dimanche, juillet 01, 2012

FESTIVAL DES MUSIQUES SACRÉES (2)


XVIIe FESTIVAL DES MUSIQUES SACRÉES (2)
 (11 mai -7 juin 2012)
Le XVIIe Festival des Musiques sacrées a clos ses portes. Il commençait par le Stabat mater de Rossini avec le fameux chef Nader Abbassi qui dirigeait l’Orchestre et le chœur de l’Opéra de Marseille avec un quatuor de grands chanteurs internationaux.
le Stabat mater prend son nom du début du célèbre poème médiéval de Jacopone da Todi : « Stabat mater dolorosa juxta crucem dum pendebat fillius… » (‘la mère douloureuse était près de la Croix d’où pendait le fils »…’). Scène terrible et universellement douloureuse de la mère qui voit son fils supplicié. Ce poème s’est imposée avec force dans les musiques sacrées. Pergolèse, en 1736 en donna une version devenue célèbre où, des passages dramatiques et les méditations qui les suivent alternent avec d’autres qui semblent presque issus de l’opera buffa dont il fut aussi le modèle. Celui de Rossini (1832/1841) ne déroge pas à cette tradition italienne humaine et sensible mais qui n’en oublie jamais une vocalité toute opératique. Ainsi, après un début grave et grandiose, bouleversant, des effets dramatiques de dissonances douloureuses, il y a aussi de vrais morceaux de bravoure pour la voix avec passages  acrobatiques d’agilité, et cette fameuse décomposition syllabique, ici expression de la douleur (« dum//pen//de//bat… »), dont il saura faire veine comique dans ses opéras-bouffe.
Cependant, cette même œuvre je l’évoquerai non dans la superbe exécution du Festival mais par une plus modeste mais non moins réussie interprétation donnée par un jeune ensemble marseillais le 16 mai dans le temple de la rue Grignan qui est devenu un lieu habité aussi par la musique. C’est l’Ensemble Sull’ aria, au joli souvenir mozartien des Noces de Figaro (« Arietta sull’aria »), un chœur d’amateurs d’horizons divers avec quelques solistes largement frottés au professionnalisme. Le chef Pierre-Emmanuel Clair, encore en classe de direction avec Roland Hayrabédian et toujours étudiant, en a hérité la précision minutieuse, le sens délicat des nuances et de la dynamique, un goût sûr : rigueur et souplesse, finesse et géométrie. Il faut saluer la cohésion, l’engagement musical des choristes dans une œuvre souvent complexe dans sa polyphonie, sans compter les passages a cappella qui laissent à nu des dissonances délicates. Les talents des solistes étaient en général à une belle hauteur. Christophe Roche était gêné par une tessiture trop tendue pour sa grande voix de fort ténor et tendait peut-être à compenser le trac par un excès de son, brouillant parfois rythme et agilité. La soprano Catherine Bocci-Dragon déployait l’éclat de son timbre brillant à l’aise dans sa partie et la mezzo Cécile Meltzer, aux belles couleurs, agile et ductile, manifestait beaucoup de connivence musicale et dramatique avec la basse profonde Yves Bergé, précis et nuancé, tandis que l’autre basse, Guillaume Baralis, devrait davantage abandonner sa voix, timbre très sombre au beau velours. Une réussite qui doit beaucoup aussi au pianiste Marcus Maitrot, attentif accompagnateur, qui nous avait d’abord régalés avec le Prélude et fugue de Bach.
Pour en revenir au Festival des Musiques sacrées cher à Madame Jeannine Imbert,  il faut en rappeler quelques moments particuliers parmi cette riche et belle programmation due à Maurice Xiberras, Directeur de l’Opéra de Marseille.
On aura goûté l’original concert par le Richard Galliano sextet Bach qui a joué Bach à l’accordéon auréolé de cordes, deux violons, un alto, un violoncelle et une contrebasse de l’aigu au grave des registres. Les habitudes culturelles sont telles que l’on est d’abord surpris par le son de cet instrument que l’on cantonne par paresse aux bals musette. Mais il suffit que Galliano écarte ses bras, ouvre l’éventail de son instrument qu’il presse, compresse, déploie et resserre sur son cœur, telle une chenille puis papillon déployé. Il caresse de la prestesse de prestidigitateur de ses doigts le clavier nacré et l’on reste ébahi par la beauté de ce timbre diapré, de cette poussière musicale des harmoniques irisées comme un arc-en-ciel sonore au-dessus de l’instrumentiste, auréolé de la poussière musicale moirée des cordes. C’est un instrument riche et profond, qui ne sert qu’une chose : la musique. D’ailleurs, Bach avait écrit son Clavier bien tempéré pour tout instrument à clavier quel qu’il soit, de l’épinette au clavecin, de l’orgue aux premiers pianos forte, donc, il n’aurait pas exclu l’accordéon s’il l’avait connu. L’accordéon n’est plus « le piano du pauvre », un petit orgue portatif modeste, mais un instrument chantant, rutilant ou rugissant, qui a dans son timbre les larges possibilités instrumentales de l’orchestre, passant du son de la flûte à des sons de cuivre doré. La soirée se terminait par un hommage festif de Galliano à Claude Nougaro.
Si ce programme n’était pas exactement de la « musique sacrée » mais, plutôt, consacrée, bien que Bach soit probablement l’un des plus grands compositeurs de ce genre de musique, pour la clôture, le sacré fut superbement de retour.
Mémorable concert avec l’Orchestre philharmonique de Marseille conduit par Claire Gibault et, en complice récitant, le comédien Robin Renucci d’une souveraine simplicité. Après une première partie contemporaine avec les compositeurs Arvo Pärt et Benjamin Britten, le couronnement en fut, de Joseph Haydn (1732-1809), ses magnifiques Sept dernières paroles du Christ en Croix (1786).
On n’eut pas droit à ces brèves et bouleversantes paroles de Jésus crucifié dont la terrible première, traversée par le doute : « Éli, Éli, lema sabachtani? », c'est-à-dire, « Seigneur, Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pour justifier la présence d’un récitant tel que Robin Renucci, à la place des brèves premières paroles du Christ, des textes très graves et très méditatifs de Charles Julien. En voici des extraits, des éclats cueillis au vol qui semblent adressés à chacun d’entre nous :
« la vie se refuse à qui prétend la forcer », « tu mesures ta solitude… », «  désespérant de vivre… », « laisse-toi couler… », avec « le courage de demeurer enfoui, l’instant où tu lâches prise, l’instant où tu t’abandonnes, où tu glisses dans la mort », « cette mort qui me fait tant aimer la vie. »
Renucci est fervent, pénétré, il sourit, détaille avec clarté les mots avec une rayonnante humanité et humilité. C’est coulé, glissé entre les parties de la musique de Haydn dans laquelle les gestes amples de Claire Gibault semblent baigner, ouvrant ses bras en offrande, recevant et dispensant la musique entre ses mains d’envol de colombes, penchée humblement vers tel instrumentiste comme pour lui souffler ou en faire émaner une nuance.
Auparavant, la beauté délicate des Lacrymæ de Benjamin Britten (1913-1976). Subtiles et arachnéennes variations rétrospectives d’une chanson de John Dowland (1950) et Flow my tears, le thème n’apparaissant qu’à la fin. C’était l’occasion pour l’altiste Arnaud Thorette, de déployer toute la palette d’une technique raffinée toute au service de l’expression. Sur un nappage, un tremblement, un léger vibrato, des frémissements de cordes pincées de pizzicati doux, la virtuosité volubile s’élève de l’alto déchirant, gémissant comme des larmes perlées. Aucun grossissement du chef, retenue et délicatesse de ce chant de désolation et d’espoir s’évanouissant dans une gamme descendante de lamento tel un sanglot étouffé de pudeur.
Le concert commençait par où nous terminons, avec une œuvre du compositeur contemporain Arvo Pärt né en 1935 en Estonie. Silouans song, de 1991. L’œuvre, avec pour sous-titre « Mon âme aspire à trouver Dieu », est dédiée à Silouane de l’Athos saint orthodoxe russe (1866-1938).
Guère orthodoxe sa musique, d’un mysticisme cosmique échappant aux chapelles musicales et religieuses.
Venue d’ailleurs, dans le temps et l’espace, une phrase flotte, fumée d’encens ou du rêve, sans contours définis, indéfinie, indéfinissable, ineffable, doucement présente, apaisante. Des traits lumineux, lents, hachés de silence, semblent la déconstruire ou construire, l’élever en ascension et Claire Gibault, de sa main, semble caresser avec délicatesse cette musique insaisissable, surgie des limbes de la mémoire ou des confins des rêves, vagues nuées, nuages, nébulosités, brouillard ou évanescences de brumes en impondérable suspension, en apesanteur : une respiration trop vive et on craint de la voir s’évanouir telle une immense et irréelle bulle irisée de savon. Docile à Claire Gibault, toujours plus persuasive qu’impérieuse, qui dessine et caresse et n’agresse jamais, la musique revient au silence comme elle est venue, dans l’indéfinition de la rêverie ou du recueillement de l’âme.
Photos :
1. Pierre-Emmanuel Clair et B. P. (Photo Stéphane Seban);
2. Richard Galliano ( Photo Service de presse Mairie) ;
3. Robin Renucci (Photo Service de presse Mairie) ;
4. Saluts de Claire Gibault et Robin Renucci (Photo Stéphane Seban);
5. Saluts de Robin Renucci Clairee t Gibault (Photo Stéphane Seban);
6. Livre de Claire Gibault : voir article dans ce blog mardi 10 mai 2011.

 

1 commentaire:

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