accompagnés au piano par l'exceptionnel Mark Nadlerélu best performer de l'année 2015 à Broadway, qui dansera aussi. Nous en écoutons le début, Born en présentateur et acteur chanteur de la revue tombant amoureux de l’image de Gaby justement en couverture d’une revue, en cover girl :


         De son vrai nom Marie-Élise Gabrielle Caire, celle qui deviendra la fameuse Gaby naît à Marseille en 1881, dans une famille de la bourgeoisie commerçante. Elle étudie au Conservatoire de la Ville où elle obtient un premier prix de solfège et un deuxième prix de chant. En 1900, elle monte à Paris pour l’Exposition universelle au bras d’un jeune et riche journaliste pour tenter sa chance. Elle est jeune, belle, talentueuse, mais travailleuse : elle perfectionne son chant, étudie la danse, le jeu, gomme son accent marseillais. Son ascension va être fulgurante, meneuse de revue ("commère") des cabarets modestes aux plus grands :  l'Alhambra, les Folies Bergère, le Moulin Rouge.  En 1906, elle triomphe à Londres, en revient riche. On l’adule à Paris, on l’adore partout.
La revue Son altesse l’amour du Moulin Rouge semble prophétique :  le jeune Roi du Portugal Manuel de Bragance en tombe éperdument amoureux, la couvre de cadeaux, l’installe même au Portugal dans un palais près du sien en 1910. Malgré leur discrétion, le scandale sépare les amants : elle rentre à Paris. Mais la passion du monarque est telle qu’il la refait venir clandestinement au Portugal, la loge, en toute discrétion, dans le château au Bois dormant : on croirait un conte de fées où le roi serait le Prince charmant. Hélas, encore une fois, l’opinion publique qui, elle, ne croit pas aux princes qui épousent des bergères, les pousse à la séparation et le roi est contraint d’abdiquer et de partir pour l’exil, cette liaison étant la goutte qui fait déborder le vase du mécontentement populaire contre le monarque.
         Gaby est une femme libre, émancipée pour son temps : elle multiplie apparemment les amours. Mais il serait abusif de l’assimiler à une simple courtisane comme Cora Pearl, Liane de Pougy, Cléo de Mérode et autres célèbres cocottes qui vivent de leurs charmes, la Belle Otéro, au moins, étant une authentique danseuse. Gaby gagne des fortunes par son art et n’a pas besoin d’être entretenue pour maintenir un train de vie fastueux.
Nous découvrons la voix de Clémentine Decouture dans Je chante la nuit avec les Frivolités Parisiennes


Gaby, Marseillaise expatriée à Paris, représentait à Londres, aux États-Unis et tant d’autres pays où elle se produisit, la Parisienne, le chic français ! Et c’est elle qui, après ses triomphes aux USA, où elle se déplaçait avec un train personnel, introduira en France les nouveaux rythmes américains, le rag time, l’ancêtre du jazz, bien avant 1917 où l'on croit que les soldats d'une Amérique entrant en guerre importèrent cette musique.
Avec Harry Pilcer, partenaire donc et compagnon de sa vie, ils triomphent à New-York avec la revue Stop, look and Listen, sur des musiques d'Irving Berlin, le célèbre auteur du depuis célébrissime standard : Alexander’s ragstime band. En 1917, c’est encore la Grande Guerre et l’intervention américaine dans le conflit : au Casino de Paris on invente pour elle la fameuse descente d'escaliers, redoutable numéro dit "des échelles" qui deviendra un rituel de toutes les revues pour les grandes meneuses comme Mistinguet, Cécile Sorel (« L’ai-je bien descendu ? »). Cette revue, Laisse les tomber, la seule qu’elle jouera à Marseille, mais avec un succès mitigé, fait vraiment découvrir le jazz pour la première fois en France. Gaby tourne aussi dans plusieurs films muets, avec de grands réalisateurs, Cukor, Marcel l'Herbier. En 1918, Gaby et Harry s'installent à Marseille, dans la fameuse Villa Gaby qu’ils ont achetée sur la Corniche. Gaby succombe à une pneumonie foudroyante le 11 février 1920 ; elle venait d'avoir  à 39 ans. Elle repose au cimetière Saint-Pierre à Marseille et non dans l’îlot Degaby, offert par son riche mari à une autre actrice de ce nom. Infatigable bienfaitrice, ayant animé quantité de spectacles, de manifestations caritatives en faveur des soldats alliés, des blessés, des aveugles, sans léser sa famille, elle lègue  grande partie de ses biens  à la ville de Marseille et sa fameuse villa aux enfants convalescents de la tuberculose. Gaby, une femme, une artiste qu'on pouvait admirer et aimer.  
Nous avons cette revue pour la revoir, un florilège pour cette fleur à tous vents du succès en 6 tableaux et avec 10 changements de costumes, GABY, MON AMOUR !
Nous nous quittons, en écoutant le pianiste Mark Nadler , J.C. Born et, dans cette première version, Perrine Cabassud en Gaby :

3) FIN ET FOND
 https://www.youtube.com/watch?v=hRp3W45IokE
  
À retrouver du 7 au 13 Mai au théâtre de l'Atelier des Arts, Sainte-Marguerite (13009) et le 15 Mai à Carry le Rouet, 20 heures sauf les 8, 10 et 13, fériés, à 15 heures..

Vidéo  du spectacle :youtube

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