Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.
L'auteur

- Benito Pelegrín
- Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.
jeudi, septembre 18, 2014
Colorido sueño
MARSEILLE-CONCERTS
Colorido sueño
Musée Cantini, 13 septembre 2014
Musée, musique ont pour racine commune les muses, qui donnent leur
nom à la musique et qui avaient leur demeure, selon les Anciens, dans le musée.
Étymologie qui se sera vérifiée dans le concert de la cour intimiste du Musée
Cantini, où l’onirique exposition Delvaux, toute bleutée de nuit, recevait,
sous le bleu nocturne d’un ciel étoilé, l’écho rêveur de ce Colorido sueño, rêverie colorée où deux belles muses et un musicien
(violoncelliste, chanteuse et pianiste) nous ont promenés sur les rives du rêve
des rivages des Amériques et d’Espagne.
Sous la présidence de Robert Fouchet, Marseille-concerts frappait
brillamment de la sorte les trois coups de la saison musicale à Marseille avec
ce concert mêlant classique et musiques du monde par trois jeunes interprètes
marseillais, fine fleur du Conservatoire de Région, Lucile Pessey, cantatrice, Anne Gambini, violoncelliste et Nicolas Mazmanian, pianiste et compositeur.
Première partie par les deux instrumentistes dévolue à António
Carlos Jobim, plus connu sous le nom
de Tom Jobim (1927-1994), illustre compositeur, chanteur, parolier brésilien
au succès mondial, qui eut le génie d’assimiler divers horizons de la musique,
classique, jazz, folklorique, pour servir et recréer les rythmes et sons du
Brésil, respectant leur saveur mais leur donnant une originalité renouvelée de
forme et, surtout, de ton. Il fixe ce que sera la « nouvelle
manière », la « bossa nova » et ses chansons demeurent d’indiscutables
« standards », des classiques universels. S’emparant d’onze de ses
titres, nos deux instrumentistes, créant de fins arrangements pour piano et
violoncelle en firent une véritable suite classique par la beauté des thèmes
échangés habilement entre les cordes du piano et celles, doucement caressées,
du violoncelle. On goûta la sensibilité voluptueuse de leur interprétation
fidèle.
Les Brésiliens ne sont pas juste cet aimable et épidermique peuple
souriant de film de vacances et de vulgaires publicités. Sous l’écorce de la
fête pleure toujours la « saudade », la nostalgie, la mélancolie
héritée des Portugais et des cultures souffrantes d’être trop longtemps
opprimées. Loin de ces clichés carnavalesques faciles du Brésil, évitant la
surcharge pittoresque, l’interprétation excessivement coloriste de la couleur
locale qui en est souvent la caricature, les deux instrumentistes déployèrent
un prisme, un éventail irisé de couleurs, faisant perler doucement,
confidentiellement, la profondeur sensible d’une musique où, sous le sourire,
se sent, « a cruel saudade que […] chora », ‘la cruelle saudade [qui]
pleure’ (Villalobos, Bacchiana brasileira N°5). Sans rien perdre du sens mélodique et rythmique,
le violoncelle soupirait, le piano ruisselait de larmes ou de joie, finesse
rêveuse des cordes frottées filant le son fondu aux limites du silence, suivi
des piani du piano, on dirait sur la pointe des pieds, des doigts
(« punteado », ‘pointillé,’ dirait-on en espagnol, accompagnant
respectueusement cette délicatesse sans en réveiller brutalement le songe. Un
rêve heureux.
Comment répondre à cette musique ? La répandre en la jouant,
mais aussi en faisant l’hommage à Jobim d’une —non, en brésilien, d’un— Samba, une réponse, un écho
musical, du cœur, choral, rien d’un pastiche, mais une vraie création, très
développée, riche harmoniquement. Ce fut l’élégant cadeau de Nicolas
Mazmanian, compositeur et interprète
de son œuvre, accompagnée, commentée par le violoncelle toujours délicat,
dentelé de brume légère d’Anne Gambini, pour clore brillamment cette première partie où la variété était dans
l’infime et infinie palette des nuances entre les morceaux.
En seconde partie, Lucile Pessey faisait une douce transition en interprétant la
célébrissime chanson des années 6o, musique de Jobim, A garota d’Ipanema, sur les paroles de Vinícius de Moraes, qui fait toujours le tour du monde, tendre et
sensuelle rêverie sur cette jeune fille dorée attirant les regards admiratifs,
qui rappelle par le sujet le classique
« Punto de Habanera » des Cinco canciones negras (1954) de Xavier Montsalvatje (1912-2002), charmant tableau voluptueux de marins contemplant
rêveusement la jolie créole qui passe, telle une fleur dans sa crinoline,
popularisées par Victoria de los
Ángeles. Créée par cette dernière
sous la direction du compositeur Heitor Villalobos (1876-1959), la Bacchiana brasileira N°5, avec un violoncelle ailé en hommage à Bach, longue
vocalise avec un da capo bouche fermée enserrant un magnifique et poétique
récitatif, une leçon de déclamation lyrique, fut interprétée avec passion par la jeune cantatrice
dont le timbre fruité et vibrant, coloré, rendait la saveur et la suavité
tropicale et l’élégance classique de cette musique, avec une belle ligne et
tenue de souffle. Auparavant, elle avait aussi chanté, hommage encore au
Brésil, la célèbre Manhã de carnaval, tirée du film Orfeu negro,
mélopée mélancolique au violoncelle déchirant ; puis la fameuse chanson du
Mexicain Agustín Lara (1897-1970)
revivifiée par un film d’Almodóvar,
Piensa en mí, dont l’émotion fut
équilibrée par l’humoristique Quizás, quizás, quizás du Cubain
Osvaldo Farrés (1902-1985),
toujours interprétée avec beaucoup de grâce bien que le passage du portugais à
l’espagnol fut sensible dans des voyelles pas suffisamment franches et des r
simples qui l’étaient trop. Avec autant de bonheur vocal, elle nous promena
dans la pampa avec la complainte mélancolique d’un meneur troupeau, El
sampedrino, poétique mélodie de
l’Argentin Carlos Guastavino (1912-2000).
Des rivages et visages
américains, la jeune cantatrice passa à l’Espagne, d’abord néo-romantique d’Enrique
Granados (1876-1915), mort
prématurément dans le torpillage par les Allemands du navire qui le ramenait de
New York où venait de se créer son opéra Goyescas, tiré de sa suite pour piano et des tonadillas, mélodies et piano, du même nom, inspirées par les
personnages du peuple élégant de Madrid, les « majos », des
tapisseries et premiers tableaux de Goya. Hélas, les textes de Fernando
Periquet sont unanimement jugés calamiteux. En sorte, que je vais transcrire
personnellement les deux interprétés en espagnol par Lucile Pessey avec un charme
mutin, que j’avais adaptés pour une cantatrice de l’Opéra de Paris pour un
concert retransmis par France-Musique. Même si cela n’a pas d’incidence pour un
public français non hispanophone, on ne se résigne pas à cette platitude. La
première tonadilla, Tralalá y
punteado (‘Tralala et pointillé’)
est la plus simple. En voici ma transcription, chantable bien sûr :
C’est en
vain mon cœur fidèle
Que tu
me harcèles
Car je
réponds aux querelles
Par ma
ritournelle :
Tralalalalalalalalala.
C’est en vain que tu t’entêtes,
Tralalalala,
À tes
questions indiscrètes
Je
réponds par ma chansonnette :
Tralalalala.
C’est en
vain mon cœur fidèle, etc.
Le texte de la seconde tonadilla, sur un rythme de séguedille, El majo discreto, ‘Le Majo discret’, sur la discrétion d’un amant qui
est laid, est malheureusement affligeant. On me permettra de lui offrir un
piquant qu’il n’a pas :
On dit que mon cher amant
est laid.
Il se peut qu’en effet
cela soit bien vrai :
L’amour, faux miroir
Qui empêche de voir,
A dans son carquois
D’autres tours qui vous
laissent coi.
Car si mon amant n’est
pas un Apollon
Dont la vue cause de la
stupéfaction,
Par contre, invisible,
Son charme est sensible
À qui le connaît
Et je le reconnais.
Quel sont donc ses
charmes,
Ses charmes
secrets ?
De le dire à voix haute,
je rougirais.
À qui sait l’entendre
laissons deviner
Les armes secrètes d’un
homme bien né.
Tel quel il me plaît,
plaît, plaît !
Je l’aime bien qu’il soit
laid.
Et l’on offrira ces textes à
l’humeur primesautière de Lucile qui en chanta si agréablement la musique.
La jeune cantatrice,
tout doucement, était passée du registre de soprano lyrique de la Bacchiana N° 5, à une tessiture plus moyenne des chansons et de
Granados puis, pour interpréter Manuel de Falla (1876-1946), et ses ‘Six chansons populaires espagnoles’, elle
entra dans un registre de mezzo que lui permet un médium corsé, conservant
ainsi la couleur hispanique caractérisée de ce voyage synthétique dans les
folklores si divers de la Péninsule ibérique. Elle s’en tira remarquablement,
avec, cependant, quelques difficultés pour sa voix aiguë, appogiatures graves
élidées dans la Nana et les
redoutables mélismes andalous très virtuoses du Polo, venant trop tard en fin d’un beau et long récital
courageusement divers. En fin ? Non, puisque la jeune chanteuse, attendue
le lendemain pour un Stabat mater
de Pergolèse, régala généreusement encore le public d’un long bis en anglais, un extrait
de West side story de Berstein, « I feel
pretty », ‘Je me sens jolie’, qu’elle pouvait joliment revendiquer,
sourire de la voix, des yeux, de la bouche : de la tête aux pieds.
lundi, septembre 01, 2014
RENTRÉE DE MARSEILLE-CONCERTS
MUSÉE CANTINI
SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2014, 20H00
Le Brésil, ses rythmes et ses couleurs... Nicolas Mazmanian et Anne Gambini interprèteront la musique bossa nova de Tom Jobim. Entrera alors une voix, celle de Lucile Pessey. La musique n’ayant pas de frontière, c’est en Espagne que nous continuerons d’humer ces sonorités avec Granados, De Falla, à Rio de Janeiro avec Villa-Lobos, à New-York avec Bernstein et la portoricaine Maria (West Side Story).
DURÉE 1H30 TARIF : 15€ - 10€ - 5€
RÉSA. ESPACE CULTURE : 04 96 11 04 61 www.espaceculture.net
![]() |
RENTRÉE DE MARSEILLE-CONCERTS
Vous propose sa nouvelle saison musicale.
L’équipe Marseille Concerts.
samedi, août 30, 2014
DISQUE
Enregistrement
26/06/2014, passage, semaine du 07/07/2014
RADIO DIALOGUE
(Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE
DE BENITO » N° 136
Lundi : 10h45 et 17h45 ;
samedi : 12h45
Voix de la
Méditerranée : de Cordoue à Venise
Avec son dernier
disque, Voix de la Méditerranée : de Cordoue à Venise, c’est à une bien jolie promenade
en musique que nous convie l’Ensemble Parnassie du marais, qui nous rappelle sa poétique appellation :
« Nom mystérieux, dont la référence est ambivalente : nom d’une fleur rare
de montagne, dont la beauté a fasciné les fondateurs de l’Ensemble, au point de
la prendre comme emblème, il évoque parallèlement quelque Parnasse imaginaire,
comme auraient pu le rêver les compositeurs du XVIIIe siècle. »
Brigitte Tramier, qui en est la fondatrice et l’âme, est une belle
claveciniste qui a gravé plus d’une quarantaine d’enregistrements comme
continuiste, assurant le continuo dans des ensembles baroques, ou comme
soliste. Ainsi, elle a enregistré l’intégrale des Concertos brandebourgeois
de Bach pour le label Claves. Ses deux premiers disques en solo, de musique
française, lui ont valu chacun un Diapason d’Or et elle a créé, avec Jean-Michel
Robert, luthiste, un label discographique
local aux ambitions naturellement plus vastes, les Éditions Parnassie
du Marais qui ont déjà produit quarante
disques. Nous avions déjà goûté son CD consacré à Duphly, apogée et crépuscule du clavecin français dans le
dernier tiers du XVIIIe siècle et j’avais également présenté une reprise
du Salve Regina d’Alessandro Scarlatti et le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi, donnés
lors du Festival Les Nuits d’été d’Aix-
Provence. Dans le cadre d’un autres petit festival aixois, Festival Côté Cour,
en 2010, Brigitte Tramier a été la créatrice du concerto pour deux clavecins de
ce même Pergolèse, inédit en France semble-t-il. Éditions Parnassie sises à
Cucuron, disque enregistré au château de Vins sur/Caramy, donc, artistes et
labels locaux, qui honorent notre région, mais de qualité internationale.
Dans cette dernière livraison, accueillie avec
faveur par France-Musique, Voix de la Méditerranée : de Cordoue à
Venise, on retrouve avec plaisir aux côtés
des chanteuses solistes, les soprano Catherine Padaut, à la
sombre et riche couleur, et Lucile Pessey, au timbre lumineux et doré, Jean-Michel
Robert aux divers luths de diverses tonalités, Mathias
Autexier aux percussions et,
naturellement, Brigitte Tramier
au clavecin. Dans ce disque, l’Ensemble Parnassie, généralement voué à la musique
baroque, élargit son chant en amont puisqu’on trouve ici, avec des chants
sépharades, de la musique espagnole du XVe au XVIIIe
siècle et de la musique italienne des XVIe et XVIIe
siècles.
Mais, rien qu’à
écouter la première plage, un extrait justement de ces chants, le tout premier,
on est séduit par la belle voix de fruit mûr et savoureux de Catherine
Padaut. C’est le premier des quatre chants
sépharades du disque, trois berceuses et une chanson, mais en rien des
romances comme annoncé maladroitement par
le trop mince livret, le romance (non la
romance) étant un poème en castillan d’origine épique, octosyllabique,
assonancé de façon uniforme aux vers pairs, narratif, qui raconte une histoire.
Ce sont encore moins des cantigas, qui sont des poèmes lyriques en
langue galaico-portugaise. Le livret trop sommaire de présentation, sans doute
pour des raisons économiques, est donc très décevant et approximatif puisqu’on
trouve, malencontreusement, sous la rubrique « Danses et chansons
espagnoles (XVIe et XVIIe siècles) » le compositeur José
de Nebra né au XVIIIe
(1702-1768) et, mieux —ou pire— l’excellent luthiste Jean-Michel
Robert né… en 1958, dont on admire les brillantes variations et inventions, un vrai régal des cordes et
percussions !
![]() |
Ensemble Parnassie du Marais Brigitte Tramier, Jean-Michel Robert, Lucile Pessey, Mathias AUTEXIER |
On regrettera aussi
(économie, économie…) l’absence des textes chantés, et que l’origine des
morceaux ne soit pas toujours indiquée : ainsi, les pièces de Monteverdi
sont extraites des Scherzi musicali mais
le duo « Pur ti miro… », air final de l’Incoronazione de
Poppea, du ‘Couronnement de Poppée’, donné
comme du maître de Mantoue est, en fait, on le sait aujourd’hui, de Ferrari.
L’interprétation de Catherine Padaut et Lucile Pessey en est pleine de
charme.
Autre manque à
déplorer de la trop brève présentation : certes, les chansons sépharades sont anonymes mais elles viennent de
traditions et d’origines diverses, qui vont jusqu’au XIXe et XXe
siècles. Plus gênant, rien n’est dit sur ce que sont les sépharades ou
séfarades. Il faut donc combler cette lacune.
Sépharades
Ce nom vient de Sépharad, qui, pour les Juifs, était le nom de l’Espagne.
Après les révoltes contre l’état romain au début de notre ère, après la
destruction du Temple de Salomon en 70 par Titus, causant ce que l’on appelle
la Diaspora, les juifs s’exilèrent dans tous le bassin méditerranéen, fondant,
en particulier, de puissantes communautés en Espagne. Tout en gardant leurs
coutumes religieuses, ils s’intégrèrent très bien dans une Espagne alors
tolérante, ouverte aux trois religions du Livre, chrétienne, islamique et
judaïque, notamment dans la culture et la science arabo-andalouses, à laquelle
ils apportèrent une non négligeable contribution en la personne de savants et
philosophes comme Maimonide, Ibn Ezra ou Ibn Gabirol, dont les noms résonnent encore chez Descartes et Molière.
Malheureusement, après la prise de Grenade en 1492, la Reine Isabelle la
Catholique de Castille, puis son époux Ferdinand, voulant unifier
religieusement la Péninsule, décréta l’expulsion des juifs. Dans le désespoir,
ils se répandirent dans tout le bassin méditerranée, certains dans l’Europe du
nord, conservant précieusement, comme un trésor, les poèmes, les chants de leur
Sépharad, de leur Espagne perdue, et, miracle unique, cette langue castillane
de la fin du XVe siècle, dont on connaît la grammaire grâce à eux et
la prononciation. Et c’est là aussi que le bât blesse puisque la soliste Catherine
Padaut chante les chansons sépharades sans
en restituer la prononciation pourtant toujours en usage aujourd’hui dans les
nombreuses communautés judéo-espagnoles, notamment en Provence, mais avec un
accent espagnol contemporain tout fautif, avec des r simples roulés
outrancièrement comme des rr doubles. Vice français de langue qui semble
contaminer la gracieuse Lucile Pessey dans les chants espagnols et qui outre aussi les r italiens à
l’encontre d’une bonne et juste prononciation italienne.
![]() |
Avec Catherine Padaut à gauche |
On regrette ces manques dans ce beau disque
vocalement, musicalement et instrumental plein de charme, qui honore, malgré
tout, les Éditions Parnassie et notre région. Nous nous quitterons en écoutant
la jolie et triste chanson espagnole du XVIe siècle catalan,
anonyme, mais prêtée ici à Juan del Encina, fondée sur des onomatopées,
« Dindirindín, dirindín dirindaira, dirindín ». C’est une
déploration dans la tradition de « La belle mal mariée ». Je vous
raconte ce que ne dit pas le texte absent du livret : une jeune fille se
lève de bon matin pour allez confier au rossignol un triste message à son ami
lointain : on vient de la marier contre son gré. On savoure le timbre
léger mais nourri en saveur de Lucile Pessey.
Voix de la Méditerranée : de Cordoue à Venise, UN CD PARNASSIE DU MARAIS.
Pour écouter et télécharger les albums du label :
http://www.qobuz.com/fr-fr/label/parnassie-du-marais/download-streaming-albums
Pour écouter et télécharger les albums du label :
http://www.qobuz.com/fr-fr/label/parnassie-du-marais/download-streaming-albums
RENTRÉE LYRIQUE
TÉLÉPHONE : O4 91 31 17 45, CONTACTS@ARTSETMUSIQUES.COM
Programme :
La rencontre
1 Perle de Cristal – G. Hamel
2 A petit pas – V. Scotto/R. Sarvil
3 Ma belle marseillaise - G. Sellers/E. Audiffred
4 Ca fait boom – G. Sellers/ E. Audiffred
2 A petit pas – V. Scotto/R. Sarvil
3 Ma belle marseillaise - G. Sellers/E. Audiffred
4 Ca fait boom – G. Sellers/ E. Audiffred
Découverte de Marseille
5 Un petit cabanon – V. Scotto/R. Sarvil
6 J’aime la mer – V. Scotto/R. Sarvil
7 Autour de la corniche – V. Scotto/ R. Sarvil
8 Une partie de pétanque – L. Nègre/A. Manoukian/ A. Allet
9 Canebière - V. Scotto/ R. Sarvil
6 J’aime la mer – V. Scotto/R. Sarvil
7 Autour de la corniche – V. Scotto/ R. Sarvil
8 Une partie de pétanque – L. Nègre/A. Manoukian/ A. Allet
9 Canebière - V. Scotto/ R. Sarvil
ESPOIR Déçu
10 Indifférence – T. Murena
11 J’ai rêvé d’une fleur – V. Scotto/R. Sarvil
12 Adieu Venise provençale – V. Scotto/R. Sarvil
13 Le plus beau de tous les tangos – V. Scotto/R. Sarvil
11 J’ai rêvé d’une fleur – V. Scotto/R. Sarvil
12 Adieu Venise provençale – V. Scotto/R. Sarvil
13 Le plus beau de tous les tangos – V. Scotto/R. Sarvil
Final
14 Marseille mes amours – G. Sellers/ E. Audiffred
Photos : Alain Taillandier
mercredi, août 20, 2014
LA ROQUE D'ANTHÉRON
BILAN DU 34 e FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE D'ANTHÉRON
Communiqué
A peine le temps de savourer ce mois intense et déjà le Parc du Château de Florans referme ses grilles laissant place à l’impatience qui nous gagne tous de retrouver la 35e édition du Festival !
Cette 34e édition a été riche en émotions et surprises ! Ils nous ont émerveillés, émus, parfois même surpris, les artistes ont su nous faire vibrer. Merci à eux ! Aussi avons-nous une pensée particulière pour les pianistes Marie-Josèphe Jude, Anna Vinnitskaya et Jan Lisiecki qui ont subi les aléas du temps et ont vu leurs concerts annulés...
706 artistes invités, 87 concerts programmés, 6 pianos de concert -5 Steinway & Sons, et 1 Bechstein- et 4 pianos de répétition Yamaha, tout a été mis en œuvre pour
Fréquentation : 77640 entrées.
706 artistes invités - 100 artistes solistes - 586 musiciens d’orchestres et de chœurs, 20 musiciens en résidence (2 quatuors, 3 trios, 1 duo et 1 soliste) ; 87 concerts programmés ; 70 concerts payants ;
35 récitals de piano - 2 récitals d’orgue - 4 récitals de clavecin - 16 concerts avec orchestre 3 concerts avec chœur - 5 concerts de musique de chambre - 5 concerts de jazz.
12 scènes
Parc du Château de Florans : 43 concerts dont 3 Nuits du piano Cloître de l'Abbaye de Silvacane : 6 concerts Domaine départemental de l'Etang des Aulnes à Saint-Martin-de-Crau : 2 concerts Eglise Notre-Dame de l’Assomption à Lambesc : 3 concerts Parvis de l’église Notre Dame de l’Assomption à Lambesc : 2 concerts Musée Granet à Aix-en-Provence : 3 concerts Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence : 1 concert Eglise Saint-Jean de Malte à Aix-en-Provence : 2 concerts Château-Bas à Mimet : 2 concerts Temple de Lourmarin : 3 concerts Eglise Notre-Dame de Beaulieu à Cucuron : 1 concert Théâtre des Terrasses à Gordes : 2 concerts.
17 concerts gratuits
13 concerts des Ensembles en Résidence, dans le cadre de La route de la Durance aux Alpilles, du 8 au 16 août, dans les communes de Plan d’Orgon, Saint-Rémy-de-Provence, Charleval, Vernègues, Le Puy-Sainte-Réparade, Mallemort, Verquières, Eygalières, Saint- Martin-de-Crau, Saint-Estève-Janson, Eyguières, Maussane-les-Alpilles et Jouques.3 concerts dans le village de La Roque d'Anthéron et 1 concert au Parc du Château de Florans le 15 août
36 master classes publiques dispensées du 8 au 14 aoûtUne démarche éco-responsable pérennisée Une enquête "Public" réalisée [profil et satisfaction]- analyse et synthèse fin 2014.
Origine du public
Région PACA (résidents et vacanciers) : 59,56 % Région parisienne : 16,10 % Autres régions de France : 19,49 % Dom-Tom et étranger : 4,85 %
Édition 2014
Médias
Soutenu par la presse écrite et audiovisuelle, le Festival bénéficie d’une couverture médiatique importante en France et à l’étranger.
Annonces et reportages télévisés en France et à l'étranger
T F 1 ; France 3 ; France 3 Méditerranée ; France 3 Marseille ; Pink TV ; TV5 Monde ; Euronews ; ITV ; LCI ; BFM TV ; Direct 8 ; Moscou Television (sujet de France 3 national du 19.07.2014).
Reportages radio en France et à l'étranger
France musique ; France Culture ; France Inter ; France Info ; FIP ; Le Mouv ; Radio classique ; Europe 1 ; RTL ; RMC ; Vinci Autoroute Côte d’Azur ; Radio polonaise ; TSF Jazz ; France Bleu Provence ; France Bleu Azur ; France Bleu Limousin ; France Bleu Arles ; France Bleu Provence-Alpes ; France Bleu Isère ; BFM Business ; Radio nostalgie ; Radio Dialogue ; Radio maritima ; RCF national ; Radionova ;
Radio libertaire ; Radio judaïca Lyon ; Radio J ; Radio Shalom ; Radio communauté juive ; Fréquence protestante ; Radio Notre-Dame ; Radio Zinzine ; Radio J M ; RTBF (Belgique) ; BRT (Belgique) ; BRF (Belgique) ; Musiq’3 (Belgique) ; Radio judaïca Bruxelles ;
Radio zwizzera italiana ; Monaco Info ; Radio Suisse romande – Espace 2 ;
Radio Suisse romande la 1e ; RAI Radio 3 ; Orpheus Radio (Moscou) mais aussi radios de Grande-Bretagne ; Allemagne ; Espagne ; Portugal ; Luxembourg ; Pays-Bas ; Israël ; Russie ; Japon.
6 émissions de radio en direct de La Roque d'Anthéron sur France-Musique
Le Magazine de France-Musique réalisé en direct et en public de la cour de l’école Victor Hugo à La Roque d’Anthéron, présenté par Stéphane Grant du lundi 11 au samedi 16 août 2014 de 18h00 à 19h00.
11 concerts enregistrés pour le programme musical de France Musique
6 concerts diffusés en direct, 5 concerts diffusés en différé.
Nos actions de sensibilisationen perpétuel développement.
Désireux de rendre la musique accessible à tous, le Festival a marqué une nouvelle fois sa volonté de sensibiliser les publics. Les actions ont été variées : d’une politique tarifaire réduite – avec notamment la création du tarif moins de 16 ans (1750 billets édités) – aux actions de médiation à l’année, le Festival est devenu bien plus qu’un simple acteur du territoire, un véritable médiateur.
Ecoles primaires, IME, collèges, écoles de musiques, conservatoires, les élèves du département ont ainsi été conviés à des représentations et concerts pédagogiques pour une sensibilisation dès le plus jeune âge.
Dans cette même logique, publics empêchés et prioritaires ont eux aussi été invités pour vivre avec nous cette belle aventure musicale ! Dans le cadre de 13 en partage, 4 actions ont été engagées.
Le Festival continue après l'été Retrouvez La 3e édition de LaFolleCriée.
Une ode à la musique baroque !
> vendredi 6 et samedi 7 février 2015 au Théâtre national de La Criée à Marseille Ensemble Caravansérail, Xhu Ziao-Mei, Bertrand Cuiller, Henri Demarquette, Anne Queffélec, Pierre Hantaï, Philippe Pierlot et le Ricercar Consort
Le Festival c’est aussi LaRoqueHorsSaison ! au Théâtre national de La Criée à Marseille
> samedi 24 janvier 2015 - 20h00 Ekaterina Derzhavina piano Bach : Variations Goldberg de Bach
> lundi 20 avril 2015 - 19h00 et 21h00 Folle Journée Camerata Schubert - Beethoven
Programme et réservations - Automne 2014
www.festival-piano.com
PHOTOS :
1. Iddo Bar-Shaï, piano et Jacques Chalmeau à la tête de la Philharmonie Provence-Méditerranée à Château-bas, le 5 août (Photo Florian Burger) ;
2. Roustem Saïtkoulov, Parc Florans, 14 août (photo Fl. Burger) ;
3. Benjamin Grosvenor, Parc Florans, 16 août (Photo Christophe Grémiot).
samedi, août 16, 2014
FESTIVAL CÔTÉ JARDIN
CARMEN,
opéra
en quatre actes,
livret
d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après la nouvelle de Prosper Mérimée
(1845), musique de Georges Bizet (1875).
Théâtre
de verdure de Gémenos,
Samedi
9 août 2014
Naissance du festival "Opéra côté jardin"
Il y a deux ans, en 2012, le baryton Norbert Dol,
intermittent à l’opéra de Toulon, appuyé sur la compagnie «Les Voix du
Lyrique», mais pratiquement sans
aide, lançait un défi, un nouveau festival d’été. Norbert Dol, rassemblant toutes les bonnes volontés, ses amis
musiciens, les adhérents de l’association « Les voix du lyrique »,
après différentes formes de
concerts, de récitals dans la région PACA, avec la fougue et la foi d’un
conquistador du chant, se lançait ambitieusement à l’assaut du genre lyrique le
plus élevé, l'opéra. Et quel
défi ! Défiant la crise, défiant le vent, le plein air et ses risques, il
fondait « Opéra côté jardin » sous
le ciel du midi. Joli nom pour un festival puisque il a fleuri au creux
verdoyant du théâtre de verdure de Gémenos en parallèle avec celui du Lavandou.
Le premier essai était
un coup de maître, pas moins que Mireille de Gounod. L’an dernier, l’éclosion de Traviata de Verdi, 3000 spectateurs, et, cette année,
s’ajoute un autre rameau à ce beau bouquet, Carmen de Bizet. L’œuvre fut donnée le samedi 9 et le mardi
12, respectivement à Gémenos et au Lavandou,
dans les deux théâtres de verdure.
Certes, entre Orange et Aix-en-Provence, les festivals lyriques ne manquent pas chez nous mais, avec
des prix allant de 260 pour le premier et de 265 € pour l’autre, les places les
plus chères, on conviendra que les 34 €, tarif unique de ce nouveau festival,
défient toute concurrence pour un programme de grandes œuvres du répertoire
proposées dans leur intégralité avec des moyens importants :
orchestre, solistes et chœur professionnels, quelque 110 artistes pour Carmen, sans lésiner sur costumes, décors et mise en
scène.
Bref, « De l’audace, encore de l’audace, toujours de
l’audace ! », tel pourrait être le credo de Norbert Dol. Après une Mireille de belle qualité, mais mitigée avec nombre
d’amateurs choristes, et une Traviata
réussie, il triomphe avec une Carmen de haut niveau avec des artistes professionnels, une majorité
d’intermittents : sans un sou de subvention publique… Quand l’on sait que les Chorégies d’Orange,
autofinancées à plus de 80%, sont condamnées au succès sous peine de couler,
que tel autre très grand festival lyrique régional, le Festival d’Aix, est
subventionné, entre les collectivités et le mécénat à plus
de 60 %, mais offre des places à des prix
exorbitants en contradiction de ce financement, on voit l’injuste disproportion
entre des rentes de situation et la situation de telles structures tentant de
faire vivre la culture chez nous en temps de crise inégalement partagée.
Réalisation
Faute de budget, décor minimaliste mais effet maximum : deux
tables, des chaises, une plateforme de charrette, quelques degrés de marches
d’escaliers qui deviendront rochers de la montagne et, surtout, des balles de
paille, sièges astucieux et, au dernier acte de la corrida, cirque rond
improvisé de la mise à mort de Carmen. La mise en scène de Gérard Chambre fourmille donc d’idées pour cette œuvre si connue et
si avec un trop petit nombre de répétitions, on sent un flou et quelques
trous dans la foule du premier acte dans l’émoi de la première, cela est vite
rattrapé par la suite. On salue, surtout, la vérité espagnole de la scène de la
taverne où le « jaleo », cris d’encouragements aux danseurs et
chanteurs, les « palmas », les claquements des mains, et le
« zapateado », le « taconeo » de la danseuse soliste, le
jeu percussif des talons et des vraies castagnettes, non seulement ne
parasitent en rien la musique mais lui rendent une force expressive, une vraie
couleur locale qu’on voit rarement. La bonne idée fut d’inviter María Pérez, vraie « bailaora » flamenca, directrice
du centre réputé Soleá de
Marseille, école et scène, où elle invite d’authentiques spectacles flamencos.
En regard du flamenco abâtardi et vulgaire qui afflige tant de lieux, María
Pérez en est l’aristocrate : beauté physique du corps et du port, allure
altière, elle se meut et émeut, joue des castagnettes et des talons dans le
respect absolu de la partition de Bizet. Elle est intégrée habilement et
naturellement au jeu : figure noire du destin à l’ouverture, danseuse dans
la taverne, María Pérez apparaît aussi, avec la même logique, dans la scène
festive du dernier acte, avant le drame.
Les lumières de Marc-Antoine Vellutini sont bonnes dans les ambiances générales mais, quand
il s’agit de focaliser les personnages, on en sent la pauvreté de moyens,
réduites souvent à chercher les personnages qui échappent à l’éclairage
individualisé. Harmonieux en couleurs et justes en couleur locale en général,
les costumes sont dignes de mention (mais costumier non mentionné dans le
programme !), quant à ceux des femmes pour la taverne et la fête, ils ont
beaux, somptueux.
Interprétation
Cette année, il y a un
progrès dans l’homogénéisation professionnelle de la distribution dans tous les
rôles. Ainsi, Jean-Michel Muscat et
Cédric Brignone, respectivement
le Dancaïre et le Remendado, forment un duo complice bien traité dans le
quintette du II et l’on apprécie le Moralès de Wilfried Tissot, voix solide de ténor au beau médium de baryton du
rôle. Quant au Zuñiga arrogant et portant beau, il est campé par un fringant Antoine
Abello de grande stature et voix sombre.
Escamillo est incarné de crédible façon par Norbert Dol ; dans ce rôle si mal écrit où les barytons
sont en général condamnés à sacrifier le grave trop bas à l’aigu éclatant de
matamore, il se tire avec élégance de ce double écueil avec une voix large,
belle, égale en couleur et puissance sur toute sa tessiture. On apprécie que,
dans sa première apparition dans la taverne de Lillas Pastias, ce « vainqueur des courses de
Grenade » n’apparaisse pas, à Séville, de façon incongrue dans le ridicule
habit dit de lumières, mais en logique tenue andalouse de ville.
Côté dames, la Frasquita de Florence Barbara et la Mercedes de Rosamonde Bruno font une jolie paire bien en place et bien
chantante. Mais la Micaëla de Naïra Abrahamyan, malgré une mauvaise prononciation du français (mais
elle est supposée venue du Pays basque dont les autochtones, par leur mauvais usage
du castillan, ont donné lieu à l’expression « parler comme une vache
espagnole », corruption en fait de «parler [mal] comme un Basque
l’espagnol »), est juste et sensible. La voix est lumineuse, héroïque, comme le personnage qui
n’est pas une petite fille timorée
et sucrée comme on la présente sottement souvent (elle va dans le
repaire des contrebandiers pour ramener son fiancé), souple malgré quelques
aigus secs un peu rudes dus sans doute au difficile contrôle du plein air. Elle
est justement ovationnée.
Jean-Noël Briend, qui
promène Don José dans le monde entier, bien
qu’habitué, habite ce rôle dans ses détails, sa profondeur psychologique et
musicale : d’emblée, comme le veut le texte, Navarrais étranger à cette
frivole Andalousie, il est comme ailleurs, intériorisé, perdu dans une rêverie
nostalgique, une densité de son passé douloureux (il avait quitté sa région,
son village, sa mère après un duel et un homme tué). Homme d’honneur déchiré
par la contradiction, il est déchirant dans son conflit avec Carmen. Il sert le
personnage par une technique sans faille au service de l’émotion, avec des
nuances en voix de tête très expressives et, fuyant la facilité d’un aigu forte,
dans l’air de « la fleur… » il ose finir sur le si piano voulu par la
partition qu’aucun ténor n’ose faire aujourd’hui par facilité et pour caresser
le public dans le sens démagogique du décibel.
Cette étonnante mais non détonante Carmen blonde de Nona
Javakhidzé est plus rageuse que
ravageuse, plus batailleuse que railleuse, elle est brute et brutale :
d’entrée, un coup de pied au tibia d’une autre femme ; elle s’en lave,
sinon les mains, les pieds dans un seau d’eau, se rafraîchit avec
vraisemblance, fait la lessive de son châle, pousse et repousse violemment les
hommes pressés et trop empressés. Même si l’héroïne est une femme bagarreuse et
violente, cette Carmen-ci ne semble pas justifier le délicat diminutif de
Carmencita : c’est une force qui va, assez lourde, plus qu’une sinueuse et
insinuante
« gitanilla ». La voix est d’une belle couleur sombre,
épaisse, mais bien conduite et elle se tire bien des traits hispaniquement
staccato de la séguedille que tant de cantatrices aux voix trop lourdes
savonnent souvent. Cependant, elle saute une belle réplique à Don José :
« Va-en donc, canari ! Tiens, prend son shako, ton sabre, ta giberne/
et va-t-en, mon garçon, va-t-en, retourne à ta caserne ! » et l’on
admire le sang-froid de Jean-Noël Briend et du chef de ne pas se perdre dans ce plongeon qu’elle impose au
partenaire et à l’orchestre.
Dans cette version, on a choisi avec raison les récitatifs de Guiraud, disciple de Bizet, qui sont beaux, plutôt que les
récits parlés qui exposent presque toujours les chanteurs au ridicule de voix
déplacées par rapport au chant. Formé de divers solistes de phalanges
régionales, l’Orchestre de région
PACA n’est pas mérite mais
l’on sent le manque de répétitions, les moyens financiers ne permettant guère
d’offrir des services suffisants. À sa tête, le jeune chef britannique Geoffroy
Styles joue intelligemment la carte
Opéra comique de l’œuvre, sans grossir aucun effet. Il est vif, dynamique,
parfois un peu trop avec un risque, notamment au IVe acte, de
déstabiliser les choristes de région (dont il faut saluer le tenue générale)
par une battue trop rapide, alors que le chœur des cigarières, plus paisible,
est poétique et expressif.
En somme, une réussite assez brillante envers et contre des financements
publics qui brillent par leur absence.
Un détail? Malgré la date estivale tardive du 9 août où le soleil
est déjà couché à 21h30, un entracte d’une demi-heure pour un public de quelque
3000 personnes, alors qu’à Orange, c’est vingt minutes pour 8000 spectateurs,
c’est sans doute excessif et décourage une partie du public, venu souvent de
fort loin, par la fin très tardive du spectacle.
Carmen de Georges Bizet
9 et 12
août,
respectivement
à Gémenos et au Lavandou, théâtres de verdure.
À Bandol,
version concert, le 28 août.
Orchestre et chœurs de région PACA sous la direction de Geoffroy
Styles/
Mise en
scène : Gérard Chambre. Lumières : Marc-Antoine Vellutini.
Distribution
Carmen: Nona Javakhidzé ; Micaëla : Naïra Abramahamyan ;
Frasquita : Florence Barbara ; Mercedes : Rosamonde Bruno ; Don
José : Jean-Noël Briend ; Escamillo : Norbert Dol ; le Dancaïre : Jean-Michel
Muscat ; le Remendado : Cédric Brignone ; Zuñiga : Antoine
Abello ; Moralès : Wilfried Tissot.
Danseuse soliste : María Pérez ; Ballet : Marie Gleize.
1. Théâtre de Gémenos ;
2. María Pérez (Centre Soleá) ;
3. Théâtre du Lavandou.
Inscription à :
Articles (Atom)