Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

mercredi, novembre 20, 2013

ÉMISSION, ANNONCE,


  Enregistrement 18/11/2013, passage, semaine du 25/11/2013
RADIO DIALOGUE (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 103
 Lundi : 10h45 et 17h45 ; samedi : 12h45
(Les extraits musicaux de l'émission ne figurent pas ici;, remplacés par des exemples sur Youtube)

La Folle Criée Beethoven
    Le théâtre national de la Criée, voué par définition à la scène parlée, avec parfois des soirées musicales, depuis que Macha Makéïeff en préside les destinées, s’est encore plus largement ouvert à la musique. Le hall même, dans un creux intime, a prêté son espace aux émissions de France-Musique qui y tenait salon en direct le 13 novembre, dès 7 heures du matin,  alors que sur scène, la veille et le soir, le plateau présentait une version épurée au piano de Katia Kabanova de Leos Janácek, sous la direction musicale d’Irène Kudela, mis en scène par André Engel, retransmise sur les ondes nationales de la radio.
      Dans un autre coin de ce vaste espace se tenait la conférence de presse jumelée entre la direction du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron et la maîtresse des lieux, pour reconduire leur association née en 2012, « la Folle Criée » et « la Roque hors saison ». Il s’agissait d’une décentralisation du célèbre Festival, qui abandonna pour quelques soirées, ses futaies tutélaires des platanes de la Roque, pour la forêt de mâts de notre Vieux-Port qui dansent sur l’eau devant le théâtre. Il y eut donc cette Roque « Hors saison » hors festival estival, bref devenu, par cet ajout temporel, un Festival des quatre saisons avec quatre journées marseillaises, une série de récitals de piano et de musique de chambre en janvier, avril et mai 2012, confiées à de désormais prestigieux pianistes souvent révélés par la Roque.
      

      Le coup d’essai de l’an dernier, dont j’avais parlé, fut un coup de maître : 4500 spectateurs honorèrent l’initiative, un taux exceptionnel de fréquentation de 82% des concerts autour de Mozart. En cette année 2013, encore pour plus d’un mois de Marseille Capitale culturelle européenne, les deux concepteurs, forts du succès de l’expérience, font, cette fois autour de Beethoven, de la douce folie musicale de la Criée, une belle « Folle Criée », les 29 et 30 novembre 2013. Mais pourquoi Beethoven?
      Beethoven, après un Mozart entre baroque tardif et classicisme nouveau, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, entre le classique Haydn son maître et le romantisme nouveau, créa une œuvre nouvelle qui fit bouger toutes les lignes de la musique de son temps, annonçant celle du futur.  C’est, comme Mozart, un compositeur dont le nom est bien connu et bien propre à attirer des auditeurs nouveaux qu’effaroucherait d’entrée des noms moins illustres, auxquels il conviendra plus tard de familiariser ce public que l’on veut ouvrir grand à la musique. Mais écoutons d’abord un extrait de ce génie de la musique et l’on conviendra que, même sans être un mélomane, on a malgré tout cette musique dans l’oreille, en témoigne la « Bagatelle » dite par erreur tardive d’un éditeur « À Élise » ou "Lettre à Élise" (en réalité, Für Elise ce joyau était dédié à Thérèse Malfatti que Beethoven espérait épouser) :

      Lettre à Elise - Beethoven - piano Retrouvez la "Lettre à Elise" intégralement expliquée par un pianiste sur le site http://www.methode-bernachon.fr/


      Alors, « La Folle Criée » ? Je le rappelle.
En 1995, René Martin, directeur du Festival de la Roque d’Anthéron depuis sa fondation il y a trente-trois ans, crée La Folle Journée de Nantes. C’est un concept qui révolutionne l’image des concerts classiques, puisque, depuis, chaque année, en une seule journée, il offre à tous les publics les clés des grands compositeurs du répertoire par les plus grands artistes, les meilleurs musiciens, grâce à des concerts de moins d’une heure, 45 minutes, qui se succèdent dans la familiarité et la bonne humeur, où tous les publics se mêlent, connaisseurs et profanes, parents et enfants, pour des prix des plus attractifs
       Le succès est tel que cette « Folle journée de musique s’exporte dans le monde entier : Tokyo, Lisbonne, Rio de Janeiro, Montréal, Taïwan, réclament la leur, couronnée du même succès. D’autres villes réclament, sinon une « Folle journée », jalousement et précieusement gardée à Nantes, du moins une « Folle nuit » de la musique ouverte à tous. Et voici enfin Marseille, avec, sinon sa «Folle journée » ou « Nuit » de la musique,  sa « Folle Criée », lancée donc le 1er décembre 2012 et qui récidive joliment les 29 et 30 novembre 2013. Avec, pour horizon plus lointain, « La Roque Hors saison » le 11 mars et le 1 avril 2014.
      Douze concerts de musique de chambre, avec, presque toujours, en facteur commun le piano, mais le violon s’y mêlera, en incluant aussi quelques uns des fameux quatuors à cordes auxquels Beethoven, parti de l'équilibre classique hérité de Mozart et de Haydn, porta à un degré personnel d'extraordinaire innovation et, dirait-on, innervation intime .
Justement, on ne saurait que recommander le superbe disque Ambronay enregistré par le Quatuor Terpsycordes, sous le titre de Con intimissimo sentimento, qui interprète avec brio deux quatuors à cordes ( composés entre 1798 et 1801), le Quatuor en si bémol majeur, op. 18 N° 6, encore brillant d'une luminosité classique inspirée de Haydn et le Quatuor en la mineur opus 132 qui montre l'évolution formelle et finalement animique du compositeur qui semble glisser, de l'adagio "La Malinconia" du dernier mouvement du premier, venu après trois mouvements spirituels et presque espiègles dans une soyeuse joie encore très Siècle des Lumières, et le basculement vers la mélancolie et même tristesse romantique, ou plutôt désabusée, du second : passage du temps et des bouleversements sociaux et  intimes, "intimissimo sentimento", comme l'exprime parfaitement le titre et l'interprétation émouvante du CD. 

      Ces douze concerts sont échelonnés entre la grande et la petite salle de la Criée sur divers horaires en deux jours : le vendredi, quatre concerts : de 19h30, 20h15, 21h et 22h
 Samedi, 8 concerts de 11h, 14h, 15h30, 17h, 18h30, 20h, 21h30. Voici les invités, qui sont tous des artistes de première grandeur :
      Pour le piano, Anne Queffélec, Abdel Rahman El Bacha, Etsuko Hirose ; pour le violon, Marina Chiche mais aussi pour le combiné piano/cordes, le Trio Les Esprits (Adam Laloum, piano, Mi-Sa Yang, violon, Victor Julien-Laferrière violoncelle) et pour les cordes, le Quatuor Ysaÿe (Guillaume Sutre, violon, Luc-Marie Aguera, violon, Miguel da Silva, alto, Yovan Markovitch violoncelle).
      Je recommande en particulier, le samedi 30 novembre, au Petit Théâtre
de 11h00 à 11h45, un programme original pour enfants, mais pas sottement enfantin (les enfants peuvent accompagner sans peur leurs parents)
 : « Regards sur une oeuvre autour de la sonate Clair de Lune ». C’est la souriante et diserte Anne Queffélec qui jouera d’abord cette Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur opus 27 n°2 pour une écoute spontanée. Puis elle mettra en valeur les thèmes et analysera l'œuvre pour une meilleure
compréhension. Enfin, elle rejouera la sonate une seconde fois, permettant une écoute renouvelée et approfondie. L'ayant entendue déjà à La Roque dans cet exercice qu'elle a inauguré et lancé, je puis assurer que c'est un régal et non seulement pour les profanes, mais pour les mélomanes et professionnels aussi.
      Voici un extrait de cette sonate : après un petit prélude obstiné, sonnent les célèbres six sols d’inégale longueur (SOL- sol -SOL// SOL-sol -SOL) de Beethoven qui martèlent cette sonate dite « Clair de lune »
, mais en réalité il s’agirait d’une marche funèbre. C'est  Anne Queffélec elle-même qui l'interprète dans son disque Beethoven, généreusement mis en ligne gratuitement 
http://www.qobuz.com/album/anne-queffelec-beethoven-lettre-a-elise/3760020170721
PROGRAMME DÉTAILLÉ À RETROUVER SUR LE SITE DE LA CRIÉE :
http://www.theatre-lacriee.com 
RÉSERVATIONS PAR TÉLÉPHONE : 04 42 50 51 15


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La Roque à La Criée



La Folle Criée



vendredi 29 et samedi 30 novembre 2013



   

LaFolleCriéeBeethoven


12 concerts, 2 salles, 11 artistes

La Folle Criée continue son aventure et met à l'honneur un des compositeurs les plus passionnants et passionnés de l'histoire de la musique : Ludwig van Beethoven. Héritier de Haydn et Mozart, Beethoven introduit une nouvelle matière sonore et des éléments de contraste qui brisent la linéarité et la limpidité de l'esthétique classique. Il met ainsi à jour une conception véritablement romantique et personnelle de l'expression musicale.

   


  Anne Queffélec, Abdel Rahman El Bacha, Etsuko Hirose, Marina Chiche, Quatuor Ysaÿe, Trio Les Esprits

        

    GrandThéâtredeLaCriée


    vendredi 29 novembre 2013
> 19h30-20h15  

Trio Les Esprits
trio avec piano
[Mi-Sa Yang violon, Victor Julien-Laferrière violoncelle, Adam Laloum piano]
Beethoven : Trio pour piano et cordes n°7 en si bémol majeur opus 97 "L'Archiduc"

> 21h00-22h00

Marina Chiche violon
Anne Queffélec
piano
Beethoven : Sonate pour piano n°3 en ut majeur opus 2 n°3
Beethoven : Sonate pour piano n°9 en mi majeur opus 14 n°1
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°5 en fa majeur opus 24 "Le Printemps"

samedi 30 novembre 2013
> 13h30-14h15

Quatuor Ysaÿe
quatuor à cordes
[Guillaume Sutre violon, Luc-Marie Aguera violon, Miguel da Silva alto, Yovan Markovitch violoncelle]
Beethoven : Quatuor à cordes n°10 en mi bémol majeur opus 74 "Les Harpes"
Beethoven : Quatuor à cordes n°11 en fa mineur opus 95 "Quartetto serioso"

> 15h00-15h45

Trio Les Esprits
trio avec piano
[Mi-Sa Yang violon, Victor Julien-Laferrière violoncelle, Adam Laloum piano]
Beethoven : Sonate pour violoncelle et piano n°5 en ré majeur opus 102 n°2
Beethoven : Trio pour piano et cordes n°6 en mi bémol majeur opus 70 n°2

> 16h30-17h15

Abdel Rahman El Bacha
piano
Beethoven : Sonate pour piano n°21 en ut majeur opus 53 "Waldstein"
Beethoven : Sonate pour piano n°23 en fa mineur opus 57 "Appassionata"

> 18h00-18h45

Etsuko Hirose
piano
Beethoven : Bagatelle en la mineur WoO 59, "La lettre à Elise"
Beethoven : Sonate pour piano n°8 en ut mineur opus 13 "Pathétique"
Beethoven : Sonate pour piano n°17 en ré mineur opus 31 n°2 "La Tempête"

> 20h00-20h45

Marina Chiche violon
Abdel Rahman El Bacha piano
Beethoven : Sonate pour piano n°12 en la bémol majeur opus 26 "Marche funèbre"
Beethoven : Sonate pour piano n°15 en ré majeur opus 28 "Pastorale"
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°3 en mi bémol majeur opus 12 n°3

> 21h30-22h30

Marina Chiche violon
Abdel Rahman El Bacha piano
Quatuor Ysaÿe quatuor à cordes
[Guillaume Sutre violon, Luc-Marie Aguera violon, Miguel da Silva alto, Yovan Markovitch violoncelle]
Beethoven : Quatuor à cordes n°7 en fa majeur opus 59 n°1 "Razumovsky"
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°9 en la majeur opus 47 "A Kreutzer"




PetitThéâtredeLaCriée
samedi 30 novembre 2013
> 11h00-11h45

Anne Queffélec
piano
Beethoven : Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur opus 27 n°2 "Clair de lune"

Regards sur une œuvre autour de la sonate "Clair de Lune" - Concert pédagogique


Anne Queffélec interprétera la Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur opus 27 n°2 "Clair de lune", une première fois pour une écoute spontanée. Puis elle mettra en valeur les thèmes et analysera l'œuvre pour une meilleure compréhension. Enfin, elle jouera la sonate une 

> 14h30-15h15
Etsuko Hirose piano
Beethoven : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur opus 110
Beethoven : Sonate pour piano n°32 en ut mineur opus 111

> 16h30-17h30
Quatuor Ysaÿe quatuor à cordes
[Guillaume Sutre violon, Luc-Marie Aguera violon, Miguel da Silva alto, Yovan Markovitch violoncelle]
Beethoven : Quatuor à cordes n°8 en mi mineur opus 59 n°2 "Razumovsky"
Beethoven : Quatuor à cordes n°9 en ut majeur opus 59 n°3 "Razumovsky"

> 18h30-19h30

Trio Les Esprits trio avec piano
[Mi-Sa Yang violon, Victor Julien-Laferrière violoncelle, Adam Laloum piano]
Beethoven : Sonate pour violon et piano n°6 en la majeur opus 30 n°1
Beethoven : Trio pour piano et cordes n°5 en ré majeur opus 70 n°1 "Les Esprits"
    

- See more at: http://www.festival-piano.com/index.php?id=544#sthash.jsMbAHqg.dpuf
Réservations à partir du jeudi 17 octobre 2013 - 9h00
par internet ou par téléphone au 04 42 50 51 1 - See more at: http://www.festival-piano.com/index.php?id=544#sthash.jsMbAHqg.dpuf
29 et 30 novembre 2013 Tarif A : 12€, 9€ TARIF JEUNE  

samedi, novembre 16, 2013

Portrait


 PATRIZIA CIOFI,
SOPRANO

Extrait de  mon émission allégée des exemples musicaux. À la place, des liens vers Youtube où l’on retrouve cette magnifique artiste.

RADIO DIALOGUE (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 101
 Lundi : 10h45 et 17h45 ; samedi : 12h45

Elle triomphe encore sur la scène de notre Opéra dans cette Straniera, ‘l’Étrangère’ de Bellini, œuvre rarissime de haute volée, de haute voltige vocale, ce qui explique sa rareté de par le monde. Mais Patrizia Ciofi, qui parcourt ce monde sur les ailes du chant et de sa voix ailée, est loin d’être une étrangère chez nous : elle y est même chez elle tant le public lyrique de Marseille, reconnaissant aux artistes de qualité, a su apprécier les siennes depuis son apparition dans Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach (2004). Ce fut ensuite une Lucia di Lammermoor de Bellini (2007) d’anthologie, réglée par Frédéric Bélier-García, qui hante encore les mémoires, hallucinante de vérité hallucinatoire, puis une Ophélie d’Hamlet d’Ambroise Thomas (2010) que personne n’a oubliée dans son air tendre, triste et fou de virtuosité vertigineuse noyée dans sa baignoire, enfin, ce fut Roméo et Juliette et elle participa au concert inaugural du Silo (2011) et avait donné un récital au Gymnase, dans le cadre de Marseille-concerts.
Adoptée chez nous, cette Italienne de Toscane, née à Sienne, a encore émerveillé souvent notre région, à l’Opéra d’Avignon où, entre des récitals de bel canto romantique, dans des opéras, elle a incarné mémorablement Leïla des Pêcheurs de perles de Bizet, Manon de Massenet, et aux Chorégies d’Orange, dans le cadre grandiose devant huit milles spectateurs à ciel ouvert, cette frêle et petite jeune femme est aussi chez elle, dans Lucia encore, à l’aise dans Traviata, dans Gilda de Rigoletto, dont, folle gageure, avec Leo Nucci, elle bisse la terrible scène « Vendetta » et, l’an dernier, en récital avec le même infatigable baryton, elle « trisse », elle répète trois fois cette scène redoutable : un exploit digne des plus grands sportifs, mais dans un éblouissement artistique et émotionnel de toute beauté, d’exceptionnelle qualité. On se demande où cette femme menue, rieuse, à la flamboyante chevelure, à la voix délicate, ronde, tendre, boisée, apparemment fragile, puise cette énergie.
On écoutera avec bonheur des exemples révélateurs de son talent, un dans un disque précieux enregistré en 1999, en direct du Festival della Valle d’Itria, Marina Franca, avec l’Orchestra internazionale d’Italia sous la baguette de David Golub de Tommaso. Elle y chante des extraits d’œuvres souvent rares dont un chef-d’œuvre de Tommaso Traetta, (1727-1779) l’opéra Ippolito ed Aricia (1759), inspiré d’Hippolyte et Aricie, du livret pour Rameau de l’abbé Pellegrin, d’après la Phèdre de Racine, qui narre l’histoire du jeune couple malheureux à cause de l’amour incestueux de Phèdre pour son beau-fils Hippolyte. En voici un extrait sur Youtube :


Oui, c’est une grande chance, un grand privilège de voir et d’entendre souvent Patrizia Ciofi, qui parle d’ailleurs un français remarquable, dans notre région. Car on se l’arrache internationalement : de la mythique Scala de Milan à la Fenice de Venise dont elle assure la résurrection en 2004 après son incendie, en passant par tous les grands théâtres lyriques de son pays et de l’Europe et d’ailleurs, Munich, Berlin, Barcelone, Madrid,  Paris, Londres, Chicago, New York, Moscou, Tokyo, etc, etc.
Pour les auditeurs de Radio-Dialogue, elle me reçoit dans le grand foyer de l’Opéra de Marseille, la veille de la générale de la Straniera. Je lui manifeste mes scrupules de la faire parler la veille d’une représentation et lui propose de la revoir un autre jour : la voix, le timbre, sont choses d’une extrême fragilité et les chanteurs évitent de parler pour ne pas les fatiguer la veille d’une représentation, certains allant jusqu’à se mettre du sparadrap sur la bouche pour s’épargner la tentation de la parole, funeste au chant. Elle me rassure en riant et, quand je veux faire court pour la laisser se reposer, elle ne ma mesure ni son temps ni sa parole et devance souvent même mes questions.
Le 13 juillet  2012  à Orange, après le Requiem de Mozart,  Benito Pelegrín
raconte une blague à Patrizia Ciofi prête à éclater de rire… (Ph. Stéphane Seban)
Bref, même en la connaissant un peu au hasard des rencontres amicales après ses représentations à Orange, je croyais trouver une diva mais je découvre une femme, d’une simplicité directe, avec beaucoup d’humour, de lucidité sur elle, sur sa carrière, avec une morale, une philosophie humaine de la vie qui touche et fait réfléchir. Je lui parle métier, musique mais, au-delà de la musique, qui est sans doute une éthique autant qu’une esthétique, c’est une sagesse qu’elle m’exprime et m’imprime : oui, dans la vie, il y a de grandes douleurs, inconsolables, inoubliables mais, au lieu de nous fermer égoïstement sur nous, elles doivent nous ouvrir sur le malheur des autres. Et, dans tout cela, sans renoncer au souvenir qui fait mal, il faut garder le bon, le beau, remercier la vie, donner des chances à sa propre vie.


Alors, à côté de cela, mes questions sur les bons souvenirs de mise en scène ou les mauvais, les conflits éventuels avec le metteur en scène, le chef d’orchestre, sont vite balayées : même en venant aux premières répétitions avec une idée personnelle sur le personnage musical qu’elle doit interpréter, après une écoute modeste des disques des grandes cantatrices qui l’ont précédée, Patrizia Ciofi fait « tabula rasa » de ses conceptions personnelles, même pour des rôles qu’elle a interprétés cent fois, pour s’ouvrir aux propositions des autres, s’en enrichir même dans la contradiction, pour se faire des surprises et fuir la routine, et se laisser guider par la musique.
Mais on se laisse, sans se lasser, guider par elle dans ce disque remarquable, dans le même Festival, mais en 2000, et guidée par la baguette de Paolo Arribabeni, le chef de la Straniera, elle nous bouleverse dans l’Otello, non de Verdi, mais de Rossini, avec la « chanson du saule », « Assisa a pie d’un salice », poétique Desdemona qui faisait trembler la pauvre Malibran aux prises avec son tyrannique père Manuel García dans le rôle de l’époux jaloux.
El le rêve de cette grande dame toute menue, attendrissante, hors de la scène, c’est de vivre chez elle une vie normale de tous les jours, en conservant la rigueur d’une hygiène de vie ménageant la voix,  prenant garde à la nourriture, en évitant le stress qui créée ou intensifie les problèmes, mais en fréquentant les amis, en cuisinant pour eux, et surtout, dans ce métier aux constants voyages, de pénible solitude,  elle sait combien il faut prendre soin de l’autre comme de soi-même, l’aimer et s’aimer en couple en harmonisant l’équilibre délicat des habitudes.

Son avenir ? Le futur de sa voix ? Elle a chanté le baroque, et de Mozart à la musique contemporaine en passant par tous les grands rôles de soprano lyrique coloratura. Mais il faut accepter, avec le temps, que les choses changent, que le corps parle, résiste, sans le forcer. Il faut l’accompagner dans son évolution sans s’accrocher à ce qui n’existe plus de ses possibilités. Elle adore explorer ses limites mais sans les exposer, les faire exploser inutilement : savoir ce que peut et veut sa voix et ce qu’elle ne peut et veut plus. 
Nous la voudrions encore et on la quitte à regret mais avec la consolation de la retrouver dans ces disques et sur ce précieux finalement Youtube et l’on conseille d’écouter sa voix douce, boisée, feutrée, son français si fluide, dans cette belle interview, dont on ignore l’auteur, élégamment discret, laissant la parole à la cantatrice qui parle si intelligemment de l’opéra balcantiste romantique à propos de Lucia de Lammermoor qu’elle interprétait alors  à Paris.


Ci-dessus, parmi ses très nombreux enregistrements, un disque très éclectique de Ciofi et deux disque de musique baroque où excelle cette voix instrumentale mais faite de chair et d'âme.

PETIT FLORILÈGE DE CRITIQUES PARUES DANS CE BLOG SUR PATRIZIA CIOFI

LUCIA DE LAMMERMOOR, Marseille
vendredi, avril 20, 2007
http://benitopelegrin-chroniques.blogspot.fr/2007/04/lucia-de-lammermoor-marseille.html


Mais, voix et jeu, physique, Patrizia Ciofi, les possède et transmet, miraculeusement. Orange, écrin de titans, avait consacré, sacré cette frêle silhouette dans cet étau de pierre. Ici, cette fragilité corporelle, toute de légèreté, cette tendresse de la voix, aux aigus extrêmes d’une extrême douceur, sans arêtes, qui se joue des pires difficultés, si musicale, nous arrive avec une évidence sensible qui va droit au cœur : les vocalises ont du sens, les soupirs sont des hoquets de douleur, avec un naturel confondant : on redécouvre la partition archi-connue. D’entrée, on sent la faiblesse de l’héroïne, dans la fébrilité, dans le regard égaré, hagard dans la folie, colombe harcelée par la horde, le vol nocturne des oiseaux de proie mâles : on a envie de la protéger, de la prendre dans ses bras, mais on se dit égoïstement que le malheur va si bien aux femmes dans l’opéra… Des ovations saluent ses airs, les coupent aux charnières : l’émotion de la salle la gagne et nous regagne. La salle salue debout, comme un seul homme, spontanément. Elle pleure, nous aussi. Sa dernière Lucia? Disons, pour nous, la première.

LES PÊCHEURS DE PERLES, Avignon
08 mars 2007
http://benitopelegrin-chroniques.blogspot.fr/2007/03/les-pecheurs-de-perles-avignon.html


Que dire de Patrizia Ciofi sans se répéter? Même grippée, elle est toute présente, petit Tanagra indien, légère comme un oiseau dont elle a les vocalises et les trilles dans un air vertigineux qui anticipe celui de Lakmé vingt ans plus tard, un peu moins aigu, voix d’une rare musicalité, tendre, moelleuse et délicate, toujours à fleur d’émotion : un bonheur.


LA TRAVIATA, Chorégies d’Orange
jeudi, juillet 16, 2009

  La traviata, c’est Patrizia Ciofi, minceur juvénile, jolis gestes gracieux, rieuse et grave, extravertie et intérieure. Elle n’est pas défigurée par une énorme voix : sa Violetta, c’est bien elle, cette silhouette agile, ce timbre rond, de miel, d’une musicalité de rêve, une volubilité qui fait voltiger les vocalises comme des bulles de champagne ou des interrogations de l’âme. Une incarnation touchante dans la délicatesse qu’on voudrait protéger jointe à la puissance tragique qui bouleverse.













HAMLETMarseille
juin 2010
http://benitopelegrinchroniques.blogspot.fr/2010/06/hamlet.html

Et quand Ophélie est Patrizia Ciofi, légère comme un moineau au milieu de sombres corbeaux morbides, sautillant, pépiant tout doucement sans jamais s’intégrer à leurs vols funèbres ou bals frivoles, c’est le frisson de la grâce qui passe, dès son mélancolique premier air : doux legato dessinant un flottant horizon déjà lointain. Regards égarés, bras aux envols brisés retombant, désespérés d’étreintes rejetées, sur la pointe des pieds pour atteindre un inaccessible Hamlet dressé comme un roc dans son obsession qui le rend insensible, livre à la main, elle est l’image, et le son idéal, de l’abandon, de la détresse douce et bleutée qui va l’étreindre dans sa brume aquatique. Et tout cela avec cette voix tendre, moelleuse jusque dans l’extrême aigu, jonglant, aérienne, avec notes piquées, trilles d’oiseau, roulades, cadences irréelles, avec un aisance bouleversante qui fait vivre ce sommet de l’art, l’artifice de cette haute voltige vocale, comme tout naturel. […]


Gageure réussie dans un lieu unique : Ophélie ne va pas se noyer dans un étang extérieur mais ici, au milieu de la scène, dans une baignoire ; en faut-il plus à une enfant fragile et gracile pour sombrer dans sa folie et se noyer dans ses larmes ?


MANON, Avignon,
3 mars 2009
http://benitopelegrin-chroniques.blogspot.fr/2009/03/manon.html


Patrizia Ciofi, c’est cette grande dame du chant international qui, loin de cultiver ses succès, prend le risque de prises de rôles, il y a peu, à Avignon, Leïla des Pêcheurs de perles et, aujourd’hui, Manon, qui nécessite vélocité et agilité dans l’air virtuose du II mais aussi un solide médium dramatique dans la scène de Saint-Sulpice. Même si la voix accuse une certaine fatigue dans l’air du Cours-la-Reine, chez cette grande artiste, on l’éprouve comme un charme touchant de plus d’une héroïne qui n’est « que faiblesse et que fragilité », humaine en somme, faillible. Mais la rondeur boisée, le miel musical de son timbre, son art des nuances, des couleurs, son jeu convainquant de bout en bout, tour à tour mutine, câline, coquine, sincère, mouvante et émouvante, en font une Manon d’exception.

RÉCITAL Patrizia Ciofi, Marseille-Concerts
dimanche, mai 08, 2011
http://benitopelegrin-chroniques.blogspot.fr/2011/05/recital-patrizia-ciofi.html

La cantatrice Patrizia Ciofi n’est pas une diva. Mieux qu’une diva, elle est Patrizia Ciofi, c’est-à-dire, une chanteuse qui sait faire de l’art le plus consommé du chant, de la technique la plus absolue, une seconde nature, ou sa première. À sa voix d’une exquise musicalité, souple, perlée, au timbre doucement fruité, riche en harmoniques, elle sait donner un arc-en-ciel séduisant de nuances, feutrées, veloutées, irisées, toujours au service de la musique et du texte, de l’interprétation, en musicienne et actrice. Personnalité à la nature charmeuse sans effet de charme, silhouette gracile, sourire gracieux et yeux malicieux, elle dialogue aimablement avec une salle bon enfant à la méditerranéenne, qui l’interpelle gentiment ; après d’époustouflantes interprétations des héroïnes folles du romantisme le plus fou, on lui réclame abusivement en bis Lucia, elle réplique :

« Lucia ? Je ne suis pas un juke-box ! »

[…]

Ici, en seconde partie, de noir vêtue, elle offre une panoplie de ces rôles tragiques  du romantisme généralement prétextes aux compositeurs du temps d’en faire des morceaux de bravoure, avec de fameuses scènes de folie que s’arrachaient les plus fameuses cantatrices, occasion pour elles de faire étalage de leur maîtrise vocale, de leur virtuosité, avec toute une pyrotechnie de vocalises, de notes piquées, de fusées, roulades, glissandi, sauts et autres agréments acrobatiques du chant placés, après un premier mouvement, dans les cabalettes finales. Vertigineuse virtuosité pure que l’air de Fiorilla de Il turco in Italia opéra-bouffe de Rossini, de demi-caractère dans la Marie de La Fille du régiment. La tragédie et le délire fondent les vocalises dont se hérisse le rôle de Maria Stuart dans la Maria Stuarda de Donizetti, la reine perdant la tête avant de la perdre tout court. Toute la technique impeccable de Ciofi est là. Mais avec l’air de Juliette des Capuleti e Montecchi de Bellini, le grand arc lyrique bellinien devient poésie vocale pure dans la voix de Patrizia qui nous transmet toute la nostalgie douce et mélancolique des grandes âmes trahies par la vie dans l’air rêveur de La Sonnambula.

Photos : les crédits respectifs figurent dans chaque article dont je donne le lien.

















jeudi, novembre 14, 2013

NORMA


NORMA
Livret de Felicie Romani, musique de Vincenzo Bellini
Opéra de Toulon
27 octobre 2013

L’œuvre
Le néo-classicisme du XVIIIe siècle finissant et de l’aube du XIXe, entre retour à l’Antique gréco-latin ou celte, avait fantasmé sur ces vierges sacrées consacrées au culte de dieux jaloux de leur chasteté. Spontini avait fait verser des larmes sur sa lyrique Vestale (1807) ; le lubrique et incestueux Chateaubriand, attelé aux pudeurs d’Atala (1801) et aux pudibonderies des Martyrs (1809) avait rêvassé sur une gauloise prêtresse d’Irminsul dont Felice Romani avait déjà tiré un livret pour Pacini en 1817 avant la pièce d’Alexandre Soumet donnée à l’Odéon,Norma ou l’Infanticide (1831), dans la veine inépuisable des nombreuses Médée d’opéra, mères meurtrières pour se venger d’un infidèle époux ou amant. Pour Bellini, étoile montante du théâtre lyrique italien après l’éclipse volontaire de Rossini, Romani remanie son livret et, la même année que la pièce, la Norma célèbre aujourd’hui échoue lamentablement à la Scala en 1831 puis s’impose définitivement au monde.
Le sujet est simple mais fort : Norma, druidesse gauloise, non seulement enfreint ses vœux de chasteté par une liaison avec le proconsul romain Pollione, dont elle a deux enfants, mais trahit son peuple en lui intimant la paix avec l’occupant, avant d’être trahie par son amant, amoureux d’une autre prêtresse, Adalgisa avec laquelle il prétend fuir à Rome. Bafouée, la prophétesse aveugle sur son destin, ira jusqu’à délivrer de ses vœux sa jeune rivale pour qu’elle puisse épouser le perfide et élever ses enfants. La tragédie fera qu’elle même dénonce le sacrilège du Romain et le sien et, absolvant généreusement Adalgisa, demande le supplice pour tous deux : le bûcher sacrificiel des amants réunis dans les flammes d’un amour condamné d’avance.
Sottement critiquée souvent, la musique de Bellini, qui nourrissait Chopin, qui inspirait à Wagner sa souple déclamation, que Bizet se refusait à orchestrer pour en remplir les vides harmoniques de peur d’en faire perdre la magie, est de la pure poésie en voix : une longue cantilène sans découpe précise en général, sauf l’air célèbre « Casta diva… » d’une traditionnelle coupe strophique, déploration, imploration, ligne sinueuse, rêveuse, infinie, chemin fleuri de vocalises qui ne sont que de folles acrobaties techniques que pour les chanteurs superficiels mais acquièrent leur véritable dimension d’exhalaisons miraculeuses de l’âme pour les vrais et rares artistes capables de servir ce répertoire. Callas, avec tous ses défauts, y laissa sa trace et sa voix ; Caballé, dans sa perfection vocale, l’exalta dans le monde.
Toulon en donnait, musicalement, une version très digne. Mais digne d’une vraie réalisation scénique absente ici.


La réalisation
En effet, Massimo Gasparon, qui signait avec les lumières, les costumes et les décors, une vague régie qu’on ne peut appeler mise en scène, suivant une mode qui traîne depuis près de cinquante ans et afflige nombre de spectacles, visant sans doute la hauteur, pour éviter peut-être la platitude de la localisation de l’action dans nos plates latitudes de la Gaule de la conquête romaine, l’avait resituée dans l’altitude himalayenne du Tibet. Le prétexte, dans la note d’intention, en est tiré par les cheveux d’une philologie indo-européenne, d’une philosophie et d’une mythologie de bazar de vente de bâtonnets d’encens indous où l’abondance de références gréco-latines appelées en renfort résiste de tout son poids culturel à gravir cette graveleuse pente explicative, que rien ne viendra d’ailleurs étayer dans le spectacle… La finalité, apparemment de ce regista à l’italienne, architecte et ensemblier, c’est le portique pur de ce temple en haut de quelques marches, dont les colonnes blanches pourraient aussi même être de Gaule ou de Rome, sauf dans le dernier tableau avec la statue de Kali aux nombreux bras, possède, il est vrai, une grandeur raffinée et barbare. Bref, nous sommes dans le décor pour le décoratif.
Côté costumes de ces côtes et pentes himalayennes, si Norma a trois belles robes, les guerriers gaulois sont affublés de toges pourpre que pourrait leur envier l’empereur romain qu’il combattent. Quant aux Romains, en cuirasses plastoc couleur parme, leur jupette et leur cape, non, leur traîne, non leur voile en tulle léger flottant derrière eux, vain ornement guère commode pour les combats, ce ne sont plus des légionnaires de l’Empire, mais Violettes (et voilette) impériales.D’ailleurs, les mouvements de danse en contrechamp que ces supposés rudes guerriers ébauchent dans des débauches de lenteur avec leur glaive, prêtent à l’ensemble un air d’ensemble de boys de Folies Bergères.
Nulle direction d’acteurs : les chanteurs sont livrés à eux-mêmes, les virils Romains, se tapant sur l’épaule, Norma levant les bras de désespoir, et, en règle générale, les protagonistes ne se regardent pratiquement jamais, surtout Pollione chantant toujours frontalement, face au public, pas de face à face entre les héros affrontés mais, systématiquement, dans les duos, l’un tournant le dos pendant que l’autre chante. Ah, l’on oubliait : l’un descendant les marches que l’autre monte.


Interprétation
Et c’est bien dommage parce que, d’entrée, Giuliano Carella imprime à cette musique parfois faible orchestralement, une impulsion une pulsion, une pulsation, une fièvre vraiment tragique. Les chanteurs, c’est dire leur qualité, se plient à ces tempos si vifs, si haletants malgré les parties difficiles qui sont les leurs. L’Orchestre et le chœur de l’Opéra de Toulon répondent avec une belle énergie à celle de leur chef : on sent le drame qui avance et même l’extatique parenthèse de l’invocation à la lune, « Casta diva… »,‘chaste déesse’, ne cède à aucune mollesse ou langueur rythmique mais sans rien sacrifier de la délicatesse dentelée de la ligne vocale d’une Hiromi Omura qui à cet air galvaudé par la pub redonnait tout son charme magique et pur d’imploration à la paix universelle rêvée par les femmes, les mères, les amantes. Cette tendresse exprimée par cette voix de lait et de miel, ne rendra que plus cruel le désir ultime de vengeance de la femme contre l’orgueil dynastique, la filiation implacable de la loi du mâle :  tuer ses enfants, à quoi elle ne peut se résoudre, malgré sa guerre contre l’amour trahi, la dureté contre la tendresse.

  À l’aise dans le hiératisme plus que dans la passion, la chanteuse japonaise (on pense au futur sacrifice de Butterfly contre l’ingratitude de l’homme) sert le chant redoutable d’une technique sans faille et de pianissimi frémissants. Sa rivale et amie Adalgisa, Stella Grigorian, timbre coloré  de mezzo, large, aisé dans les aigus terribles, lui donne une réplique vibrante : le duo des deux prêtresses exprime en musique, texte et voix, cette solidarité de femmes sensibles, temples de chair de la vraie civilisation, de la nature, de la vie, contre la brutalité, la cruauté et l’instinct de destruction du monde des hommes. En nourrice, Marie Karall laisse entendre un timbre et voix que l’on a envie de réentendre et apporte aussi sa note tendre à cet univers de pauvres oiseaux autour d’un nid, d’un foyer détruit par la bêtise de l’homme.
A côté de ces femmes exigeantes et incandescentes, le piètre héros, qui a peur du couteau de Norma même s’il se rattrape stoïquement à la fin en bon Romain, est d’avance décevant : Giuseppe Cipalli, malgré des aigus héroïques, pâtit du volume généreux des voix de femmes qui font paraître la sienne étriquée. En Flavio, Guillaume François a une belle présence et un timbre intéressant tandis que Taras Shtonda prête à Oroveso la chaude profondeur de sa voix magnifique de basse russe.
Les chœurs sont aussi d’une fête musicale heureuse guidée par la baguette jamais défaillante mais tendre de Carella.

Photos : ©Frédéric Stéphan
 

ANNONCE

LEDA SANS SON CYGNE,  
MAIS SOUS LE SIGNE DE L'ATOME
Concerts détonnants




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mercredi, novembre 06, 2013

OPÉRA-BOUFFE ARMÉNIEN


Samedi 09 et dimanche 10 novembre 2013, 14h30
Le Théâtre Municipal de l’Odéon-Marseille et L’Institut International Dikran Tchouhadjian présentent

GARINÉ


Opéra-bouffe en trois actes de Dikran Tchouhadjian,  musique de Dikran Tchouhadjian
Sous le haut patronage de l'Ambassade d'Arménie en France Avec le soutien de Hamaskaïne de Paris et de La Croix Bleue des Arméniens de France Parrainée par Irina Brook
Nouveau livret, production et mise en scène de Gérald Papasian
Adaptation française : Gérald Papasian, Olivier Podesta, Christophe Ramon et Jean-Denis Vivien, librement inspirée du livret original de Takvor Nalian.

Direction musicale Jérôme Boudin Clauzel. Révisions musicologiques et nouvelle orchestration de Vincent Bonzom ; avec l’Ensemble Vivace de Guegham Nikoyan et la participation des musiciens d'Azur Symphonic Orchestra.
Chef de chœur Ludovic Selmi Scénographie et costumes de Noëlle Ginefri-Corbel.






Opéra-bouffe crée en 1875 à Constantinople, époque où la ville s'ouvrait et échangeait librement culturellement vers l'Occident ( bien avant le terrible génocide de 1915) et il réunit stylistiquement la structure de composition musicale occidentale avec l'art mélodique propre à l'Orient...


        Dikran Tchouhadjian est un compositeur majeur de la culture arménienne du XIXe siècle redécouvert après la Seconde guerre mondiale par l'Union soviétique. Malheureusement beaucoup de ses partitions ont été perdues ou morcelées. Le metteur en scène Gérald Papasian a fait un vrai travail de musicologue afin de retrouver la partition d'origine et l'adapter en français. 
 


Gariné reste une œuvre de vrai divertissement, ouverte à tout public, et un vrai pont entre l'Orient et l'Occident.

Extraits  de  Gariné  sur  You  Tube:  
http://www.youtube.com/watchv=v2fXdyyB7rA  
CONTACTS  
IIDT  ␣  Institut.tchouhadjian@gmail.com  
Chargée  de  production  :  LAURE    CRUMIERE  06  14  90  04  88  ␣laurecrumiere@live.fr  
Directeur:  GERALD  PAPASIAN  06  63  77  41  57  ␣  gpapasian@yahoo.com  
Assistante  a  la  direction:  AMELIE  ROBINAULT    06  17  58  67  63  ␣robinaultamelie@gmail.com     
  


samedi, novembre 02, 2013

MUSIQUES BAROQUES ET CLASSIQUES



Festival des musiques classiques et baroques 
de Marseille

Sous l’égide de Madame Jeanine Imbert, Conseillère Municipale déléguée à l’Opéra, au Conservatoire National à Rayonnement Régional et au Festival de Musique Sacrée, le Neuvième Festival des Musiques Baroques et Classiques de Marseille a ouvert ses portes le 19 octobre et se déroulera jusqu’au 26 novembre, en la rituelle l’église Saint-Michel. Onze soirées de grands concerts, tous gratuits, avec au programme un grand éventail de compositeurs baroques et classiques.

Le baroque, une brillante et large époque qui embrasse le début du XVIIe et s’étend jusqu'au milieu du XVIIIe, où pointe le néo-classicisme dans les arts avant l’entrée en scène du classicisme qui sera supplanté par le romantisme du XIXe siècle.
La musique baroque, toute en contrastes et effets virtuoses, est une musique brillante et savante mais immédiatement accessible, sensible au cœur et au corps par sa grande pulsation rythmique. Elle cherche à traduire autant les affects, les passions de l’âme, les joies, les douleurs, les rages, les orages du cœur que les tempêtes de la nature ou ses beautés paisibles. Pour la musique baroque, le Festival déploiera les charmes de Telemann, Rameau, Vivaldi, Bach, Haendel, Pergolese, Corelli, etc et pour l’équilibre classique, ses belles proportions, seront servis Mozart, Haydn, Hummel. Le festival ne s’empêche pas d’ouvrir aussi ses programmes à Rossini, au romantiques Donizetti, à Bottesini, et bien d’autres compositeurs mis en regard, en miroir avec les maîtres anciens, comme Gabriel Fauré (1845-1924)  et sa célèbre Pavane, Béla Bartók (1881-1945) et ses Danses roumaines, sans oublier Astor Piazzola, et son Libertango, très en faveur actuellement.
Le Festival est devenu de la sorte, au fil années, l’un des grands moments musicaux de l’automne marseillais. Il offre au grand public l’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, des œuvres chantées et instrumentales d’une vaste période essentielle de l’histoire de la musique.
  Le Festival a frappé les trois coups le 19 octobre par un concert Mozart et autres compositeurs classiques par l’Orchestre philharmonique de Marseille sous la direction du grand chef Lawrence Foster, Directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra de Marseille depuis février 2012.  Il dirigera l’Orchestre Philharmonique de Marseille lors de la saison 2013-2014 pour les opérés Le Roi d’Ys et La Traviata, le récital  du grand baryton Leo Nucci dédié à Verdi, et d’autres concerts dans le cadre de la saison symphonique en décembre (Brahms/ Dvoràk) et en avril 2014 la grandiose Neuvième Symphonie de Beethoven, et un programme consacré à Bernstein/Ravel.

Le  LUNDI 4 NOVEMBRE, ce sera un concert nommé Autour de Rameau, avec des Œuvres Vocales et Instrumentales de Jean-Philippe Rameau (1692-1764) par Sabine Devieilhe, soprano, sous la direction d’Alexis Kossenko à la tête de l’Ensemble les Ambassadeurs.
Les concerts ont tous lieu à 20h30 sauf quelques uns que je signale. Ainsi, le LUNDI 11 NOVEMBRE 2013 il aura lieu à 16 hiures . L’Orchestre de Chambre de Marseille sous la direction de Michel Camatte, aura en soliste Jean Louis Beaumadier (piccolo). Programme Autour de Bach mais aussi de  Buffardin,  du moderne Britten...
Également  à 16 h, le  DIMANCHE 17 NOVEMBRE, l’Orchestre Symphonique II & Ensemble d’Accordéons du CNRR, sous les directions artistiques de  Jean-Luc Lucidi et Sylvain Gargalian  proposent un programme original, Huit Saisons. Ils mettront en écho les célèbres Saisons de Vivaldi avec celles de l’Argentin maître du nouveau tango, Astor Piazzolla. Au programme aussi, Gian Battista Pergolesi (1710-1736), Mauro Giuliani (1781-1829), Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Gabriel Fauré (1845-1924) Pavane, Béla Bartók (1881-1945) Danses roumaines, Astor Piazzolla (1921-1992) Libertango et des extraits de son Histoire du Tango.
         Mais revenons aux concerts de 20 h30.

 VENDREDI 8 NOVEMBRE un programme original et délicat de deux charmantes instrumentistes : flûte et guitare par Delphine Macochain et Agnès Condamin,  d’Un Siècle à l’Autredanses en duo, œuvres de Vivaldi, Pergolese, Corelli, etc.
MERCREDI 13 NOVEMBRE : Fastes à la Cour d’Angleterre
 avec la musique somptueuse de Georg Friedrich Händel. Ce concert est donné avec la participation de la Maîtrise des Bouches du Rhône, Chœur d’enfants et solistes, le Chœur d’hommes Asmarâ  de l’Orchestre de chambre de Toulon et du Var sous les directions de Manuel Cartigny et de Samuel Coquard.

VENDREDI 15 NOVEMBRE : l’Orchestres à plectre du CNRR (instruments à cordes joués avec un petit onglet, le plectre) et le Quintette Arion rendront un hommage un  Hommage au 7ème Art, musiques de films; sous la direction d’Alexandre Boulanger de Vincent Beer-Demander.

Le VENDREDI 22 NOVEMBRE : Maîtrise et solistes chanteurs du CNRR « 60 voix et un Piano » sous la direction  de Christine Becher et deTibère Raffali

Le DIMANCHE 24 NOVEMBRE : Trompette, violoncelle et Orgue, Grand Répertoire.  Le MARDI 26 NOVEMBRE : Orchestre de chambre du CNRR et la Camerata del sud  pour Massalia Concerto : œuvres pour violon, mandoline et orchestre, direction artistique et  violon de Philip Bride.

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