dimanche, août 21, 2011

La Roque d’Anthéron


Festival international de la Roque d’Anthéron
Abbaye de Silvacane
Récital de piano
par
Brigitte Engerer
 3 août 2011

Le grand Festival de piano de La Roque d’Anthéron, né et grandi dans le parc de Florian dans l’écran amoureux des platanes séculaires, aime et essaime d’autres beaux lieux que la musique imprègne et auréole : écrins visuels à l’écho sonore. Depuis longtemps, la délicate abbaye de Silvacane, sur sa ‘forêt de cannes’, de roseaux, accueille et recueille au crépuscule des concerts plus intimes dans son petit cloître : recueillement, en effet, que cette intégrale des lamartiniennes Harmonies poétiques et religieuses (1834-1852) de Franz Liszt qu’offrait en ce lieu une souriante habituée, Brigitte Engerer. Le compositeur ne retint que quatre des poèmes du recueil de Lamartine dont il emprunte le titre.
Silvacane : épure cistercienne, la rigueur de la pierre et la douceur de l’eau, même invisible aujourd’hui. Le carré, le triangle, la ligne droite, les formes pures de la géométrie, président à la silencieuse musique de cette architecture qui prête son harmonie visuelle à l’architecture musicale invitée. Et c’est la courbe, la rondeur, la chaleur, qui sourdent musicalement, sous les doigts tour à tour caressants ou puissants de la pianiste, dans la franchise et la délicatesse de sa touche. De l’« Invocation » un peu exaltée, Engerer fait une action de grâce et la grâce ne quittera plus ce parcours dans les dix parties de ce recueil pianistique : ferveur, douceur, douleur, profondeur méditative, nous promènent dans des régions du cœur et de l’esprit qui s’éveillent comme tout naturellement en ces lieux. La « Bénédiction de Dieu dans la solitude » est un sommet grandiose et intime : sur le chant de la main gauche, la main droite, en arpèges d’une harpe céleste, est une pluie bienheureuse d’un ciel ouvert, égale, qui régale l’âme en écoute. Du public jaillira un « Merci ! » qui traduit le sentiment général. Avec la sombre « Pensée des morts » angoissante d’étrangeté la pianiste avec force nous assène une interrogation essentielle puis semble nous rassurer d’un tendre « Pater noster » et d’un léger « Hymne de l’enfant à son réveil », avant, de nous replonger, après ces parenthèses douces ou un peu doucereuses, dans les fatales cadences plagales, d’église, de « Funérailles » où elle martèle une sorte de glas dissonant qui pourrait sonner pour chacun de nous. Bref, de ces pages sans doute d’inégale facture, la magistrale mais si directe pianiste sait lisser d’indulgence les inégalités pour amener ardemment les morceaux de bravoure d’une sombre et profonde méditation.
Un bis dans le ton d’ensemble, des Variations sur un passage du  Requiem de Mozart sera suivi par une « Andaluza » passionnée et colorée de Granados et un morceau léger : des sourires après la gravité de ces méditations. 

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