dimanche, novembre 29, 2015

VERDI INÉDIT, INOUÏ



I DUE FOSCARI

Opéra en 3 actes, livret de Francesco Maria Piave,

d'après la pièce de Lord Byron.

Musique de Giuseppe Verdi

Version concertante

Opéra de Marseille,

15 novembre 2015

     Atmosphère lourde, grave d’émotion contenue à l’Opéra de Marseille au lendemain des attentats qui ont endeuillé le pays. Minute de silence intense  d’hommage aux victimes à la demande de l’Adjointe Déléguée à l’Opéra-Odéon et Art contemporain, remplaçant le Maire, Marie-Hélène Féraud-Grégori. Comme je l’ai écrit et dit ailleurs, malgré la terreur barbare, justement même à cause de cela, la culture saigne mais signe, existe, persiste,  portes grandes ouvertes à tous. Et sans doute la terrible circonstance n’a-t-elle fait que galvaniser encore plus un plateau exceptionnel pour une œuvre, qui sans l’être, est tout de même un jalon toujours intéressant à visiter, surtout eu égard à sa rareté, dans la prolifique production de Verdi.

  À Marseille, pourtant si verdienne, l’œuvre demeurait insolitement inédite et inouïe et son Directeur Maurice Xiberras la présentait en version de concert, sans doute moins par prudence que par la fatalité économique des temps, mais avec une distribution où la présence de Leo Nucci, qui désirait présenter l’opéra à son ardent public de Marseille, justifiait à elle seule, l’entreprise.

Paolo Arrivabeni

L’œuvre

     Créé en 1844 à Rome, dirigé par Verdi lui-même pour les premières représentations, l’opéra fut un triomphe mais sombra ensuite dans l’oubli, peut-être balayé par le succès des compositions de la riche décennie suivante ou à cause de la difficulté écrasante du rôle principal dévolu à un baryton. Francesco Maria Piave en tira le livret d’une pièce de Byron de 1821 située dans la Venise du cuatrocento, du XVe siècle, une affaire de pouvoir comme celle mettant en scène le Doge de Gênes dans Simone Boccanegra. Elle met en scène un conflit cornélien entre le devoir et l’amour : le Doge Foscari, par respect des lois, même déchiré par l’amour paternel, laisse condamner son fils à l’exil, l’autre Foscari, donc, qui a eu la maladresse d’entrer en contact avec une puissance étrangère ennemie de la Sérénissime République, trahison qu’attesterait une lettre, par ailleurs inopportunément perdue. Le Sénat, le Conseil des Dix (magnifiques scènes de chœur), sont attisés par un ennemi implacable de rancœur, de haine, d’ambition : perdant le fils, malgré les supplications et imprécations de sa femme, il tente politiquement de couler le père. Pas de justice : reconnu innocent trop tard, le fils mourra,  suivi du père,  Doge aussi déposé. Pas de lieto fine,  l’impitoyable Loredano vaincra et peut écrire : « Pagato ora sono ! », ‘je suis enfin vengé !’, un « enfin » qui ouvre une perspective rétrospective à la haine enfin satisfaite.

Sofia Soloviy et Leo Nucci

Interprétation

    L’œuvre, s’inscrit après deux succès de Verdi, Ernani la même année avec le même librettiste et l’antérieur Nabucco (1841) dont il garde des traces, telle la scène d’hallucination du roi, frappant ici le ténor, héros et fils malheureux, et les prières et malédictions de sa femme qui rappellent, par les sauts extrêmes entre grave et aigus, ceux d’Abigaïlle, mais des traits de I due Foscari annoncent des œuvres postérieures : un bien modeste prélude de violoncelle est peut-être une ébauche de la sublime entrée de l’air de Philippe II dans Don Carlo, la tessiture de baryton pour le rôle essentiel au détriment du ténor préfigure celle de Simone Boccanegra mais, surtout, les imprécations en faveur du Doge contre les Dix en défense de son fils, sont déjà celles de Rigoletto réclamant sa fille, son seul trésor.

    À la tête de l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra, Paolo Arrivabeni, d’une rare élégance, d’une précision alliée à la souplesse, attentif comme il sied dans l’opéra italien au confort des chanteurs, tire la quintessence d’une partition orchestrale qui n’a pas encore la richesse, bien plus tardive, du futur Verdi. Il met en relief des contrastes, détaille, certains timbres, harpe, flûte, clarinette, et cet alto et violoncelle d’un prélude, associés à situations, états d’âme : ce sont de beaux brouillons d'œuvres en devenir. Plusieurs valses ondulent dans la partition.

    Les chœurs, le premier cantonné à mi-voix du murmure de la calomnie et de la conspiration (Emmanuel Trenque), sont farouches et grandioses dans la haine collective et pleins d’allégresse dans la scène finale où la liesse populaire fait un fond cruel à la détresse déchirante du vieux Doge maudissant le Sénat et mourant de chagrin. Les comparses, le ténor Marc Larcher (Barbarigo, Fante et Servo) et la soprano Sandrine Eyglier (la confidente Pisana) existent malgré la fugacité de leurs apparitions. Habitué de notre scène, la basse Wojtek Smilek, en sombre et cruel Loredano, sans même un air, réussit le prodige d’imposer une présence maléfique en demi-teinte, sans éclat dans la noirceur de sa grande voix.
Gipali, Soloviy, Nucci, Arrivabeni, Eyglier, Larcher, Smilek

  Héros malheureux byronien traînant sa mélancolie morbide, victime expiatoire, le premier Foscari, est campé par le ténor Giuseppe Gipali, qui déploie une voix belle, souple, un beau legato, un sens des nuances et des éclairs de révolte dans un combat perdu d’avance : ce n’est pas « une force qui va » comme l'Hernani de Hugo, c’est une âme dont on ne voit que faiblesse et fragilité, qui coule, sombre dans une dépression que l’on dirait romantique, qui naufrage enfin dans la folie, mourant de lui-même comme une flamme qui s’éteint. À l’inverse, vive flamme, sa femme, incarnée par la belle soprano, l’Ukrainienne Sofia Soloviy, remplaçant Virginia Tola, se lance avec passion et vaillance dans tous les affects et effets d’une partition terrible, des aigus arrachés à partir de graves, des vocalises cascadantes, défiant prudence au profit d’une expression superbe de l’accablement, de l’indignation, de la révolte,  avec une grande vérité dramatique. La cantatrice triomphe avec justice si le personnage est vaincu par l’injustice.

     On comprend que Leo Nucci ait voulu nous offrir ce rôle : il a trois grandes scènes impressionnantes, précédées de récits obligés intensément dramatiques où tout son art scénique se déploie d’émouvante façon : Doge gardien inflexible des lois, père blessé par ce qu’on croit la trahison de son fils, père ulcéré par le refus obtus du Sénat de rejuger une cause douteuse, père imprécateur face au complot avéré, tout est juste, profond, avec une grande sobriété de signes, une main, un doigt, un regard, une démarche. Si l’on ne savait un âge qu’il ne dissimule pas, on le dirait jeune comme au premier jour d’une voix homogène, magistralement conduite, qui bouleverse dans la douleur et engage dans la rage auprès de lui. Habitué à la performance en grandiose seigneur tout simple, il cède en souriant à une salle en délire qui lui réclame le bis de son terrible dernier grand air.

    En ce jour de deuil national, le public marseillais a fait un triomphe à la culture, à la musique : à la vie.


I due Foscari
de Verdi
Opéra de Marseille
Version concertante
Orchestre et Choeur de l'Opéra de Marseille
Direction musicale :  Paolo Arrivabeni.
 Chef de Chœur : Emmanuel Trenque.
Distribution :
Lucrezia Contarini : Sofia Soloviy ; Pisana : Sandrine Eyglier ; Francesco Foscari : Leo Nucci
Jacopo Foscari : Giuseppe Gipali ; Jacopo Loredano : Wojtek Smilek
Barbarigo/ Fante/ Servo : Marc Larcher.

Photos © Christian Dresse


mardi, novembre 24, 2015

BALLETS À AVIGNON

 
Ballets à l’Opéra Grand-Avignon
 Créations
L’amour sorcier 
de Manuel de Falla
Gershwin blues,  musiques de Georges Gerswhin
7 novembre 2015
    Peu de maisons d’opéra peuvent encore se targuer de conserver un corps de ballet et, si elles l’ont, d’offrir deux créations d’un coup à une salle comble, avec un public chaleureux et reconnaissant. Ce fut le cas à Avignon.
Lucie Roche, mezzo, et le spectre, Alexis Traissac

L’amour sorcier

   Manuel de Falla (1876-1946) compose en 1915 El amor brujo, dont c’est le centième anniversaire, un ballet-pantomime sur un livret de María de la O Lejárraga, longtemps attribué à tort à son mari Gregorio Martínez Sierra. L’argument narre les amours de deux gitans, Candela (‘Chandelle’) et Carmelo, contrariées par le spectre de l’ancien amant jaloux de la belle et l’exorcisme libérateur qui éliminera l’encombrant fantôme. Le ballet est serti de trois chansons et une ébauche finale d’air, mais aussi de deux longs romances, poèmes traditionnels espagnols, confiés à l’origine à une chanteuse populaire. Entre autres versions de la musique, celle de 1925 supprime les poèmes et confie le chant à une mezzo-soprano. Andalousisme coloré de gitanisme imprègnent la musique de Falla qui, sans rien emprunter ici au riche folklore andalou, fonde et légitime sa propre couleur locale qui en fondera bien d’autres, avec un sentiment profond d’authenticité.
Spectre volant, évanescent

     Sur un simple fond noir, éclairé des sombres lumières, parfois spectrales, de Patrick Méeüs
 réalisées par (Brice Bouviala), les danseuses en simple robe noire, sévère chignon espagnol, les danseurs en pantalons noirs et chemise blanche de l’épure du bailaor flamenco, se fondent ou confondent ou se détachent dans cet espace ténébreux de caverne gitane aux rites obscurs.

     On sait gré au chorégraphe Éric Bélaud d’avoir évité une interprétation faussement coloriste de la couleur locale andalouse qui défigure souvent, de l’extérieur, les œuvres hispaniques plus authentiquement sobres, et noires souvent, comme ici. Nulle invocation démagogique non plus du flamenco, sauf, peut-être, de vagues évocations des mouvements des bras et des mains, mais souplement fondues dans la gestique de la danse classique. Le vocabulaire, le langage, sont classiques : les ensembles sont d’une sobre et souple beauté et se coulent dans la musique avec naturel et une élégance sans apprêt empesé. La « danse du feu », sans tourbillon parasite, mais avec ce cercle se serrant et se desserrant en rythme, évoque paradoxalement des flammes en blanc et noir avec une grande économie de moyens. La soliste, Lucie Roche, belle et sombre voix égale sur tout le registre, donne une couleur très juste et un sentiment intense aux chansons. Elle est intégrée au jeu et sa belle et longue figure pleine de noblesse, de noir vêtue, aux déplacements et attitudes plastiques, est un vrai personnage de tragédie mais aussi une médiatrice entre le monde charnel des amants troublés et le spectre vaporeux, comme surgi des limbes, irréel de souplesse évanescente (Alexis Traissac). Intercédant, elle permet de le conjurer pour conjuguer enfin la danse, le pas de deux lumineux, aérien, des amants libérés (Agathe Clément, Candela, et Ari Soto, Carmelo), magnifiques d’étreintes charnelles de la vie terrestre, avec le précédent sillage d'un long voile blanc, à la fois suaire fantomatique évaporé et voile heureux de mariage.
Ari Soto et Agathe Clément



Gershwin blues, musiques de Gershwin (1898-1937)

      De la multimillénaire culture de l’Andalousie, dont les danses et chants étaient prisés par les Romains avant même d’être la Vandalousie  des Vandales qui lui donnèrent son nom et des Arabes qui l’occupèrent, on passait à la récente culture nord-américaine, qui puise cependant ses sources dans l’immémoriale Afrique des rythmes à deux temps, des syncopes universalisées dans le jazz. Sur fond d’écran cinématographique, une déferlante de couleurs, qu’on dirait en technicolor, tant les références aux fameuses comédies musicales de Broadway et d'Holywood sont évidentes dans la brillante chorégraphie de Barry Collins.
Fred et Gingers démultipliés

Tenues de sport, pantalons de cuir,sweets, blousons, corsages multicolores, jupettes, aux joyeuses tonalités, puis robes longues roses, queues de pie et hauts de forme pour des solos très Fred Astaire et Ginger Rogers, démultipliés ensuite en ensembles harmonieux, pour finir dans une rêveuse et vaporeuse apothéose de bleu, naturellement sur la fameuse Rhapsody in blue.
Sauts de biche
Nous sommes d’abord passés, comme en un film musical visualisé en danse, des airs de Porgy and Bess
, du tendre « Summertime » aux couplets canailles de « Sportin’life » et la passionnée déclaration d’amour, « Bess, o, Bess, you is my women now », aux sensuelles et molles courbes d’Un Américain à Paris, avec un bonheur d’écoute et des yeux, voluptueusement caressées par l’Orchestre Régional Avignon-Provence
, amoureusement dirigé par Didier Benetti, qui nous avait fait un peu peur auparavant dans l’attaque trop serrée des cuivres acides de l’ouverture de l’Amour sorcier.
Apothéose en bleu
C’est d’une grande fraîcheur, juvénile, gymnique, succession de danses jazzy, ragtime, charleston, fox-trots, etc, mais on admire encore l’impeccable vocabulaire classique de danseurs bien formés, sauts de biche élégants, portés, jetés, entrechats, pointes, une admirable technique qui demeure le précieux fondement même de la danse moderne. Il manquait les claquettes mais… aux saluts, ce fut le chorégraphe lui-même qui, avec une aisance printanière de jeune homme pour un homme automnal, en fit une longue et malicieuse démonstration. Mémorable heureuse soirée. Avec le regret que le programme n’ait pas individualisé les remarquables solistes de cette seconde partie.

Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Régional Avignon- Provence
Direction musicale : Didier Benetti.
Lumières : Patrick Méeüs
 réalisées par Brice Bouviala.

Créations
L’amour sorcier
de Manuel de Falla A l’occasion du centenaire de la création de l’œuvre
.
Chorégraphie : Eric Belaud.
 
Soliste : Lucie Roche, mezzo-soprano.

Gershwin blues,  Musiques Georges Gerswhin. Chorégraphie : Barry Collins
.

Photos : © Cédric Delestrade/ACM-Studio/Avignon.


dimanche, novembre 22, 2015

LyricOpéra



L'association LyricOpéra présente "Noël aux chandelles"
samedi 19 décembre à 19 h
Temple Grignan
15 rue Grignan 13006 Marseille
Un florilège des plus beaux Noëls mais aussi , des grands airs d'Opéra: Haendel, Mozart, Rossini Puccini....
Les concerts de LyricOpéra sont suivis d'un moment convivial avec les artistes, autour d'un verre.



Marthe Sebag
www.lyricopera.fr
06 32 94 65 40    //  06 52 25 45 30
Dom: 09 80 43 74 97

mardi, novembre 17, 2015

GUERRES


Enregistrement 16/11/2015, passage, semaine du 30 /11/ ou 7/12/ 2015
RADIO DIALOGUE RCF (Marseille : 89.9 FM, Aubagne ; Aix-Étang de Berre : 101.9)
« LE BLOG-NOTE DE BENITO » N° 203
Lundi, 12h15, 18h15, samedi à 11h45

GRANDE(S) GUERRE(S)?

     Les impératifs de la radio exigeant d’avoir des émissions prêtes d’avance pour tenter de coller à l’actualité musicale de notre région, cette émission, qui passera la semaine du 7 au 13 décembre (terrible anniversaire d'un mois!), est en réalité enregistrée ce lundi 16 novembre, fin d’un week-end terrible commencé le vendredi 13, mais non fin des larmes et de deuil pour les horribles attentats barbares qui ont frappé Paris, la France et même le monde entier en tous ceux qui chérissent nos valeurs de liberté, d’égalité entre hommes et femmes, de fraternité, entre les hommes tout court, et de cette laïcité fondamentale qui respecte toutes les croyances et se refuse d’en imposer fanatiquement une seule, ambition sinistre et mortifère des idéologies totalitaires et obscurantistes. Donc, même si j'anticipe, et pour cause, de la mettre dès aujourd'hui sur ce blog, les autres émissions en cours, ont couru normalement et je dirai, sainement.
     La question s’est posée, et je l’ai posée dans divers médias : fallait-il, en signe de deuil, comme on l’entendait ici et là, annuler des émissions déjà prêtes, clore des spectacles, fermer des scènes, en signe de deuil ou par crainte ? Personnellement, résolument, j’ai répondu non : je crois au contraire, qu’il faut d’autant plus affirmer hautement, dignement, lumineusement la vie, l’art et la culture, qu’une idéologie de mort et de ténèbres tente de nous imposer silence en s’attaquant, symboliquement, à une jeunesse insouciante, joyeuse, vivante, ivre de plaisirs innocents d’un vendredi soir, écouter un concert rock, prendre un verre à une terrasse entre copains, assister joyeusement à un match de foot amical.
   Oui, bien sûr, il y a les consignes de l’état d’urgence. Oui, il ne faut pas compliquer la mission des forces de l’ordre. Mais la vie, cependant, doit continuer, s’affirmer contre la mort, et  les artistes, qui en sont l’emblème le plus voyant, pour autant, quelles que soient les menaces, ne doivent pas tirer le rideau, renoncer, par peur, à leur mission culturelle qui est celle même de la civilisation qui fait de nous des hommes libres. Même touchés, nous ne devons pas nous cacher, nous coucher : Paris, la France debout et fière face à la terreur, c’est le flambeau de la liberté et de la dignité qui flottera toujours dans un air libre. Voici ce que Cervantes fait dire à son sublime Don Quichotte à propos de la liberté, s’adressant à son écuyer Sancho , parfois craintif :
    « La liberté, Sancho, est l’un des biens les plus précieux que les hommes ont reçu des cieux […] pour la liberté, et pour l’honneur, l’on peut et doit risquer sa vie car, à l’inverse, l’esclavage est le plus grand malheur qui puisse frapper les hommes. »


    Nous pourrions dire aussi que, ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts. C’est pourquoi, aujourd’hui, ce 16 novembre où j’enregistre ces paroles, encore dans l’émotion de ces tragiques événements, qui ne nous quittera pas de si tôt, je laisserai surtout parler, dans les limites d’une émission trop brève, les deux dernières livraisons, les volumes 12 et 13 de la magnifique et émouvante collection du label Hortus sur Les musiciens et la grande guerre.
Le  vol. 12 s’appelle  : Pensées intimes. Il présente des sonates pour violon  et piano de Georges Antoine, Lili Boulanger, Frederick Septimus Kelly, Josef Pfitzner, interprétées par Guillaume Sutre au violon et Steven Vanhauwaert au piano. Nous écoutons avec une grande émotion un extrait du dernier mouvement de la sonate du compositeur australien Frederick Septimus Kelly (né en 1881 et mort en 1916 dans la bataille de la Somme) un extrait de sa sonate Gallipoli de 1915, composée après une blessure lors de cette terrible bataille en Turquie ; un "ground", une basse continue, la martèle d'obsédante façon au piano :

1) DISQUE I, PLAGE 6

    Bien difficile d'écouter de façon neutre ces œuvres de compositeurs blessés ou morts au combat, ou survivants miraculés, quel que soit leur camp, surgies presque de l'oubli pour secouer l'indifférence de notre mémoire historique, que la réalité vient, hélas, rattraper. En cela, cette collection éveille, ravive les consciences amollies dans le confort de l'oubli de temps que nous voulions croire si dépassés.
     Grande Guerre dit-on de celle, terrible il est vrai, de 14-18. Mais une guerre peut-elle avoir de la grandeur, être grande ? Peut-il y avoir de petites guerres? Celle qui nous assaille aujourd’hui, quelles que soient ses dimensions, a ceci de particulier qu’elle nous désigne comme ennemi moins pour ce que nous avons fait, que pour ce que nous sommes : une peuple libre de croire ou de ne pas croire.

    Le volume 13 de ces musiciens et la grande guerre, intitulé Clairières dans le ciel, contient des mélodies de Lili Boulanger qui leur prête ce titre, de Joseph Guy Ropartz, de Georges Migot, de Jacques de la Presle, sur des poèmes divers, d’Henri de Régner, de Jean Richepin, de Charles Péguy, interprétées par le ténor Cyrille Dubois, révélation Lyrique aux Victoires de la Musique Classique 2015, accompagné au piano par Tristan Raës, comme s'ils ne faisaient qu'un. Cela commence par la poignate et douce Lettre du front mise en musique en 1916 par Pierre Vellones, pseudonyme de Pierre Rousseau (un médecin au combat) sur un texte de Marcel Manchez, que la douceur de timbre, la pudeur expressive du chanteur rend encore plus poignante dans sa simplicité désolée Un texte sobre, un premier vers :

"Le canon se tait, il fait nuit…"

et nous avons-là toute l'horreur des nuits sans sommeil des soldats dans les tranchées et l'inespéré repos d'un temps ("chacun sommeille") et le soldat solitaire, pieds dans l'eau, écrivant à la lumière d'un falot, veillant sur le précaire sommeil des autres :
"Je suis de veille." 

On n'ose dire c'est beau tant les mots risquent de trahir ce que nous apporte cet humble et puissant témoignage. Nous en écoutons un extrait :

2) DISQUE II, PLAGE 1 :  1’35’’

   Ironie du sort, né en 1889, Pierre Vellones, ne mourut pas lors de la première mais en 1939début de la seconde guerre mondiale. Pour nous quitter, laissant ces sombres évocations, mais transcendées par la musique, nous écoutons un extrait du cycle de mélodies qui donne son titre au disque, Clairières du ciel, sur des poèmes de Francis Jammes, composées par Lili Boulanger (1887-1918), morte prématurément de maladie, musicienne à laquelle on commence à rendre justice, et cette collection y contribue, certes non une combattante du front, mais menant, avec sa sœur Nadia, mieux connue, une action militante en faveur des soldats musiciens. C’est une évocation tendre d’une jeune fille dans une prairie, bref, rêve de vie, douce évocation d'une Belle Époque légère  qui sera emportée dans la proche tourmente :

DISQUE II, PLAGE  16 




mercredi, novembre 11, 2015

CHRISTINA

VENDREDI 13
JOUR DE CHANCE! 
 LA CLASSE ET LA GRÂCE DE 
CHRISTINA ROSMINI

APRÈS SON TRIOMPHE AU CAIRE,
À DEUX PAS DE CHEZ NOUS 
Théâtre du Golfe
13 novembre, La Ciotat, 20h30
  • Théâtre du Golfe http://www.passion-arts-laciotat.com/?p=726
  • D’Autres Rivages

    de Christina Rosmini

    Artiste marseillaise éclectique et atypique, Christina Rosmini se consacre depuis le début de sa carrière à l’élaboration d’un univers singulier, axé principalement sur les problématiques et cultures méditerranéennes, le Féminin et un humanisme affirmé.
    Accompagnée sur scène du guitariste Bruno Caviglia, elle offre avec « D’Autres Rivages » un spectacle riche en métissage et en émotions, et invite le spectateur dans son univers aux couleurs vives, mélange unique de chansons et de musique méditerranéenne, de poésie, d’humour et de fête.

    CHRISTINA ROSMINI, CHANTEUSE

    Née à Marseille, elle a acquis une solide expérience dans la danse avec Roland Petit, et à l’école du Studio des Variétés à Paris. Elle a dirigé les arrangements vocaux de la compagnie Roger Louret pour les Z’Années Zazous aux Folies Bergère et les Années Tubes sur TF1. De belles rencontres enrichiront sa carrière : Andrée ChédidGeorges Moustaki, Jean Marais, Michèle BernardJosé Luis Montón, Vladimir Cosma, Jean-Luc Revol et Jean-Luc Palies. Et celui qui l’encouragera à écrire et la conseillera : Etienne Roda Gil.
    Elle créé en 2006 « Au devant de la Vie », spectacle musical sur le Front populaire, qui remporte un vif succès dans toute la France.
    En 2009, son 1er album « Sous l’Oranger » sort chez Harmonia Mundi, Le Chant du Monde, et en 2011 est créé « D’Autres Rivages », spectacle sur le féminin en Méditerranée au théâtre Toursky qui obtiendra la labellisation « Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture​​ ».
    En 2015 elle sortira son nouvel album « Lalita ».

    BRUNO CAVIGLIA, GUITARISTE

    Originaire de Toulon, Bruno Caviglia est lauréat (médaille d’or de la classe de jazz) au conservatoire de Marseille.
    De 1985 à 1987 il est professeur à l’académie de musique de Elie Portal à Toulon et depuis 1988, il accompagne et enregistre avec de nombreux artistes de tous horizons (Jeane Manson, Gilbert Becaud, Dany Brillant, Julie Pietri, Nicolas Peyrac, Gilbert Montagné, Angelique Kidjo, Idrissa Diop, Daniel Levi, Nicolas Peyrac, etc…).
    Il accompagne actuellement sur scène Richard Gotainer, Michel Fugain, Enrico Macias et Christina Rosmini.
Son dernier CD