jeudi, février 05, 2009

VOLTAIRE'S FOLIES

VOLTAIRE’S RAISON
Voltaire’s folies
Pamphlet cocasse et satirique contre la bêtise
Spectacle de
Jean-François Prévand
Théâtre Toursky
16 janvier 2009

Dieu merci (pardon, Voltaire …) Voltaire revient. Plus nécessaire que jamais. Sait-on que, même dans des universités, des intégristes de tout poil, barbus, ont fait des pressions pour intimider des professeurs afin de leur interdire d’enseigner ce maître en penser juste, en penser fort, rationnellement, spirituellement, ce maître-penseur, cet esprit fort qui donne des armes pour penser par soi-même contre toutes les idées reçues, imposées, en pourfendeur de tous les obscurantismes et les fanatismes qui assaillent la raison déraillée. Or, ce qu’on sait, c’est le retour effarant, effrayant, aujourd’hui, de tout ce brouillard intellectuel et moral. Voltaire, s’il n’a pas laissé une œuvre de génie comme Rousseau, si son théâtre n’est pas jouable de nos jours, nous fait héritiers d’une attitude, d’une pensée debout, d’une morale, qui est l’une des origines de la Révolution essentielle de 89 dont certains ne cessent de vouloir grignoter les acquis fondamentaux : la liberté, l’égalité, la fraternité.
L’affaire Callas vient de passer avec succès le petit écran, rappelant ce cas de despotisme inique dû à la non indépendance de la justice face au pouvoir et à l’exécutif (qui menace encore aujourd’hui avec la réforme Sarkozy). Voltaire obtint la réhabilitation de la malheureuse victime torturée et exécutée et l’acquittement de sa famille et domesticité, tous injustement accusés de meurtre religieux. On se félicite donc qu’après Voltaire-Rousseau, écrit et mis en scène par Jean-François Prévend, présenté au Gyptis en octobre dernier, le Toursky nous ait offert le précédant spectacle du même auteur, Voltaire’s folies, mené par un quatuor tourbillonnant, vibrionnant, d’acteurs (Charles Ardillon, Olivier Claverie, Gérard Maro, Mouss Zouheyri), chacun faisant divers rôles, dans l’unité de la lutte ironique, hilarante du seul Voltaire contre le sinistre fanatisme religieux : la bêtise, l’intolérance.
Certes, il n’y a pas de construction dramatique. C’est une enfilade virtuose de sketches brillants par le texte de Voltaire et par la vélocité avec laquelle, dans un simple dispositif scénique, on change de scène, de tableau, de personnages, de situations, avec une verve et une invention jubilatoires. Ah, la leçon religieuse à l’adresse de l’empereur de Chine par les « Trois imposteurs », les fondateurs des religions monothéistes ! On se marre sans oublier qu’on se meurt encore pour ça. Entre autres, la saynette sur la poularde et le chapon, sorte de fable sur la cruauté humaine, fait rire et frémir à la fois. On sort de là plus intelligent et, espérons-le, mieux armé et militant contre tous les despotismes. Les supposées « folies » de Voltaire sont encore la raison nécessaire et urgente de notre temps.

Photo : Eric Devert.

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