vendredi, juin 12, 2009

L'HEURE DU THÉ DE MAI

L’HEURE DU THÉ
Opéra de Marseille, mai 2009

Indiscutable fleuron culturel de Marseille, le CNIPAL effeuillait en mai, dans le Foyer de l’Opéra, la dernière de ses Heures du thé, avec les fleurs, qui ont passé la promesse de ses bourgeons, de ses jeunes chanteurs lyriques confirmés de la promotion « Nathalie Dessay », leur marraine, passée récemment pour les encourager, conseiller et féliciter. Le souci pédagogique des responsables du Centre National d‘Intégration Professionnelle d’Artistes Lyriques ne s’adressant pas simplement aux jeunes interprètes mais envers le public, c’est un large éventail de mélodies et d’airs d’opéras russes qui faisait le programme, plus une incursion en Ukraine avec le rare Reinhold Morisevitch Gliere (1874-1956) et un détour par la Géorgie du contemporain Géorgien Sulkhan Tsintsadre, clin d’œil à la puissante et tendre pianiste Nino Pavlenichli qui avait composé le programme avec Ivan Domzalski. Choix judicieux et excellemment servi par une jeune française et deux slaves justement.
Alec Avedissian, Bulgare, ouvrait le feu vocal avec des mélodies de Tchaïkovski, la première, bien connue («Non, seul celui qui sait… »), d’un romantisme mélancolique et résigné, la seconde, découverte interrogative de l’amour lors d’un bal. On retrouve avec bonheur les qualités de ce baryton : largeur, couleur, chaleur du timbre charnu et sensuel, facilité de l’émission, souplesse et délicatesse de la dynamique, des nuances; il se lançait ensuite dans le galop fiévreux d’une sorte de séguedille folle d’un Don Juan version russe qui avait la frénésie pétillante de l’air du champagne de celui de Mozart, frénésie et ivresse presque héroïque du plaisir sur un piano virtuose jouant à la guitare. De ce héros méditerranéen, il passait à son inverse retenu, à l’incarnation du séducteur nordique fat et blasé, blessant de cynisme envers Tatiana, un Eugène Onéguine, qu’Alec détailla avec toute la cruauté charmeuse de sa voix tendre au service de la dureté, avant de jouer Eletsky, l’amoureux transi de Lisa de La Dame de Pique. Joli éventail de sentiments masculins !
De Sophie Desmars, soprano colorature aigu, on dirait qu’elle promet si elle n’affichait déjà un beau palmarès : programmée, entre autre, lors de la soirée « Élections de l’opéra » de Radio Classique, au Midem de Cannes et, dernièrement, « Voix du Ciel» de Mireille de Gounod à l’Opéra de Marseille. Voix céleste dirait-on, puissante, limpide, facile, à coup sûr, si cette toute jeune interprète modérait justement un peu de cette force naturelle et contrôlait certains légers sons de nez. Voix qui promet de murir en douceur et qui, pour l’heure, charma de poésie dans Rimski-Korsakov et son mélancolique Rossignol puis Coq d’or, au goût orientalisant étrange, émerveilla d’aisance technique dans le 2e mouvement du Concerto de Gliere, valse brillante, longue vocalise « cocotante » de notes piquées, trillées -non étrillées- et nous ravit enfin dans la Chanson d’un oiseau de Tsintsadre, joyeuse, pimpante, piquetée de becquées de notes d’agilité jubilante, gazouillis plein de fraîcheur.
Autre univers vocal que celui qu’impose de sa voix sombre, puissante, éclatante, égale du grave profond à l’aigu, le baryton géorgien Mamuka Lomidze. Même si on le sait capable de servir des rôles comiques, ce chanteur semble installer d’emblée le drame le plus noir. La mélodie, il la chante comme l’opéra, sans afféterie, sans maniérisme, de manière directe et prenante, ainsi le poignant Tout passe de Rachmaninov, la tragédie vitale du temps qui fuit et file vers la mort. Mêmes qualités de présence vocale grandiose dans le Prisonnier de Gretchaninov, aussi scénique que la Cavatine d’Aleko, d’une grande qualité d’émotion. Voix et tempéraments exceptionnels.
Au piano, dans ces mélodies et airs à l’accompagnement à la fois raffiné et passionnel, Nino, fine et passionnée comme toujours, fit merveille, couvant d’un œil attentif et attendri sa « couvée ».

Photos :
1. Alec Avedissian;
2. Sophie Desmars ;
3. Mamuka Lomidze.



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