vendredi, mars 16, 2012

MARS EN BAROQUE 2012 (1)

 
MARS EN BAROQUE 2012

Créé il y a dix ans, le Festival Mars en baroque, refleurit avec les beaux jours à Marseille pour le bonheur des mélomanes.
Si, parlant de baroque, l’on sait en général ce qu’il faut écouter, qu’entendre par Baroque ?
BAROQUE
Historiquement, on qualifie de « baroque » une vaste période historique et culturelle, artistique, de son aurore glacée du maniérisme à son crépuscule rose et mousseux du rococo, c’est-à-dire du dernier tiers du XVI e au milieu du XVIII e siècle. Le Baroque déploie un art vivifiant, chaud, théâtral, monumental, dans tous les domaines des arts, littérature, peinture, architecture, musique, etc. En peinture, on classe dans cette catégorie les frères Carrache, Caravage, Artemisia, Rubens, Rembrandt, Velázquez, La Tour, le Lorrain, Champaigne, etc ; en architecture le Bernin, Borromini, Puget ; en littérature, Cervantes, Calderón, Corneille ; etc, etc ; en musique, Monteverdi, Lully, Purcell, Vivaldi, Bach, etc.
Né en Italie, le Baroque devient cosmopolite et international avec les grandes découvertes des Espagnols et Portugais qui l’exportent aux quatre coins du monde. C’est donc un art migrant, émigrant, immigré, s’adaptant partout et adoptant des modalités locales, hétérogène fait d’agglomérations et de mélanges est un art métissé. Le Baroque, en ses visages, virages, rivages, ses rives et ses dérives, fait donc escale logique chez nous : mars à Marseille, ville de tous les mélanges, mais non Mars,  le dieu belliqueux de la guerre mais celui de la Musique, de l’harmonie universelle.
Avec à sa tête le claveciniste marseillais Jean-Marc Aymes, professeur de clavecin au Conservatoire National de Lyon, Mars en baroque, initialement, se love amoureusement, (en anglais et en français ici, mais dans la langue universelle de la musique) dans l’écrin délicat de l’architecture romane remaniée en gothique, et avec des consoles d’arcs baroques tardifs, de la chapelle de Sainte-Catherine, face à la Tourette, à la tour du Roi René, dominant le Vieux-Port et en regard de la Vierge de la Garde. Mais il a essaimé, dans d’autres lieux emblématiques, les rares joyaux de l’architecture religieuse marseillaise, tels la chapelle ovoïde, de Puget, de la Vieille Charité, à Saint-Victor, pour les concerts, mais avec des manifestations dans d’autres endroits, notamment pour les conférences et films, Bibliothèque de l’Alcazar, Archives Départementales Gaston Defferre, cinéma les Variétés, Institut italien. Beau succès de la première conférence à l'Alcazar, sur Caravage et Gesualdo par Martine Vasselin, professeur d'histoire de l'art à l'Université et Provence et Jean-Marc Aymes, qui a failli déclencher une émeute par le public nombreux dépité de ne pouvoir entrer dans une salle comble! Au point qu'il faudra la refaire en un lieu et une date encore inconnus. de même, le film sur le Caravage aux Variétés, initialement prévu sur un seul jour, sera repris trois fois. Bref, le dixième festival a bien commencé par l'illustration de son intitulé de 21012 : Passion(s) et débordements.
CONCERTO SOAVE
Mars en baroque repose sur deux ensembles instrumentaux, l’un Euterpes, dévolu à la musique du XVIII e siècle, l’autre Concerto soave, à celle du précoce XVII e siècle.
Concerto soave est né de la rencontre de la soprano argentine María Cristina Kiehr et Jean-Marc Aymes. La première est une chanteuse très prisée par les plus fameux ensembles baroques et a déjà à son actif une centaine de disques. Aymes, lui, s’est voué à enregistrer l’œuvre intégrale pour clavecin de Girolamo Frescobaldi, acclamé par la critique.
Plus particulièrement consacré à la musique italienne du seicento, du XVIII e siècle, donc, Concerto soave a promené ses concerts à travers le monde) et ses enregistrements pour Harmonia Mundi ou le Label Ambronay marquent le paysage musical baroque. L’ensemble est ainsi devenu une référence pour l’interprétation de la musique italienne, interprétation où le respect des œuvres n’a d’autre but que d’en décupler le pouvoir émotionnel, la suavité et le mystère.

Il canto delle dame : justice pour les dames
À l’actif de Concerto soave, nombre de disques. J’en retiens un, d'actualité : Il canto delle dame, label Ambronay, ‘La chant des dames’. Ce disque a la particularité de ne comporter que des musiques de femmes compositrices, italiennes, de la première moitié du XVII e siècle. On y trouve, entre autres, les célèbres Barbara Strozzi, Francesca Caccini, la fille du fameux Caccini, la première femme à avoir écrit un opéra. On retiendra que certaines furent admises en Italie, dans des « Académies » où régnaient les hommes, et même Artemisa Gentileschi, femme peintre (le mot n’a pas de féminin en français), fut admise en 1616 dans la savante Accademia del Disegno de Florence. Je rappelle qu’en France, la première femme à être admise à l’Académie française fut  Marguerite Yourcenar… en 1980. Une grande exposition sera consacrée  à Paris d’avril à juillet à ce génie féminin de la peinture, célèbre d’abord par le retentissant procès à Rome après son viol par un peintre travaillant avec son père. Il est donc heureux que Concerto soave ait mis l’accent musical sur ces femmes trop oubliées par l’histoire artistique officielle des hommes et l'on suggère de coupler un jour musique et peinture au féminin.
DIXIÈME FESTIVAL : débordements et passion
Mais le Baroque est l’époque où l’on se passionne pour la passion, les affects, que l’on étudie, que l’on répertorie (Même Descartes écrit un Traité des passions), dont on trace un rhétorique que l’on retrouve en peinture (attitudes, couleurs qui trahissent les sentiments) et en musique. C’es passions sont souvent extrêmes, ce qui explique que le Dixième Festival mars en Baroque, ait choisi le titre qui fait son programme : Passion(s) et débordements. On pourrait symboliser ces excès chez deux grands artistes du temps, Gesualdo, Prince de Venosa, et Caravage, qui révolutionna la peinture. Car leurs débordements, manifestes dans leur œuvre, le furent aussi dans leur vie : Gesualdo, assassina sa femme et son amants, Caravage, à la turbulente vie, assassina diverses personnes et fut lui-même assassiné.
Mais que l’on se rassure, parmi ces excessifs fréquentables, on trouve La Fontaine et ses contes libertins assortis de musique, Corelli, Scarlatti, etc, des conférences qui introduiront les concerts ou illustrées par des films. Et, à noter, une création contemporaine, La Passion selon Marie de Zad Moultaka en clôture, à Saint-Victor. Les tarifs vont de 7 à 20 € et les billets se prennent dans les lieux habituels, dont l’Espace culture.
Le programme détaillé est sur le site www.concerto-soave.com

PROGRAMME de MARS EN BAROQUE 2012

MERCREDI 14 MARS, 20H, Archives départementales Gaston Defferre
CONCERT : La Fontaine de Vénus (Caroline Pelon, soprano ; Christophe Gravouil, conteur), ENSEMBLE LA FENICE Jean Tubéry 
JEUDI 15 MARS Cinéma Les Variétés18H  CONFÉRENCE : Caravage et Gesualdo, assassins et  artistes (Martine Vasselin, Jean-Marc Aymes), Apéritif  italien 20H FILM : Caravaggio (1986 – Derek Jarman)
SAMEDI 17 MARS, Église Saint-Laurent, Journée « Excès italiens »  11H CONCERT : Sonates de Domenico Scarlatti (Nicolau de Figueiredo  clavecin) 15H30 CONCERT : Sonates pour violon d’Arcangelo  Corelli (Odile Edouard violon) CONCERT Motets & Madrigaux de Carlo Gesualdo (CONCERTO  SOAVE  Jean-Marc Aymes) 20H
MARDI 20 MARS, 18H, Institut Culturel  Italien, FILM : Voluptas Dolendi / I gesti del Caravaggio
MERCREDI 21 MARS, 17H, Bibliothèque  l'Alcazar 
CONFÉRENCE : Patrick  Barbier : Farinelli et l’âge d’or des castrats
MERCREDI 21 MARS, 20H, Église Saint-Laurent,
CONCERT : Arie per un Divo,  L’art des castrats en  Italie, Magid El-Bushra contre-ténor, ENSEMBLE FILIGRANE
JEUDI 22 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT : Ronan Khalil, clavecin, Cyrielle  Eberhardt, violon 
MARDI 27 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT : Calliopé Chaillan, clavecin 
MERCREDI 28 MARS, 12H30, Chapelle de la Vieille  Charité 
CONCERT JEUNE TALENT, : Kazuya Gunji, clavecin
JEUDI 29 MARS, 20H15, Abbaye de Saint -Victor CONCERT : La Passion selon Marie, de Zad Moultaka,(María Cristina Kiehr soprano, CONCERTO SOAVE, Jean-Marc Aymes), CHŒUR DE  CHAMBRE LES ÉLÉMENTS (Joël Suhubiette).

Photos :
1. Jean-Marc Aymes;
2.  María Cristina Kiehr 
3. Concerto soave (photos Bertrand Pichène)
4, 5, 6, 7 : quelques disques de Concerto soave.



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