dimanche, juillet 08, 2018

ENTRE CIEL ET TERRE, LE DIABLE BALANCE


                                      MEFISTOFELE 
                                        d’Arrigo Boito
                                    Chorégies d’Orange
                                             5 août

      Littéralement : Faust et Méphisto, en l’occurrence Jean-François Borras et Erwin Schrott, enlevés de la terre, élevés au ciel sur une nacelle, l’enfer s’en mêlant, restent suspendus entre terre et ciel, à mi-hauteur du plateau et des cintres vertigineux du théâtre antique. L’incident, comique, vire soudain à l’accident dramatique : deux des quatre filins, tirant plus haut d’un côté la mince plateforme aérienne, en déséquilibrent le niveau horizontal et les deux hommes glissent vers le bas incliné du plancher, s’accrochant comme ils peuvent à la balustrade pour ne pas tomber. Les deux hommes tentent désespérément, en se déplaçant d’un côté ou l’autre, de rétablir l’équilibre devenu instable. Mais l’infernale nacelle, s’incline, tangue, oscille de façon imprévisible, devient balançoire, balancelle folle près de tournoyer aux cris d’effroi du public devant le spectacle inédit, pris au début comme un gag de mise en scène. Le plateau penche de plus en plus, le ténor, entraîné par son poids, est précipité vers le vide et sans doute serait-il tombé sans le sang-froid du baryton incarnant l’infernal Méfistofele, qui le retient en s’agrippant lui-même à la rampe : Faust sauvé de la chute par le Diable. Miracle supplémentaire : le mistral endiablé d’ordinaire s’abstint par compassion de ne pas souffler. On souffle. On a frôlé le pire.
Au deuxième acte, prudemment la nacelle, s’en tint au niveau modeste d’une plateforme.
     On ne sait si, pour la seconde représentation lundi à 21h45, la nacelle insurgée sera opérationnelle ou remisée au placard. En tous les cas, nous reparlerons de cette remarquable représentation de ce rarissime Mefistofele d’Arrigo Boito, dirigé avec une magistrale maîtrise, douceur et violence, par Nathalie Sutzmann, avec une vibrante Beatrice Uria-Monzón dans deux incarnations opposées de la femme, la sensibilité déchirante de Marguerite et la féminité rayonnante d’Hélène de Troie, le Faust touchant de Jean-François Borras et le diable, à se damner de plaisir, d’Erwin Schrott, Méphisto, dégaine de gamin gouailleur, fumiste fumeur, sans oublier le reste efficace de la troupe, hilarante Marie-Ange Todorovitch tentant et testant le diable, Véronique Lemercier en Pantalis grecque et Reinaldo Macias, débonnaire Wagner.


    Mais en voici quelques somptueuses images :

https://www.youtube.com/watch?v=dTW3OfTh1H8  
    
La télévision, service public, manifestant assez de mépris pour le sien en estimant qu’il ne pouvait s’intéresser à découvrir un Faust trop peu connu, ne l’a pas filmé. Courez donc le voir, lundi à 21h45, il en est encore temps !

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