lundi, décembre 28, 2009

L'Heure du thé

L’HEURE DU THÉ
Solistes du CNIPAL
Opéra de Marseille, 16 décembre 2009

En ce temps d’hiver, trois voix de mezzo soprano ont apporté leur chaleur à la froidure ambiante en prélude à Noël. Programme baroque, russe et asiatique, agrémenté au final d’airs napolitains assaisonnés d’espagnols, éclectique donc, pour ces trois voix aux tessitures semblables mais aux couleurs différentes.

Bérengère Mauduit, nouvelle soliste française et Aï Wu, chanteuse chinoise déjà appréciée l’an dernier, ouvrent le concert avec le tonique duo Sound the trumpet de Purcell où elles rivalisent de notes tenues puis déroulées, déployées en rubans de vocalises dans une joyeuse poursuite. L’Asiatique reste en scène pour un extrait du Gloria de Vivaldi où son agilité étourdissante, le vif argent de son timbre scintillant nimbent vraiment de gloire, au sens d’auréole lumineuse, cette musique jubilante ; elle déploiera les mêmes qualités dans le « Laudamus te » effervescent de la Messe en ut mineur de Mozart (KV 427) brodé et piqueté de notes virtuoses, festonné de trilles, dans un tempo vertigineux. 

La Japonaise Yasuko Arita, dans un rythme plus paisible, berce avec un extrait de l’Oratorio de Noël de Bach (BWV 248), solide mezzo à la voix large, au grave plein et chaud, coloré, timbre plus dramatique, donc ; on la devine bientôt propre aux emplois presque de contralto verdiens mais se tire bien des vocalises plus sobres et plus sages du cantor de Saint-Thomas et dans ce legato grave et tendre de la Cantate BWV 170. Si la voix de Bérengère Mauduit semble d’abord moins fastueuse que celle de ses camarades, son timbre de mezzo coloratura est brillant, sa technique bien assise lui permet de traduire l’extase de l’extrait du Magnificat en ré majeur (BWV 243) de Bach et elle entre dans la musique et le texte avec une ferveur touchante et un sens  bien sensible de l’interprétation manifeste aussi dans la Cantate BWV 179.

La deuxième partie nous fit voyager des steppes de la Russie orientale à l’Extrême Orient, l’un des charmes des récitals du CNIPAL étant ces ouvertures vers des horizons nouveaux, des rives inconnues de la musique en fonction de l’origine des interprètes qui nous font la grâce de nous découvrir des pans de leur culture musicale.

Georgienne sans doute, Nino Pavlenichvili, chef de chant et accompagnatrice possédant tous les styles, nous conduisit vers la rarissime Sniegourotchka (« la Fille de glace »)  de Rimsky- Korsakov, nous offrant au piano une page en fait bien symphonique, avec une verve vigoureuse mettant en valeur la sève populaire des thèmes. Vint ensuite, ruisselants de notes, les airs du bergers Lehl aux charmeurs mélismes orientalisants joliment égrenés par Mauduit relayée par Aï Wu.  Puis Yasuko Arita nous révéla le compositeur japonais Toru Yakemitsu (1930-1996), tourné vers l’Occident, à travers une belle valse nostalgique aux sombres diaprures et une lente et nostalgique mélodie. À son tour, Aï Wu nous régala de deux airs chinois aux savoureuses tonalités, l’un tout primesautier (Zi Huang), l’autre, moucheté de flocons de notes  duveteuses (Xi Jing Liu).


Noël oblige, les trois cantatrices nous gratifièrent de Stille nacht, heiligen nacht («Douce nuit »), chant allemand devenu universel, dont elles nous offrirent les versions française, chinoise, japonaise, avant de le chanter en chœur en anglais. Enfin, ce fut le bouquet final des chansons napolitaines, chantées, hélas, avec l’accent italien et non napolitain (Torna a Sorrentu, Di bianco vestita, Catarí, Funiculí, funiculá, Sole mio), superbes et savoureuses mélodies assaisonnées des hispaniques Amapola et Granada. Triomphal.

Photos:
1. Aï Wu;
2. Bérengère Mauduit;
3. Yasuko Arita.

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