lundi, janvier 29, 2018

DEBUSSY, JEUNE ET ÉTERNEL


Enregistrement 5/1/2018, passage, semaine du 22/1/18

RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)

« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 300

lundi : 12h15 et 18h15 ; samedi : 17h30

Semaine 5
         Je voudrais aujourd’hui mettre en regard, en miroir, deux disques parus aux éditions Hortus, l’un ancien qui mérite d’en reparler, Claude Debussy  Reflets dans l’eau  par  Kotaro Fukuma, piano et un tout récent, Le jeune Debussy par Matteo Flossi, au piano aussi.
Nous savons l’influence de l’Orient sur les compositions de Claude Debussy, une destination plus rêvée que vécue, même si l’exposition universelle de 1889 marqua profondément le musicien avec ses percussions venues d’Asie, dont notamment le gamelan de Java, sorte de gong constitué en ensemble. Il n’est ainsi pas étonnant qu’en retour, un pianiste japonais Kotaro Fukuma, dont le talent a été salué par de nombreux prix, honore la mémoire de celui qui livra de nombreuses compositions aux titres et aux accents tournés vers l’orient. Le pianiste nous apprend que le caractère « Ko » de son prénom, signifiant « lumière sur l’eau », fut une belle invitation à concevoir programme sur les scintillements de l’onde qui ont fasciné nombre de musiciens. Que l’on pense à ces feux d’artifice au-dessus des flots évoqués par le fameux peintre Hokusai dans certaines de ses estampes et nous aurons là une idée de l’importance de ces tableaux et de l’image influençant profondément la musique de Debussy.
Kotaro Fukuma débute cet enregistrement par deux « Arabesques » dont les volubiles volutes évoquent l’onde par leur léger roulis, leur doux enroulement. Nous écoutons un extrait dla première :

1) DISQUE I, PLAGE 
Naturellement plus aquatiques sont les fameux Reflets dans l’eau, pièce préférée de Kotaro Fukuma qui avoue la jouer depuis l’âge de 13 ans. Écoutons-en ce poétique clapotis :

2)  DISQUE I, PLAGE 3  

Les Ondines, dont le nom même dérive du mot « onde », rive lointaine d’une brumeuse poésie, génies des eaux, naïades aux cheveux d’or dans la mythologie germanique, ne pouvaient manquer ici avec leurs ondoiements fugaces, glissants, de femmes sirènes vif argent. Les légendes leur donnent pour demeures de somptueux palais sous-marins. Dans ce choix debussyste, naturellement, se glisse le souvenir de la légendaire ville d’Ys dont on conte qu’elle fut envahie, ensevelie, submergée  en des temps immémoriaux par les flots et l’on raconte à voix basse qu’on entend parfois sonner les cloches  angoissantes de La cathédrale engloutie, évoquée ici par des accords remuant en profondeur les mystérieuses ombres marines. Nombre d’autres pièces évoquent pour l’oreille et, finalement, la vue, son et image étant associés, tant d’images aquatiques picturales de Debussy, comme chez les peintres impressionnistes. L’interprète Kotaro Fukuma apporte tout son doigté de rêve, toute sa délicatesse orientale à la finesse de cette musique si tributaire d’un Orient rêvé et si personnelle à la fois.
Le second CD, Le jeune Debussy, est une remontée vers la jeunesse de Debussy (1862-1918) où se sentent, pressentent les qualités qui en feront un maître majeur de la musique du XXe siècle. L’interprète pianiste, Matteo Fossi, nous avait déjà intéressé par un disque passionnant que j’avais présenté ici, Schubert de l’unité au fragment, aux mêmes Éditions Hortus.  
Pianiste italien Matteo Fossi, dans ce CD, a fait choix de mettre en en écoute parallèle des œuvres majeures et des pièces moins connues de Claude Debussy qu’il affectionne et met amoureusement en valeur. Parmi les premières, il y a la Suite Bergamasque (1890-1895) et ses quatre pièces, ainsi nommée d’après Bergame, la ville proche de Milan, terme poétisé par Verlaine, cher au cœur du musicien ; on trouve aussi les trois morceaux de Pour le Piano (1896-1901) et les trois d’Estampes (1903). C’est interprété avec un grand raffinement de touche, de nuances de coloris, de jeu rythmique subtil. Nous en écoutons un extrait, « la soirée dans Grenade » qui allie le goût de Debussy pour l’Espagne et cette sorte de rêve oriental qu’est le palais maure de l’Alhambra et ses jeux et jets d’eaux de ses jardins. Le piano, ici, joue la guitare :

3) DISQUE II, PLAGE 16

À côté de cela, de ces œuvres qui sont le fondement du répertoire pianistique majeur de Debussy, Matteo Flossi nous offre D’un cahier d’esquisses (1903), pièce rarement donnée, mais qui évoque un paysage et une matière sonores qui semblent préfigurer La Mer, mais paisible, miroitante. Plus légère, nous trouvons une Rêverie un peu désavouée par son auteur devenu, avec le temps bien, exigeant et critique envers lui-même, car c’est ravissant comme le prouve l’interprète.  Sorti du rêve, on bondit dans deux œuvres festives, dont le facteur commun est, comme l’indique le premier morceau qui suit, Danse, suivi lui-même de Ballade, puis de Valse Romantique, et enfin Mazurka des années 1890-91, qui marque l’élaboration de la Suite Bergamasque.
Masques composé en 1904, selon l’intéressante introduction d’Hélène Cao, trahit la passion amoureuse du musicien, une liaison avec Emma - sa future femme – qui causera la tentative de suicide de Lilly, l’épouse de Debussy, et le divorce scandaleux du couple sombrant dans ce jeu de masques, frémissant de fièvre espagnole aussi, sur lequel nous nous quittons.

4) DISQUE II, PLAGE 14

Claude Debussy « Reflets dans l’eau » par Kotaro Fukuma, piano Le jeune Debussy par Matteo Flossi, deux Cd Hortus.





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