dimanche, février 25, 2018

FOLIE DES HOMMES, FOLIE DES FEMMES


Enregistrement 22/2/2018, passage, semaine du 26/2/3/3/18
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 305
lundi : 18h45 ; mercredi : 20 h ; samedi : 17h30
Semaine 10

L’Opéra de Toulon présente les 9, 11 et 13 mars Lucia de Lammermoor de Gaetano Donizetti. C’est un opéra en trois actes de Gaetano Donizetti (1797-1848)  sur un livret de Salvadore Cammaranod’après le roman La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott. Création : Naples, Teatro san Carlo, 26 septembre 1835. Cette œuvre est célèbre pour la scène finale de la folie, devenue un modèle du genre. Revenons un peu sur ce thème, même si je l’ai déjà traité. Le premier tiers du XIX e siècle, de l’Italie à la Russie, on semble se passionner, je dirais à la folie, sur la folie, dans la littérature (Rappelons Gogol, Le Journal d’un fou), le théâtre et l’opéra. Je reprends des arguments que j'avais avancé dans une émission sur le thème sur France-Culture.
La folie, des civilisations l'ont célébrée, d'autres marginalisée ; d'autres ont aussi tenté de la soigner, souvent par la musique comme David apaisant Saül en lui jouant de la cithare. Dans l’Antiquité, le fou était assimilé parfois au voyant ; au Moyen Âge, il passait pour l’envoyé de Dieu, ou du Diable : on était suspendu à sa bouche mais il débouchait souvent sur le bûcher quand c’était une femme, une sorcière évidemment. C’est le XVIIe siècle bourgeois « raisonnable », à vocation rationaliste qui, faisant de la folie le contraire de la raison, la décrétant déraison, en généralise l’enfermement dans des hospices, des asiles que l’on visite, faute de pouvoir les rentabiliser : Michel Foucault, dont on parle beaucoup en ce moment, a laissé des pages fondamentales sur le thème dans son ouvrage Histoire de la folie à l'âge classique (1954)
À cette époque, la folie devient spectacle, qui se danse, se peint, se chante, s’écrit : Folies d’EspagneNef des Fous.

Folie des hommes
Don Quichotte, dont une époque aveugle à sa générosité humaniste, ne voit pas la grandeur, est le fou qui fait rire plus que rêver l’Europe. Car la folie semble d’abord masculine : l’Orlando furioso de l’Arioste, mis en musique par Lully, Hændel, Vivaldi, Haydn, et des dizaines d’autres compositeurs, est aussi le modèle de l’héroïsme déchu. Xerxès, Serse, de Cavalli ou Hændel, et de tant d’autres sur le livret de Métastase, est un général et roi des Perses fou qui chante son amour à un platane dans le célèbre « Largo ». Ces fous d’amour, sont des héros, des chevaliers, des monarques, et il faut rappeler que même Tristan a son épisode de folie, « la folie Tristan », naturellement, le preux perd la raison pour les beaux yeux de la reine Iseult, épouse de son oncle, le roi Marc.
C’est donc peut-être parce que la folie semble un envers, ou un revers de l’héroïsme masculin, qu’il semble jusque-là dénié aux femmes. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle et Mesmer, le célèbre magnétiseur, puis Ségur au début du XIXe, pour attirer l’attention sur le somnambulisme féminin : ce n’est pas encore la folie, mais l’on estime que cela lui ressemble.

Folie des femmes
La folie féminine est donc un thème déjà à la mode lorsque Walter Scott publie en 1819 son roman, The bride of Lammermoor , qui fait le tour de l’Europe, inspiré d’un fait réel, histoire écossaise du XVIIe siècle, de deux familles ennemies et de deux amoureux, autres Roméo et Juliette du nord, séparés par un injuste mariage qui finit mal puisque Lucy, faute d’épouser Edgar qu’elle aime et qui l’aime, lors de sa nuit de noces, poignarde le mari qu’on lui a imposé et sombre dans la folie.  Cependant, elle semblerait avoir des dispositions, disons des faiblesses mentales puisque la voici, attendant en secret son amoureux, la nuit, près d’un puits, prise d’hallucinations, croyant voir le spectre d’une femme assassinée par son amant, de la famille Ravenswood, celle de son aimé. Nous écoutons le début de l’air chanté par la Callas, accompagnée par Tulio Serafin à la tête du Maggio Fiorentino :

1) DISQUE I, PLAGE 3

         Cependant, Bellini avait ouvert le bal des héroïnes folles avec le Pirate  (1827), suivi de Donizetti et son Anna Bolena (1830) qui perd la raison avant de perdre la tête sur l’échafaud. Bellini persiste avec la Sonnambula (1831), I puritani (1835) et enfin Donizetti relève le défi avec sa Lucia di Lammermoor de la même année, qui en devient comme le modèle achevé. Mais la malheureuse Lucia a de quoi sombrer dans la folie. Son frère, interceptant toutes les lettres de son amant en exil, dont il a par ailleurs usurpé les domaines, lui impose  pour mari, pour renflouer ses finances,  un riche seigneur. Mais écoutons le malheureux Edgardo, croyant Lucia infidèle, chanté par Alfredo Kraus, acccompagné par le Royal Philharmonic Orchestra dirié par Nicolà Rescigno : 

2) DISQUE II , PLAGE 9
        
Le malheureux Edgar se suicidera en découvrant que Lucie, devenue folle a tué son mari durant se nuit de noces et s’est donné aussi la mort.
La scène de folie devient donc un genre, grande et longue scène entremêlée des commentaires des chœurs, avec d’abord une partie lente et douce dans les grandes arabesques, puis la cabalette avec toute une folle pyrotechnie vocale, grands écarts, notes piquées, trillées, gammes montantes, descendantes, etc. En voici un extrait chanté par Nathalie Dessay, l’orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par Evelino Pidó, dans la version française de Donizetti lui-même. Peut-être n’est-il pas indifférent de rappeler que, juste avant sa mort, Donizetti fut enfermé dans un asile d’aliénés à Ivry. Mais écoutons sa célèbre héroïne :

3) DISQUE III PLAGE 1

Opéra de Toulon présente les 9, 11 et 13 mars Lucia de Lammermoor de Gaetano Donizetti.


operadetoulon.fr


72€ / 54€ / 29€ / 19€ / 9€
Tarifs réduits : Groupe de 10 pers. minimum, comité d’entreprise, abonné, titulaire de la carte Opéra, demandeur d’emploi, allocataire du RSA, accompagnateur d’un passeport jeune ou d’une personne titulaire d’une carte d’invalidité
Personne titulaire d’une carte d’invalidité : 15€ Jeune (étudiant – de 26 ans) : 37€ / 27€ / 9€ / 5€


Baltasar Gracián, repris par La Rochefoucauld : "Sans un grain de folie, la sagesse n’est pas si sage que cela." In Art et Figures du succès, Poche point.

Lacan :  "N’est pas fou qui veut."


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